‹ Le saint travail des mainsChapitre 69 sur 86 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA VIE DE SAINT ANASTASE FRERE LAI ET MARTYR EN PERSE DE L'ORDRE DES CARMES.

I. Ses premières années. — II. Sa conversion. — III. Son entrée en Religion. — IV. Son martyre.

^Maint Anastase était persan de nation, de la province de Razée et de la ville de Rasnuni. Son père enseignait la magie, et y avait instruit son fils dès sa plus tendre jeunesse. Anastase qui avait un cœur noble et généreux, s'en alla à la guerre sous la conduite de son frère Saïn, général de l'armée du roi Chosroès. Il eut les plus belles charges de cette armée, et s'y fit renommer par sa valeur. La Croix de notre Sauveur était alors dans la Perse, y ayant été transportée par Chosroès, après qu'il eut pris Jérusalem à l'empereur Héraclius. Ce bois sanctifié parle Sang de Jésus éclatait dans ce royaume par .plusieurs miracles.

Notre cavalier, ému de la puissance de cet instrument •de notre salut, se fit instruire de la venue du Rédempteur des hommes, de sa vie et de sa Passion, et dans l'admiration de ses actions et de ses souffrances, il conçut de brûlants désirs de se faire chrétien.

II. Sur ces pensées il se déroba de l'armée, se jeta dans la ville de Hiérapolis, se cacha dans la boutique d'un orfèvre chrétien pour y apprendre son métier et les mystères de la foi. Il allaita l'église avec son maître, y prenait un singulier plaisir à la vue du combat des Martyrs qu'il

voyait dépeints sur les vitres. Il s'en faisait expliquer le détail, et se résolvait toujours avec plus d'inclination et de fermeté au christianisme et à la plus éminente perfection.

III. Il se transporta enfin à Jérusalem, y reçut le saint Baptême par la main d'un bon prêtre nommé Élie, et prit l'habit de religieux dans le monastère de l'abbé Anastase. Cette rencontre lui fit changer son nom de Magundat qu'il avait porté dès son bas âge, en celui d'Anastase qu'il retint jusqu'à la mort.

On lui donna le soin de la cuisine et du jardin dans la maison de Notre-Seigneur. Chacun admirait son humilité, son obéissance, sa charité et sa ferveur dans une ponctuelle exactitude en l'observance de toutes ses Règles et dans une piété exemplaire. Autant que ses occupations le permettaient, il assistait à plusieurs Messes, et les servait pour y jouir à souhait de la présence de son Bien-Aimé, et pour communiquer avec lui cœur à cœur dans une plus grande tendresse et familiarité.

Son assiduité aux lectures spirituelles de la Vie des Saints et particulièrement des Martyrs, était singulière. Ses yeux devenaient deux fontaines de larmes, dans la vue d'une générosité si héroïque de ces vaillants soldats de Jésus-Christ, et dans un désir enflammé de les imiter.

Il demeura sept ans en ce rnonastère, donnant de très rares exemples de toutes les vertus aux autres Religieux. Le démon ne put souffrir une si grande perfection et fit tous ses efforts pour le renverser et, par des inquiétudes damnables, lui faire quitter le service de son Créateur. Il lui remit même dans l'esprit plusieurs noires et exécrables pensées de la magie qu'il avait autrefois pratiquée dans la maison de son père ; mais il chassait ce maudit ennemi de Dieu et des hommes par des oraisons très ardentes et par une constante fidélité à découvrir au Supérieur toutes les agitations de son cœur. Cette candeur fut sa pleine et entière guérison, et la vertu qui le fit un religieux selon le cœur de Dieu.

IV. Peu de jours après la totale victoire de ces monstres de l'enfer, le Ciel l'appela au martyre par une remarquable vision. Il lui fut avis qu'il était sur une haute montagne, et que dans l'offre d'un vase d'or qui était rempli devin, on lui commandait de boire : Prenez et buvez, disait une voix céleste. Cette âme courageuse prit ce gobelet à pleine main, et avala tout le vin avec allégresse. Dans ces bouillantes ardeurs, il découvrit à son Abbé sa révélation et son dessein d'y obéir ; et avec sa licence il se transporta dans la ville de Césarée. Il y reprit d'abord des magiciens qu'il y rencontra, il se professa chrétien, fut fait prisonnier et jeté dans un fond de fosse.

