Tant que votre office et votre santé vous le permet
tront, servez la Messe, et ne vous laissez pas priver de ce mérite et de ce bonheur par qui que ce soit. C'est l'exercice des Anges, qui quittent volontiers le Ciel pour y adorer leur souverain Seigneur. Ils ont été vus servir et répondre à la Messe de saint Grégoire* pape, de saint Gudwald, archevêque, des saints Procule et Oswald, évêques, et de Jean de Parme, religieux de l'Ordre de Saint-François.
Nos frères sacristains ont une Règle qui leur dit : Quand ils serviront la Messe, ils le feront avec attention, dévotion et édification. Ne courez point çà et là, pendant que vous servez à un Sacrifice si adorable. Soyez libres pour lors de tous soins. Dieu, qui est là présent, mérite tout votre cœur et toute votre attention. Prenez la peine de bien instruire les enfants, et obligez-les de parler clairement, distinctement et sans aucune précipitation.
Communiez spirituellement à toutes les Messes que vous servez ou que vous entendez, et cette dévotion sera très agréable à votre Sauveur; car la communion spirituelle consiste dans un fervent désir de s'unir à lui et de le recevoir dans son âme. Quelquefois il a eu tant de bonté que de se donner par miracle à ceux qui avaient ces saintes affections, comme à saint Bonaventure et à sainte Catherine de Sienne.
Saint Antonin rapporte qu'un jour cette sainte Vierge entendait la Messe de saint Raymond, son confesseur, et ne pouvait recevoir la sacrée Eucharistie à cause de son indisposition ; elle en avait néanmoins un très ardent désir, et sentait de très doux et de très violents transports d'amour. Comme saint Raymond rompait l'hostie en trois parts, la moindre vola dans la bouche de sainte Catherine et la rassasia par la jouissance de son Bien-Aimé. Si vous désirez savoir la façon de bien communier spirituellement, lisez le chapitre quatorzième du livre second de ce Traité.
Votre assiduité et votre ferveur à servir des Messes ne
seront pas sans récompense. Sainte Mechtilde vit l'àme d'un frère convers dans une très lumineuse clarté, parce qu'il avait une particulière affection à servir des Messe*s tant qu'il pouvait.
5. Donnez l'ablution au peuple qui communie, et donnez-la-lui avec une modestie, une révérence et une piété singulières. Tenez très exactement vos yeux en devoir afin qu'ils ne s'arrêtent jamais sur le visage des femmes. Ce serait un horrible sacrilège qu'un Religieux fît des péchés dans des mystères si divins, lorsque les séculiers mêmes s'y enrichissent des plus précieuses grâces de Dieu et des plus rares dons du Saint-Esprit. La modestie de notre saint frère Rodriguez en ce saint exercice était admirable, comme je l'ai remarqué ailleurs.
6. Dans cette fonction de donner le vin aux communiants, jetez souvent les yeux sur ce charitable Sauveur, et contemplez le plaisir qu'il prend d'entrer dans des âmes bien disposées et bien ornées, et l'horreur qu'il ressent et qu'il a souvent montrée dans la contrainte de venir dans des âmes remplies de fange et de limon.
Si vous le voyiez de vos yeux se donner lui-même à saint Denys l'Aréopagite et à d'autres hommes d'élite ; si seulement un Ange descendait du Ciel et distribuait cet aimable Rédempteur, comme il fit autrefois à saint Majoré et à plusieurs autres, vous fondriez en larmes et votre cœur produirait divers actes de vertu.
Demandez-lui qu'il donne la foi à l'un, à l'autre l'espérance, au troisième la charité, et ainsi des autres vertus. Cette piété occupera votre esprit avec fruit et avec contentement.
Réjouissez-vous de la joie de votre Seigneur et du bonheur de vos frères chrétiens, qui reçoivent leur Dieu et s'embellissent de ses dons et de ses grâces.
Craignez pour ceux qui communient dans un mauvais état, et qui mangent leur propre condamnation. Le roi Lothaire, embarrassé dans un malheureux concubinage,.
3o LE SAINT TRAVAIL DES MAINS
ne laissa pas de communier de la main du pape Adrien, et en mourut par punition. Saint Paul même remarque que dès son temps, quelques-uns de ceux qui communiaient en mauvais état étaient punis de mort ou de maladies.
7. Vous apercevez dans tout ce discours la grâce singulière que Dieu vous fait de vous tenir dans un office qui vous offre des occasions si puissantes et si pressantes d'une intime union à votre Dieu. Prenez toutefois garde qu'une excessive contention d'esprit ne vous blesse la tête. Rendez un compte très exact et très fidèle à votre Supérieur et à votre directeur de toute votre conduite dans vos exercices de piété.
Si vous agissez avec une ferveur et une humilité de véritable Religieux, vous devez espérer la récompense de ce frère sacristain de notre Compagnie que vit sainte Thérèse. Cette excellente servante de Dieu, alors qu'elle était àCordoue, aperçut plusieursâmesqui,à leursortiedu purgatoire, en suivaient une qui les surpassait toutes en beauté et les menait au Ciel. Le Sauveur du monde, accompagné d'une grande quantité d'Anges, lui vint à la rencontre en signe d'une particulière bienveillance. Elle connut par révélation que cette âme, si honorée et si caressée par Jésus- Christ, était l'âme d'un frère sacristain qui, ayant fait cet office trente ans, ne connaissait de vue aucune femme, quoiqu'il en eût tant fréquenté par la nécessité de son exercice, qu'il en pouvait distinguer environ quatre cents par la seule voix et par la façon de marcher.
SECTION II
Du Portier.
Après avoir demeuré quelque temps à l'église, entrons dans le monastère et faisons-y la visite des offices domestiques, puis nous sortirons dans les champs pour considérer ce qui s'y passe.