BALLADE
d'un pèlerin au retour de la terre-sainte
(Voy. la note 2 de ia page 90.)
A vrai dire, cette ballade n'a aucun rapport avec le texte du pèlerinage , soit primitif, soit adapté. La date seule suffit pour le démontrer, celui-ci ayant eu lieu en iSgS-ô, celle-là ayant été composée en 1428. Dans le ms. d'Epinal, la ballade est copiée d'une main bien postérieure à l'époque où le pèlerinage a été transcrit. L'écriture en est très négligée et l'orthographe tout à fait irrégulière, double motif pour rendre le déchiffrement de certains mots assez difficile, et pour expliquer quelques divergences de lecture entre notre leçon et celle de M. Prost i.
Dans la copie de Huguenin, la ballade suit immédiatement la relation du pèlerinage. C'est ce qui a déterminé feu le baron d'Huart à joindre le nom de NicoUe Louve, auteur de ce morceau poétique , aux noms des trois autres gentilshommes messins, créés de toute pièces, pour bonnes et certaines
I. ce Une ballade messine du xvo siècle » (pp. 407-416 du Recueil intitulé : « Metz littéraire en 1804 »).
APPENDICES
causes, pèlerins à leur insu. Par une conséquence voulue, Nicolle Louve a été présenté comme l'auteur de la relation elle-même : Vescripvain d'îcelles (chroniques), bien que ces deux productions fussent respectivement datées à plus de 3o ans d'intervalle l'une de l'autre. D'ailleurs, en iSgS, Nicolle Louve, le futur maître-échevin, n'avait guère que neuf ans. Et c'est à quarante ans passés qu'il entreprit son voyage aux Lieux-Saints, où il fut créé chevalier. Les chroniqueurs messins font mention de son retour à Metz dans les termes suivants : « Item en l'an dessus dit (1428), le .x®. jour de décembre sires Nicolle Lowe, chevalier, et Mertin George, l'amant, et citains de Metz, retornoient de Jherusalem et rappourtont deulx papegay i ».
Nous transcrivons la ballade telle que la donne le ms. d'Epinal, sans essayer d'en ramener le texte à une orthographe plus orthodoxe. Il y aurait trop à faire, et d'ailleurs bon nombre de ces licences ont reçu droit de cité dans le patois actuel qu'elles nous montrent déjà constitué dans ses traits les plus caractéristiques.
Sy après est une bailaide que signour Nicole Louve, chivaillier, 8g fy suis mer en revenan don Saint-Sépulcre l'an. xiiij\ et .xxviij.
Qui en gallye vuelt entrer De bien souffrir et endurer Pringnet en luy le reconfort 4 Dès qu'il partét du premier port,
Doingereus estre n'y covient Sur les vivre, car il avient Que plussour foy et tressouvant 8 Mangier y fault vivre puyant.
I. « Chronique du doyen de Saint-Thiébaut » dans « Metz ancien », I, 79. Philippe de Vigneulles donne la date du 1 1 décembre, et ajoute que Nicolle avait été créé chevalier du Saint- Sépulcre. Voye^ encore Huguenin : « Chroniques messines », p. i55 et 16Ô, et Vétude de M. A. Prost, l. l.
Mal couvreir, du solloil rôtis, Maingiéz des mahes presques poris, Vin espès de maie saveurs 12 Y boinent sovant les pluseurs.
Et pour confermer Tapetit Quant on sont a la tauble essis, Près de la, a moins de .vj. piex i6 Vient chescun son vantre purgier.
Pour veriteit vous dy aussy Que entendre y fault la mercy Du vent, maistre de la galie 20 San aultre homme qui ait signorie.
Il l'arest quant il ly plait, Et quant il vuelt coure la fait ; Patron, coimetre ne paroii 24 Ne doubles, ne les espérons ;
San menestreit la fait dancier.
La voriés plussour grimachier Et teilemant hochier lours teste 28 Que de lour bouche son deshonestre.
Quant sa maistrie moustrer vuelt, Aultre remédier ny peult For que Dieu, ausquel chescun prie 32 Que lez gairde de celle maistrie.
Chose y ait encor mervilleuse, Tresdesplaisant et perileuse :
Que, pour vent contrayre tresfort, 6 Covient sejorner près d'un port
!jO Sy longuement, je vous adfie,
Que vivrez faillant en galie Et covient per nessecitéz 40 Prandre terre et a pied aler.
