TOTAL CANTON
(7) A.D.G. 13 M 222 (8) Direction des Services Agricotes du Gard.
Sur le plan des techniques agricoles, la principale modification a trait à la composition du cheptel d'exploitation. Le cheval qui, jusqu’à la deuxième moitié du 19" siècle, était exclu de la plaine de at Net le compagnon obligatoire du viticulteur au détriment du mulet.
L'évolution déjà commencée en 1900 dans les villages de l'Est se poursuivit jusqu'en 1929, avec un temps d'arrêt entre 1914 et 1920 dû aux réquisitions.
Avant l’apparition des premières défonceuses à vapeur, le cheval s'était révélé indispensable aux travaux de plantation du vignoble. Les cultivateurs se réunissaient entre parents et. amis pour mettre en commun leurs animaux de trait. Un premier attelage par couple de deux ou trois paires de mules retournait la terre et, dans ce sillon passaient deux chevaux tirant en ligne une charrue défonceuse. Une équipe de bêcheurs creusait au « luchet », dans la raie ainsi tracée, les trous destinés à recevoir les plants.
Pour les nombreux iabours nécessaires à la vigne, on préféra le cheval plus docile, plus maniable et surtout plus adroit que le mulet. Au moment des vendanges, le cheval, meilleur limonier, tirait plus facilement les lourdes charrettes chargées de raisins. Enfin, avec le développement de la circulation automobile, le mulet, plus ombrageux, devenait un risque d'accidents permanent.
Mais surtout, les principaux obstacles qui s'étaient autrefois opposés à l'adoption du cheval disparurent complètement au début du XIX"* siècle! L'extension des luzernières résolvait le problème de l'alimentation ; l'introduction des assurances-bétail faisait s’évanouir la crainte de voir un capital important brusquement anéanti par la maladie, car le cheval est un animal bien plus fragile que le mulet. Enfin, l'enrichissement apporté par la vigne permettait l’investissement de sommes plus importantes dans le cheptel vif.
Cet apport d'argent frais rendit possible de nombreuses améliorations dans le matériel utilisé. Toutes ces nouvelles acquisitions profitèrent non seulement à la vigne, mais aussi aux autres cultures de plein champ. Le remplacement de la charrue Dombasle par la charrue américaine ou allemande permit d'obtenir des sillons plus ouverts et mieux aérés. L'adoption de la herse canadiénne pour le sarclage des vignes hâta la disparition de la pesante herse que l'on avait coutume d'utiliser pour les semailles. Enfin, pour gagner du temps sur les anciennes cultures, on généralisa l'emploi de la faucheuse et de la moissonneuse-lieuse.
L'enrichissement des vignerons se traduisit également par un changement assez profond de la structure agraire dans les communes où existaient de grandes propriétés appartenant à des familles ne résidant pas dans le pays. Chaque période de prospérité viticole a coïncidé avec une main-mise progressive des habitants des villages sur ces terres plus ou moins bien cultivées. Cette extension de la petite et moyenne propriété avait déjà commencé à l'époque de la sériciculture avec l'acquisition d’une partie de la plaine de St-NA- ZAIRE par les habitants de LOGRIAN et de St-JEAN-DE-CRIEULON Le fermage qui était la règle générale pour les grandes exploitations
s'opposait à la mise en valeur intensive de ces domaines. Le préneur n'avait pas intérêt à investir des capitaux dans de nouvelles plantations, tandis que le bailleur ne pouvait espérer récupérer les dépenses engagées dans la constitution du vignoble par une plusvalue correspondante de la valeur dù fermage. Aussi les possesseurs de ces gros domaines préférèrent-ils les céder par petites parcelles à des cultivateurs désireux d'accroître la superficie de leur vignoble. :
La première propriété à être vendue par lots fut celle du mas de Caunelle qui appartenait alors à un notaire de Lédignan. Cet homme d’affaires réalisa une fructueuse opération en cédant une partie des terres labourables à des Logrianais, en 1900 et 1901. A la même époque, les Rodier de la Bruguière, descendants d’une riche famille de commerçants anduziens, se dessaisirent de quelques parcelles de l'immense domaine que leurs ancêtres avaient acquis à CANAULES et à SAVIGNARGUES au moment de la Révolution. Les habitants de CANAULES leur achetèrent des terres hermes dans le quartier de la Rouvenède ; c'est à l'occasion du défrichement de ce terroir que les premières charrues défonceuses tirées par des locomobiles à vapeur firent leur apparition dans la plaine de Bay.
