‹ Le saint voyage de Jherusalem du seigneur d'AnglureChapitre 5 sur 100 · I. Voyez l'Index au mot Morq.uelines · texte numérisé non relu

I. Voyez l'Index au mot Morq.uelines

La famille à laquelle appartenait le principal de nos pèlerins était issue des anciens seigneurs de Saint- Ghéron (Sanctus Caraunus), village du Perthois, situé dans la vallée de la Biaise, à 1 5 lieues à l'est d'Anglure. Le plus ancien seigneur connu de Saint-Chéron vivait dans la seconde moitié du xii^ siècle : il portait le nom d'Ogier, souvent répété alors par les jongleurs qui chantaient les exploits des héros carolingiens, mais si peu usité alors dans les provinces septentrionales de la France, que le seigneur de Saint-Chéron ne comptait aucun homonyme parmi les deux mille trente vassaux de son suzerain, le comte de Champagne, Henri le Libéral K Dès lors, pendant plus de deux siècles, Ogier fut à peu près constamment le nom de baptême du chef de la famille de Saint-Chéron ou d'Anglure, en même temps qu'il était en honneur parmi les branches collatérales.

Ogier de Saint-Chéron, né vers le milieu du xn^ siè-

1. La liste de ces 2o3o vassaux forme la première partie, rédigée vers 1 172, du fameux registre des Feoda Campanie détruit par l'incendie de la Chambre des Comptes en lySy. I/un de nous en a publié une version française du xuf siècle sous le titre de Livre des vassaux du comté de Champagne (Paris et Troyes, 1869, in-8») et prépare actuellement, pour la collection des Documents inédits, une édition du texte original des Feoda Campanie.

OGIER d'aNGLURE

cle, figure, dès Tan 1 172 S avec Gilles son oncle, au nombre des vassaux du comte de Champagne dans la châtellenie de Rosnay. On le trouve, en 1 186, parmi les conseillers de la comtesse Marie de France, veuve de Henri le Libéral 2. Use croisa deux fois. Eni 190, il suivit en Terre-Sainte le comte Henri H de Champagne ^, qui accompagnait ses oncles, les rois de France et d'Angleterre, désireux de venger le nom chrétien et la prise de Jérusalem sur le sultan Saladin. C'est probablement à Ogier de Saint-Chéron, qui resta plusieurs années en Palestine auprès du comte Henri H, devenu roi de Jérusalem, qu'on doit rapporter une légende bien connue dont on ne signale aucune mention antérieure à la fin du xv^ siècle 4, légende selon laquelle un seigneur d'Anglure, prisonnier de Saladin et hors d'état de payer sa rançon, aurait été mis en liberté par son généreux ennemi , à la condition qu'il porterait désormais^ pour armoiries, d'or semé de sonnettes d'argent soutenues de croissants de gueules, et que tous les aînés qui sortiraient de lui porteraient le nom de Saladin ^ .

Rentré en Champagne , sans doute après la mort

1. Ogerus de Sancto Gheron. — Gilo avunculus ejus. (Cf. les articles 2i38-2i39du Livre des vassaux.)

2. D'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, t. IV, p. 568.

3. Ce fait résulte de l'enquête de I2i3 dont il sera question plus bas.

4. Voyez, sur cette légende, une note assez étendue de Vallet de Viriville qui l'a placée à la suite de sa publication sur V Armoriai de France^ du héraut Berry (p. 199-210).

5. Le cri de guerre de la maison d'Anglure : Damas! se rattache

du comte Henri II, Ogier prit une seconde fois la croix en 1199 au tournoi d'Ecry ^ et participa, par conséquent, à la quatrième croisade qui, détournée de son véritable but, aboutit à la fondation d'un empire franc à Gonstantinople. Il fut, en 12 12, au nombre des barons qui promulguèrent l'ordonnance de la comtesse de Champagne relative aux successions 2, et il vécut au moins jusqu'en octobre 121 3, date à laquelle il déposa, comme témoin, dans Tenquête sur la validité du mariage que le comte Henri II avait contracté en Orient ^.

Ogier de Saint-Chéron avait trois frères, Aubry, Guillaume et Angobrand, et une sœur mariée à Gautier de Vienne ^ leur existence est indiquée par des actes de 1 183 qui font aussi connaître le nom de Villaine, femme d'Ogier 4.

également à cette légende et, sans aucun doute aussi, au séjour d'Ogier de Saint-Chéron en Syrie.

1. Villehardouin, édition de Wailly, g 5. — Sur ce personnage, voir en outre les §§ 114, i38 et i5i.

2. D'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et des comtes de Champagne^ t. IV, p. 558, note b.

3. Ibid.y t. IV, p. 118-119. — Il est probable qu'Ogier était encore vivant en 121 5; en effet, un Ogier de Saint-Chéron figure au nombre des six conseillers sur le rapport desquels la comtesse Blanche rendit une sentence arbitrale {Ibid., t, IV, p 56 1), mais peut-être s'agit-il là d'Ogier II.

