PERSONNEL FÉMININ
PÊGHE, FORÊTS |
Employées & ouvrières, 814.888, 1.086.655 ET AGRICULTURE | rravallleuses isolées. | 407.397| 413.473 Total. 21662:604/2 705153 { Chefs d'établissement. . 251.059 196.122 INDUSTRIE. . .; Employées & Ouvrières| 1.198.364) 1.036.282 Ürravatleuses isolées. .| 907.504! 783.418 Total. .| 2:356.927| 2:016.122 Chefs d'établissement. . 2978859 0171390 COMMERCE... | Empoyées & ouvrièrés.| 200.895! 170.082 Travailleuses isolées. . 268.451 215.502:
Total. 697.199 556. si
CATÉGORIES PROFESSIONNELLES 7 19011 "1896 Chefs d'établissement. .| 1.440.319! 1.253.040
Revenons à l’industrie textile.
C'est le recensement publié en 1901 par l'Office
du Travail qui nous fournira les chiffres qui serviront à élablir certaines proportions. Si les chiffres ont subi quelques modifications depuis, les proportions restent du moins sensiblement les mêmes.
Le nombre des ouvriers et employés est de 825,383 dont 394,134 hommes et 431.249 femmes La main-d'œuvre féminine y est donc de 51,24 0/0.
Les 431,249 travailleuses textiles peuvent ainsi se diviser :
Petites patronnes, ouvrières isolées ou travail- ADI MACONMAS ENT 124,544 Ouvrières proprement dites. . . 306,705
Du reste,un schéma que nous empruntons à un rapport (1) présenté par les syndicats patronaux des industries textiles de France, donnera une idée bien plus claire de la situation qu’une longue énumération de chiffres.
Population totale : 825,383 :
Enfants /des deux sexes] au-dessous de 18 ans : 103,959, 12.60 0]0 ;
Vieillards /des deux sexes) au-dessus de 65 ans : 41,359, 5 0]0;
Adultes /hommes/18 à 65 ans: 313,454, 37.97 0/0;
— {femmes/ — 339,649, 41.16 0/0 ;
Age inconnu des deux sexes : 26,962, 3.27 0/0.
(1) Réponse au questionnaire de la Commission d'enquête parlementaire sur l’industrie textile. Octobre 1904.
femmes adultes (182 65 ans)
Hommes sdultes (18 & 65ans) 313 854
Une remarque s'impose pour compléter cet exposé succint du travail de la femme dans l’industrie textile, c’est que la proportion entre les hommes et les femmes n’est pas toujours la même. Elle varie suivant la difficulté du travail et suivant les régions.
Les filatures de lin emploient plus de femmes que d'hommes. Dans le Nord, la proportion des ouvrières qui est de 65 0/0 dans les filatures de lin n’est que de 45 0/0 dans les filatures de coton. D'autre part, une enquête absolument consciencieuse faite dans un certain nombre de filatures de
coton de Normandie, conelut à une proportion de 60 0/0 de femmes, et une autre faite dans 35 tissages à 69 0/0.
Ces statistiques prouvent suffisamment l’importance de la main-d'œuvre féminine dans l’industrie textile et montrent assez quelle place les ouvrières de cette profession tiennent dans le total des ouvrières des fabriques. L'étude de leurs salaires a par là même une double importance.
La moyenne a été établie à 2 fr. 10 par jour pour la province,et à 2 fr. 70 pour Paris (1). Ce chiffre qui est le quotient du montant des salaires de 463.217 ouvrières, n'offre qu’un intérêt limité, à cause de la variabilité infinie des salaires et des occupations très diverses des ouvrières, dont les unes sont fileuses, les autres tisserandes, d’autres dentellières.
Le taux des salaires change avec les pays, avec les industries. 11 change surtout avec les personnes et dans le même emploi une femme gagnera quelquefois jusqu’au double d’une autre. La rémunération aux pièces, de plus en plus répandue, est très favorable à cette inégalité des salaires proportionnée à l'inégalité de l’habileté, de l'attention, du travail de l’ouvrier.
Toutefois une classification suivant les différents emplois donne des résultats plus conformes à la réalité et permet d’instructifs rapprochements.
Quelques chiffres parmi ceux que nous fournissent les auteurs qui ont étudié les salaires
(1) Le Travail des Femmes en France, Melte Schirmacher. (Mémoires et documents du Musée social. Mai 1902).
féminins démontreront d’abord qu’une hausse s’est produite en quelques années sur les salaires parallèlement au développement du machinisme. M. Paul Leroy-Beaulieu cite d’après Villermé quelques taux de la rétribution moyenne d’ouvrières de l’industrie du. coton. Elle était, vers le milieu du règne de Louis-Philippe, dans les filatures de-Orfr:757à 11 fr:757 a Ente:tdentir20"à 1fr. 50 à Rouen; d’un peu moins à Mulhouse où les dévideuses, par exemple, n'obtenaient que O'fr.-75 à 1'fr..10.
« Dans une brochure publiée en 1840, écrit M. Levasseur, un manufacturier du Nord, Mimerel, affirmait que dans les filatures de coton de Rouen, de Lille, de Roubaix, la moyenne générale comprenant hommes, femmes et enfants était de 9 fr. par semaine » (1). Cette évaluation s'accorde assez bien avec la précédente et, — le salaire des hommes
étant supérieur au salaire des femmes — fait ressortir la rétribution de celles-ci à environ 1 fr. par jour.
