‹ Le SalaireChapitre 10 sur 28 · IV. — Avantages du salariat · texte numérisé non relu

IV. — Avantages du salariat

On ne saurait contester — les Socialistes eux-mêmes ne songent à le faire — que depuis que le salariat existe comme unique régime économique, la production n'ait pris un grand essor et que l'industrie ne se feoit singulièrement développée. Il n'en est pas seul ■cause sans doute; il y a pourtant contribué. La chose paraît incontestable, quoiqu'il soit impossible de dire dans quelle mesure. Mais nierait-on que la forme salaire ait sur l'extension de la production et de l'industrie toute influence efficace, on ne peut nier qu'elle n'offre de réels avantages à Y entrepreneur et à l'ouvrier. Ces avantages sont tels que non seulement les entrepreneurs mais encore les ouvriers préfèrent généralement ce mode de rétribution à tout autre, même à celui qui paraîtrait beaucoup plus équitable, l'association avec partage des gains et des pertes.

1° Au patron ce mode assure le droit exclusif de direction, la liberté de choisir ses débouchés et d'attendre à son gré pour la vente, la faculté de mener l'entreprise à sa guise, de prendre les coopérateurs qu'il lui plait, de presser ou de ralentir la production, en un mot si ce mode laisse peser sur le patron toute la responsabilité de l'entreprise, il lui assure toute l'indépendance dont il a besoin pour la mener à bonne fin. Il le soustrait à tous ces contrôles gênants, à toutes ces ingérances facilement vexatoires delà part de son personnel qui se produiraient avec un autre système de répartition des bénéfices.

2° A X ouvrier ce mode de rétribution assure le paiement de ses services à échéances fixes et généralement très rapprochées. La plupart des ouvriers n'ayant ni capitaux, ni avances, c'est pour eux un avantage très considérable, que de recevoir pour faire face à leurs besoins quotidiens des ressources immédiates et régulières. — Ce mode de rétribution offre à l'ouvrier un second avantage non moins appréciable. Il le met à l'abri des risques industriels, risques qu'il n'est pas

capable de supporter. Le droit au salaire naissant immédiatement du travail et nullement de la réussite de l'affaire, l'ouvrier est payé alors même que l'entreprise échoue complètement. Les pertes sont toutes supportées par le patron, de la sorte le travailleur n'est pas exposé à se voir privé des ressources qui lui sont, absolument indispensables pour subvenir à ses besoins et aux besoins de sa famille, (i).

Page 1