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IV. — Importance de la question du salaire

1° Cette question est importante en raison du rôle qu'elle joue dans la crise sociale. La question du salaire ne se confond pas absolument avec la question sociale. Elle n'en est qu'une partie, mais la partie principale, tellement principale que la question sociale serait bien près d'être résolue, si était résolue la question du salaire. Lorsque la distribution des profits se fera d'une manière donnant satisfaction aux légitimes revendica-

^uvrier comme le refrain d'une marseillaise socialiste. » — Voici comment Lassale formule sa fameuse loi. « La loi de fer qui, dans les conditions actuelles de la production, met le salaire dans la dépendance de l'offre et de la demande de travail, s'énonce comme il suit : la moyenne du salaire de travail reste toujours réduite à l'entretien nécessaire, communément en usage chez le peuple, pour la conservalion de sa vie et sa reproduction. Tel est le point autour duquel s'agite continuellement, en oscillations de pendule, le salaire réel, sans jamais pouvoir s'élever longtemps audessus, ni s'abaisser longtemps au-dessous; car autrement, par suite de l'amélioration du sort des travailleurs, il se produirait bientôt un accroissement de population ouvrière, suivi d'une offre plus grande de bras, laquelle ferait retomber le salaire à son premier état de baisse. Le salaire du travail, ne peut non plus rester longtemps fort au-dessous de cet entretien nécessaire à la vie, car alors on voit apparaître l'émigration, le célibat, l'interruption de la génération des enfants et finalement, par une suite naturelle de la misère, une diminution dans le nombre de3 travailleurs suivie d'une offre moindre de bras, laquelle a pour conséquence de ramener le salaire du travail à son premier état de hausse. Le salaire moyen réel du travail consiste donc dans le mouvement perpétuel autour de ce centre de gravité, où il faut qu'il retombe chaque fois qu'il est resté tantôt un peu au-dessus, tantôt un peu audessous. » — Offenes Antworstschreiben ; Arbeiterlesebuch. — Entre Lassale et les Economistes classiques anciens il n'y a que cette différence c'est que Lassale a signalé une fatalité la où les autres ont vu une possibilité presgiï impossible à empêcher. — Les classiques modernes ont abandonné les théories de Smith et n'admettent pas la loi d'airain. Voir leurs raisons dans Leroy Beaulieu : Essai sur la répartition des richesses, p. 15 et suivantes.

tions de ceux qui, à des titres divers, ont contribué à les produire, on ne connaîtra plus l'antagonisme des classes, les rivalités du Travail et du Capital, les soulèvements et les menaces du prolétariat, les poussées révolutionnaires d'un quatrième état, en un mot ces luttes, ces crises, ces hostilités et ces heurts qui inquiètent les moins pessimistes et font redouter, pour un avenir prochain, des perturbations profondes et les pires renversements.

2° La question du salaire est importante en raison du nombre et de la condition toute digne d'intérêt de ceux qu'elle concerne. Elle intéresse de près ou de loin absolument tout le monde, mais elle intéresse d'une manière spéciale les ouvriers des villes, les travailleurs des campagnes, la multitude presqu'infinie de ces prolétaires, qui n'ont pour vivre et faire vivre leur famille que la rémunération de leur travail. Pour tous ces hommes la question du salaire est une question non seulement capitale, mais vitale. Elle met en cause leurs intérêts lei plus chers : leur dignité, leur indépendance, leur bienêtre, la tranquillité et le bonheur de leur foyer, le bienêtre de leur famille, l'avenir de leurs enfants, le repos et la sécurité de leurs vieux jours.

3° La question du salaire est importante en raison des relations qu'elle a avec une infinité d'autres questions capitales. Elle est intimement liée : — à la question de la paix et de la conservation sociales menacées par les grèves, les révoltes, les théories subversives du Prolétariat qui se prétend indignement exploité par le Capital. C'est pour des difficultés de salaire que se produisent habituellement les cessations de travail et les désordres qui les accompagnent à peu près toujours ;

— à la question de la moralité générale, car. comme le fait justement remarquer Léon XIII après saint Thomas, € l'usage d'une certaine abondance de biens extérieurs est indispensable à la pratique de la vertu; (1) »

— à la question de la conservation des qualités de la race, car, suivant que le salaire est suffisant ou non, les races s'étiolent dans les privations, la gêne, le sur-

(1) Encyclique : Rerum novarum.

ménage, ou elles se développent grâce à une honnête aisance et à un convenable bien-être ; — à la si grave et si actuelle question de la dépopulation (1), et à un très grand nombre d'autres non moins importantes et non moins préoccupantes.

4° La question du salaire est importante enfin en raison des difficultés de solution qu'elle présente. « Le problème, dit Léon XIII, n'est pas aisé à résoudre, ni exempt de danger. Il est difficile, en effet, de préciser avec justesse les droits et les devoirs réciproques des riches et des prolétaires, des capitalistes et des travailleurs. Ce qui rend le problème encore plus périlleux c'est qu'il est exploité par des hommes de désordre et de mauvaise foi, habiles à obscurcir la vérité et à exciter les foules à la révolte (2) ». En même temps qu'elle est

(1) Le salaire et la population. Tous les Economistes reconnaissent que la question du salaire a une grande connexité avec la question de population. Si l'ouvrier ne gagne qu'un salaire insuffisant il ne peut songer à se marier et s'il se marie il est amené à limiter le nombre d'enfants. Il s'interdit de les mettre au monde manquant de ce qui est nécessaire pour les nourrir et les élever. Il s'est trouvé d'ailleurs des Economistes pour lui recommander sur ce point, ce qu'ils ont appelé, « la sagesse et la retenue. » Malthus, leur chef, voit la principale cause de la misère dans un excédent de population. Aussi veut-il: 1° qu'un homme ne se marie que lorsqu'il s'est assuré des ressources suffisantes pour entretenir femme et enfants ; 2° que ceux qui sont mariés n'accroissent leur famille que dans la mesure de leurs ressources ; 3* que l'autorité civile refuse toute assistance aux enfants nés d'un mariage de nécessiteux ; 4° que le législateur se garde bien de favoriser le mariage du séducteur et de sa victime lorsque tous deux sont sans fortune... Ces tristes doctrines sont soutenues par toute une école qui ne craint pas de recommander à l'ouvrier la prévoyance conjugale, la stérilité systématique du mariage, la limitation volontaire de la fécondité. Les malthusiens modernes ont exagéré la « moral res* traint» de leur maître et en sont arrivés à préconiser nos pas seulement comme un droit, mais comme un devoir, der pratiques qu'on ne saurait trop flétrir »u nom de la reli« gion et de la morale.

(2) Encyclique : Rerum novarum*

des plus graves, la question du salaire est des plus complexes, des plus délicates, des plus préoccupantes parmi celles qui s'imposent à la sagacité des particuliers et à la sollicitude des pouvoirs publics.

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