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L'ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL L'APPRENTISSAGE ET LE SYNDICAT

« La meilleure instruction est celle qui prépare le mieux l’enfant à l'avenir qui l’attend. »

Herbert SPENCER.

La condition première de réussite dans une profession est d’y être préparé. Celui qui aura les connaissances les plus approfondies y prendra la place la plus élevée, et dans n’importe quel métier rouvrier gagnera un salaire d'autant plus important que plus grands seront son savoir-faire et son habileté. S'il a des qualités, il pourra toujours se faire remarquer, même dans un emploi modeste. Enfin, un bon ouvrier connaissant bienson métier l’aimera davantage et s’y consacrera avec plus de soin qu'un autre qui travaille machinalement et sans y porter intérêt.

Comment ne s’étonnerait-on pas que le souci dela formation professionnelle ne soit pas cependant davantage en honneur ?

Spécialement chez les femmes, l'instruction ne les rend aptes que rarement à des métiers quelque peu difficiles. Elles végètent dans des occupations où la concurrence est très grande parce que le plus grand nombre s’y précipite. Leur travail est peu rémunéré, parce qu'il n’a pas de valeur. C’est une lamentation qui s’entend, du reste, également dans les métiers masculins : € On ne fait plus d’apprentis », et les plus pessimistes de dire : « Demain, il n'y aura plus un seul bon ouvrier. »

Quels sont, au point de vue économique, les résultats de cette crise de l'apprentissage ?

Ils sont de deux sortes el nous n’avons ici qu’à les noter. Dans les industries où l’apprentissage est disparu, les salaires baissent, les chômages sont plus longs et plus fréquents, les ouvriers qui les subissent ne connaissant pas assez toute leur profession pour trouver à s’employer en dehors de la spécialité qu’ils ont toujours pratiquée (1).

Quelles sont les causes de cet état? La décadence de l’apprentissage dans la grande industrie tient à l’organisation modernedecelle-ci. L’ouvrier, et l’ouvrière plus que l’ouvrier, y sontles servants de la machine. Un grand nombre d’industriels nous ont confirmé cette assertion, qu'ils tiennent l'apprentissage pour peu de choses. L'industrie n'exige de l’ouvrier que de la prestesse et de la dextérité. C’est affaire d'habitude. Mais dans d’autres métiers, où la mécanique ne joue pas le

(1) Voir Enquête officielle française du Conseil supérieur du travail, 1900.

rôle le plus important, dans les industries féminines notamment, l'apprentissage disparaît par suite d’autres causes. Il disparaît du fait des parents qui veulent que leurs enfants gagnent immédiatement un salaire. Il disparaît du fait des patrons qui ne veulent plus se donner la peine de former des apprentis. Ils n’en ont pas le temps et ils craignent de dépenser leurs efforts en pure perte; aucun engagement ne les lie avec leurs apprentis et ceuxci peuvent les quitter du jour au lendemain, les patrons s’en désintéressent. « Nous ne pouvons plus former nos ouvrières, disait récemment à des enquêteuses privées, une blanchisseuse de Paris ; les parents, pressés de profiter du travail de leurs enfants, nous les retirent au bout de six mois pour les envoyer « à la place » persuadés qu’au bout de ce temps elles doivent posséder le métier (1). »

Le petit garçon est placé comme « saute-ruisseau » dans une étude, « groom » dans un magasin, ou « chasseur » dans un café. Il est payé de suite, mais il grandit paresseux et incapable de gagner sa vie.

A l'atelier de couture, à la mode, l’apprentie n’est pas payée, mais c’est cependant la petite fille qui fait les courses, c’est la {coursière ». Avez-vous quelquefois cherché l’étymologie du surnom qu'on lui donne. On l’appelle le «trottin ». La consonnance de ce mot peut paraître drôle, le sens en est plutôt triste. Les «trottins », ce sont ces fillettes qui s’en vont par les rues, un grand carton au bras, et

(1) Bulletin de la ligue sociale d'acheteurs, 1°’ trimestre 1905.