Dès 1860, les salaires ont monté. Ils atteignent pour les ouvrières de filature de Saint-Quentin et de Lille 1fr. 25 à 1 fr. 50 ; mais bien que cette moyenne se soit pas forcée, dans certains emplois ils descendent à 1 fr. et même pour les bobineuses à O fr. 60 (2).
Les salaires des tissages étaient plus avantageux. L'enquête Villermé ne semble pas cependant
(1) Histoire des classes ouvrières et de l’industrie en France de 1789 à 1870, tome II, livre IV, chapitre.IX, (2) L. Reybaud, cité par Leroy-Beaulieu.
en faire la preuve puisqu'elle indique des salaires de O0 fr, 40 à O0 fr. 60 pour les tisseuses d’un article léger, le calicot. Par contre, dans les indiennages de Lille, les rentreuses obtenaient 2 fr. L'enquête Reybaud — une vingtaine d'années après — donne comme moyenne des salaires des tisserandes 1 fr. 50 pour le Nord et pour l'Est. Le minimum était obtenu dans les Vosges. Les ouvrières les plus favorisées travaillaient dans les usines de Normandie où les salaires évoluaient entre 1 fr. 25 et 1 fr. 50, pour atteindre — et assez normalement — 2 fr. 50, voire 2 fr. 75.
Dans l’Ouvrière qui parut en 1861, Jules Simon cite une moyenne de 3 fr. 50 pour les tisseuses. I] y en a même, dit-il, qui gagnent 5 francs et 6 francs. À Elbœuf, les ourdisseuses arrivent à 3 et 4 francs. «Le minimum de la journée pour les femmes de préparation et les soigneuses de carderie est de dfr 5 à Mulhouse,-1fr. 25 °à Ille, 1 fr. 40 à Reims, 1 fr. 50 à Sedan et à Deville près Rouen. Dans toutes ces villes, le salaire des femmes peut s'élever jusqu’à 1 fr. 75 et2fr. Il en est de même des nopeuses et épinceteuses et des rentreuses et imprimeuses de seconde main dans les indiennages de Mulhouse.
Cette hausse des salaires a-t-elle persévéré et où en sommes-nous maintenant?
Une distinction s'impose entre les ouvrières cotonnières et les ouvrières linières. Le déclin de l’industrie du lin et la prospérité de l’industrie du coton n’ont pas manqué d’avoir une grosse influence sur les salaires.
Des feuilles de salaires que nous avons sous les yeux et un tableau très complet du livre de M. Aftalion sur La Crise de l'Industrie linière (1), s'accordent pour constater ce phénomène d'ordre général et sur lequel nous reviendrons, à savoir que l'élévation de la main-d'œuvre est en proportion directe du perfectionnement des instruments de production.
M. Aftalion met en parallèle les salaires payés dans trois filatures de coton et trois filatures de lin de la région du Nord. Les salaires dans l’industrie du coton peuvent être classés parmi les meilleurs salaires payés aux femmes (2). La moyenne dans l'enquête dont il s’agit est de trois francs, trois francs douze centimes pour être exact. Elle est un peu grossie pour l’ensemble des salaires, car les usines visitées « sont des établissements bien organisés, aux salaires un peu plus élevés qu'ailleurs, que dans les filatures à vieil outillage ». Les salaires les plus bas sont de 2 fr. 25 pour un petit nombre de soigneuses de cardes, pour passer à 2 fr. 83 pour des dévideuses. Les salaires les plus élevés sont de 3 fr. 60 pour les étirageuses. D’autres dévideuses ont 3 francs et des étirageuses dans la filature la plus importante n’ont que 2 fr. 85. Les bambrocheuses gagnent de
(1) La Crise de l’industrie linière et la Concurrence viclorieuse de l’industrie cotonnière, par Albert Aftalion, professeur à l'Université de Lille (Paris 1904).
(2) Melle Schirmacher, ayant résumé les tableaux très détaillés de l'enquête de l'Office du Travail, divise les salaires de l’industrie française en quatre catégories. Dans la première, les salaires, par jour, vont de 2 fr. 50 à 3 fr. 20.
LES OUVRIÈRES DE L'USINE Pl
2 fr. 95 à 8 fr. 50, et encore ce chiffre de 2 fr. 95 ne s’applique-t-il qu'à un tout petit nombre de bambrocheuses, toutes les autres ont des salaires dont la moyenne est de 3 fr. 28. A 300 jours de travail par ap, M. Aftalion arrive ainsi à une moyenne de salaires féminins dans les trois filatures étudiées, de 945 francs, de 934 francs et de 962 fr. 50. Il importe de tenir compte que les fillettes qui travaillent comme soigneuses aux bancs à broches ont été mises à part. Leur salaire est de 1 fr. 40 à 1 fr. 50.