Ce démembrement de la grande propriété cessa pendant la crise viticole, maïs il reprit en 1914, lorsque le relèvement des cours eut apporté de nouveaux capitaux aux petits exploitants. Le propriétaire de, Caunelle recommença à vendre des lots morcelés, puis il céda le mas lui-même avec les champs y attenant, non sans s'être réservé 13 hectares des meilleures terres qu'il aliéna avec profit en 1915 1917 et 1926. En définitive, le domaine de Caunelle qui groupait 150 hectares au moment de la confection du cadastre, n’en compte plus aujourd'hui que 46, tout le restant ayant été acquis par des habitants de Logrian et de St-Jean-de-Crieulon.
Les Rodier de la Bruguière mirent en vente tous les biens qu'ils possédaient encore dans le canton. À CANAULES, un négociant en grains et tourteaux acheta leur château et les terres cireumvoisines, deux de leurs anciens fermiers devinrent propriétaires des mas y attenant et la vingtaine d'hectares qui restaient furent. partagés entre différents habitants du village. A St-NAZAIRE, leur domaine qui totalisait 180 hectares fut divisé en deux lots principaux dont les bâtiments d'exploitation étaient pour l’un le Château des Gardies et pour l'autre sa métairie de l'Eglise. Des lots plus petits furent acquis par quelques habitants de St-JEAN-DE-CRIEULON : enfin, un dernier lot d’une trentaine d'hectares situés pour la moitié dans la plaine de Cabrière fut vendu seulement en 1938 par les héritiers des Rodier à un immigrant cévenol.
La fin de la grande guerre fut marquée par la mise en vente de propriétés qui étaient restées partiellement en friche pendant le conflit, faute de main-d'œuvre. A CANAULES, le dernier domaine ayant appartenu à une des familles de l'ancienne bourgeoisie sauvaine, fut acquis en 1920 par un habitant du village. En 1921, Canaulois et Logrianais se partagèrent les terres qu'un des CO-propriétaires du Mas de Barel, un Nimois, aliéna définitivement. Bien que les héritiers de l'autre co-acquéreur du domaine aient acheté
alors un lot important, ils ne possèdent aujourd'hui qu'une trentaine d'hectares d'une exploitation qui, lorsqu'elle s'était vendue comme Bien National, en comptait plus de cent vingt.
Ce morcellement de la plaine de Bay semble avoir pris fin dans la décade commencée en 1921. D'une part les terres susceptibles d'être mises en vente étaient devenues plus rares et elles avaient acquis une plus-value élevée. D'autre part, seuls les tout petits exploitants possédant des propriétés inférieures à deux ou trois hectares continueront à essayer d'agrandir leur domaine, Les autres propriétaires se contenteront des terres qu'ils possèdent déjà et chercheront à augmenter leur production surtout en améliorant les rendements. Les bénéfices réalisés seront dorénavant investis dans l'achat d'engrais chimiques dont l'emploi se généralise et dans la modernisation d'un matériel dont la rusticité était incompatible avec la culture intensive.
C'est dans la décade 1921-1930 que 8e répandra dans le canton l'usage des pulvérisateurs à traction animale qui remplaceront avec profit les sulfateuses à dos d'homme. A la même époque, on s’occupe de perfectionner ie matériel de cave. L'emploi des fouloirs à vendange, puis des foulo-pompes va permettre d'abandonner l'antique procédé du foulage aux pieds. On construit de nouvelles cuves, les chais s’agrandissent ; souvent même on abandonne les anciennes installations trop exigués, pour bâtir des caves plus vastes où la vinification s'opère rationnellement. On élève aussi de grands hangards pour loger un matériel de plus en plus encombrant. Les villages et les mas qui avaient crû en hauteur à l'époque du ver à soie vont maintenant s'étaler en largeur. Partout la vigne laisse son empreinte.
Le vignoble, faute de soins avait été en régression pendant la grande guerre. Les attaques du mildiou en 1915 et 1917 avaient obligé à arracher des ceps, principalement dans la plaine de Bay. La reconstitution prit son essor vers 192-1923 lorsque le cheptel vif eut retrouvé son ancien chiffre.
Superficie en vignes
| Res ON 1913 | 1920 | 1925 | 1929 | 1539 | 1951
| Plaine de Bay 962 | 690 | 800 | 930 | 1125 | 1230 | | Ouest du Canton 295 | 350 | 395 | 470 | 525 | 520
| Total du canton. 1357 | 1040 | 1195 | 1400 | 1650 | 1750
Si, en 1929, les vignes n'avaient pas encore atteint leur superficie d'avant-guerre dans la plaine de Bay, elles avaient conquis une centaine d'hectares supplémentaires dans la commune de DUR- FORT, en particulier dans les mas de Saint-Martin-de-Saussenac.