inclinées sous le fardeau trop lourd ; «et elles font avec cela des lieues pour aller au réassortiment, ayant affaire à de jeunes employés, exposées ainsi à la perte de l’âme en même temps que du corps. Puis quand elles reviennent, on leur dit quelquefois : (Ma petite, tu as oublié cela ». Il faut qu’elles retournent. Alors elles n’ont pas le temps de manger, elles prennent, en passant auprès d’un cabaret, un verre de vin, quand ce n’est pas un verre d’eau-de-vie, et un croissant. Au bout de quelques temps, elles ont les chevilles enflées.., et elles entrent à l'hôpital... (1) »

Les jeunes filles qui n’ont pas fait d’apprentissage en portent les conséquences toute leur vie d'’ouvrières. Elles n'auront jamais les aptitudes suffisantes pour occuper ou pour conserver une bonne place.Ces ouvrières médiocres seront les premières dont on se débarrassera à l'entrée de la morte-saison. Elles auront mille peines ensuite à trouver de l’ouvrage et seront toujours peu payées, parce qu’elles feront les travauxles plus ordinaires. Les parents rendent donc le plus mauvais des services à leurs enfants en ne leur faisant plus apprendre un métier, mais les maîtresses d'ateliers commettent une lourde faute également en ne faisant pas faire d'apprentissage à leurs « apprenties ».

Les causes du mal étant connues, on voit que le moyen d'y parer directement est de donner une forte éducation professionnelle à l'enfant, soit dans

(1) Stanislas du Lac. Le fil et l'aiguille. (Brochure de l'Action Populaire).

des écoles spéciales au lendemain des écoles primaires, soit à Fatelier même du patron qui serait tenu de lui donner un sérieux enseignement technique.

La ville de Paris a fait depuis plus de trente ans des sacrifices considérables pour la fondation et l'entretien d'écoles professionnelles de filles. Elles sont maintenant au nombre de six, réparties dans différents faubourgs.. Leur but est de former des ouvrières parfaites par un enseignement théorique et pratique. Cet enseignement est donné dans des cours et dans des ateliers. La durée y est fixée à trois ans et ce n’est pas un temps trop long pour bien connaître les métiers qu'on y apprend. La profession de couturière est celle qui fournit le plus d'élèves. Les écoles forment aussi des brodeuses, des fleuristes, des modistes, des corsetières, des giletières, des lingères, des tresseuses de chapeaux de paille. Les jeunes filles qui se destinent au commerce reçoivent des leçons de comptabilité. L'apprentissage de la plus courte durée est celui des repasseuses, qui se termine en deux ans. D’autres écoles prefessionnelles ont encore été fondées par des initiatives privées. C’est ainsi qu’à Paris et à Autun fonctionnent des écoles professionnelles féminines d'imprimerie (1).

Depuis longtemps également, la Belgique a reconnu l'utilité de l’enseignement professionnel féminin. Par la générosité de particuliers, d’impor-

(1) Pour avoir des renseignements complets sur ces différentes écoles, consulter La Réforme sociale. N°s des 1* mars et 16 mars 1902,

tantes écoles ont été établies à Bruxelles, à Anvers, à Mons, à Verviers. L'Etat les subventionne et les surveille.

A Berlin, une association qui porte le nom de Lette-Verein — du nom de son fondateur le docteur Lette — et remonte à 1874, s’occupe de la formation professionnelle des jeunes filles. Cet institut prépare à presque toutes les branches de l'industrie féminine. Il comprend trois écoles : une école commerciale, une école pour les travaux de bureaux, et une école professionnelle. Une section rattachée à l'institut donne un enseignement approfondi aux femmes qui veulent plus tard devenir professeur d'enseignement professionnel. Enfin l'institut peut faire apprendre à ses élèves le métier de photographe et celui de compositrice (1).

Les écoles professionnelles produisent-elles de bons résultats ? On n’en saurait douter. Les élèves qui en sortent ont des connaissances et une formation générales qu’elles n’auraient pu acquérir ailleurs. Elles trouvent assez facilement à s’employer et peuvent parvenir à des salaires dépassant la moyenne. Voici généralement ce qui se produit quand elles entrent dans un atelier. Elles se trouvent d’abord dans un état d'infériorité vis-à-vis des ouvrières qui s’y sont formées et ont acquis dans leur spécialité le tour de main et la rapidité, mais dès qu’elles sont habituées à leur nouveau travail, elles ne tardent pas à montrer leur supériorité. Ecoutons la parole d’un professionnel :

(1) Un type d’Institut féminin, le « Lette-Verein » de Berlin. L'Association Catholique, 15 mai 1905.