Dans les filatures de lin, la moyenne des salaires féminins descend à 2 fr. 33 avec un minimum de 1 fr. 85 à 1 fr. 95 pour les étirageuses et un maximum de 2fr. 50 à 2fr. 60 pour les cardeuses et les fileuses. Les bambrocheuses ont des salaires variant de 2 fr. 80 à 2 fr. 50. Les dévideuses gagnent de 2 francs à 2 fr. 50, les étaleuses environ 2 fr. 25. Les filles mineures qui tiennent ici les rôles de démonteuses, varouleuses et parfois ‘ dévideuses ont des salaires variant entre 1 fr. 40 et 1 fr. 80 pour arriver à 2 francs. Dans une grande filature de lin et de coton de Lille, les ouvrières linières parviennent même à un salaire de 3 francs. Les salaires féminins débutent à 1 franc par jour pour les fillettes, puis ils montent de vingt-cinq centimes en vingt-cinqcentimes suivant les qualités de l’ouvrière. Les chiffres qui nous sont fournis permettent de fixer le salaire à 2 francs et 2 fr. 25: environ. Mais, redisons-le, les moyennes que nous donnons sont de bonnes moyennes et on trouve encore dans des filatures de lin mal organisées, des
salaires de 1 fr. 50 pour les étirageuses et de 1 fr.75 à 2 francs pour les autres ouvrières.
En Normandie, les salaires dans les filatures de coton sont moins élevés que ceux du Nord.Ceux que nous reproduisons (1) se rapprochent le plus de la vérité, car les calculs qui ont été faits portent sur 41 usines sans distinction de perfectionnement et de bonne ou mauvaise organisation. La moyenne des salaires est de 2 fr. 35 pour les femmes et les mineures. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire quelques chiffres qui montreront les salaires et leur progression en dix ans :
1882 1892 1896 1900 1903 Soigneuses d’étirage.…. 2.23 2.42 2.50 2.59 2.78 Maîtresses bambro -
CHEUSES LATE 2.65 2.95 2.91 2.96 2.97 Aides bambrocheuses. 1.50 1.65 1.79 1.84 1.79 Veilleuses de continus 2.31 2.91 3.»» 8.04 8.07 Aides veilleuses de
CODÉLEUSS IA Le 12085179 Dévideuses ........... 220512 14092222/229129795
Dans une filature dotée d’un matériel soigné qui dépend d’un établissement de tissage, les salaires sont meilleurs. Les fillettes de 13 à 15 ans qui débutent et ne sont que des apprenties gagnent de 1 fr. 20 à 1 fr. 60, celles de 15 à 18 ans qui sont des aides et dont quelques-unes sont presque des ouvrières gagnent 1 fr. 75 pour le moins et arrivent
(1) D’après la déposition de la Chambre syndicale du syndicat normand de la filature de coton devant la Commission parlementaire de l’industrie textile. Rouen, mai 1904.
facilement à 2 francs, 2 fr. 40 et même 2 fr. 60. Les ouvrières suivant leur habileté, suivant le nombre et l'importance des machines qu’elles peuvent conduire gagnent, aux machines de préparation, de 3 francs à 3 fr. 50 et 4 francs, et aux machines de filature, de 3 fr. 10 à 3 fr. 55 en moyenne et jusqu’à 4 fr. 15 au maximum.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la supériorité des salaires de l’industrie cotonnière sur ceux de l’industrie linière se poursuit également au tissage, mais d’une façon cependant moins sensible.
Avant de donner d’autres chiffres, nous nous reporterons à l’enquête de M. Aftalion. Bien qu’elle soit moins rigoureusement dressée que pour la filature, nous pouvons en tirer des indications que d’autres documents corroboreront etcomplèteront. Notamment dans un établissement de 200 métiers à toile, les salaires sont les suivants :
Bobineuses. . 2 fr. 50 Ourdisseuses . 3 fr. 30 Canetières . . 2 fr. 16 et 2 fr. 33 Tisseuses . . 3 fr. 05
Dans une fabrique de toile métis (200 métiers) et dans un tissage de coton (420 métiers), ils sont :
Pour les bobineuses de. . 3 fr. 08 Pour les ourdisseuses de. . 3 fr. 66 Pour les tisseuses de. . . 3 fr. 80
Les salaires des canetières mis à part et en ne comparant que les emplois semblables, on arrive à
une moyenne de 2 fr. 95 pour les ouvrières des tissages de lin et 3 fr. 50 pour les ouvrières des tissages de coton.
Il reste entendu que dans chaque spécialité industrielle, les salaires sont loin d’être uniformes et que le salaire indiqué est celui autour duquel se groupe le plus grand nombre.
En Normandie, le taux des salaires est, d’après le syndicat normand du tissage du coton, un peu moins élevé, mais, comme pour la filature, cette infériorité vient surtout de ce que l’enquête du Nord a porté sur les usines payant les meilleurs salaires, tandis que l'enquête normande est le résumé des réponses fournies par 35 tissages. Voici la moyenne des salaires :
BObINEUSES RS 2721822-2082250%2 12 OULAISSEUSES ES D E 0810 102 Rentreuses. . . ST NO 24310888 10885 110
Tisserandes(2métiersau plus) 3.06 3.02 3.15 3.20
La moyenne générale est ainsi ramenée à 8 f. 10.
