‹ Le saint travail des mainsChapitre 7 sur 86 · LIVRE SEPTIEME. SECTION PREMIERE IQ · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME. SECTION PREMIERE IQ

saint Léonce, évèque, de sainte Hedwige, duchesse de Pologne, ne vous exciterait-elle pas à la dévotion?

Vous n'avez pas un moindre sujet de componction, d-e crainte de Dieu, de mépris du monde et d'autres actestrès méritoires, dans la vue de tant de Supérieurs, de prédicateurs, de confesseurs, de professeurs en théologie, en philosophie et en toutes les autres sciences. Ils ne sont plus que cendre et que poussière, et maintenant il ne leur reste rien d'une si profonde érudition, d'une si rare prudence et d'une si admirable éloquence, que l'attente d'une glorieuse résurrection et d'une récompense proportionnée à leurs œuvres. L'odeur de leurs vertus embaume tout votre monastère. Suivez-les à la piste, si vous aspirez à participer à leur repos. Tenez-vous dans les bornes d'une modestie et d'une humilité vraiment religieuses, puisque les éclats et toutes les splendeurs de cette vie ne sont que de passage. Réjouissez-vous du don de persévérance que Dieu leur a donné ; demandez-le pour vous et priez pour leurs âmes.

3. Votre office vous oblige de porter de l'eau bénite dans les bénitiers qui sont aux portes de l'église. Ayez soin qu'il n'y en manque jamais, et qu'elle soit très nette. Souvenez-vous, en la portant et en la voyant, que saint Anselme s'en servit pour guérir un aveugle en Angleterre ; que saint Malachie délivra par le même remède le fils de David, roi d'Ecosse, d'une maladie; que, dans le Tonkin, les catéchistes et les autres chrétiens s'en servent aujourd'hui dans une si vive foi, qu'ils chassent toutes les maladies et ressuscitent les morts ; que saint Evermolde, abbé, rompit les chaînes des prisonniers, le jour de Pâques, par cette divine rosée; que saint Aphraatès, par le même moyen, chassa et tua des armées entières de sauterelles, qui ravageaient dans la Grèce tous les arbres, tous les prés et toutes les moissons.

Espérez que ces fontaines sacrées feront dans votre âme ce qu'elles firent alors à l'extérieur, et ce qu'elles font en-

core aujourd'hui entre les mains des Saints. Priez Dieu' qu'elles aient le même effet sur tout le peuple que vous voyez s'en approcher dans une sainte confiance et dévotion.

4. L'un de vos soins principaux, c'est l'ornement des autels. Ne vous y appliquez jamais que vous n'y ayez adoré votre Dieu, étant prosterné à deux genoux, et que vous ne l'ayez remercié de la grâce qu'il vous fait de vouloir accepter ce service d'une personne si indigne. Offrezlui votre cœur, et frappez votre poitrine par une véritable contrition, de crainte que Dieu ne vous punisse si vous vous approchez de son arche avec quelque souillure.

Oza, ayant touché l'arche, qui n'était qu'un petit coffret qui contenait les tables de la loi, tomba raide mort, quoiqu'il fût prêtre. Vous touchez et maniez souvent le tabernacle où repose le Juge et le Dieu du Ciel et de la terre. Comment oseriez-vous vous en approcher sans effroi et: sans tremblement?

Le roi Ozias, s'avançant près de l'autel pour offrir del'encens, fut frappé de la lèpre, dont il ne guérit jamais. Quoi donc ! toucherez-vous l'autel, monterez-vous dessus, y porterez-vous les reliques des Saints, sans faire une sage réflexion à l'excellence de votre ministère, et à l'obligation que vous avez de vous y comporter dans une extrême révérence ?

5. Chez les Hébreux, les prêtres seuls mettaient de l'huile dans les lampes, qui étaient près dé l'autel des parfums, Nadab et Abiu, enfants d'Aaron, qui étaient prêtres, et deux cent cinquante des plus riches et des plus nobles lévites, furent brûlés par le feu du Ciel qui sortit de l'autel des holocaustes, pour avoir voulu offrir de l'encens sans une due humilité et sans disposition, et pour s'être servis d'un feu profane. Jugez de là de quelle importance sont vos moindres offices, c'est à savoir : d'allumer les lampes et les cierges, et de mettre des charbons allumés dans les. encensoirs.