APPENDICES
Et que on concilier vueit savoir, A painne y puclt nuUuy avoir Pacience ne bon repoz, 44 Pour tant que dormir fault enclo
En lieu on ait tant de puour Et vent de savaige savour Que des condut des hommes yssent, 48 Que tous les cuer en effleblissent.
De pusse y ait grant quantitéz, Les pus n'y puet nuluy nombréz, Que de mordre ung chescun s'aforcent 52 Quant il dorment on se reposent.
Et por conclure en la matier, Ne s'y doit nuluy oblygier Cil n'ait en luy condition 5o Dont oréz desclarecion :
S'il n'est plain de grande liesse Que ces doulours portey iy faissent, On soit jeune on de sent petit 60 Que ]y fasse mestre en oblit ;
On, comme escript est sy dessus, Que le reconfort ait en luy De perilz, dongier endurer, 64 Poinne, pueurs, flareur assez.
Niant moinx pour finable fin, Que a veoir a cuer enclin Le Sépulcre et la Terre Sainte 68 Aler y doit sen nule fainto.
L'an .iiijc. mil et .xxviij. l Fuit cest rime fayte et conclate
j. Vint hute, patois.
En galic, on plus de .ii)*^.- Estiens tous compaignon aidant ; Maix por vin veudier de boutaile 74 De Guilorey n'y et perelle.
Etc., etc.
Cette énumération, en termes pittoresques , des inconvénients de tout genre, inséparables d'une expédition aussi longue que celle de Metz à Jérusalem pour cette époque, n'est sans doute pas un témoignage isolé. Mais il n'y a pas lieu de rechercher la trace de compositions poétiques du même genre ; nous citerons seulement ici, à titre de rapprochement, le quatrain qui termine un volume très-rare, imprimé dans le premier quart du xvi® siècle i.
Che présent livre a faict ung nomé Jacque Le Saige, Lequel est bien sarpilit de languaige, Grant crocheteur de boutelles et de flacquon. Je prie a Dieu qu'y luy fâche pardon !
Amen.
I. En voici le titre complet d'après l'exemplaire de la Bibl. nat. coté, au fonds de la réserve^ f. 33 : Ghy sensuyent / Les gistes repais- / -très & despens : que / moy Jasques le / Saige marchant de drapz de soye demourant a Douay / ai falct. De douay a Hierusalem / Uenise Rhodes Roïne Nostre Da-/-me de le Lorete. Avec la description des / lieux : portz : cites : villes : et aultres passai-/-ges. Que moy Jasques le saige ay faict là / mil chincq cens, xviij. Auec mon retour.
Imprime Nouuellement a Cambray Par Bonauetu- / re Brassart. Au despens dudict Jacques.
Sans date; vers i524. Petit in-4'' gothique, très rare. On n'en connaît que trois ou quatre exemplaires, dont l'un a passé en vente publique — avec le titre un peu modifié — le 22 mars, à Paris (Catal, Potier). Réédité par Duthillœul, à Douay, en j852 et tiré à 120 exemplaires^ avec planches. Dans sa Bibliographie, cambrésienne, A. Dinaux avance à tort que le « Pèlerinage » de Jacques Le Saige est la première production des presses de Cambrai (Mém. de la Soc. d'émulation de Cambrai, année 1822, pp. 225-6 et 233) : les Rudimenta Gramma.X\ces imprimés en cette ville portent la date de i5i8, et il est matériellement impossible que le « Pèlerinage » leur dispute la priorité.
APPENDICES
CI SUNT Ll SAINT LEU DE JERUSALEM (Voy. la note la page xiv.)
Cette nomenclature des Lieux saints de Jérusalem et des environs occupe les feuillets 128^-129 c du ms. de l'Arsenal 4797 (anciennement 677 Hist. fr.). C'est un des nombreux mss. qui nous ont transmis la chronique dite d'Ernoul, écuyer de Balian, seigneur d'Ibelin. Décrit sous la lettre A par M. de Mas Latrie, dans la liste des sources auxquelles il a puisé pour établir le texte critique de la Chronique d'Er* noul I, le ms. de l'Arsenal est l'un de ceux qui contiennent les additions faites, au début et à la fin du récit primitif, par Bernard, trésorier de l'abbaye de Corbie 2, Des i34 feuillets de ce ms., écrit à deux colonnes par page, la Chronique remplit les 127 premiers et se termine au f« 128 a par cet « explicit » :
Ceste conte de la terre d'Outre Mer fist faire H trésoriers Bernars de Saint Pierre de Corbie en la. carnacion (sic) millesimo .CC. XXXIL
La Chronique d'Ernoul, ainsi amplifiée par Bernard de Corbie, se divise en quarante-et-un chapitres dont le dixseptième off"re une description, intéressante et souvent citée, de la ville de Jérusalem lors de sa prise par Saladin en 1 187.