Voici encore la moyenne des salaires d’une maison du Calvados dont la principale fabrication est le coutil. Ces chiffres sont le résumé de dix feuilles de paie se suivant. Les ourdisseuses sont ici de beaucoup les plus payées :
Dévideuses . . 2fr. 70 Trameuses . . 2fr. 90 Ourdisseuses . 4 fr. 50 Rentreuses » . 8 fr. 65 Tisserandes , , 3fr, 50
Dans un établissement se rapprochant de la région du centre qui fabrique des cotonnades à bon marché, les salaires des bobineuses sont de 2 fr. 83. Pour certaines, ils ne dépassent guère 2 fr.; pour quelques autres au contraire, il arrive presque à 3 fr. 50. Les salaires des ourdisseuses atteignent parfois aussi ce maximum, la moyenne est de 2 fr. 66, ils descendent jusqu’à 2 francs. Les tisserandes dépassent ces deux catégories. Quelquesunes très habiles et très vives font des journées de 4 francs. La moyenne est de 3 fr. 18 et le minimum de 2 fr. 80.
L'union de l'industrie cotonnière de Roanne, Thizy et la région à fourni à la Commission d’enquête parlementaire (1) les chiffres des salaires calculés à la journée et à l’année. 11 est à remarquer que les salaires annuels ne correspondent pas à plus de 280 jours de travail et même dans certaines professions à plus de 220 jours. La moyenne est de 250 journées. Les évaluations par catégories
sont :
Salaire j urnalier Salaire annuel Dévideuses.. 0002-00 22479 5007.45011r:
Caneteuses. . . 3 à 3 50 = 800 à 1000fr.
Ourdisseuses. . 4 50 1000 à 1200/fr.
Piquenses ts cd Tea 5 1000 à 1200fr.
Tisseuses . . . 3 75 à 4 25 950 à 1200fr.
Si le salaire annuel correspondait à 300 jours, il pourrait paraître exact, car le salaire journalier est
- (1) Union de l’industrie cotonnière de Roanne, Thizy et la région. Réponse au questionnaire de la Commission d'enquêle varlementaire sur l'industrie textile.
notablement plus élevé qu’une juste moyenne. Il faut donc considérer les chiffres de cette enquête plutôt comme un maximum, puisque le rédacteur prend soin lui-même d'écrire que « les femmes composant près de 60 0/0 de l'effectif gagnent en moyenne un salaire de 3 fr., sauf les ourdisseuses qui gagnent davantage. »
Dans la région de Cholet, en Anjou, centre très important de fabrication des toiles, les salaires féminins vont de 1 fr. 50 à 3 fr. 50. La moyenne vérifiée et reconnue exacte par la Commission d'enquête parlementaire est de 2 fr. 35.
La qualité de l’objet fabriqué, sa valeur influe toujours sur le salaire, et plus les tissus sont bon marché plus le fabricant porte ses efforts à réduire ses frais de production et de main d'œuvre; c'est . pourquoi les salaires payés aux tisseuses sont inférieurs à la moyenne des salaires de tissage dans les établissements qui fabriquent les grosses toiles, souvent mélangées d’autres produits que le lin, et toujours d’un prix plus bas que les toiles de lin pur. Les salaires féminins y sont d'environ 1 fr. 50 et parviennent à un peu plus de 2 francs, mais stationnent souvent aussi à 1 fr. 25.
Nous connaissons une fabrique du Nord ou contrairement à la méthode jusqu'ici employée en France les tisserands de lin mènent deux métiers, comme cela se pratique pour les métiers de coton. Dans un même atelier, les femmes travaillent près de leurs maris, les filles près de leurs pères. De cette façon, à deux, homme et femme, on surveille quatre métiers. Cette combinaison qui permet
d'employer des ouvrières dans une partie où elles sont moins employées que les hommes leur procure des beaux salaires de 4 francs à 4 fr. 25, surtout si l’ouvrier peut aider l’ouvrière. La femme tisserande gagne autrement de 3 francs à 3 fr. 25. Les autres salaires que nous avons relevés sont plutôt en dessous de ceux qui nous sont fournis par l'ouvrage de M. Aftalion : bobineuses, 2 fr. 25; épouleuses, 2 fr. 50 ; ourdisseuses, 3 francs (1).
À Oldham, en Angleterre, les ouvrières de préparation des filatures de coton et les fileuses au continu touchent un salaire dont la moyenne a été fixée à 3 fr. 80 par les enquêtes officielles (2). D’après les mêmes enquêtes les ouvrières en préparation de l’industrie linière obtenaient de 1 fr. 50 à 1 fr. 70 et les fileuses à peine ce dernier chiffre. Les salaires ont baussé depuis et sont de 1 fr. 85 environ pour. les fileuses. Les tisseuses de coton qui surveillaient deux métiers en 1886 recevaient 2 fr. 30, celles qui en dirigeaient trois avaient un salaire d’un tiers plus fort. On voyait même des tisseurs et des tisseuses d’une plus grande habileté mener quatre et six métiers, ils gagnaient alors 4 fr. 25 et 5 fr. 50. Les tisseuses de lin n'avaient
(1) M. Paul Leroy-Beaulieu, dans Le Travail des femmes au XIX° siècle donne un tableau dressé spécialement pour lui dans une grande manufacture de Normandie au mois d'octobre 1869. La matière en fabrication est le lin. Les ouvrières sont divisées en mauvaises, bonnes et très bonnes. Elles gagnent, suivant cette division, au dévidage mécanique 1 fr. 72, 2 fr. 05. 2 fr. 30 — au bobinage 1 fr. 75, 2 fr. 36,2 fr. 69 — au tissage 1 fr. 94, 2 fr. 07, 8 fr. 75 — à l’épluchage 1 fr. 10, 1 fr. 30, 1 fr. 87. Dans la seconde et la troisième catégorie, les salaires sont pour les étaleuses et les bambrocheuses de 2 fr. 15 et 2 fr. 40, pour les fileuses de.2 fr. 50 et 3 fr. 07.
