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Dans la plaine de Bay, les assolements ont lieu dans l'ordre suivant : blé ou orge, avoine, orge, sainfoin ou luzerne. Parfois leg céréales alternent pendant quatre ans, l'orge étant cultivé deux an-
nées consécutives. Dans la région de DURFORT, les cultures se répartissent ainsi : orge, avoine, fourrage annuel.
Les semailles ont lieu en général avant l'hiver, bien que quelques cultivateurs aient coûtume de semer leur paumelle au printemps. On préfère être débarrassé de tous ces travaux au moment de la taille et des déchaussages de la vigne. C'est surtout lorsque l'automne a été très pluvieux que l’on enregistre une proportion notable de céréales de printemps.
La superficie occupée par les plantes fourragères a crû jusqu’à atteindre celle réservée aux emblavures. La production de la plaine de Bay est même devenue légèrement excédentaire ; les laitiers de SAUVE et de QUISSAC, les vignerons de la vallée de MONTFERRAND viennent s’approvisionner en fourrages à CANAULES. Ce fait est particulièrement caractéristique de la transformation qui s’est opérée dans l’agronomie de la région. Le prix élevé de la luzerne et du sainfoin depuis la Libération a donné un nouvel essor à cette culture et explique les progrès récents qu'elle a réalisés aux dépens des céréales.
Le sainfoin occupe les terres pendant trois ans, mais il ne produit que les deux dernières années. Seule, la première coupe est engrangée comme fourrage. On laisse grainer le regain qui est dépiqué pour la semence. ;
Les luzernières sont conservées, en général, pendant cinq ou six ans. On les fauche quatre fois par an. La troisième coupe est souvent réservée pour le commerce des graines de semence. Au total, sainfoins et luzernes occupent à peu près la même superficie.
Une nouvelle légumineuse prend actuellement de l'extension dans l'Est du canton. La vesce, fourrage annuel, trouve sa place dans l’assolement triennal qui y est pratiqué. Plante étouffante, elle nettoie complètement les champs et détruit toutes les herbes parasites. Parfois elle est semée avec des céréales secondaires ; le mélangé, fauché en vert, constitue un excellent fourrage.
Dans les grandes exploitations de la plaine de Bay, son introduction récente semble devoir favoriser la disparition de la jachère. Une fois semée, la vesce n’exige plus aucun soin si on la laisse grainer ; la récolte est faite à la moissonneuse-batteuse.
La structure de la propriété dans les communes à habitat épars avait, jusqu’à maintenant, empêché la suppression complète de la jachère. Faute d'une main-d'œuvre suffisante, les gros propriétaires étaient souvent obligés de laisser en repos leurs terres à céréales. . Ils craignaient aussi que la récolte des fourrages artificiels ne porte préjudice aux travaux de la vigne, lors des années pluvieuses. Le fanage de la première coupe de sainfoin et de luzerne exige alors des soins prolongés ; comme le mildiou est à redouter justement ces années-là, on risque de compromettre la récolte de raisins, De
plus, si l’on veut obtenir une deuxième coupe de luzerne abondante, il faut procéder à un traitement par les insecticides qui, s’il est effectué, s'exerce au détriment du temps consacré à la vigne.
Les soins constants qu'ils faut apporter aux ceps pendant le mois de Mai et le mois de Juin ont précipité la disparition de l’activité qui avait fait la première fortune des paysans du canton. Le ver à soie avait permis à tous les villageois de traverser sans trop de mal la crise viticole des premières années au siècle. Mais la reprise du marché du vin ayant coïncidé avec une nouvelle baisse sur la soie, le petit propriétaire ne voulut plus s’astreindre à un élevage qui lui imposait un allongement épuisant de la journée de travail. Comme la restriction des naissances avait réduit la main-d'œuvre familiale, la sériciculture périclita dans tout le canton.
Après la guerre de 1914, on assista à un phénomène bien plus grave qui réduisit à néant les possibilités d'une reprise. Les paysans détruisirent le précieux capital que les générations précédentes leur avait laissé en héritage. Ils s'en prirent d'abord aux dernières « plantades » qu'ils convertirent en vignes ou en luzernières. Ce furent ensuite toutes les rangées de mûriers situées en bordure des terres qui disparurent une à une. Les vignerons reprochaient à l'arbre d’or de gêner la végétation des souches environnantes. Malgré la loi du 26 Janvier 1941, interdisant formellement l'arrachage, les derniers survivants sont en constante régression. Seuls, quelques petits propriétaires possédant encore une chèvre conservent une ligne de mûriers pour faire leur provision de fagots. Bientôt, l'arbre d'or ne sera plus qu'une curiosité, comme le sont aujourd'hui les petits élevages de vers à soie qu’un nombre de plus en plus réduit de vieilles « magnanières » s’obstine à maintenir, pour profiter de la feuille qu'on leur laisse gratuitement.
Si l'on se promène à travers la garrigue de SAUVE, on voit partout des mérisiers à l'état sauvage, mais il est très rare de rencontrer un cerisier cultivé. Là aussi, une activité florissante a complètement disparu. Mais, cette fois, il ne faut pas incriminer la vigne. La culture fruitière était demeurée l'exclusivité des propriétaires des essarts et les exploitants des mas de la plaine du Vidourle et de la garrigue crétacée ne s’y étaient pas intéressés. Comme ce sont eux qui représentent actuellement 95 % de la récolte vinicole de SAUVE, on ne peut accuser la vigne d'avoir distrait la main-d'œuvre nécessaire à la production des cerises.
