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salaires de 2 fr. 50 en moyenne à 3 francs et 3fr. 50. Il est vrai que nous avons rencontré des salaires de 1 fr. 50. A Paris, les salaires sont bien plus élevés. Les femmes sont payées 0 fr. 50 et O0 fr. 55 le mille de lettres, mais un grand nombre encore reçoivent moins, 0 fr. 45, 0 fr. 40 et même 0 fr. 35et 0 fr. 30. Les journées sont ainsi de 3 fr., 3 fr. 50 et plus généralement de 4 fr., 4 fr. 50 et 5 francs.
Les femmes linotypistes payées à la journée ont 5 et 6 francs, mais souvent, à la différence des hommes, elles sont payées aux pièces. Le prix du mille de lettres composées est de 0 fr. 15 et 0 fr. 20. Les ouvrières peuvent se faire des journées de 6 francs, 6 fr. 50 et 7 francs et pour celles qui sont exceptionnellement habiles, de 7 fr. 50, 8 francs et 8 fr. 50.
Dans une grande maison d'imprimerie et d'édition de Paris où les femmes sont payées le même tarif que les hommes, les salaires des compositrices s’échelonnent de 21 francs par semaine (3 fr. 50 par jour) à 44 francs (7 fr. 30 par jour), mais le travail journalier est de 9 heures seulement, Au brochage les ouvrières ont de 21 à 36 francs par semaine,
Quelques femmes sont encore employées dans l'imprimerie pour les travaux « en conscience ». En province elles gagnent alors 3 francs à 3 fr. 50, à Paris 5 francs.
Il est assez inutile, on s’en rend compte surabondamment, d'essayer d'établir une moyenne des salaires féminins dans la grande industrie. Le chiffre qu’on pourrait donner répondrait à trop et
à trop peu à la fois. Tout au plus, pourrait-on, en restant dans une grande imprécision, les grouper approximativement entre 2 et 3 francs. Bien au contraire, il y a un intérêt beaucoup plus direct à chercher les causes qui les déterminent et les modifient.
Dans la grande industrie, l’âge des ouvrières n'est pas, pour ainsi dire, un facteur d'influence sur les salaires. La machine a supprimé la difficulté professionnelle. L'apprentissage a souvent perdu beaucoup d'importance. Par suite de l'extrême division du travail, le talent de l’ouvrière consiste dans sa vivacité et dans son application. Elle n’a plus besoin de qualités spéciales acquises au prix de longs efforts. Qu'elle ait des qualités générales d'attention, de goût, de bonne volonté et elle sera, en quelques mois, en quelques semaines même, une excellente ouvrière. L'infériorité de la fillette viendra principalement de sa moindre force physique et de son étourderie, quoique, dans les industries où elles sont payées aux pièces, les plus jeunes ouvrières reçoivent parfois des salaires équivalents aux salaires des anciennes. C’est ce qui fait que dans une occupation absolument identique une ouvrière peut gagner un salaire deux fois plus élevé que celui d’une autre.
Les ouvrières d'usine sont relativement jeunes. Ce n’est pas une règle générale; mais visitez les établissements industriels, ou attendez l'heure de la sortie des ateliers et vous ne serez pas long à avoir la preuve de ce fait que nous avons vérifié. Le plus fort contingent des ouvrières
industrielles sont des jeunes filles et femmes ayant entre 18 et 35 ans. Les nécessités de la vie retiennent chez elles les plus âgées.
Le machinisme a eu une influence très marquée sur le taux des salaires. En effet, plus il se perfectionne et plus il produit. Le coût de la fabrication est donc diminué pour chaque objet. Cet avantage a le triple résultat de faire diminuer le prix de vente en vue d'augmenter la consommation, de procurer un bénéfice au patron, de produire une hausse du salaire de l’ouvrier. Ces opérations ne se font que très lentement et si la concurrence effrénée fait surtout profiter le consommateur du perfectionnement de l’industrie, l’ouvrier toutefois en ressent le bienfaisant contre-coup. N’avons-nous pas vu que le salaire des ouvrières du coton est plus haut que le salaire des ouvrières du lin et que l’une des principales causes de cette différence provient du perfectionnement de l'outillage de l’industrie cotonnière ? N’avons-nous pas vu que le salaire des ouvrières linotypistes est plus élevé que celui des compositrices ordinaires? Dans l’industrie du tissage les ouvrières gagnent plus maintenant que les perfectionnements successifs du machinisme permettent à chacune de surveiller plusieurs métiers au lieu d’un seul.
Un établissement limitrophe de la Normandie dont lafondation remonte à plus d’un siècle, mais qui est toujours au courant des derniers perfectionnements, nous servira d'exemple. Au tissage les ouvrières conduisent des métiers ordinaires et des métiers américains (Northrop). Les gains des ou-
vrières qui conduisent deux métiers ordinaires sont : minimum 1 fr. 89, maximum 4 fr. 52, moyen 2 fr. 90 ; ils sont pour celles qui conduisent trois métiers ordinaires minimum 3 fr. 71, maximum 5 fr. 07, moyen 4 fr. 32. Mais les métiers américains demandant une surveillance moins attentive sont confiés en plus grand nombre que les autres à une seule femme. Une ouvrière peut arriver à en conduire huit et obtient alors des salaires dont le minimum est 4 fr. 55, le maximum 6 fr. 29, la moyenne 5 fr. 43. Ce sont là des chiffres qui sortent des limites ordinaires et, qui sont dus au perfectionnement de l'outillage. Nous tenons d’un fabricant de tissus cette phrase typique : « Depuis 45 ans que je suis dans l’industrie, les salaires ont doublé et grâce au machinisme le prix de la maind'œuvre a cependant diminué dans les, frais généraux ».
Le machinisme a donc eu pour effet de donner plus de prix au travail féminin tout en diminuant la peine de l’ouvrière, puisque la journée de travail des femmes n’est plus que de 10 heures. Tout compte fait, c’est bien la grande industrie qui procure à la femme les emplois les plus avantageux."Si elle a eu ce mauvais résultat de l’amener à l'usine, elle lui a en échange donné un salaire plus rémunérateur. Ainsi le veut la loi du progrès. Elle sait toujours, lorsque par quelque côté son action est nuisible, la compenser par un bienfait.