(2 Aftalion. La crise de l’industrie lintère p. 92.
pendant ce temps que 2 francs, et aujourd’hui elles n’ont qu'un salaire de 0 fr. 15 à 20 centimes plus élevé.
Les diverses enquêtes faites (1) en Belgique rendent très difficiles la fixation d’un salaire moyen tant les salaires varient avec les ouvrières. En 1892, les salaires des ouvrières dans les filatures de lin s’échelonnent entre 1 fr. 50 et 2 francs à peine, et encore d’après l'enquête de Liège le chiffre de 1 fr. 50 est-il au-dessus du salaire généralement pratiqué. Les ouvrières cotonnières sont plus favorisées. À Gand, les étirageuses gagnent 2francs, les fileuses 2 fr. 25, les bobineuses 2 fr. 35, les bambrocheuses 2 fr. 40, les dévideuses 2 fr. 50. Dans le tissage du lin et du coton les salaires ne descendent pas au dessous de 2 fr. 10 et atteignent 3 francs. L'enquête de 1898 signale une baisse sensible qu'il est facile de constater en rapprochant les chiffres par catégories d’ouvrières.
Réponses des patrons Réponses des ouvriers Epouleuses 2 40 2315 1.66 Bobineuses 2.60 2.31 193 Warpeuses 2:79 3.03 2.60 Tisserandes 2.85 : 2.07 2.61
Une autre partie de l’industrie textile se classe sous la dénomination de « teinture, blanchiment, impression». Les places des femmes dans les manufactures sont peu rémunérées. La plupart
(1) Cf. l'enquête faite en Belgique par les Conseils de l’industrie et du travail en 1892 et l'enquête de M. Varly sur les salaires dans l’industrie gantoise.
des établissements les paient à la journée. Dans une maison des Vosges, on donne aux ouvrières ordinaires 1 fr. 50, 1 fr. 75 et 2 francs et les plus jeunes ont 1 fr. 10 à 1 fr. 50, mais on emploie peu de femmes. Une importante Société de la Saône donne à ses ouvrières des salaires de 2 francs à 2 fr. 50, mais les femmes n’ont guère qu’un rôle de manœuvres.
Elles retrouvent une occupation plus active et plus prépondérante dans l’industrie de la laine : filature, tissage, bonneterie. Reybaud donnait les salaires de différentes villes dans son enquête de 1862 sur La Laine. A Lodève, les salaires communément payés étaient de 1 fr. 25. A Reims, les tisseuses gagnaient 2 fr. 25 à 2 fr. 50 et dans les emplois de préparation 1 fr. 25 à 1 fr. 70. A Sedan, le salaire moyen était de 1 fr. 20. À Roubaix et à Elbeuf, les ouvrières touchaient des salaires de 1 fr. 60, 1 fr. 75, 1 fr. 80. Les tisseuses gagnaient 1 fr. 80 et 2 francs. Vingt-cinq ans plus tard, M. Paul Leroy-Beaulieu rencontrait dans une importante maison de Normandie des rémunérations de 2 fr. 50 pour les cardeuses et les bobineuses à la mécanique, de 3 francs à 3 fr. 25 pour les ourdisseuses; les noueuses parvenaient au maximum, 4 francs. Les salaires des tisseuses étaient de 2 fr. 25 à 2 fr. 50.
La filature de la laine est bien encore maintenant une des industries où les salaires sont très bons pour les ouvrières. Comme dans l’industrie du coton, elles sont payées aux pièces. Voici ce qu’elles gagnent dans une filature souvent citée
comme usine modèle du département du Nord.
Les soigneuses de préparation touchent de 17 à 20 francs par semaine, les voyageuses ou apprénties de 14 à 16 francs. Les rattacheuses sont encore mieux payées; elles travaillent avec des hommes, sur le même métier, et sont payées autant qu'eux. Leurs salaires varient entre 22 et 27 francs; la moyenne est de 24 francs. Les ouvrières qui travaillent au retordage, au doublage, au moulinage ont un salaire d'environ 19 francs. Il monte à 22 francs et descend à 15 francs. Les ouvrières qui sont occupées au gazage atteignent parfois 27 et 28 francs. C’est aussi le tarif payé dans deux autres filatures, l’une de la Marne, l’autre du Nord, sur lesquelles nous avons des renseignements personnels :
Minimum Maximum Moyen
Catégorie des doubleuses : 11 fr. "22 fr: = 16/fr. — soigneuses 4 13-752 17.50 216.50
La Société du commerce et de l'industrie lainière de la région de Fourmies, dans sa Réponse à la Commission d'enquête parlementaire, a établi un tableau des salaires de 22,000 ouvriers et ouvrières qui montre le mouvement suivi en vingt ans.
Nous ne relevons ici que les salaires des femmes.
Peignage, ouvrières 2.»» 2.25 2.10
Filature, soigneuses 2.15 2.25 2.10 à 2
Tissage, tisseuses 4.40 4.40 2.50 à 4.»»
