‹ Le Salaire des FemmesChapitre 12 sur 39 · ORALE · texte numérisé non relu

ORALE

Dépenses

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I] lui reste donc 0 fr.65, par jour, pour vivre :

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« Et le budget est en équilibre, oui, certes en équilibre! Mais vienne l'hiver, c’est le froid; le chômage, c’est la faim; la maladie, c’est la mort » (1).

(1) Voici pour la ville de Paris un extrait d’une interview du secrétaire du Syndicat des Couturières, publiée par la Petite République, en date du 31 octobre 1896 : ; .

— Par exemple, voulez-vous me faire connaître la situation des femmes employées pour la confection des habits d'enfants?

— Les confectionneuses dont vous parlez, soit qu'elles emportent l'ouvrage, soit qu’elles restent à l'atelier et toujours

«Une de nos enfants, nous racontait une personne charitable qui s'occupe d’un patronage de jeunes filles à Paris, a été obligée de quitter sa mère el sa sœur parce qu'elles avaient une conduite indigne sous tous les rapports. Nous l’avons aidée à louer une chambre au 6° étage et lui avons donné le strict nécessaire : un lit, deux chaises, une table, un poële. Cette jeune fille de 20 ans gagne 3 francs par jour, mais elle est employée à un travail qui ruine sa santé — l’année dernière elle a dû passer trois mois à l’hopital Saint-Louis — et qui lui occasionne une grande dépense de chaussures... Comme son atelier est un peu loin, elle doit, les jours de pluie, prendre l’omnibus ou le métro — 15 centimes ou 30 centimes par jour — son loyer est de 140 francs (au sixième !) Le repas de midi est pris au restaurant, 0 fr. 75 au moins. Avec la plus sévère économie, n'étant pas coquette, elle peut joindre les deux bouts, mais parce qu’elle est seule. » Et avec un sourire notre interlocutrice . ajoute : « J'en sais quelque chose, je suis sa cais-

aux pièces, doivent tirer l'aiguille treize à quatorze heures avant de gagner 90 centimes à 1 franc.

— Avec 20 sous peuvent-elles vivre?

— Elles ne vivent pas, elles végètent. Pour que vous soyiez édifié à cet égard, voici leur ordinaire : le matin, 5 centimes de lait, quel lait! à midi, 10 centimes de pain, 10 centimes de charcuterie, plus — pour s’énerver un brin,— 10 centimes de café pris au bar du coin. Le soir, même repas réconfortant arrosé de « Château-la-Pompe ». Dimanches et fêtes — et pour cause — on se serre encore davantage le ventre. Naturellement, d’avoir jeûné la veille, le lundi matin presque toutes tombent d’inanition.

— Mais alors pendant la morte-saison ?

— Beaucoup rentrent à l'hôpital pour en sortir les pieds devant.

(Le Travail des couturières en chambre el sa réglementalion, par Hector Lambrechts, Bruxelles 1897).

sière. » Nous n'avons pas osé lui demander si sa générosité n’aidait pas quelquefois à son habileté pour faire si heureusement cadrer l’actif et le passif.

Veut-on connaître le train de vie d’une ouvrière de province. C’est une vieille fille de 56 ans. Elle gagne 2 francs par jour. Son loyer est de 90 francs par an. Il lui reste à peine 500 francs pour subvenir à tous ses besoins et pour faire vivre sa mère, car elle a avec-elle sa mère âgée de 82 ans. Son frère un brave ouvrier qui nous fait le récit de ce dévouement ne peut lui prêter secours, cartout son salaire passe à nourrir sa nombreuse famille. « Ah ! Monsieur, nous dit-il, elle est courageuse, la pauvre fille. Ses voisins d’en face m'ont dit bien des fois qu'ils la voyaient souvent travailler à la lumière après minuit. »

Comprend-on maintenant la pénible vérité de cette phrase qu’une petite ouvrière laissait échapper devant nous : « C’est dur de mourir quand on est jeune, mais tout de même, comme c’est dur de vivre ! »

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