OUTRAGES DE PETITE DDHENSION
II. y a encore , en France^ quelques artistes qui s'appellent exclusivement peintres d'histoire , et qui ne consentiront jamais à compromettre leui: génie sur des toiles de moins de vingt-cinq à trente pieds de longueur. Ces gens-là veulent avoir Fair de mépriser souverainement tout ce qui demeure au-<les8ous de cette dimension , parce que^ manquant de toute science et de tout talent^ il leur est impossible de ùire quelque chose de supportable^ dès qu'on les sort des figure»
d'une certaine taille, qu'ils se sont rompus à fabriquer tant bien que mal toujours les mêmes et toujours aussi insignifiantes.
Aussi n'allez pas leur demander un petit tableau.Ua petit tableau ! ah ! fi donc ! mais cela eki ignoble et ne peut occuper que des intelligences vulgaires, non initiées aux merveilles de l'art académique, des hommes d'une nature inférieure qui ont bien quelque talent, mais qui n'entendent rien à la vraie peinture ! Vous citerez les grands artistes flamands, Gérard Dow, Rembrandt, Terbug, etc., ils vous diront que ces gens-là n'entendaient rien aux choses d'art, et qu'ils étaietit si peu peintres qu'on les voyait copier juste les choses qu'ils peignaient au lieu de les altérer méthodiquement , suivant les principes académiques; plusieurs même ne cachaient rien de leur mépris pour l'art sublime qui s'enseigne dans les Académies; Rembrandt, entre autres, disait que c'était la perte de tous les jeunes gens qui y avaient mis les pieds ; donc les Flamands ne sont pas une autorité.
Vous citerez le Poussin, et ses petits tableaux si admirablement pensés , si sévèrement dessinés dans toutes leurs partiel, on vous répondra que c'est un tort du Poussin, que c'est un mauvais exemple qu'il a donné; sans doute, il aurait mieux fait, suivant
eux, de mendier des secours à tous les ministères, et de produire tous les dix ans une grande galette , que de vivre honorablement de son talent. Le Poussin avait tort, et ils ont raison, c'est évident, car leur savoir-faire est plus lucratif que son immense savoir.
S'ils ne font pas le petit tableau, encore moins font-ils le portrait. Le portrait c'était aussi de la petite peinture dont ils s'abstenaient avec soin. Tous ceux qui ont vu des artistes, il y a six ou huit ans , doivent se rappeler avec quelle sainte horreur les maîtres parlaient alors à leurs élèves de ce genre de peinture. Si un jeune homme, après avoir passé douze ou quinze ans dans leur atelier^ s'était vu forcé pour vivre à se faire clerc de notaire ou garçon épicier, c'est qu'il avait essayé de faire quelques por* traits , et que le portrait Valait coulé ^ expression consacrée.
Le portrait était responsable de toutes leurs turpitudes ; si l'un des nombreux jeunes hommes qu'ils avaient abrutis , à qui ils avaient volé cinq Du six mille francs et quinze ans de^ sa vie^ sous prétexte de lui enseigner la peinture, avait l'audace de se plaindre, il était impossible que dans l'espace de quinze ans> il n'eût pas essayé de faire quelques portraits ; dès lors , le professeur était blanc comme
neige, l'élève n'avait plus rien à dire ; il avait fait un portrait , et c'était ce malheureux portrait qui l'avait coulé.
Mais on leur a tant répété que Raphaël , Titien , Léonard de Vinci, ont fait des portraits, et que c'est par des études de ce genre faites sur la nature , que les plus grands artistes se sont formés, qu'à la fin ils ont bien été forcés d'en convenir. Dès-lors , ils n'ont plus su que répondre aux griefs mieux articulés de leurs élèves qui commençaient à ouvrir les yeux, et aujourd'hui leurs ateliers sont tous fermés ou presque déserts.
Quelques-uns même ont essayé de faire aussi des portraits^ puisqu'on vantait tant Raphaël , Titien et Van Dick pour en avoir fait ; mais il leur a toujours été impossible d'arriver à quelque chose qui ait l'ombre du sens commun , parce que hors la tête qui grimace sous le nom de tête d'expression, hors la figure de pierre qu'ils nomment beau idéal , il n'y a plus d'art à l'Académie.
On y sait faire à merveille des Ajax et des Diomèdes d'après les formules; on sait combien Achille, Agammenon, Thésée, etc., doivent avoir de tête de proportion ; combien une tête doit avoir de modules; combien doivent en avoir un oeil^ un nez, une bouche,