— bobineuses 1.80 1.75 1202
Dans les fabriques de tissus de laines, les salaires varient du reste comme ailleurs suivant la qualité et le prix des étoffes. Une maison qui fabrique de bons articles paie 1 fr. 50 les fillettes et de 2 fr. 25 à 3 francs les ouvrières adultes suivant leurs emplois. Une fabrique du Tarn produisant des lainages à bon marché donne à ses ouvrières des salaires de 1 fr. 50 au minimum à 2 fr. 25 au maximum.
Les femmes tiennent dans l’industrie de la soie une place non moins importante que dans les autres filatures et tissages. Cette industrie est surtout localisée dans le Sud-Est, et son centre le plus important est la région lyonnaise. Jules Simon a consacré toute une partie de son livre sur le travail féminin à la condition de la femme dans les fabriques de soie. Leurs salaires n’assuraient guère alors l’opulence aux ouvrières. Les heureuses étaient celles qui gagnaient 1 fr. 75 par jour. Et encore le salaire moyen de la tisseuse n’était pas de plus del fr. 50.
La transformation de cette fabrication en grande industrie devait avoir, et eut en effet, une influence sur les salaires, et dès 1869 M. Monnier en évaluait la hausse à 25 0/0 au moins.
Un caractère spécial de l’organisation de l’industrie de la soie est d’être pratiquée dans des internats industriels où les ouvrières, en plus du logement, sont nourries et entretenues. Ce régime a pris plus d’extension à mesure que les fabriques ont quitté les centres industriels pour s'établir dans la campagne. Ce sont dans ces internats, fait
remarquer M. Leroy-Beaulieu, que la hausse s’est surtout produite, et vers 1875, M. Reybaud relevait dans l'établissement de la Séauve des salaires annuels de 140, 150 et exceptionnellement 250 fr. (logement, nourriture, entretien déduits). Les jeunes filles ayant été plus tard mises aux pièces et seulement logées, éclairées, chauffées, c’est-à-dire chargées de leur nourriture et de leur entretien, gagnaient des semaines moyennes de 15 à 18 fr.
Si l’on dressait une courbe des salaires on se rendrait compte qu'elle aurait tendance à rester stationnaire à notre époque. Un industriel de Lyon nous disait, en effet, que le salaire varie entre 1 fr. 50, 2 francs et 2 fr. 50 dans les tissages. Pour des dévideuses en soie, de Lyon, que nous avons également pu interroger, la journée à l'usine est d'environ 1 fr. 75 à 2 fr. 25.
Le tissage du ruban et du velours qui se fait particulièrement à Saint-Etienne procure des salaires se rapprochant assez de ceux-ci. D’après la Chambre de commerce stéphanoise «les ourdis- .seuses, plieuses, etc., gagnent environ 2 francs 2 fr. 50 par jour, les apprenties 1 fr. 50 » (1).
Ilest vrai de dire que la faveur de la mode revint aux rubans quelques temps après la publi-
(1) Chambre de Commerce de Saint-Etienne. Réponses au questionnaire de l'enquête parlementaire sur les industries textiles, préparées par la Commission de la soie de la Chambre de commerce et approuvée par la Chambre le 4 mars 1904.
« Dans la rubannerie, le nombre des personnes employées au tissage est d'environ 30 000 ; celui des personnes occupées dans cette industrie ou dans les industries connexes. de 70 000 ; celui des personnes vivant de cette industrie ou des industries connexes, de 90.000. Les femmes représentent les trois quarts ou les quatre cinquièmes de cette population. »
cation de ces chiffres et que les salaires subirent de ce fait une légère augmentation. Voici du reste les salaires actuellement payés dans une des premières fabriques de Saint-Etienne :
Durée du Travail Minimum Maximum Moyen DAS rentes 9 h. DAYÉS 3.29 DD DOrHSSASe. tu he 1.50 2.79 2.25 Montres ess A0 he 1/50 » 2.»»
HisSaserer. cr MO » 3.29 2.50
Les fils de lin, de coton, et de soie aussi comme nous venons de le voir, entrent dans la fabrication de tissus de petite largeur : lacets, gallons, tissus élastiques, dentelles, passementeries et toules ces garnitures fantaisies qui ornent les toilettes féminines. Cette fabrication exige peu d’efforts et un grand nombre de femmes y sont occupées. De renseignements recueillis dans les départements du Nord, de l'Eure et de la Loire, il résulte que la moyenne des salaires des ouvrières est environ de 2 francs à 2 fr. 50. Une fabrique de rubans de fil et de coton nous cite comme salaires hebdomadaires maximum 21 francs, minimum de 10 à 13 francs, moyen 15 francs. Les salaires de début payés aux apprenties sont de 0 fr. 70, 0 fr. 80 et 1 franc.
Mais en dehors du tissage proprement dit, il existe encore toute une autre branche très importante de l’industrie textile : la bonneterie. Le procédé ne consiste plus à entrecroiser des fils sur une chaîne régulièrement tendue. La méthode de
fabrication qui est employée n’est ni plus ni moins à
que celle de la bonne vieille tricoteuse. La machine qui tout d’abord a remplacé la quenouille fait mouvoir maintenant les aiguilles.