Au f*^ 128 b commence l'itinéraire des Lieux Saints de Jérusalem et de ses alentours, que nous reproduisons plus
I. Publiée par la Société de l'Histoire de France, 187 1; et antérieurement dans le vol. II des Historiens occidentaux des Croisades, pp. 4go et ss. — 2. Voy. pages xxxvj-xliv de i'Aveitissement de l'éd. Mas Latrie.
l \6 LE SAINT VOYAGE DE JHERUSALEM
bas. Le volume se termine par un extrait en français de la notice de Jacques de Vitry sur l'état de l'Orient au temps de Saladin (De statu Saracenorum). Comme ce morceau se rattache par quelques détails au fond même de la présente publication, nous en dirons quelques mots.
Après la prise de Jérusalem par Saladin, il y eut grand émoi par toute la chrétienté. Le pape Innocent III convoqua, en 12 1 5, au Latran un concile général pour aviser aux moyens de recouvrer la possession des Lieux saints. Dans ce but, il aurait demandé au patriarche de Jérusalem une sorte de rapport sur la situation politique et sur les forces militaires des princes sarrazins contre lesquels les chrétiens s'apprêtaient à reprendre la lutte. C'est au f" 129 que commence la réponse du patriarche, en tête de laquelle on lit ce préambule :
Papes Innocens VQiit savoir les us et les costumes et les constrées et la force et li lingnage Saladins et des autres (et) Païens encontre cui les os des Crestiens s'apar[i]lloient. Si manda au Patriarche de Jérusalem que il enquesist la vérité del pais et des hau^ homes (et) del pais sarrasins qui tenaient les terres, et les mons (sic) des terres; si li mandast a VApostoille et a l'Eglise de Rome.
Li Patriarches fist inquisition, et le mist en parchemin, et le manda a l'Eglise de Rome au Concile que Papes Innocens fist. Or porre^ hoir la vérité de l'inquisition :
« Dui haut home frère Sarrasin furent; li uns ot 0 non « Saleadins, et li autres Saphadins.... »
Cette enquête remplit les quatre derniers feuillets du volume (fos 129 c-i33 c). Nous n'avons pas à toucher ici aux faits d'ordre politique et historique qui y sont énumérés ; mais nous pouvons signaler certains détails de topographie et de pratiques religieuses qui concordent — très-brièvement — avec les informations recueillies par nos pèlerins français. Après la description de la Judée, des villes de Damas et de Jérusalem, vient celle de l'Egypte et du mont Synaï avec son abbaye de Sainte-Catherine (§§ 190 et ss. de la présente édition), celle du Nil avec ses cocadris (§ 277). Relevons encore la mention
APPENDICES
des arbres à baume, de la fontaine où la Vierge lava les langes de son divin Fils (§23o). La légende du dattier auquel la Vierge cueillit une datte lors de sa fuite en Egypte, et qui, abattu par les Sarrazins, aurait immédiatement repoussé avec toutes ses feuilles et ses fruits, peut être rapprochée de celle du figuier de Pharaon, ou plutôt de Notre-Dame (§ 2 32 et la variante 2, et surtout la relation italienne, p. 83). Il y aurait encore à relever certains points de concordance, mais nous avons hâte d'arriver à l'objet principal de cette note.
La nomenclature des Lieux saints de Jérusalem s'étend, comme il a été dit, du f» 128 b au f» 129 c. Transcrite de la même main que le volume tout entier, elle a été exécutée, au commencement du xiv^ siècle, d'après un original français, (bourguignon ou lorrain), par un scribe méridional. Indépendamment des preuves intrinsèques, tirées de la forme de l'écriture et du style de l'ornementation, certaines particularités phonétiques ne permettent pas de douter que ce ms. n'ait été exécuté dans le midi de la l'Vance : tels les parfaits recrut, comem^a (p. 118, lignes 3o, 3]), et d'autres formes analogues qui se trouvent çà et là dans le volume : drec^a, encha^^a, l'infinitif rec^oivre, etc.
CI SUNT Ll SAINT LEU DE JERUSALEM i 128 a
Il Ci poez vos savoir les sains leus de la terre de Jerusa- b lem ^
En Jérusalem a .1. saint leu covcrt d'une pierre ou Salemons escrist le livre de Sapience.
Et iluec meïsmes, entre le temple Salemonet l'autel, el marbre devant fu li sains Zacharias espandus.