«Les premières des grandes maisons de couture ont longtemps résisté à prendre des élèves des écoles, qui sont parfois au-dessus d'elles, qui savent faire le croquis d’un costume et en exécuter la maquette, qui ont des règles et des principes leur permettant d'éviter les défectuosités d’un corsage, mais cet état de choses diminue de plus en plus ; les premières reconnaissent l'avantage de se servir de ces ouvrières habituées à la discipline et à l’obéissance. La meilleure preuve de la valeur qu’on leur reconnaît, c’est qu’elles passent rapidement d’un gain initial de 2,25 à un gain de 3, 3,50 et même 4 francs par jour » (1).

Mais les écoles professionnelles, quels que soient les mérites qu’on leur reconnaisse, ne s'adressent qu’à un petit nombre et, de plus, toutes les élèves qui les fréquentent ne se destinent pas au commerce ou à l’industrie. Une forte proportion est composée de petites bourgeoises qui sont venues y apprendre la couture et la coupe, pour pouvoir confectionner leurs vêtements et réaliser ainsi une sage économie. Et puis, même les parents qui comprennent l’utilité de cet enseignement le trouvent trop long, et beaucoup d’élèves abandonnent les cours à la fin de la deuxième année. Enfin, malgré le soin apporté à la composition des programmes, cet apprentissage est trop théorique, et si un certain nombre des jeunes filles qui sortent des écoles font valoir leurs qualités, d’autres ne trouvent pas des emplois et des salaires pouvant

(1) Léon Storch. Rapport du jury international. Exposition de 1900. Imp. Nat. 1901.

compenser les sacrifices d’argent et de temps qu’elles ont dû faire. L'enseignement des écoles ne remplace pas l’enseignement technique professionnel. Ces deux enseignements doivent se compléter. L'apprentissage doit se faire dans le milieu où s’exerce la profession. L’instruction professionnelle lui vient en aide et l’achève.

Les institutions syndicales ont un magnifique rôle à jouer dans l’organisation de ce double enseignement. Ce sontelles, en effet, qui sont toutes désignées pour s'intéresser à la formation des pupilles de la profession, pour faire un choix judicieux des méthodes qu’ils doivent suivre, pour surveiller efficacement l’application des programmes pratiques qui doivent être développés. Que l'Etat et les villes soutiennent ces entreprises par des secours financiersetmoraux, les surveillent et les encouragent et, ils assureront ainsi un enseignement qu'il ne rentre pas dans leurs attributions de donner eux-mêmes.

Le syndicat des employées de commerce de Berlin s’est attaché à l’organisation d’une école commerciale. Avec ses seules ressources, il l’a fondée et entretenue. Cette école donne deux sortes de cours. Les uns professés pendant le jour sont suivis par les jeunes filles sortant de l’école primaire, les autres ont lieu le soir de 8 heures à 10 heures, pour les jeunes filles qui travaillent dans les magasins.

Les syndicats français de femmes se sont également préoccupés de faire de bonnes ouvrières, pensant avec raison qu’en armant la jeune fille

dès qu’elle débute dans la carrière, on aura moins besoin de la protéger plus tard contre la misère.

Les syndicats lyonnais ont essaimé des cours dans toute la ville. Plus de neuf cents enfants y viennent apprendre la comptabilité, la sténographie, le dessin, le calcul, le français et les langues étrangères, la coupe, la couture. etc. Ces cours sont le dimanche, à part les cours de coupe, qui ont lieu à certains jours sur la semaine, de 7 h. 1/2 à 9 heures du soir. Les professeurs sont des jeunes filles riches et des ouvrières, qui les unes et les autres se dévouent généreusement, et le rapprochement des classes tant désiré se trouve de la sorte obtenu dans cette communauté de zèle et de désintéressement.«C’estainsi, dit M'eRochebillard, que nous vinmes à bout d'utiliser les ressources qui se trouvent dans le cœur des jeunes filles riches, ressources trop souvent inutilisées au point de vue social, tant leur éducation les retient encore éloignées de leurs sœurs les travailleuses, soit dans le cercle étroit de leur famille, soit dans celui de leurs relations mondaines.Je puis ajouter, après cinqans d'expérience, que grâce à ce rapprochement des âmes, au dévouement des unes, à la reconnaissance des autres, les résultats obtenus sont déjà magnifiques. »