Dieu même a quelquefois allumé les lampes des églises par un feu céleste, comme saint Grégoire assure qu'il est arrivé à Rome. Ce miracle se faisait tous les ans à Jérusalem, la veille de Pâques, vers l'an 1 1 oo de Notre-Seigneuf,

• au rapport de Gretser et de plusieurs auteurs. Baronius raconte qu'un peu de cire prise d'un cierge et mise sur un arbre, empêcha la grêle de gâter une vigne. D'autres écrivent que quelques gouttes du saint cierge d'Arras, jetées

• dans de l'eau, firent que cent soixante malades, qui se lavèrent avec cette eau, furent parfaitement guéris.

Réjouissez-vous donc d'être occupé en des choses si saintes, que les moindres sont de très grand prix et de très grande utilité. Maniez-les avec respect, et ne laissez perdre mal à propos aucune goutte de cire ou d'huile. Les Anges gardent les autels consacrés, et souvent ils ont été aperçus dans un maintien très modeste autour de ces trônes •de la divinité. N'en approchez jamais qu'avec une crainte filiale et une composition de corps qui témoigne un grand respect.

Le roi Dagobert fut délivré du danger de sa damnation éternelle pour avoir fait orner les autels et les églises. Travaillez-y dans une humble confiance que vos sueurs seront très agréables à Dieu et très utiles à votre âme.

6. Si un peu de cire et d'huile vous doit donner des mouvements de dévotion, que doivent faire les reliques des Saints ? Saint François de Borgia, en les maniant, tressaillait d'aise et leur parlait ainsi : Je vous salue, gages précieux, que Dieu nous a laissés en cette vallée de misères. Je vous salue de tout mai cœur, l'espérance de notre salut et le soulagement de nos corps et de nos dtnes. Le Jour viendra, oii dans un habit de clarté et d'immortalité vous reluire^ au-dessus des deux, et vos âmes, plus brillantes que le soleil, se réuniront à vous, afin de vous porter sur des trônes de lumière pour une éternité.

Les rois et les empereurs se prosternent devant les reliques, les baisent en toute humilité, les posent sur

leurs têtes couronnées et mettent en elles leur confiance.

I ~n démoniaque est délivré par les reliques des saints Gervais et Protais. Un aveugle est illuminé par celles des saints Sisinnius, iMartyrius et Alexandre. Un muet recouvre la parole par celles de saint Léon, pape. Trois morts, ainsi que l'assure saint Augustin, sont ressuscites par les reliques de saint Etienne, premier martyr.

Mettez ces trésors célestes en des lieux honnêtes ; tenezles-y avec netteté et propreté ; ornez-les le mieux que vous pourrez. Ne soyez pas cause par votre négligence que les yeux du peuple soient moins touchés, et le cœur moins attendri. Le châtiment pourrait suivre votre faute, comme il est arrivé à d'autres plus saints que vous.

Saint Annon, archevêque de Cologne, fut sévèrement fustigé par une main céleste, pour n'avoir pas eu assez de soin de mettre les reliques des trois cent soixante martyrs de Mauritanie dans un lieu honorable. Les Saints souhaitent de vous départir de signalées faveurs ; mais ils exigent de vous de petits services.

7. Les images des Saints nous donnent souvent plus de tendresse de prime abord que les reliques, parce qu'elles frappent davantage l'imagination dans la représentation de leurs postures, de leurs visages, de leurs tourments et de leurs miracles.

L'efficacité des saintes images est très grande, et les amis de Dieu qui sont en Paradis, se plaisent d'assister ceux qui les honorent. La peste fut chassée de la ville de Rome par le moyen d'une image de la Vierge, au temps du pape .saint Grégoire, comme l'écrit Baronius. La ville de Constantinople fut préservée de l'irruption des Sarrasins par une autre image de la même Reine du Ciel, au rapport de Canisius. La ville d'Edesse fut délivrée du siège de Chosroès. roi de Perse, par l'image du Sauveur, comme le certifie Lvagrius.

Recourez-y donc pour vos besoins spirituels et temporels, et \ous ne manquerez point de secours. Quand vous

voyez un Martyr dans les flammes, sur les roues, sous les rasoirs, animez-vous à la patience. Quand vous contemplez des Confesseurs ravis en extase et favorisés de diverses grâces de Dieu, résolvez-vous à l'oraison et aux autres vertus. Lorsqu'un tableau vous représente des Vierges avec un lis en main, enflammez-vous à l'amour de la chasteté. Quand vous apercevez de fervents Anachorètes dans des grottes, sur des colonnes et dans de si différentes et si étranges austérités, priez-les de vous obtenir de Dieu un désir efficace de pénitence.

8. Lorsque vous portez vos yeux sur le crucifix, souvenez-vous des douleurs extrêmes que votre charitable Jésus a souffertes pour votre salut. Jetez-vous en toute confiance avec saint Elzéar, sainte Lidwine et sainte Colette, dans ses plaies sacrées, et toutes les afflictions, les maladies et les insultes vous sembleront plus douces que le miel.

