‹ Le saint voyage de Jherusalem du seigneur d'AnglureChapitre 72 sur 100 · Alixendre est grande et belle cité, et si est tres · texte numérisé non relu

Alixendre est grande et belle cité, et si est tres

I . M diffère quelque peu dans l'ordre et le nombre de ces hôtelleries : telz comme le fondigo de Venise, dez Genevois, de Caistelain, dez Cipriains, des Napolitant, dez Anconitain, des Marcilizien, dez Condroite, des Marbonoix fsicJ et des Fransoit. — 2. M : consulo comme fondigo ci-dessus; le § j y 0 présentait déjà consulo. •— '5. Ce l manque dans M, qui s'est sans doute fait scrupule de répéter le passage identique du § 279. Voy. la note suivante.

bien fermée de bons et haulx murs et de tresgrosses tours bien defenssables, et belles portes et fortes. On y fine bien de bon vin es fondiques dessus dits ^

288. Nous partismes d'Alixendre en Egipte la bonne cité, et entrasmes en une nafve pour retorner en nostre pays, le mardi devant Noël, le .xxj^ jour de décembre.

289. Dont il advint que cedit mardi environ mienuit partismes du port d'Alixendre qu'il faisoit bon temps et bon vent, mais nous ne fusmes mie .vj.m en sus dudit port que une si grande et horrible fortune se leva soudainement ^, laquelle nous dura le mercredi, le jeudi et le vendredi, vigille de Noël, et jusques au sabmedi jour de Noël qu'i fut jour. En celle malle fortune perdy nostie nafve l'un de ses tymons dont elle estoit gouvernée en partie, et fut renversée^ nostre voille par plusieurs fois en la marine malgré tous les mariniers. Et quant ce vint le soir de Noël, ung petit apprés mienuit ^, celle fortune nous doubla, et fist si obscur que l'un ne povoit veoir l'autre sur la nafve. Si estiens a celle heure aucques près de terre, c'est assavoir des roches de Ghippre environ .xl. milles, qui estoit la chose qui plus nous desconfortoit et les marigniers ainsi. Et en vérité il n'y avoit nul qui fist autre semblant fors que si comme cellui qui bien voit devant lui qu'il le || fault morir ^. Ainsi nous jecta

I. Cette dernière phrase n'a pas été reproduite par M, qui a d'ailleurs transporté ce ^ 28y entre les H 280 et 281. — 2. P indique la distance, M le temps — Après mienuit, deux on trois heure après ceu que lai naive ot faite voile, si grantde et si horible fortune so. levait soudennemant que Deus le sceit. Les deux versions se complètent l'une par Vautre. — 3. renversse. — 4. M : lai neut de Noelz, .ij. reloge passés après mienuit. Rem, l'emploi du mot relogQ par synecdoque. — 5. M : por laiquelle chose nulz n'avoit espérance for que de morir, aulci bien et plus lez maronnier comme les pellerin; car s'il fuist jour, lez plussours se heusse en aulcunes manier reconfortéz.

celle horrible fortune hors de nostre chemy, qui tendiens venir en Rodes, et nous nous trouvasmes près du royaume de Chippre, corne dit est ^ Sy nous advint adont droit au point du jour, dont Nostre Seigneur soit loez et beneiz, quUl nous saillit un vent de costiere qui nous eslargit ung peu enssus de ladicte terre et roches ^. Adont le jour se esclarcy, sy congneurent appertement nos marigniers que ils estoient devant l'isle de Chippre, et que illec avoit une grosse ville ou il avoit ung port ou couverte que on appeloit Limesso en Chippre. Et si comme il plut a Nostre Seigneur^, nous arrivasmes devant icelle ville de Limesso, non pas tout près mais plus bas, environ heure de tierce, le jour de la Nativité Nostre Seigneur, dont un chascun de nous fut moult joyeux et regracia Nostre Seigneur de bon cœur. Et sachez que nous vous certiffions que nous oismes jurer a plusieurs, que par plusieurs fois avoient esté en plusieurs et diversses fortunes sur mer, sur la dampnacion de leurs ames, que onques en nulle fortune qu'iiz eussent eue n^orent si grant paour d'estre periz comme a ceste fois ^. Or en soit Nostre Sei-

I. Cette phrase manque dans M. — 2. M précise davantage : devers le jour, enci comme environ t une heure, il nous saillit ung vant de costier que nous alaijait ung pot de lai terre et nous recuUait une grande pièce bien environ .xx. m. — 3. M : Rt lai, per lai graice de Nostre Signour et dont vant, nous arivasme on port de laidicte citeit. — 4. C'est ici le passage le plus intéressant de la version messine : Et tant come a moy, je qui escripts cestuit livre, je vous jure que, se mon arme ne soit dampnéez, que je n'ot onque telle paour, combien que aultrefoy per lai graice Nostre Signour suis je eschaipés de plus de .xl. fortune orible et espoentauble ; mais en mon esperit ne fuit onke teil paour comme a celle foy dont vous oés raconteit. On saisit ici sur le vif le procédé par lequel le translateur messin a dramatisé et marqué à son cachet personnel la version originale du pèlerinage du seigneur d'Anglure. Ni dans les pages précédentes ni dans les suivantes ne s'étale en aussi beau jour la naïve impudence du rifaîlore. Apres quoi il reprend le texte : Or en soit Deuspor.c. foy regraicie's, etaulci lai gloriousevirge Nostre Dame saincte Marie, que ung chescuns crestient veulle garder.. Amen.

gneur par cent^.^ fois louez et regraciés quant il nous délivra de tel péril, et vueille garder et saulver les corps et les ames de tous bons chrestiens par mer et par terre de la main et puissance du Deable d'enfer I Amen.

