III. — Inconvénients du salariat
Les Socialistes prêtent au salariat toutes sortes de méfaits. D'après eux il n'est qu'une exploitation éhontée de l'homme par l'homme, une source d'abus monstrueux, un régime d'injustice, une forme déguisée d'esclavage. C'est à lui que sont imputables presque tous les maux et toutes les souffrances de la classe ouvrière.
Les Classiques voient dans le salariat le régime type définitif et en quelque sorte idéal, qui doit présider à la production. Il a donné des résultats merveilleux. Il a imprimé un puissant essor à la production et fortement armé l'industrie. Les quelques abus qui se sont produits ne sont pas imputables au régime luimême, ils sont le fait des hommes. Il en existe fatalement dans toutes les institutions humaines.
Les Catholiques pensent que la vérité est entre cet deux opinions extrêmes. Ils reconnaissent cependant que ce régime a été très dur, dans l'ensemble, pour les ouvriers pendant trois quarts de siècle (1), qu'il leur a été même moins avantageux que les régimes antérieurs. Sous son couvert, bien des abus criants se sont glissé», mais on ne saurait le rendre responsable de tous. Beaucoup ne sont pas une conséquence nécessaire de son fonctionnement.
Il y a cependant des inconvénients qui sont inhérents au système lui-même. Trois surtout doivent être signalés. — 1" Le salariat établit comme fatalement un antagonisme entre le patron et l'ouvrier. 11 crée entre eux une opposition d'intérêts. L'ouvrier cherche à obtenir le salaire le plus élevé possible et à donner simplement le minimum de travail, le patron au contraire, se préoccupe de payer la main-d'œuvre au plus Las prix et d'obtenir de son personnel le summum
(1) Durant le dernier quart du xixe 3iècle les choses ont sensiblement changé. Les ouvriers se sont organisés, ils se «ont groupés, ils ont conquis le droit de coalition et de grève, et à l'heure actuelle, devenus une force redoutable, lis prétendent imposer les conditions au lieu de les recevoir. Ils ont contraint les pouvoirs publics à s'occuper d'eux et sent arrivés à améliorer notablement leur sort.