Pensez à la vertu de ce signe salutaire, qui a donné d'illustres victoires à l'empereur Constantin, lequel, par son moyen, combattit et terrassa Maxence. Dans l'Inde, on posa une croix dans une maison infestée de lutins, et ils s'enfuirent incontinent. Si vous l'avez dans le cœur, vous serez toujours victorieux.

Sainte Claire de Montefalco avait la croix de Jésus si fort gravée dans son esprit, qu'on la trouva formée sensiblement dans son cœur avec les clous, les fouets, la couronne et les autres instruments de la Passion. Si vous ne la voulez pas enfoncer si avant, au moins posez-la sur votre sein, comme le pape Benoît la posa sur le globe d'or qu'il donna à l'empereur Henri. Ce sage empereur en fit présent aux Religieux de Cluny, dans le jugement qu'il fit que ce don appartenait à ceux qui, par le mépris des délices du monde, ne cherchaient rien tant que de se crucifier eux-mêmes.

Si vous craignez que votre cœur en soit trop chargé, prenez du moins une ferme résolution d'en défendre votre corps et votre âme. Formez ce signe de salut sur votre

bouche, sur votre front, sur votre poitrine et sur tout votre corps, dans les tentations, les maladies et les afflictions, et vous en sentirez de l'allégement.

Par la force de ce signe de salut et de victoire, sainte Thècle entre dans les flammes et y demeure sans se brûler. Saint Antoine et saint Hilarion chassent les démons qui les inquiètent. Saint Waast, évêque d'Arras, dissipe les enchantements des magiciens. Saint Jean l'Évangéliste boit du venin sans en recevoir aucun dommage. Sainte Austreberthe marche sur les eaux. Saint Grégoire VII et saint Rémi éteignent de grands embrasements. Plusieurs Saints chassent la peste, les fièvres et les autres maladies.

Vous ne serez pas seul à n'en recevoir aucune assistance. Ce vous sera un excellent refuge dans vos désolations, dans les abattements de votre cœur et dans vos dégoûts. Jetez-vous au pied de la croix, et le sang du Rédempteur découlera sur vous et fortifiera votre âme contre tous les assauts de l'enfer et contre toutes les traverses du monde.

g. Il n'est cependant rien dans l'église où vous deviez avoir l'œil et le cœur plus ouvert qu'au Très Saint Sacrement de l'autel. Le reste est en peinture et en figure ; mais ici l'on retrouve la réalité même. Et le Dieu de bonté, de sagesse, de puissance, y est toujours prêt à vous donner une audience favorable et un secours invincible.

Si vous pouvez enfin avoir une véritable foi, une ferme espérance et une brûlante charité envers votre doux Jésus en l'Eucharistie, vous serez en paradis dans votre église par l'occupation continuelle à son service et dans le travail devant ses yeux.

Quel sentiment n'auriez-vous pas si vous aperceviez visiblement Notre-Seigneur dans ce divin mystère, comme saint Ignace, sainte Lidwine, sainte Claire, saint Witikind et plusieurs autres ?

Que feriez-vous si une hostie jetait du sang en votre présence, comme l'ont fait diverses hosties qui ont été poi-

gnardées par les Juifs. J'ai vu celle de la sainte Chapelle de Dijon, et l'on en montre en plusieurs églises dans toute l'Europe.

Si vous en contempliez quelques autres au milieu des flammes sans se brûler et se consumer, comme celles de Dole, de Faverney, et celles dont parlent Siffridus,Bozius et d'autres historiens, n'éclateriez-vous pas en des louanges de Dieu et en des élans d'admiration de sa toute-puissance ?

Prosternez-vous souvent devant l'autel en toute humilité, et exercez-y tantôt une vertu, tantôt une autre. Si quelquefois vous n'y sentez aucune dévotion, dites-lui avec David : Ut jumentum factus sum apud te, et ego semper tecum ; O Seigneur, quand le Ciel serait de bronze pour moi, je ne vous abandonnerai jamais; je suis résolu de demeurer auprès de vous, comme une pauvre bête de charge.

Soyez au moins devant lui comme la brebis de saint François, comme la mule de saint Antoine de Padoue. et comme les bœufs dont parle Césaire, qui fléchissaient les genoux et baissaient la tête en présence de leur Créateur. Faites-lui une petite ruche de votre cœur, ainsi que les abeilles dont Bozius fait mention.