Entre 1886 et 1921, la population de SAUVE a diminué d'un tiers. Cette perte de substance suffit à expliquer la décadence d'une culture qui exigeait une main-d'œuvre très abondante aux époques de pointe. D'autre part, les cerises du Vaucluse et de la région de Remoulins qui arrivaient sur le marché bien avant la cerise de SAU- VE lui avaient fait perdre son caractère de primeur aux Halles de Paris et il en était résulté une sérieuse baisse des cours. Enfin, faute de moyens financiers pour lutter efficacement contre l'invasion de la mouche du cerisier, les bigarreaux furent attaqués par le ver et perdirent leur réputation de qualité.
Pendant la guerre de 1914-1918, le verger sauvain périclita et le commerce des cerises fut sérieusement touché. Après 1920, on essaya de le ranimer en important la variété de cerises qui avait fait la fortune de Remoulins, le « Reverchon» ou « Reine Hortense » qui mûrit vers le 22 Mai. On espérait ainsi lutter de vitesse avec les exportateurs provençaux ; malheureusement, le Reverchon est un arbre qui demande des soins constants. C'était exactement le contraire de ce qui aurait convenu aux bonnetiers et aux boisseliers de moins en moins attirés par l’arboriculture. De plus, le fruit du Reverchon supporte mal le voyage et arrive souvent en mauvais état. La renommée de la cerise de SAUVE avait vécu.
Plus heureux que le müûrier et le cerisier, l'olivier occupe encore une centaine d'hectares dans le canton. Certes, les olivettes sont reléguées dans les essarts les plus éloignés du plateau de Coutach ou sur les faiïsses des environs de DURFORT où aucune autre culture ne serait rentable, mais depuis l’occupation, on assiste à un renouveau de leur mise en valeur. L’olivier est une culture que l'on; abandonne quand le produit est dérisoire, mais c’est un arbre que l’on n’arrache pas. Il suffit de le tailler de temps à autre pour le maintenir en état, et, si les cours de l'huile s'élèvent sensiblement il ne reste plus qu’à le travailler autour du pied pour obtenir une récolte satisfaisante.
Un moulin à huile qui fonctionne à SAUVE et à DURFORT quelques jours seulement, transforme sur place une production qui varie énormément d’une année à l’autre. En outre, les olives vertes alimentent encore les conserves traditionnelles dites à « la pitchouline ».
Le dernier symbole de la polyculture méditerranéenne, le mou- . ton, est relégué sur les garrigues infertiles du crétacé supérieur et dans les landes de la région pré-cévenole.
En un siècle, l'élevage des ovins a fait une chute vertigineuse. Actuellement, chaque mouton a en moyenne trois hectares de bois et de garrigue à sa disposition. Le manque de nourriture n’est donc pas à l’origine de la régression du troupeau.
On peut invoquer des motifs d'ordre social, tels que la déchéance des pratiques communautaires qui a complètement éliminé le petit élevage familial et le morcellement de certaines grandes propriétés qui a réduit le nombre de gros éleveurs.
Moutons et brebis de plus d’un an
Plaine de Bay Ouest du canton Total du canton
(3) Voir supra-céréales
Cependant, le principal facteur de la disparition des ovins pärait avoir été, avec la diminution de la jachère, les progrès rapides du vignoble. Il existe chez le viticulteur, un préjugé qui veut que le mouton soit tenu le plus loin possible des souches, quelle que soit la saison.
Beaucoup de « maziers » ont abandonné l'élevage quand ils ont eu planté quelques hectares de vigne. Les derniers troupeaux 8e trouvent aujourd'hui, dans les grands domaines exploités extensivement sans spécialisation aucune. Ils y passent souvent l’été car ils disposent de quelques prairies naturelles.
Une expérience d'élevage intensif a été tentée avec succès par un gros propriétaire de FRESSAC, entre les deux guerres. Il s'était spécialisé dans l'engraissement des agneaux de boucherie destinés aux villes de la région. Actuellement, cet élevage spéculatif paraît en sommeil, faute de bergers expérimentés.
La mise en valeur des quelques 5.000 hectares de bois et de garrigues de notre canton est bien imparfaitement réalisée par l'élevage du mouton. Les coupes de chênes-verts y sont effectuées anarchiquement, suivant les prix du bois et les besoins de trésorerie des gros propriétaires qui possèdent la majeure partie des surfaces boisées. Il faut faire exception pour la forêt communale de SAUVE, dont les 620 hectares de chênes verts sont exploités rationnellement par les Services des Eaux et Forêts.
Dans la région pré-cévenole, 80 hectares de châtaigniers continuent à apporter une récolte peu coûteuse aux habitants de DUR- FORT et de FRESSAC. Il faut également signaler les chênes truffiers des collines de DURFORT qui font vivre deux ou trois spécialistes. Enfin, dans la garrigue de SAUVE, la cueillette du laurier et du thym alimente un petit courant commercial à destination principalement de Lyon.
Cette longue énumération des ressources agricoles du canton nous permet de mettre l’accent sur leur diversité. Cependant bien que beaucoup apparaissent comme insuffisamment exploitées, aucune ne donne l'impression de pouvoir succéder à la vigne si un jour celle-ci était appelée à disparaître.
TITRE II