‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 47 sur 78 · LE COMPLEXE AGRICULTURE-INDUSTRIE · texte numérisé non relu

LE COMPLEXE AGRICULTURE-INDUSTRIE

Sauf sur un plan purement local, à l’époque de la mise en valeur de la garrigue sauvaine par les artisans du textile, il n’y a jamais eu, dans le canton, une interpénétration étroite des activités agricoles et industrielles. Le cloisonnement ancestral qui existe encore entre la population de SAUVE et les habitants des villages voisins à toujours fait obstacle à des échanges normaux de main-d’œuvre entre le chef-lieu et les localités purement rurales. L'histoire économique du canton depuis sa création se caractérise par l’indépendance totale de l’activité des communes agricoles vis-à-vis de celle de SAUVE. Les problèmes qui se posent au sujet de l'emploi du capital humain vont revêtir des aspects sensiblement différents. A SAUVE, il s’agit principalement, de ranimer l'arboriculture traditionnelle, ou tout au moins de sauver ce qui en subsiste, en lui restituant la main-d'œuvre masculine que la bonneterie et la boisellerie ont absorbées à leur profit. Dans les localités viticoles, il s’agit surtout de trouver une occupation rémunératrice à l'excédent de personnel féminin qui reste disponible une grande partie de l’année.

L'abandon progressif des essarts de la garrigue sauvaine, résulte moins du départ d'une partie de la population que d’un changement complet dans la structure sociale. Tant que le travail artisanal a constitué le facteur essentiel de la production, les tisserands ou les faiseurs de bas ont été en mesure d'apporter des soins particuliers à leur verger, aux moments opportuns : taille, binage, cueillette. La prolétarisation des travailleurs à domicile et leur embrigadement dans des ateliers aux horaires stricts ont mis un terme à la combinaison de l’arboricuiture et de l’activité industrielle. La cause de ce divorce est davantage l’évolution de la psychologie ouvrière plutôt que la rigidité du temps de présence en usine. Le bonnetier ou le boisselier qui a terminé sa journée dans l’entreprise où il est employé, considère que son devoir quotidien est accompli ; la certitude de toucher un salaire en fin de quinzaine l’a libéré de la hantise de la disette qui poussait autrefois les artisans à rechercher des ressources complémentaires dans la mise en valeur de

la garrigue.

En sortant de l’usine, il préfèrera aller jouer au ballon sur la Väbre ot faire une partie de cartes dans un café plutôt que d'essayer d'améliorer ses conditions d'existence en se livrant à un travail ingrat et fort aléatoire.

La première chose à faire pour changer cet état d'esprit fort cotnprénensible est de restituer son attrait à la culture des essarts en la rendant susceptible de profits rémunérateurs. Nous avons vu que l'essor du cerisier aux environs de 1880 avait été lié à la réussite du commerce des bigarreaux. On pourrait essayer de relancer la cerise de SAUVE, le « duraou », en utilisant ses propriétés de supporter sans dommages, les plus longs voyages. Les progrès de l'aviation des transports, lui offrent des possibilités d'expédition vers les pays tropicaux où, considérée comme fruit exotique, elle trouverait un marché avantageux au sein de la clientèle de luxe. Cette étude mérite d’être faite par les compagnies de navigation aérienne. L'ouverture d'un débouché rentable suffirait à faire greffer les innombrables mérisiers qui fleurissent en pure perte dans les dolines fertiles. Le problème de la lutte contre la mouche du cerisier pourrait être résolu par l’utilisation de l'hélicoptère pour la pulvérisation des insecticides.

On pourrait également, songer à introduire d’autres espèces arbustives dans les essarts. Le caroubier nous paraît être une de celles qui auraient le plus de chances d’y réussir. Sa culture connaît actuellement, un grand essor en Afrique du Nord et en Catalogne, dans la province de Gerone où, en automne, au moment de la récolte, l'odeur pénétrante des caroubes ne cesse de vous poursuivre. La gousse, qui possède de grandes qualités énergétiques, est utilisée pour l’alimentation des animaux de trait; de le fève, l'industrie chimique tire le « néogum » que l’on emploie pour l’apprêt des tissus. Ces deux produits trouveraient, dans la région même, un débouché immédiat.

Cependant, la mise en valeur de la garrigue ne saurait renaître seulement de l'initiative privée. Il faudrait s'assurer la collaboration des plus gros employeurs sauvains pour que l’on puisse organiser et coordonner les activités agricoles et industrielles. Une réduction des horaires de travail en usine, pendant les périodes de pointe en arboriculture serait une première amélioration; l’époque de la taille d'hiver coïncide d’ailleurs, avec la morte-saison en bonneterie. On pourrait ensuite, en instituant le système des deux huit, c'est-àdire d'équipes qui se relaient au milieu de la journée, libérer les ouvriers toute la matinée ou toute l'après-midi. Ce procédé aurait, en même temps du point de vue industriel, l'avantage de réduire les dépenses d'amortissement en occupant les machines pendant une période plus longue.

Il faudrait aussi envisager une redistributution des nombreux essar!s abandonnés pour donner à tous ceux qui voudraient les mettre en valeur, une superficie correspondant aux’possibilités de chacun. Seules, des solutions hardies peuvent sauver l'exploitation de la garrigue sauvaine, aussi bien pour les cultures fruitières que pour la production des fourches.

Dans les communes viticoles, les questions de plein emploi de la main-d'œuvre offrent un aspect différent. En ce qui concerne le personnel masculin, le seul problème qui se pose est celui de l'équilibre entre la morte-saison et l'époque des gros travaux agricoles: déchaussages, sulfatages, moissons.

en HMMELANE,

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