LIMESO

290. Nous descendîmes a terre, c'est assavoir en ladicte ville de Limeso, qui fut jadis moult bonne cité, le dimenche ensuivant, jour de festede saint Estienne premier martyr, .xxvj^ jour de décembre. Et sachiés que celle cité de Limeso, qui est la pluspart deshabitée, fut jadis ainsi destruicte par les Genevois pour le temps qu'ilz firent guerre au |) roy de Chippre ^ et encore en tiennent fi une moult fort cité et bon port qui est appellée Famagost en Chippre. Au surplus le roy de Chippre joyst paisiblement de toute l'isle de Chippre qui a .vijÇ mille de tour.

291 . En cette cité de Limesso sejournasmes nous depuis cedit dimenche jusques au sabmedi ensuivant, jour du nouvel an, que a cedit jour le roy de Chippre nous avoit envoyé ung de ses escuiers et avec lui mules 2, chevaux et sommiers pour porter nostre cariage jusques en la cité de Nicossie.

NICOSSIE

292. Celui jour du novel an fut chargez nostre cariage, et montasmes a cheval pour aler en ladicte cité de Nicossie ou le roy estoit. Et adressasmes nostre chemy

I. M modifie et abrège ainsi ; Et fuit cest citeit déserte en cest manier pour le temps de lai guère don roy de Cipre et des Genevoix, et lai destruont lez Genevoix. Le g s'arrête à ces mots. — 2, D'après M: mule j P : mille.

pour aler en pèlerinage droit a Saincte Croix qui est en Chippre, et est la croix ou le bon Larron fut pendus a la destre de Nostre Seigneur Jhesu Crist ^ I celle saincte croix est de moult grant vertus, et est merveilleuse chose a veoir.

293. Sachiés que icelle saincte croix en laquelle le bon Larron fut pendus, madame saincte Hélène, mere de Constantin ^, apporta et mist en la plus haulte montaigne de tout le royaume de Chippre, laquelle montaigne pour vérité est moult haulte et penable a monter.

294. Au plus haut d'icelledicte montaigne a une belle église et belles demorances entour. En celle église a deux aultelz, c'est assavoir le grant autel de l'église et ung autre autel en une chappelle qui est darrier le grant autel ^. Illec ou cuer d'icelle église nous fut monstrez ung des clos dont Nostre Seigneur Jhesu Crist fut cloffichez ^ en la vraye Croix.

295. Darrier ladicte chappelle a une aultre petite chappelle, en laquelle est ladicte saincte croix du bon Larron. Et sachiés que c'est grant merveille que de veoir icelle saincte |] croix, car elle est grande et grosse et si se soustient en l'air, sans ce que l'en puisse apparcevoir que aucune chose la soustienne, et quant l'en y touche elle bransle fort. C'est merveilleuse chose et belle a veoir.

296. Et si fait moult de beaux miracles dont il nous fut dit, en la cité de Nicossie, d'un chevalier françois demorant a la court du roy de Chippre, qui estoit appelez messire Durant, que lui mesmes l'an mil .iij*^ iiij

et xiij. se partit et print congié du roy de Chippre pour venir en France devers ses amis, et s'en ala icellui chevalier en pèlerinage a icelle saincte croix de Chippre. Sy

I. M ajoute la date : le jour du Boin Vanrcdi. — 2. ÀI : Celle damme sainte Eslainne, empererixe et meir de saint Constantin empereour de Consta[n]tinople, etpourtait et posait en lai plus haulte.... — 3, Les mots : c'est assavoir. grant autel manquent dans M, — 4. M: closechief.

pourpensa, en faisant sa devocion, de tailler une pièce d'icelle croix, et icelle pièce mist en sa bource secrettement que nul ne s'en print garde, et entra en une nafve. Dont il advint que quant icelle nafve partit par bon temps et bel, une si grande fortune se leva en mer soudainement qu'il convint retourner icelle nafve au port dont elle esîoit partie; et par ainsi advint a icelle nafve par trois ou par quatre fois, et ne savoit icelle nafve partir du port par si bon temps ne par si bon vent que tantost ne se levast une fortune en mer pour laquelle il la failloit retourner au port. Pour laquelle chose ung chascun estoît esmerveillez et esbay que ce povoit estre, et mesmement iceluy chevalier en estoit tresesbay. Si se advisa de la pièce de ladicte saincte croix qu'il avoit emblée et adont se fist mettre en la barque de la nafve et voguer a terre, et retourna en l'église de Saincte Croix en la montaigne dessus dicte, et illec laissa sa bource de soye et la pièce de ladite saincte croix, et s'en retourna a ladicte nafve au plus tost qu'il pot, et entra dedans : et de la en avant se party la nafve d'icellui lieu et port sans fortune ne sans encombrier, et vint en France. Et depuis s'en est retournez en Chippre, et y estoit encor au jour d'uy demorant. De ladicte offense il || demanda pardon au Roy qui lui pardonna; mais le Roy fist adont faire ung gros trelis de fer \ a quoy l'en ne peult approcher ladicte croix si comme l'en faisoit devant; et si n'est ouvert icellui trelis s'il n'y a aucun de par le Roy. Sy avions avec nous ung escuier du Roy qui icellui trellis nous fist ouvrir par les frères ^.

297. Emmy icelle croix a une petite croix empe'e, de la vraye croix Nostre Seigneur Jhesu Grist, sur laquelle

I. M : trulliez, comme déjà au § 246. — 2. D'après M cet écuyer serait le même que celui qui est mentionné au l 2gi : ung dez escuier de pairt le roy que nous guidoit a que nous avoit ameneit lez cheval et lez solmier dessus escrips.

croisette l'en fait certaines bulettes qui portent moult grans vertus par mer et par terre ^

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