Iluec près est la pierre ou li Jui venoient chascun an, et oignoient d^oile d'olive, et ploroient, et faisoient granz lamentations, et si s'en reparoient plorant et lamentant.
I. Le numéro enfermé entre parenthèses à la fin de certains articles indique la concordance avec la présente édition. — 2. Au ms. Jertm partout.
Iluecest la maison Ezechie le roi de Jude, cui Nostres Sires alonja sa vie de .xv. anz.
Après est la maison Chaïfas, et la colonne ou Nostres Sires ^ fu loiez et batus a l'estache de plaiez de corgies.
A la porte Pilâtes est le prétoires Pilate ou Jhesuz Criz fu gugiez des princes de la loi et des prestres (6i).
Ne gaires loin de la est Golgotha, li monz de Calvaire ou 11 Fiz Deu fu crucifiez et Adans li premiers i fu enfoïz (ii5, ii6, 119, 122).
Et iluec pri- 1| -mes sacrefia Abraham a Damedeu.
Iluec vers Occident le get d'une pierre est li leus ou Josep d'Arimathie enseveli le cors Nostre Signor (124).
Et illuec est l'iglise ^ que Constentins, li empereres de Rome et de Constentinoble, fist faire mout richement.
Del mont de Calvaire si a .xiii. piez sanz plus dusques la ou li moilons del monde est vers Orient (12 5).
Par devers senestre si est la chartre ou l'en dist que ^ Dex fu mis (129).
En la destre partie près del Sépulcre est le moustier latins en l'enor madame sainte Marie, la ou sa maisons meïsmes fu.
En cel moustiers meïmes a .1. autel : illuec s'estut madame sainte Marie et Marie Cleophe et Marie Salome, ses serors, plorans et dolentes qu'il veoient Nostre Seignor souffrir passion en la Croiz quant il dist a sa mere : « Feme, vois ci ton fil ! )) Et puis a saint Jehan et au pueple : « Vois ci ta mere ! » (i35)
De cel leu tant com uns ars porroit giter une saiete a .11. foizvers Orient, si |1 est li temples Deu que Salemons fist, la ou saint Symeons dist et quant il reczut et présenta Jhesus Crist sor l'autel a offrende , et comenza : Nunc ditnittis (86).
En la destre partie de cel temple fist Salemons le suen
I. Le ms. répète et sires. — 2. Ms. E. i. et en liglisc. — 5. Le ms. répète qe.
APPENDICES
temple, et entre ces .11. temples fist il faire une porte mout belle et riche de colombes de marbre.
A senestre de la si est prohatica piscina (64).
D'iluec vers Orient ansi comme demie liue, si est li mons Olivete ou Dex ora a son Pere et dist : Pater noster, etc. Si fieri potest (68).
Et illuec escrist il en la pierre la Paternoster.
Et d'iluec monta il es ciex quant il dit a ses Apostres : « Alez et enseigniez a totes gens. etc. » (80). ) Entre le Temple et le mont d'Olivete si est li vaus de Josaphas; illuec fu Nostre Dame ensevelie des Apostres. En celle vallée vendra Nostres Sires jugier tôt le mont au jor del juise (66, 67).
Et près de la est [la] ville de Jessemani (70). ) Et près de la est li cortis com Fom apele trans torrem Cedrorij la ou Judas fist la traïson (70).
Près d'ilec est li sépulcres Ysaïe le prophète (89 ?) .
A une liue près si est Bethanie, H ou Dex resuscita La- 12g a zarum, le frère Marie Magdolaine, qi .1111. jors avoit jut ) enterre morz et enfoïz (i63).
Celle meïsmes part vers Jéricho, a .xxiiii. liues près % est li sicamors ou Zacheus monta por veoir Nostre Seignor.
D'iluec a .1. liue de Jerico si est la fontaine Helizée li ? prophète, qu^il beneïst et mist sel en senefiance de l'eve beneoite com l'en fait ^ ores.
D'iluec a une liue ^ si est li flun Jordan ou sains Jehans baptiza Nostre Seignor, .viii. liues ja de Jérusalem {i^y).
Près d'iluec est [li] leus ou Helies fu ravis es ciex. ) Del flun Jordan si a .xvin. jorne'es dusques au mont de Synaï ou Dex aparrut a Moïses en .1. buison ardant, et si li dona la loy (igS).
Illuec est li vaissiaus c'om appelle j^<ir£^ï, qi toudis est plaine d'oile d'olive ja tant n'en prendra on (194).