Le tissu qui sort de la machine à tricoter est beaucoup moins serré, partant beaucoup plus souple que celui produit par le métier à tisser ordinaire. À la différence de ce qui se passe pour le tissage, la fabrique de bonneterie livre des articles complètement achevés. Ce ne sont pas des pièces qui en sortent maïs des gilets, des chandails, des caleçons, des bas, des chaussettes, des gants tout faits et tout prêts à être livrés à la clientèle. Les femmes sont employées à la fabrication même ou aux différents travaux de couture, de remmaillage, de bâtissage, d’appairage, de visitage, de raccoutrage. On nous dispensera d’entrer dans les détails des salaires, il nous suffira de dire que la moyenne est d'environ 2 francs à 2 fr. 50 à l’usine. Il est payé aux pièces. Dans une des importantes sociétés de bonneterie de Troyes, on nous signale des salaires de 2 fr. 50, 3 fr. 75 et même 5 francs. Les salaires d’une manufacture de ganterie tissée de Lyon sont au début de 1 franc à 1 fr. 50, les ouvrières arrivent ensuite à la moyenne que nous avons donnée. Les poseuses de boutons pression peuvent se faire 3 francs, celles de boutons de nacre 1 franc à 1 fr. 50, mais ces dernières travaillent chez elles. Dans une manufacture de bonneterie de l’Aube, les salaires sont : minimum 1 fr, 75, maximum 3 fr. 75, moyen 2 fr. 75. Une grosse maison du Nord, filature de laine et fabrique de bonneterie à la fois, paie ses ouvrières une moyenne
de 1 fr. 50, elles commencent à 0 fr. 90 et peuvent arriver à 2 fr. 25.
Notons enfin, avant de quitter le domaine de la grande industrie textile, la filature du chanvre et du jute. La main-d'œuvre féminine trouve encore là un emploi. Un aperçu des salaires, dans une grande corderie de l'Ouest, nous donnera une indication sur la rémunération des ouvrières :
Fillettes de 13 à 16 ans, salaire moyen 1.»» à 1.25 (Payées dès leur entrée).
Jeunes filles de 16 à 18 ans — 1.50 à 2:»»
Femmes et filles au-dessus del ans rs teTee = DD ARD 70
Mais où s’arrête la grande industrie? (1) Ilest particulièrement difficile de répondre à notre époque où la tendance est vers la centralisation de la production. Il serait puéril de se défendre de ne pouvoir en passer en revue toutes les branches. Nous terminerons par l'examen de quelques-unes, très différentes, sur lesquelles nous avons pu recueillir des documents personnels et précis.
On sait que la femme a une place très importante dans les industries se rapportant à l’habillement. Elle tresse des chapeaux de paille, elle foule les chapeaux de feutre, elle travaille aussi à la fabrication des corsets, des chaussures, principalement des chaussures légères dont l'usage est considérable : pantoufles, chaussons, espadrilles.
La fabrication des corsets s'exécute concurremment dans les ateliers de grande manufacture
(1) Cf. Brants. La petite industrie contemporaine.
et à domicile pour le compte des mêmes patrons, mais à l’usine les machines à coudre sont généralement actionnées par une force motrice. Cette industrie occupe environ, en France, 20.000 ouvrières et un millier d'ouvriers. Les centres de fabrication sont la région lyonnaise, l'Orne et Paris. Les salaires payés aux pièces sont éminemment variables car ils dépendent exclusivement de l’activité de l’ouvrière. C’est ainsi, racontait un fabricant à M. Bonnevay « que dans son atelier, il arrivait que sur deux ouvrières occupées côte à côte, au même travail et sur le même article, l’une arrivait à un salaire de 3 francs tandis que la seconde n’atteignait que 1 fr. 75 » (1). Le salaire normal dans deux fabriques sur lesquelles nous nous sommes renseignés est de 2 fr. Les ouvrières qui fabriquent le bel article ont 3 fr. 25 et 4 francs, les débutantes et les moins habiles à qui l’on donne à faire des corsets communs et des brassières d'enfants ont 1 franc et 1 fr. 25. C’est à peu près le même tarif qui est payé dans les ateliers de la capitale.
L'industrie de la chaussure de cuir occupe surtout les femmes en qualité de piqueuses. Le travail se fait à la machine à coudre. L’ouvrière est généralement payée à la pièce ou à la douzaine. « Quant à déterminer le prix moyen des .façons, nous écrivait un fabricant, cela est presqu’impossible, car, dans la fabrication des chaussures, il y a une infinité d'articles avec des prix différents
(1) Bonnevay. Les Ouvrières lyonnaises travaillant à domicile,
variant entre 1 franc et 10 francs la douzaine. Peut-être pourrait-on fixer la journée moyenne entre 2 fr. 50 et 4 francs. » Mais le prix de façon étant proportionné à la difficulté ou à la longueur de l'ouvrage, une ouvrière peut se faire d'aussi bonnes journées en travaillant aux articles à bas prix qu'aux articles chers. Les habiles et celles qui font les travaux les plus minutieux gagnent 2 fr. 50 et 3 francs par jour. C’est environ ce que gagnent également les autres ouvrières, poseuses d’œillets, finisseuses, etc. Malgré la résistance énergique des syndicats d'hommes, dans certaines régions, quelques femmes ont pu se faire embaucher comme coupeuses. Elles peuvent arriver alors à de beaux salaires de 3 fr. 50, 4 francs et 4 fr. 50.
