CHAPITRE VII
il faut surtout exhorter les enfants a la piete dans l'église.
I. Utilité de la piété. — II. Comment il faut entendre la Messe; — III. Assister au sermon; — IV. Aux Vêpres. — V. Le bon écolier doit être Congréganiste.
I. ïffTW^i A P^té, dit l'Apôtre, est utile à tout; c'est en ■N Y\Ktà) vam qu'un jeune écolier s'efforce, depuis le VJLt-^É matin jusqu'au soir, de faire son thème, de mettre sa leçon dans sa mémoire, d'écouter et d'argumenter en classe, de faire en un mot tous les exercices nécessaires pour l'acquisition des sciences, si. s'avançant en la connaissance des créatures, il s'ignore lui-même, et pénétrant la nature du ciel et de la terre, il néglige la connaissance et l'amour du Créateur. Voyons donc ce que vous lui pouvez dire pour l'aider à se bien comporter aux exercices qui concernent plus particulièrement le culte de Dieu : en ayant déjà traité au livre deuxième, j'en' dirai seulement ici un mot très brièvement.
II. Tous les chrétiens doivent entendre la Messe avec grand soin.
Le premier et le plus important exercice de piété, c'est le très saint sacrifice de la Messe, qui pour cette raison se fait le matin, afin que l'esprit étant plus libre et plus à soi, s'y applique dans une plus sérieuse attention et dans des affections plus élevées. Il faut y exercer trois vertus : le silence, la modestie et la dévotion.
i. Premièrement, le silence est nécessaire en tout temps dans les églises, Dieu ayant dit : Ma maison est une maison de prières. Mais nous y sommes beaucoup plus obligés durant la Messe, vu que c'est le même sacrifice qui fut offert pour nous sur la croix, et le même Dieu y est la victime, bien que d'une sorte non sanglante : de là vient que les Anges s'y trouvent volontiers et en. grand nombre. Saint Chrysostome les y voyait souvent, qui se contenaient dans une extrême modestie, humilité et révérence ; saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie, faisait taire ou sortir de l'église tous ceux qu'il voyait causer durant la Messe.
2. Secondement, la modestie est nécessaire en vous tenant dans une posture bienséante, sans vous courber indécemment sur quelque banc, et sans vous tenir à genoux en potence. Vous pouvez vous asseoir, vous tenir debout ou vous tenir à deux genoux en terre. Contenez aussi vos yeux, ne les jetant point à la rustique par l'église avec danger d'y prendre des représentations qui troubleraient vos prières; jetez-les sur votre livre, sur l'autel, sur quelque dévote image, du baissez-les humblement à terre dans le souvenir que vous n'êtes qu'un peu de cendre et de poussière.
3. Troisièmement, la dévotion est l'âme de ce divin exercice et une source sacrée du silence et de la modestie; car lorsque l'esprit est rempli de saintes affections, et qu'il parle avec ardeur et avec contentement à son Créateur il n'a garde de s'amuser à des regards impertinents et à des paroles inutiles.
III. N'omettez pas d'instruire les enfants de la façon dont ils doivent assister à la prédication.
La nourriture n'est point plus nécessaire ;au"corps pour le conserver, pour le fortifier et pour le faire croître, que l'instruction qui se donne dans les églises l'est à l'âme pour se perfectionner. Saint Augustin nous l'enseigne par ces paroles : Tel qu'est le corps qui a jeûné'plusieurs jours, T. III. 28
telle est l'àme qui ne se repaît pas assidûment de la parole de Dieu. Cette parole, dit saint Denys, est semblable à l'eau qui vivifie et rend fécond, au lait qui donne l'accroissement, au vin qui récrée, et au miel qui purge et qui conserve.
Quel champ avez-vous jamais vu porter du froment, du seigle, de l'orge, de l'avoine, et même du blé sarrazin, sans que l'on en ait premièrement jeté la semence? La parole de Dieu est la semence de toutes les vertus, comme l'assure Notre-Seigneur ; jetez-la en votre cœur, elle y portera des fruits admirables. Mais par quels moyens ferezvous profit au sermon? Je vous en présente quatre.
1. Allez au sermon avec avidité, et assistez-y avec attention, afin que vous receviez mieux la doctrine qui s'y enseigne, et que vous ne laissiez point tomber à terre ce qui vous est envoyé du Ciel.
2. Ayez une modestie vraiment chrétienne, qui vous fasse garder le silence dans l'église avant que le prédicateur arrive, soit en priant, soit en lisant quelque bon livre; qui vous empêche de retourner la tète de côté et d'autre, lorsqu'il dit sa prédication; qui vous fasse éviter les risées, si quelque mot lui échappe dont votre imagination soit choquée, ou qu'il dise quelque chose qui vous semble incroyable.
Si on lit, si on entend lire les lettres et les ordonnances des princes et des rois de la terre avec attention, avec modestie et avec silence, ne devons-nous pas porter un extrême respect aux messages du Roi des cieux, d'où dépendent votre bonheur et votre malheur éternel?