Les cours professionnels sont un des principaux services assurés par les jeunes syndicats parisiens de la rue de l'Abbaye. Des cours sont faits pour les différentes professions qui y sont groupées et leurs membres peuvent recevoir aussi bien des

enseignemements instructifs que des leçons prati-

qués de langues, de sténographie. de dactylographie, de coupe... etc.

Mais ce n’est pas tout que des cours existent, il faut que les ouvrières puissent les suivre. Or, souvent, elles n’en ont pas le temps et il leur faudrait une dose d'énergie peu commune pour y assister. L'instruction professionnelle est un travail supplémentaire après la journée terminée. On a cité des ouvrières de Berlin qui se privaient de diner, parce qu’elles n’avaient que le temps de courir de l'atelier à la salle de cours. L'enseignement ne sera. profitable et suivi, que s’il peut être donné à des heures où toutes les jeunes ouvrières ont la faculté de s’y rendre. Pour obtenir ce résultat, il faudrait que le temps consacré à l'instruction soit pris sur les heures de la journée légalement fixées pour le travail. Il faudrait que l’enseignement professionnel soit obligatoire, sans que la durée des heures de travail en doive être augmentée. Les patrons laisseraient pour cela deux ou trois heures par jour aux enfants, afin deleur donnerla possibilité de suivreles cours. Si certainesindustries ne pouvaient se priver d’apprentis même pendant quelques heures, on a proposé de mettre en pratique la méthode du travail du demi-temps. Les apprentis seraient divisés en deux équipes se remplaçant à chaque demi-journée.

Mais à notre avis l'association professionnelle ne saurait se borner à cette organisation de l’enseignement, sa mission est plus vaste, sa mission est double. Elle doit aussi restaurer l’apprentissage.

La décadence de l'apprentissage est due, en grande partie, à la disparition de tout engagement entre les patrons, les apprentis et leurs parents. Une enquête officielle française de 1900 révèle que le contrat d'apprentissage existe dans 68 0/0 des industries, mais que dans 6 0/0 seulement ce contrat est écrit. Or quelle est la valeur du contrat d'apprentissage passé verbalement aux termes de la loi de 1851 ? IL n’en a aucune, car il n'existe aucun moyen de lui faire produire ses effets, et cependant toute la valeur d’un contrat consiste dans la facilité de le faire exécuter. Il n’y a que les | contrats d'apprentissage écrits, soit 6 0/0, qui méritent réellement ce terme de contrat. L’obligation légale viendrait facilement à bout de cette situation déplorable. Il suffirait que dans toutes les professions le contrat d'apprentissage soit obligatoire et obligatoirement écrit, Mais ne voit-on pas que ce contrat pourrait bien souvent n'être qu’une formalité sans conséquence, s’il était rédigé : par un patron mal intentionné et accepté par des parents mal renseignés ? Le contrat d’apprentissage doit, en effet, remplir des conditions spéciales avec chacune des professions : condition de durée, condition de soin de la part du patron, condition d'application de la part de l'enfant. L'association professionnelle est toute indiquée pour collaborer à la conclusion de la convention. C’est pourquoi on a fait cette proposition, que nous adoptons entièrement : «que le contrat soit recu devant le greffier de justice de paix et que la formule en soit acceptée par une commission d'apprentissage for-

mée dans chaque localité et composée mi-partie de patrons, mi-partie d'ouvriers, choisis dans les syndicats, ou, à son défaut, par le conseil des prud'hommes » (1).

