II. — Nature spéciale du contrat de travail
1° Par son objet le contrat de travail diffère esse tiellement de tout autre contrat. Il ne saurait être complètement assimilé ni au contrat de louage^ ni au con-
(1) Léon xiii. Encyclique : Rerum novarum.
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trat de vente et d'achat. On ne peut donc pas raisonnablement estimer la valeur de la main-d'œuvre humaine d'après les seules règles qui servent à estimer la valeur d'une vulgaire marchandise. Celle-ci n'est qu'une chose matérielle et extérieure, tandis que la main-d'œuvre est une opération vitale, procédant de l'homme et mettant les forces d'un homme au service d'un autre homme. Ce n'est pas une e: ose qui est en jeu, c'est une personne. Dans l'appréciation du travail on ne saurait séparer le produit du producteur; pour estimer équitabiement le premier il faut tenir compte de la nature et des besoins du second.
2° L 'objet de contrat de travail, quoique différant essentiellement de l'objet de tout autre contrat, n'arrive pas à échapper complètement aux tois qui président à l'appréciation des marchandise ordinaires. Malgré leurs différences fondamentales on ne peut pas nier qu'il n'y ait des similitudes entre le travail offert sur le marché et une marchandise ordinaire. Ces similitudes se retrouvent fatalement dans la manière dont se détermine le prix de l'un et de l'autre. « Si le travail a pour principe un acte vital et humaiu, il a aussi pour terme un objet matériel extérieur, qu'il transforme en le rendant utile. Or cette utilité, fruit du travail, mérite une compensation susceptible d'être appréciée d'après sa valeur d'échange. Voilà pourquoi on ne saurait exclure d'un état social bien ordonné, une concurrence qui, maintenue dans les limites de la justice et de la modération, déterminera souvent le prix du travail. 11 subira ainsi les fluctuations qu'amènent nécessairement les circonstances c.ipihles d'exercer une influence sur la valeur d'échange des objets (l). »
(1) P. Martin, S. J. Etudes Eeh'gieusps t. LV, p. 207.
Le cardinal Zigliara chargé par la Curie romaine de répondre en août 1891 à une consultation du cardinal archevêque de Matines s'exprimait ainsi sur cette question : « Le travail d'un ouvrier est considéré comme une sorte de marchandise, et le salaire ou récompense comme une sorte de prix. Et ce n'est pas à tort qu'il en est ainsi : car bien que le travail de l'ouvrier soit quelque cùose
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