‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 33 sur 78 · LES VESTIGES DE LA POLYCULTURE TRADITIONNELLE · texte numérisé non relu

LES VESTIGES DE LA POLYCULTURE TRADITIONNELLE

Malgré l'importance prise par le vignoble, la plupart des productions traditionnelles du Salavès n'ont pas été abandonnées. La surface utile du canton qui représente sensiblement le tiers de la surface totale est équitablement partagée entre la vigne et les terres labourables, Si l’on examine l’état agricole de chaque commune ou de chaque exploitation, on s'aperçoit que cette répartition par moitié est, en général, partout respectée. La vigne est, de loin, la culture dominante, mais elle n’est pas une monoculture : c’est là une des caractéristiques du canton.

Plusieurs raisons peuvent expliquer la place importante qu'ont conservée les anciennes productions dans l’économie rurale du Salavès. Les unes ont trait à la faiblesse relative des rendements obtenus par la vigne, d’autres, d'ordre psychologique, sont consécutives à l'échec des tentatives antérieures de spécialisation, d’autres enfin se rapportent au manque de main-d'œuvre dans l'Est du canton et au manque de capitaux dans la partie Ouest.

Cependant, les cultures traditionnelles ont subsisté dans la mesure.où elles ne contrarient pas les travaux indispensables à la vigne. Si les principales céréales et les fourrages artificiels occupent encore annuellement plus de 1500 hectares, c’est qu'ils nécessitent des soins limités. Les avoines et les luzernières nécessaires à la nourriture du cheptel d'exploitation sont d’ailleurs complémentaires de la culture de la vigne.

Par contre, l'élevage des vers à soie a périclité car il se situait à l’époque des sulfatages. La pénurie de main-d'œuvre a également précipité la disparition de la culture du cerisier, mais pour des motifs étrangers à l'essor du vignoble.

Enfin, ie mouton qui faisait partie autrefois de l'équilibre agricole, a été définitivement chassé de la plaine de Bay. Les derniers troupeaux cherchent leur maigre nourriture dans les garrigues dont ils demeurent la principale utilisation.

La culture des céréales a reculé davantage devant les fourrages artificiels que devant le développement du vignoble. Celui-ci a fait beaucoup de progrès aux dépens des « harmas » jadis réservés aux pacages. Si l’on considère que la moitié des terres étaient laissées en jachère, on peut estimer qu'aujourd'hui les emblavures sont encore les deux tiers de ce qu'elles étaient sous l'ancien régime,

Comme les rendements ont augmenté d'autant, on peut supposer que quantitativement la production est identique à ce qu'elle était autrefois.

Les principales transformations résident dans l'abandon progressif de la jachère et dans la répartition des différentes céréales.

Total du canton (en hectares)

Jachères 420 Plantes sarclées 30 Fourrages artificiels 545

Total terres à céréales 1859

La comparaison avec la statistique de 1857 qui marque la fin de la sériciculture, nous montre que la caractéristique essentielle de l'évolution des emblavures est la disparition des champs de blé. Seules les communes de CANAULES et de St-NAZAIRE-des-GAR- DIES où les rendements ont été toujours supérieurs à ceux du Canton, font encore entrer le blé dans leurs assolements. La fixation autoritaire du prix du blé a placé les cultivateurs du Salavès dans, une position défavorable et les a conduits à s'orienter vers une céréale secondaire d'introduction récente. L'orge chevalier, appelé communément paumelle, s'est répandu dans le canton seulement au début du siècle. Plus rustique que le blé, il convenait davantage aux terres pauvres des étages calcaires ; plus résistant à la sécheresse, il était mieux adapté au climat de nos régions. Les rendements à l'hectare varient entre 20 et 25 quintaux pour l’ensemble du canton, tandis que le blé ne dépasse 20 quintaux que dans les terres les plus fertiles. La liberté des cours des céréales secondaires a fait préférer la culture de la paumelle qui laissait des bénéfices plus-substantiels. Enfin, aujourd'hui, l'orge constitue la base de l'alimentation du porc familial et des animaux de basse-cour.

La superficie ensemencée en avoine a très peu varié depuis un siècle. Cette céréale reste un des éléments essentiels de la nourriture du cheptel qui travaille. La légère diminution enregistrée ces dernières années semble coïncider avec l'essor de la mécanisation à St-NAZAIRE et à CANAULES, avec comme corollaire la diminution du nombre de chevaux. Ces deux communes représentent, en effet, près de 50 % de la production du canton.

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