4. « In nomine...., ego Ogerus de Sancto Karauno.... perrecompensationem dampnorum que hominibus Sancti Stephani Cathalaunensis intuleram, quidquid habebam in décima de Soldeio, assensu Villane uxoris mee et fratrum meorum Albrici et Willelmi et Angobrandi, capitulo in elemosina dedi, et caritate eorum XXX libras recepi. Preterea iidem fratres mei et Galterus de Vianna, sororius meus, promiserunt quod elemosinam ratam habebunt.

OGIER d'aNGLURE

On ne sait rien de positif sur l'origine de la femme d'Ogier % mais deux articles des Feoda Campante permettent de supposer, avec une quasi-certitude, qu'elle était fille de Guillaume le Roi^ maréchal de Champagne, mort en 1 179, et sœur, par conséquent, du chambrier des comtes Henri et Henri H, Milon le Brébant, dont le fils et homonyme fut l'un des héros de la quatrième croisade ^. Ogier, figure, en effet, dans le document précité, comme l'héritier des fiefs que Guillaume le Roi possédait dans les châtellenies de Vertus et de Sézanne ^ , lesquels fiefs comprenaient, pour la partie sézannaise, la châ-

Dominus Willelmus, Remorum archiepiscopum tum présent, fidejussorem dedi. Anno mclxxxix. » (Gartulaire de l'église de Châlons, — Bibl. nat., ms. latin 52 ii A, — f° 4^ ; cf. au f" 22 du même cartulaire une charte de Guy, évêque de Châlons, relatant le même fait et dans laquelle Soldeium est nommé Soldaium Minor, ce qui permet de l'identifier avec Soudé-Notre-Dame (Marne, arr. de Vitry, commune de Sampuis). Nous devons Tindication de ces deux documents à l'obligeance de M. Anatole de Barthélémy.)

1. Cette femme, qui nous est seulement connue par la charte transcrite ci-dessus, avait eu d'un premier mariage un fils nommé Henri, mentionné dans une pièce de 121 1 qu'on lira plus loin (p. xxxiv, note 2).

2. Sur la famille des Brébant, de Provins, voyez Longnon, Livre des vassaux, p. 275.

3. u Marescallus , ligius et m menses custodie. Ogerus de Sancto Karauno. » (Feoda Campanie : de Virtute. Cf. les art. 25o6-25o7 '^^ Livre des vassaux). — « Guillelmus marescallus, ligius et II menses custodie. Ogerus de Sancto Karauno. Castellariam de Chaplaignes, et quicquid habet apud Sezanniam et apud Godes et apud Angleure. » (Feoda Campanie : de Sezannia et de Lachi. Cf. l'art. 3499 du Livre des vassaux). Les mots imprimés ici en petites capitales constituent une addition au texte primiti et représentent le nom de l'héritier du vassal vivant en 11 72.

LE SAINT VOYAGE DE JFiERUSALEM

tellenie deGhapelaine % et les biens que Guillaume tenait à Sézanne, à Queudes et à Anglure.

Ogier de Saint -Ghéron eut deux enfants : un fils qu'une charte de 12 1 1 nomme Ogier le Jeune pour le distinguer de son frère, et une fllle, — Héluis, — alors mariée à un certain Eblon ^, Ogier le Jeune épousa Béatrix ^, fille de Henri de Rethel, châtelain de Viiry en Perthois, qu'un chroniqueur contemporain désigne sous le titre de «damedeSaint-Ghéron 4^»,

1. Il s'agit certainement ici de Chapelaine (Marne, arr. de Vitry, canton de Sompuis), où le chef de la maison d' Anglure possédait encore une maison seigneuriale en iSyS (voir plus loin, p. lix), et non de Ghapelaines, écart de la commune de Vassimont (Marne), située à une moins grande distance de Sézanne.

2. Nous empruntons au cartulaire de l'église de Châlons (f° 44), déjà cité, la charte d'Ogier qui établit ces faits : « Ego Ogerus

Senior de Sancto Karauno notum cum questio verteretur inter

capitulum beati Stephani et homines de Poigneio, ex una parte, et Ogerum filium meum et homines de Vouceniis, ex altéra, conve-

nerunt Hoc laudavit et fiduciavit se servaturum Ogerus, filius

meus. Laudavit Beatrix, uxor ejusdem Ogeri filii mei. Laudaverunt Eblo gêner meus, et filia mea Hcilvidis uxor Eblonis, soror dicti Ogeri filii mei, et Henricus privignus natus.... mccxi, mense maîo.» Cf., f" 43 du même cartulaire, une charte du châtelain de Vitry constatant cet accord entre le seigneur de Saint-Chéron et le chapitre de Châlons : Henri, beau-fils d'Ogier l^"^ est ici qualifié « frère » d'Ogier II. C'est encore M. Anat. de Barthélémy qui nous a fait connaître ces deux documents.

3. Ce mariage remonte au moins à l'an 121 1, comme le montre l'acte qui précède.

4. « Henricus, castellanus Vitriaci, filius Guitheri comitis Reytestensis, fuit pater Beatricis domne Sancti Carauni. » (Chronicon Alberici Trium Fontiiim, anno 1168^. C'est évidemment Béatrix qui est mentionnée sous le titre de « dame de Saint-Chéron » au nombre des personnes tenant fief du châtelain de Vitry (Longnon, Rôles des fiefs du comté de Champagne, n» 1 297) ,

OGIER d'aNGLURE

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