Approchez-vous de ce Père très charitable avec une filiale confiance. Il vous nourrira, vous consolera et vous soulagera en tous vos besoins. Saint Evroult vécut longtemps sans autre nourriture que le Saint Sacrement. Le père de saint Grégoire fut guéri par le Saint Sacrement d'une maladie incurable. George le Cappadocien fut affranchi de ses liens par son assistance particulière. Saint Satyre, frère de saint Ambroise, échappa du naufrage en le portant à son cou. Saint Birin marcha sur les flots de la mer par son moyen. Sainte Claire le tenant en main repoussa les Sarrasins des murailles de son monastère.

De ceci et de ce que j'ai dit, traitant de la Communion et de la Messe, au livre II, chap. xn et xiv, un bon sacris-

tain doit conclure qu'il doit employer tous ses efforts pour honorer son Maître, son Médecin, son Pasteur, son Roi et son Rédempteur, qui, par une bonté et une charité inexplicables, se tient tous les jours, les nuits, les semaines, les mois et les années entières caché et enfermé sur un autel, pour lui parler, pour l'écouter, pour le consoler, le fortifier, l'orner et l'enrichir, et surtout, qui l'a choisi, entre tant d'autres, pour lui rendre des services plus immédiats et qui touchent de plus près sa propre personne. Dieu vous ayant fait cette faveur, considérez souvent quels services vous lui pouvez rendre pour correspondre à l'amour qu'il vous témoigne.

IV. Il ne me reste plus qu'à vous donner quelques petits avis, afin que vous fassiez votre office dans une entière perfection.

i. Faites vous-même les hosties, et faites-en si souvent qu'elles n'aient aucun mauvais goût. Rognez-les et accommodez-les avec bienséance. Ce n'est point une œuvre de valet; c'est une action des plus honorables que l'on puisse désirer. Vous bâtissez le trône de Jésus-Christ. Vous lui donnez le moyen d'avoir une belle naissance en ce monde. Rognez toutes les hosties très parfaitement. N'épargnez pas un sou chaque semaine et un quart d'heure de peine, faisant servir des hosties écornées, mal en ordre et peu séantes. Retirez-vous le morceau de la bouche, plutôt que de faire le chicaneur auprès de Dieu. Ne plaignez pas vos peines, et Jésus sera libéral envers vous. N'êtesvous pas heureux, dans la certitude que vous donnez quelque chose à Dieu même ?

Saint Venceslas, roi de Bohême, non content d'entendre tous les jours la Messe, moissonnait et vendangeait le pain et le vin nécessaires pour ce divin Sacrifice et Sacrement.

2. Sonnez les Messes ponctuellement et de telle sorte que les prêtres puissent venir à loisir pour les dire, et le peuple pour les entendre. Estimez qu'alors vous êtes le

trompette du roi, qui convoque ses soldats pour- les honorer de ses dons et les animer à de nouvelles conquêtes. Souvenez-vous que les cloches sont puissantes, non seulement pour rassembler les hommes, mais aussi pour chasser les démons et leurs maléfices. Pierre le Vénérable rapporte qu'un démon qui s'était caché sous la figure d'un abbé, fut contraint de s'enfuir au son de la cloche.

3. Habillez les prêtres avec diligence, avec modestie et avec patience. Attendez-les jusqu'à ce qu'ils soient venus. Regardez avec soin qu'il n'y ait rien dans leurs habits qui choque les yeux du peuple. Souvenez-vous qu'ils tiennent la place de Jésus-Christ : de là vient qu'en la consécration ils parlent comme s'ils l'étaient réellement; et il est certain qu'ils en sont les vicaires.

Considérez que tous les vêtements sacerdotaux sont mystérieux : L'amict que le prêtre met sur sa tête et sur ses épaules, représente le voile que les Juifs posèrent sur la face de Notre-Seigneur dans la maison de Caïphe, lorsqu'ils le frappaient et lui disaient par risée : Devine qui t'a frappé ? — L'aube nous met devant les yeux la robe blanche dont Hérode revêtit ce très doux et très patient Agneau, le bafouant comme un fou. — La ceinture de l'aube, l'étole et le manipule sont le symbole des cordes avec lesquelles ses cruels bourreaux le lièrent et le traînèrent à la boucherie. — La chasuble est la robe de pourpre que Pilate donna au Roi des hommes et des Anges, pour se moquer de lui comme d'un imposteur. — On met une croix sur la chasuble, parce que le prêtre va à l'autel comme au mont du Calvaire, pour y faire le même sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ.

Si vous vous accoutumez à ces considérations, elles vou^ combleront le cœur d'une dévotion et d'une douceur très tendres, et seront une excellente disposition pour servir à la Messe et pour y communier comme de la main de notre ^ Rédempteur.

Page 1