(6) Chiffres établis d'après les déclarations de récolte.
Grâce à la généralisation de nouveaux porte-greffes, mieux adaptés aux terrains calcaires, (els que le Monticola (Rupestris du Lot) et le 3309, le vignoble continua à progresser dans le canton, malgré la législation restreignant les plantations. Les derniers « harmas » calcaires furent défoncés et se couvrirent de ceps.
Pendant la guerre de 1939-45, la production faiblit par suite du manque d'engrais chimiques. Mais la superficie du vignoble ne fut pas entamée car, au contraire de la Grande Guerre, Ja maind'œuvre ne fit jamais défaut. D'autre part, la faible pluviosité enregistrée au cours de cette période limita l'extension du mildiou. Seuls quelques exploitants des mas délaissèrent franchement la vigne pour des cultures vivrières, mais à la libération, la presque totalité des ceps était encore en état de produire, comme le prouve l’excellente récolte de 1944. Seuls, les sols étaient épuisés et il fallut plusieurs années pour retrouver le rendement de 1939.
La gelée de 1948 vint frapper le vignoble de la plaine de Bay au moment où il allait retrouver sa production d’avant-guerre et il fallut attendre 1950 pour enregistrer une récolte légèrement audessus de la moyenne. Les rendements demeurent encore généralement faibles, car on peut estimer qu'un quart du vignoble vient d'être entièrement renouvelé depuis la Libération. On a même planté une centaine d'hectares supplémentaires dans l'Est du canton.
La principale caractéristique des nouvelles vignes est la prédominance des hybrides dans les bas-fonds les plus exposés à la gelée et au mildiou. Ils ont également la préférence dans les tènements éloignés du centre de l'exploitation où il est difficile d'apporter des soins constants. Les nouveaux cépages les plus en faveur actuellement sont les S.V. 12.375 pour les blancs et les S.V. 18.315 pour les noirs. On les greffe en général sur Monticola ou sur Berlandieri 161.49.
Si les hybrides semblent devoir assurer une récolte moins irrégulière et épargner une main-d'œuvre abondante au moment des sulfafages et du soufrage, leur rendement restera souvent inférieur à celui des aramons. D'autre part, ce n'est pas le vin qu'ils produisent qui peut actuellement résoudre le problème de la qualité.
La superficie des vignes à bois est également en très nette augmentation car le marché des racinés est allé sans cesse en s'élargissant avec la création de nouveaux porte-gréffes destinés à l'exportation. De plus, certains propriétaires limités par le contingentement des vignes à fruits, ont planté des vignes-mères qui ne sont soumises à aucune restriction. Cependant, la production des sarments est devenue une pure spéculation car la vogue des nouveaux plants est souvent passagère et la demande varie considérablement d’une année à l’autre. Seuls les pépiniéristes sont à même d'estimer les possibilités d'écoulement, et le cultivateur qui croit avoir choisi un plant avantageux arrive souvent sur le marché quand la demande est complètement tarie. Actuellement, par exemple, on assiste à un véritable engorgement sur les 41 B dont les vignobles champenois et algériens avaient fait ample provision après la Libération ainsi que sur les diverses variétés de Téléki exportées en Allemagne, en Europe-Orientale et en Crimée.
Avec la nouvelle crise vinicole qui se dessine, la plantation marque un temps d'arrêt et le marasme s'étend au marché des porte-greffes traditionnels. Les profits réalisés par les propriétaires de vignes à bois dans les années qui ont suivi la Libération sont en constante regression.
L’interdépendance du commerce du vin et du commerce des racinés aggrave la menace qui pèse sur les viticulteurs du Salavès.
La faiblesse des rendements que l’on constate dans l’ensemble du canton, place les exploitants dans une position défavorable par rapport aux producteurs du bas-pays. La fréquence des années de gelée et de mildiou maintient la récolte moyenne autour de 50 hectos’ à l’hectare. L'absence de hauts rendements n’est pas compensée par une plus-value sur la qualité, les attaques de la gelée et du mildiou abaissant non seulement le volume de la récolte, mais aussi sa teneur alcoolique.
. Quand le vin se vend bien, les producteurs de notre région participent à la prospérité générale, mais ils paraissent occuper une position marginale qui les rendra plus vulnérables si la crise viticole s'accélère. Le problème est de savoir si les autres ressources du terroir peuvent leur permettre de franchir ce nouveau cap difficile.