Cette commission d'apprentissage serait aussi une commission de surveillance. Elle serait le représentant de la profession auprès du patron et de l’apprenti — Des commissions de ce genre existent en Suisse et en Allemagne. — Elle veillerait à l'exécution de la loi et du contrat, au progrès de l’apprenti et au bon enseignement du patron.

Pour couronner l'apprentissage et le sanctionner, on pourrait le clôturer, — comme cela a lieu

(1) Rapport sur l'apprentissage et l’enseignement professionnel présenté par M. Joseph Gellé au Congrès social national organisé à Albi les 25, 26, 27 et 28 mai 1905 par l’Association catholique de la jeunesse française sur « Les conditions de travail de la Jeunesse ouvrière ». Voici les vœux adoptés par le congrès relativement à l'apprentissage. On verra que nous nous en sommes largement inspirés.

« Le congrès émet le vœu :

1° Que tout enfant âgé de moins de 16 ans et travaillant dans un atelier, un bureau ou un magasin pour apprendre un métier soit considéré comme apprenti et passe le contrat d'apprentissage.

2° Que tout contrat d'apprentissage soit un contrat écrit accepté par la commission mixte d'apprentissage à base syndicale ou à défaut par le conseil des prud'hommes.

3° Que la surveillance de l’apprentissage soit confiée à la commission mixte ou, à son défaut, au conseil des prud’hommes aidés de l'inspection du travail pour veiller à l'exécution de la loi et des contrats et pour surveiller la réalité de la formation professionnelle des apprentis par des examens annuels obligatoires et la délivrance d’un certificat de fin d'apprentissage.

4° Que sur la plainte de la Commission de surveillance, le conseil des prud'hommes ou la chambre de commerce, en cas d'abus graves de la part d’un employeur, mettant en danger l'avenir professionnel de ses apprentis, puisse supprimer pour un temps, ou même, en cas de récidive, enlever définitivement à cet employeur le droit d’avoir des apprentis ».{Compte-rendu du Congrès, p. 131).

ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL bte

encore dans certains pays, — par la délivrance d’un diplôme aux enfants reçus à des examens annuels. Ce certificat aurait une vraie valeur pour l'apprenti. Il lui serait de la plus grande utilité pour se présenter dans une maison, pour trouver une place et pour obtenir de suite un salaire rémunérateur. D'ailleurs, ce certificat n’est pas en France même une innovation. Jusqu’en 1900, dans chaque école professionnelle de la ville de Paris, une Commission de surveillance présidait à un examen de fin d'apprentissage et délivrait des certificats d'aptitude. Il suffirait de généraliser ce système. Depuis 1900, un concours a été créé entre les différentes écoles pour donner plus d’'émulation aux élèves. Ce concours pourrait avoir lieu dans chaque canton ou dans chaque arrondissement entre les apprentis d’une même profession.

Un syndicat des ouvrières de l’habillement de Paris (1) est entré dans cette voie et organise entre ses apprenties de deuxième année un concours qui comporte comme épreuve la confection d’un costume complet. Pour l'inscription au concours, les concurrentes devront présenter un livret d’apprentie. Les prix du concours consistent en bourses d'apprentissage.

Les bourses d'apprentissage sont précisément un autre excellent moyen de faciliter un apprentissage sérieux aux enfants à qui elles sont attribuées. La bourse d'apprentissage est une somme d'argent donnée aux parents pour les désintéresser du

(1) Le Syndicat de la rue de l'Abbaye. La Ruche Syndicale. N° 12, p. 175.

temps pendant lequel l’apprenti ne gagne rien, ou versée au patron à titre de dédommagement du travail gâché par l'apprenti et du temps passé à lui montrer l'ouvrage. Par le système des bourses, des syndicats riches et puissants pourraient rénover l'apprentissage, en les distribuant aux enfants de leurs membres, ou en les donnant, comme le syndicat que nous venons de signaler, en récompense à leurs meilleurs apprentis.

L'enseignement professionnel n'irait alors jamais sans l'enseignement syndical. L’apprenti apprendrait à connaître et à aimer son métier en même temps qu’à apprécier les avantages de l’association et à en profiter. Le syndicat en formant des ouvriers d'avenir assurerait son recrutement et sa vié et travaillerait ainsi à la réorganisation de la profession.

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