‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 48 sur 78 · CELA POP MORT … V · texte numérisé non relu

CELA POP MORT … V

Le léger excédent de journaliers que l’on constate en automne et en hiver, pourrait être résorbé par la création d’une distillerie coopérative fonctionnant seulement six mois de l’année. Il sera de plus en plus difficile de trouver les domestiques dont on a besoin à partir du printemps. Le réservoir de main-d'œuvre temporaire de la basse-Lozère est maintenant tari; les habitants de la haute-vallée du Tarn qui n'ont pas émigré, ont découvert dans les cultures fruitières une occupation suffisamment rémunératrice pour ne plus aller se louer à la belle saison, dans la région viticole. Les boisseliers de SAUVE qui connaissent souvent, à cette époque, un chômage partiel, vont s’embaucher chez les vignerons de la Vaunage, mais ne viennent jamais travailler dans les autres communes du canton.

La question de l’utilisation rationnelle de la main-d'œuvre féminine revêt, dans les villages, une acuité particulière. Depuis la fin du siècle, la femme a été progressivement chassée du champ et elle ne peut plus avoir une activité agricole que pendant quelques jours de l’année seulement. Des travaux qui lui étaient traditionnellement dévolus, certains comme le ramassage des sarments et le liage des gerbes, sont aujourd'hui effectués mécaniquement, d'’autres, comme l'élevage des vers à soie et la garde du troupeau familial sont totalement abandonnés. Seules, les vendanges lui offrent encore une occupation temporaire.

Cependant, le potentiel féminin disponible pour des activités cxtra-dunestiques, est demeuré constant. Si l'ascension sociale de l'épouse du vigneron aisé lui impose, maintenant, de vaquer uniquement à des travaux ménagers, le nombre de femmes susceptibles. d’être employées hors de leur foyer s’est maintenu, par suite du remplacement des domestiques célibataires par des « païres >» mariés. Dans les villages de la plaine de Bay, on peut estimer que restent inoceupés, entre 15 et 20 % de la population totale : jeunes filles et épouses de « paires », de journaliers agricoles et de petits propriétaires.

Les marchands de racinés mettent à profit cet excédent de personnel féminin pour faire débiter leurs sarments d'une façon très économique. Le salaire des déboutureuses est directement proportionnel au rendement car elles sont payées intégralement aux pièces, à tant le cent. Fin 1951, une bonne ouvrière gagnait de six à huit cents francs par jour, pour neuf à dix heures de travail. Les charges sociales des entrepreneurs sont très réduites à cause de la non-affiliation de leur personnel temporaire à la Sécurité Sociale. Quant à leurs frais généraux, ils sont à peu près nuls, du fait que chaque ouvrière fournit elle-même ses instruments de travail et que les installations en tôle ondulée sont très rapidement amorties.

-Pourtant, malgré ces conditions d'emploi en marge de la législation en vigueur, l'annonce d'une prolongation de la saison de débouturage est accueillie partout comme un heureux événement. Avec les vendanges, elle constitue, en effet, dans les villages, le seul moyen de faire rentrer un peu plus de numéraire dans les foyers des petits exploitants et des ouvriers agricoles.

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