V. — Légitimité du salariat
Le salariat n'est pas une institution parfaite sans doute, elle a donné lieu a bien des abus et prêté à bien des critiques ; mais il serait difficile d'apporter des raisons qui établissent qu'elle est foncièrement mauvaise. Elle peut être améliorée. Pour que le salariat fut chose illégitime, il faudrait qu'il fut incompatible ou avec la paiœ sociale, ou avec la prospérité industrielle, ou avec le respect de tous les droits individuels, or, loin d'être incompatible avec eux, il peut parfaitement s'accorder avec chacun d'eux :
1° Le salariat peut se concilier avec la paix sociale. Nous avons vu que le salariat crée trop souvent un antagonisme regrettable entre patrons et ouvriers, pourtant il ne rend pas impossible entre ces deux classes une entente suffisante. Les ouvriers se plaignent
(1) Le salariat est un système singulièrement souple et perfectible. Il comporte le salaire au jour, au mois, à l'année. Il est à la tâche pure et simple, ou à la tâche avec prime pour surcroit de travail dans un temps donné et pour économie dans l'usage des matières premières et combustibles. Il peut être accompagné de gratification va riable à la fin de l'année, ou de gratification fixe à un tant pour cent sur le prix de vente. I! peut suivre l'échelle mobile des produits et faire ainsi profiter l'ouvrier d'une manière directe de la prospérité de l'industrie, comme aussi l'associer à ses souffrances. Et c'est ainsi que ce salaire si décrié par quelques-uns, peut se prêter aux combinaisons les plus variées, combinaisons à la fois très utiles aux ouvriers et très favorables aux patrons qui veulent remplir leur rôie providentiel auprès de ceux que la fortune a déshérités des biens de ce monde.
moins da régime que de la façon dont on l'applique lis préfèrent presque tous ce mode de rémunération tout autre. Ils trouvent seulement que. le Capital jusqu'ici, s'est taillé au dépens du Travail une part trop large dans les profits. Le fait serait-il vrai, Pexistence d'abus même graves ne constituerait pas une preuve absolue que le système est dangereux au point de vue social. Avec n'importe quel autre système les difficultés demeureraient les mêmes. Personne ne croira qu'une fixation de part, donnant satisfaction aux patrons et aux ouvriers, sera plus commode avec un régime d'association et de participation rigoureuse aux bénéfices. Les conflits seraient au moins aussi nombreux et la paix sociale au moins aussi menacée.
2° Le salariat peut se concilier avec la prospérité industrielle. Ce point n'a pas besoin d'être démontré. L'expérience est faite. Les faits sont suffisamment concluants pour que personne ne puisse élever un doute sérieux. Tout au plus peut-on dire qu'avec un régime d'association ou de participation l'ouvrier serait stimulé à travailler davantage ou à donner un plus grand soin à son travail. Mais, outre qu'à l'heure actuelle la production suffit largement pour faire face aux besoins de la consommation, avec une surveillance sérieuse on arrive à atténuer considérablement ce que le salariat peut offrir d'infériorité au double point de vue de la qualité et de la quantité du produit.
3* Le salariat peut se concilier avec le respect de tous les droits individuels. Le contrat de salaire est un contrat à forfait, c'est-à-dire un contrat par lequel l'ouvrier renonce à tout droit sur le produit de son travail moyennant une somme fixe que l'entrepreneur s'engage à lui payer par jour ou par mois. Pour que tous les droits individuels se trouvent respectés, il faut que cette somme fixe soit en rapport avec le service rendu. Nous ne prétendons pas qu'il en est toujours ainsi, mais nous prétendons que l'ouvrier peut recevoir la rémunération intégrale de son travail tout aussi bien sous forme de salaire, que sous forme de distribution de dividende et de participation aux bénéfices.
Par conséquent, quel que soit le sort que l'avenir
veserve au salariat, on peut affirmer que ce système n'offre rien d'intrinsèquement mauvais et qu'appliqué iavec justice il est capable de coopérer au bien général et d'assurer le bien particulier de l'ouvrier comme du patron.