Il fut ensuite présenté à Barzabanas, qui s'efforça par de belles paroles et de sévères menaces d'ébranler sa constance dans la foi ; mais il n'en fit que rire et assura, avec une parole ferme et un visage plein de zèle, qu'il ne se séparerait jamais de Jésus-Christ son amour et son Dieu. Le barbare, irrité de ses réponses, lui fit jeter Tes fers au cou et aux pieds, et le contraignit de porter sur ses épaules de grosses pierres, comme un vil manœuvre. Tous ces tourments ne furent qu'un jeu à ce cœur magnanime. Barzabanas le voulut faire lier pour le fustiger avec plus de facilité et de cruauté. Non, non, dit le martyr, il n'est besoin ni de chaînes ni de liens où le désir attache plus que suffisamment la volonté. Permettez-moi seulement que je mette bas mes habits, afin qu'aucun coup n'échappe à votre fureur, sans me frapper. Quand vous couperiez tous les membres de mon corps les uns après les autres, je ne renierai jamais 771011 Sauveur Jésus-Christ.

On le rejeta dans son cachot, il y alla avec gaieté et ne cessa d'y chanter des hymnes et des psaumes à son Rédempteur. Pendant la nuit, comme il était dans la ferveur de son oraison, on vit une grande quantité d'Anges, habillés de blanc et fort lumineux, qui entraient dans cette obscure prison et qui environnaient le Martyr. Ils avaient tous une croix en leur main; un d'entre eux tenait un

encensoir, et encensait Anastase, qu'il remplissait d'une très suave odeur. Le juge épuisa tous les moyens pour le faire renoncer à sa croyance, au moins en secret devant deux témoins; mais ce héros invincible regardait son Dieu présent en tout lieu, comme étant le seul objet de son amour et de ses pensées. Il refusa absolument sans hésiter de donner le moindre signe de changement en sa religion. Barzabanas, dans l'espoir d'entamer une si forte constance, l'envoya au roi Chosroès. Ce tyran lui promit de hautes dignités s'il voulait fléchir les genoux devant ses dieux. Sur son refus, il le fit plusieurs fois bâtonner avec tant de barbarie, que tout son corps fut meurtri et moulu de coups.

Enfin, il fut condamné à être étranglé. Le saint Martyr s écria pour lors : Je souhaitais avec passion d'être déchiqueté petit à petit par tous les membres de mon corps, pour l'amour de mon très aimable et très adorable Rédempteur Jésus-Christ ; mais je le remercie de toute l'étendue de mon âme, de la faveur qu'il me fait d'être participant de la gloire de ses saints Martyrs pour une si légère douleur d'un moment.

Après que les bourreaux l'eurent étranglé, ils lui coupèrent la tête et la portèrent au roi Chosroès. Les chrétiens rachetèrent son corps, et Dieu fit tant de miracles par ses saintes reliques et par ses images, que les démons furent chassés des corps qu'ils possédaient, que la vue fut rendue aux aveugles et que plusieurs autres malades furent soulagés.

Les soldats qui avaient assisté à son martyre, remarquèrent que son corps ayant été jeté aux chiens après l'exécution de la sentence, ils ne le touchèrent pas, mais le conservèrent et le gardèrent avec respect, et la nuit on le vit dans une si brillante clarté qu'il paraissait comme une étoile. Un d'entre eux s'en approcha dans la curiosité de voir cette merveille, et fut fort surpris à la vue d'un corps humain au lieu d'une étoile qu'il apercevait auparavant.

RÉFLEXIONS

i. Qui n'admirera la main toute-puissante de notre Rédempteur, qui d'un païen et du fils d'un magicien a fait un si fervent Religieux et un si généreux Martyr?

2. Les tentations ne lui manquèrent pas, afin de le maintenir dans la connaissance de son infirmité.

3. Les tourments furent très cruels : nous y devons. admirer la force de la grâce, qui est toujours victorieuse si nous coopérons aux aides qu'elle nous présente.

4. Quand les souffrances qui nous viennent de la part des Supérieurs, des autres Religieux, des serviteurs et des autres personnes, égaleront celles de ce martyr, nous aurons quelque apparence de raison de former nos plaintes et nos murmures. Ayons cependant patience, et faisonsnous martyrs par une constance et une persévérance généreuses.

Page 1