3. L'humilité sert beaucoup pour faire profit à la prédication; ce qui vous est annoncé, c'est la parole de Dieu ; vous vous y devez donc comporter comme si Dieu même vous prêchait ; les légats et les hérauts tiennent la place des rois et des papes qui les envoient, et si quelqu'un leur fait tort, ceux qu'ils représentent le ressentent comme fait à leurs propres personnes.
4. Ecoutez le prédicateur, ainsi que votre maître, et ne vous en faites point le juge ; ne cherchez point en ses discours les fleurettes des paroles choisies et affectées, qui énervent l'éloquence et font perdre l'attention et la solidité des raisons. Quintilien qui a donné d'excellents préceptes de rhétorique, vous avertit de ce défaut ; le sens, dit-il, n'a plus de force lorsqu'on loue-les paroles.
IV. Ayant traité déjà au livre IIe, chapitre x de la façon •dont il convient d'assister à Vêpres, il me suffit de vous, dire maintenant qu'en vous rendant assidu à ces offices, vous éviterez facilement les mauvaises compagnies qui vous traîneraient à la débauche ; et par ce moyen vous vous exempterez de plusieurs péchés, vous vous maintiendrez dans votre innocence, vous conserverez la dévotion que vous avez acquise à la Messe par la présence de votre Sauveur et Rédempteur, vous édifierez bien tous vos compagnons, et vous mériterez beaucoup devant Dieu.
Le Prophète royal dit que les jours des serviteurs de Dieu sont pleins, c'est-à-dire, que nul moment de leur vie n'est vide, sans l'exercice de quelque vertu ; si cela doit être véritable en chaque jour, à combien plus forte raison se doit-il vérifier les jours de fête et de dimanche, vu qu'ils sont particulièrement consacrés à Dieu, qu'ils sont saints, et qu'ils sanctifient les chrétiens.
Plusieurs font de ces jours divins une chimère monstrueuse : le matin, ils vont à la Messe avec ardeur, ils y demeurent avec piété, et en sortent avec un maintien modeste et retenu ; vous les prendriez pour des enfants dévoués entièrement au service de Dieu ; mais ils n'ont pas plus tôt dîné qu'ils paraissent comme transformés en une autre nature; ils sortent du logis avec précipitation, ils se mêlent à la première compagnie avec témérité, ils te suivent sans aucune crainte de Dieu, ils se jettent dans un tripot ou dans un cabaret pour y jouer ou boire le reste du jour, avec la perte de leur temps, de leur raison et de leur conscience. Soyez toujours un même homme, puisque
vous avez toujours un même Dieu, qui vous voit en tout temps, et qui veut vous donner dans l'éternité ce que vos bonnes ou mauvaises œuvres auront mérité.
V. Le bon écolier ne doit pas manquer de faire partie de la Congrégation de Notre-Dame.
Le pape Grégoire VII, écrivant à Mathilde, fille de Béatrix, duchesse de Toscane, lui dit ces mots : Ayez une ferme résolution de ne plus offenser Dieu, versez votre cœur et vos larmes avec une pleine confiance devant la Vierge Marie, et je vous assure que jamais une mère ne vous recevrait avec autant d'allégresse et de promptitude, que le fera cette Mère de bonté et de miséricorde.
C'est la raison pour laquelle on se met sous sa protection dans les Congrégations et dans les Confréries; et elle s'y comporte avec une tendresse et une charité très grande, comme elle a toujours fait en tous les siècles pour toutes sortes de nécessités.
Cette Mère de bonté et de miséricorde ne rejette personne, bien qu'on soit dans un âge fort avancé ; mais elle a une particulière inclination pour les enfants à cause de leur innocence. Aussitôt qu'elle eut salué sa cousine sainte Elisabeth, saint Jean tressaillit dans les flancs de cette Sainte et y fut sanctifié ; elle le reçut entre ses bras au sortir du sein de sa mère, et lui obtint plusieurs grâces du Ciel.
Elle a obtenu la naissance de plusieurs enfants, qui sans son assistance spéciale ne fussent jamais venus au monde; elle a donné la santé à d'autres qui étaient déjà plus âgés, comme à saint Adalbert, apôtre de Bohême et de Pologne; elle a pourvu aux nécessités temporelles des autres, comme elle l'a fait pour le bienheureux Herman à qui elle donnait quelquefois de l'argent; elle a éclairé de la lumière des sciences les plus idiots, comme Albert le Grand; elle a pris des enfants pour ses époux, ainsi que le bienheureux Robert, abbé de Molesmes. Sa mère étant grosse de lui, la Vierge sacrée lui apparut tenant en sa main un anneau
d'or. Je veux, dit-elle, prendre pour mon époux le fils que tu portes dans tes entrailles, cet anneau en sera la marque. Priez-la avec ferveur et avec une ferme espérance, et elle vous obtiendra de son cher Fils tout ce que vous désirerez. Saint Thomas d'Aquin étant près de la mort assura qu'il n'avait jamais rien demandé à Dieu par l'entremise de la Vierge, qu'il ne l'eût obtenu.