La fabrication de la chaussure légère procure environ le même salaire moyen lorsqu'elle est exécutée à l'usine. À domicile les salaires sont inférieurs. Dans des établissements de la Seine-et- Oise produisant des chaussons de feutre et des chaussons de tresse le salaire moyen est de 2fr. à 2 fr. 50, le maximum peut être de 8 fr. 50. Voici décrit par un industriel lui-même le travail de la femme dans une fabrique d’espadrilles du Midi : «Les fillettes ne sont admises qu'à partir de 13 ans. Elles ne concourent pas directement à la production la première année de leur entrée chez nous et ne font pour la plupart du temps que préparer le travail dans la mesure de leurs forces et de leurs aptitudes. C’est ainsi que nous en avons plusieurs pour faire les « cannettes » aux jeunes filles conduisant les machines Singer, pour mettre
des étiquettes à chaque douzaine, pour les numéroter. Ces fillettes gagnent trois francs la première semaine et sont augmentées de 25 centimes par mois jusqu’à concurrence de six francs. Au bout d'un an, elles continuent à être payées à la journée et sont employées à des besognes un peu plus minutieuses. Elles ont eu, en effet, l’occasion de se familiariser d'assez près avec les principales opérations de notre industrie. Elles sont employées soit à coller des premières cartons sur des premières cuirs, soit à placer les lacets sur les empeignes, soit à recouper les empeignes. A cette besogne elles gagnent de 6 à 7 francs suivant leur âge. Vers 16 ans, elles changent encore de série et chacune d’elles choisit la partie qu’elles conservera généralement pendant toute sa vie d'usine ou d'atelier. Les unes sont versées au montage, les autres conduisent des machines à coudre, d’autres des machines à tresser. A partir de ce moment, la jeunefilletravailleà ses pièces etgagne plus ou moins suivant ses aptitudes et sontravail. Au montage nos ouvrières gagnent en moyenne d’un bout de l’année à l’autre, dix francs par semaine. Aux machines à coudre, elles gagnent toujours une moyennede11fr. ainsi qu'aux machines à tresser. Les femmes employées à la journée ont 1 fr. 50 par jour. »
Dans une autre manufacture de chaussons de tresse et de feutre à bon marché située dans un gros village de Vendée, les salaires d'usine pour les coupeuses, piqueuses et assembleuses s’échelonnent entre 0 fr. 60 pour les fillettes jusqu’à 1fr. 50, la moyenne est de 1 fr. 10,
Nous avons donné ces deux derniers exemples pour montrer dans quelles proportions les salaires sont plus ou moins élevés, suivantque le travail est accompli en ville ou à la campagne : le coût de la vie n’est pas sans influence sur leur établissement.
Veut-on quelques indications sur les salaires des femmes dans l’industrie des métaux? Citons les salaires payés par une Société pour la fabrication de l'encre et du cirage, les boîtes métallurgiques et l'impression sur métaux. Elle occupe un assez grand nombre de femmes. Dans une de ces usines situées dans la banlieue de Paris les salaires se répartissent ainsi :
Jeunes filles de 14 à 15ans . . . 1fr. 50.
Jeunes hllestde 15 al ans "et fr. 75.
Jeunes filles de 17 à 18 ans . . 2-francs.
Au dessus minimum 2 fr. 50, maximum fr. 50, moyen 3 à 3 fr. 50.
Dans une tréfilerie d’une petite ville de Normandie, les salaires fémininsne sontque de 1 fr. 25, 1 fr. 50 et 2 francs.
Nombreuses encore sont les femmes dans l’industrie du papier et du livre. Quels y sont les salaires ? Les voici pour une usine d'Angoulême qui emploie 200 femmes et 110 à 130 enfants (garçons et fillettes) au façonnage du papier. Les apprenties, qui jadis n'étaient pas payées et parfois même payaient les ouvrières qui les mettaient au courant, débutent à 0 fr. 50 par jour. Un dixième seulement des femmes est payé à la journée, elles ont 1 fr. 50, 1 fr. 75 et 2 francs à
2 fr. 25. Le salaire moyen calculé sur une quinzaine pour les ouvrières aux pièces est en temps normal de 1fr. 50 à 1 fr. 75 et pour quelques-unes de 2 fr. 50 à 2 fr. 80. La moyenne est de 2 francs. C'est du reste le taux fixé pour les ouvrières aux pièces qu'on est obligé de mettre à la journée, lorsqu'on leur donne à faire un travail sortant de leur besogne ordinaire. En temps de surproduction (fabrication de deuil, confection d'enveloppes pour cartes de visite, papeteries) les salaires montent à 3 francs et 3 fr. 20.
C’est surtout dans l'imprimerie que l'entrée de l'ouvrière a été le plus combattue et qu’elle a été et est encore le plus discutée. — Nous aurons à en parler ailleurs. — Les femmes n’ont pas cessé cependant d'y chercher du travail et des places, car l'imprimerie est une des industries où elles gagnent leurs meilleurs salaires. L'ouvrière est surtout employée comme compositrice, soit qu'elle lève la lettre, soit qu’elle compose les lignes de métal à la linotype. La «typote» est payée aux pièces, la linotypiste est payée tantôt aux pièces, tantôt à l'heure.
En province, les compositrices sont parfois payées 0 fr. 17 le mille de lettres (1), c’est-à-dire pour la femme qui lève 10,000 lettres à la journée, un salaire quotidien de 1 fr. 70. Nous avons été à même de constater que ce salaire est au-dessous du salaire généralement payé. Les femmes typographes gagnent en province des
(14) Me Froment. Ouvrières parisiennes. Brochure de l'Action populaire.