LE SOLDAT GENEREUX DOIT FUIR LES BLASPHEMES
I. Crime du blasphémateur. — II. Causes du blasphème. III. Remède contre le blasphème.
I . $||Ï|É|E blasphémateur fait la guerre à son Dieu, à son fcv$ prochain et à lui-même.
, Il attaque Dieu son Créateur, son Rédempteur et son souverain Bien ; comme les géants qui furent si insensés que de vouloir combattre le Ciel, mais ils en furent foudroyés. Salmonée voulait imiter le tonnerre et la foudre, mais le Ciel le foudroya et la terre le mit au nombre des insensés.
Plusieurs font d'exécrables blasphèmes, mais ignorent en quoi consiste la nature et l'essence de cet exécrable péché. Les théologiens enseignent que blasphémer c'est attribuer à Dieu ce qui ne lui convient pas, ou lui ôter ce qui lui est propre ; tellement que quiconque dit quelque chose contre la bonté de Dieu, contre sa puissance ou contre quelque autre de ses attributs, est blasphémateur. Cette impiété est si criminelle, qu'elle est toujours péché mortel, lorsqu'elle se fait de propos délibéré, sans surprise et inadvertance. Saint Thomas enseigne que le blasphème est le plus grand de tous les péchés, et qu'il est plus énorme que l'infidélité; car à l'infidélité qu'il renferme il ajoute la haine de la volonté. Si vous aviez tué un de vos amis sans un juste sujet, vous croiriez avoir fait un péché très grief ; et vous blasphémez en riant, et vous prenez les plus exécrables blasphèmes pour les ornements de votre langage ; où est votre jugement, ne voyant pas le péril où vous vous exposez pour un crime qui est si outrageux à Celui qui peut vous perdre dans un moment ?
II. Trois causes principales font sortir cette furie du plus profond des enfers.
1. La première qui est plus fréquente chez les riches, c'est l'orgueil ; ils croient que tout leur est dû, de sorte que si un homme leur résiste, si Dieu leur envoie pour leurs péchés quelque traverse ou quelque maladie, ils enragent, et leurs bouches vomissent des paroles abominables contre les hommes et contre Dieu même.
2. La seconde et la plus ordinaire cause des blasphèmes, c'est une soudaine impatience qui surprend l'esprit dans les afflictions imprévues et qui arrivent contre toute espérance. Ce mal attaque particulièrement les pauvres qui n'ont point encore pénétré les richesses encloses dans leur
. pauvreté ; ces esprits riches dans le désir et souffrants dans l'effet se tourmentent dans leurs chaînes; et ne trouvant point de soulagement dans leurs détresses, ils ne savent sur qui décharger leur déplaisir.
3. La troisième cause des blasphèmes, qui convient aussi bien aux riches qu'aux indigents, c'est une colère précipitée et inconsidérée. Au premier sentiment de douleur, elle fait bouillonner le sang dans les veines; elle met le feu au visage et dans la tête ; elle transporte la raison ; et dans sa première chaleur, elle fait sortir de la bouche tout ce qu'elle a jeté dans la pensée, sans donner aucun loisir à l'âme de réfléchir sur elle-même et sur ce qu'il est bienséant de dire et de faire.