III. Mettons ici quelques remèdes contre le blasphème
1. Le premier, c'est l'exercice de la patience, qui est d'une si admirable force qu'elle rend douces les plus grandes amertumes,, et trouve le calme au milieu de la tempête. Job en reçut un si grand secours dans le renversement de sa famille et la mort inopinée de ses sept fils et de ses trois filles, que ce choc qui devait renverser sa constance ne l'ébranla point, et non seulement ne tira nulle parole messéante de sa bouche, mais lui fut une occasion de louer et de bénir le saint Nom de Dieu, qui dis-
posait des biens de son serviteur selon sa très sainte volonté.
2. Le second remède se tire de la haute estime que l'homme conçoit de la valeur des afflictions, des maladies et de la pauvreté.
a) Dieu seul, dit saint Chrysostome, est notre véritable trésor ; quiconque en est privé tombe dans une périlleuse indigence, quoique toutes les mines d'or et d'argent de l'univers s'arrachent les entrailles pour l'enrichir ; et quiconque possède son Dieu ne sera jamais pauvre, bien que la fortune le dépouille de tous ses biens.
b) Les vertus sont les véritables richesses de l'âme. Saint Adrien, martyr, étant interrogé par le juge Secondien sur le lieu où il avait mis les trésors de l'Église, répondit : Nos âmes sont nos trésors que nous ne voulons point perdre pour toutes vos promesses, ni pour toutes vos menaces.
c) Dieu est le maître qui a le suprême et absolu domaine sur toutes les créatures ; il a le droit de s'en servir en telle sorte qu'il trouvera à propos ; un potier de terre se sert des vases qu'il a moulés selon sa volonté.
d) Dieu est la bonté même ; il ne permettra jamais que le fardeau qu'il met sur nos épaules surpasse nos forces : mettons en lui toutes nos espérances, comme faisait le Roi prophète.
e) Jésus-Christ le Fils unique du Père éternel et les martyrs, ses amis, ont mené une vie très douloureuse qu'ils ont terminée par une mort cruelle; pourquoi voudrions-nous précipiter nos âmes dans le crime et la rage, là où ils ont trouvé matière de joie et de gloire?
3. Pour éviter les blasphèmes qui procèdent de la colère, il faut dompter la colère même.
Premièrement, considérez-en le venin et la rage ; un coup d'œil jeté sur le visage d'un homme que la colère transporte, sur ses yeux étincelants, sur sa bouche écumante, sur tous les maux qui l'environnent, qui le piquent,
qui s'offrent à sa fureur, vous servira. Ce seul aspect vous jettera le frisson dans les veines et l'horreur dans le cœur, et vous engendrera un désir de ne vous jamais laisser ni posséder ni maîtriser par ce monstre sans pitié, à cause des extrêmes désordres dont il est la source funeste.
La colère transforme un homme en un animal privé de raison, dit saint Basile ; elle le change en un scorpion, écrit Jacques de Gênes ; elle en fait un démon, enseigne saint Grégoire de Nazianze.
Secondement, le deuxième remède contre la colère, •c'est un silence prudent et constant qui lui ferme la bouche et ne lui permette aucune sortie hors de son logis ; si vous lui serrez la gorge et ne lui donnez pas d'air pour respirer, elle sera bientôt étouffée et perdra toutes ses forces.
Le silence donne loisir à la raison d'accourir au secours, et de. se fortifier par l'assistance des vertus, avant que la colère ait fait aucun ravage et se soit mise si loin dans le désordre qu'on ne la puisse rappeler, quand elle est enflée de ses victoires et fortifiée par plusieurs vices.