Son oraison se faisait dans des ardeurs séraphiques
Souvent il se levait le premier de tous pour se trouver à l'Office de minuit. Après qu'il était achevé, il se retirait dans un petit coin de l'église pour vaquer dans un profond silence à l'oraison et à la contemplation. Il s'en allait ensuite à tous les autels, commençant par celui de la Vierge, il se prosternait devant tous et y faisait quelques prières.
A l'aube du jour, il disait son Office jusqu'à Vêpres, et ayant assisté à une ou deux Messes, selon son loisir, il s'occupait au travail des mains, et était presque en toutes choses le plus utile frère du monastère, par une grâce particulière de Dieu qui perfectionnait tous ses ouvrages et leur donnait de l'agrément par-dessus les autres.
L'Oraison'dominicale lui donnait plus de sentiments et de goût spirituel que toutes les autres prières ; il croyait qu'en la disant, on lui remplissait la bouche de nectar et d'ambroisie.
IV. Le démon faisait de puissants efforts pour empêcher et troubler ses prières par des apparitions en diverses figures de terreur et d'horreur, et par sa cruauté en le frappant rudement; mais ce valeureux champion de Jésus- Christ se moquait de ces vains fantômes, et les Anges lui donnaient courage et le réjouissaient.
Son bon Ange lui dit un jour : Serviteur de Dieu, soye\ fidèle jusqu'à la mort. Attende^ la visite de Notre- Seigneur, combatte^ vaillamment et fortifie^ votre courage. Vos travaux sont courts et légers; si vous les compare^ à la grandeur de la récompense.
Ses oraisons étaient si efficaces auprès de Dieu, qu'il empêcha, dans la ville de Bologne où il était, une sédition qui eût été capable de la renverser totalement.
Il fut une fois ravi en extase et vit un lieu très délicieux, où il recevait une douceur et une consolation très grandes par l'aspect et l'odeur de diverses fleurs. Il y entendit des chants très agréables, et y contempla tout ce qui peut donner une entière satisfaction à l'homme. Sur ces entrefaites, un Religieux entre dans sa chambre, et le voyant étendu
par terre, sans nul mouvement, il crut qu'il était décédé. Ce Religieux court promptement en avertir le Prieur; chacun y vole dans un grand désir de le secourir ; on jette de l'eau au visage, on le remue, on le frotte afin de le faire revenir. Enfin dans la violente agitation, il s'éveilla comme d'un profond sommeil et s'écria : Dieu vous le pardonne, vous m'avez privé d'un singulier contentement .
V. Le don des miracles le rendit aussi recommandable. Jérôme Aviole, prêtre de bonne vie et son ami, tomba dans une griève maladie qui fut jugée mortelle. Il envoya chercher ce bon Frère, dans la confiance qu'il l'assisterait dans son extrémité. Dès son premier abord, le Saint fit retirer tous ceux qui étaient dans la chambre, et promenant sa main depuis la tête du malade jusqu'aux pieds, il chassa totalement la maladie, qui se retira des parties de son corps à mesure que cette main bienfaisante les touchait.
Enfin, après quatre-vingts ans il fallut payer le tribut à la nature. Aux approches de la mort, il mit lui-même ses pieds et ses mains dans une posture bienséante, et rendit fort doucement son âme entre les mains de son Créateur.
Son visage parut dans une beauté et une splendeur extraordinaires, qui témoignaient la gloire de son âme et touchaient de dévotion et de joie tous ceux qui y arrêtaient leurs yeux.
Un Religieux qui avait une fâcheuse rupture, fut soudainement guéri par le contact de son corps. Un enfant de trois ans qui était muet et impotent, recouvra la parole et la santé par le même moyen. Peu après un enfant d'un an que l'on tenait pour mort, ressuscita, ses parents ayant invoqué ce saint Frère.
Il apparut lui-même à un autre Frère convers et lui guérit une mule qui allait mourir, et dont il était bien en peine. Vous pouvez voir ses autres miracles dans sa Vie composée par Antoine Flamin et rapportée par Surius le onzième jour d'Octobre.
RÉFLEXIONS
1. L'obéissance fait réussir ce que nous entreprenons, si nous le quittons de cœur pour faire ce qui nous est commandé.
2. Dieu récompense souvent l'obéissance d'une vie longue en ce monde, pour lui donner en l'autre une éternité plus glorieuse.