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une oreille. Allez donp demander à de& gens qui savent tant et de si belles choses , de mettre de côté leur savoir pour copier tout bêtement la nature.
Aussi^ sans s'inquiéter de l'aspect général d'une tête humaine y non plus que des différences que peuvent présenter chaque détail en particulier, ib ramènent tous les traits à une forme prescrite, tous les contours à une ligne convenue d'avance, l'ensemble à ce qu'ils appellent le type du vrai beau, le beau idéal. Comme cela doit être ressemblant ! un portrait ramené à un
type imaginaire.
Les mêmes préjugés les dirigent lorsqu'ils veulent e3q)rimer^ dans un des personnages de leurs tableaux, une passion, un sentiment quelconque; alors ils font grimacer à une tête humaine , telle ou telle grimace forcée qu'on leur a enseignée à l'école ou tout a été formulé d'une façon invariable. Ainsi, il y a des professeurs qui, sans fedre attention à toutes les circonstances imprévues qui modifient sans cessé les passions et changent complètement leur expression, enseignent les formules invariables de la joie, la douleur, la pitié, la haine, la colère, la pitié mêlée de douleur, la joie mêlée de tristesse, etc. ^ en sorte qu'il n'est plus besoin que d'avoir ses formules dans la tête , et d'en tirer , quand on fait un
tableau, l'expression n° i5, Fexpression n° ao, suivant qu'on veut rendre telle ou telle passion.
C'est charmant , ou tout au moins c'est fort commode^ car cette méthode facile dispense ceux qui s'en servent^ de toute espèce a'étude des physionomies ; aussi s'encolèrent-ils très fort quand on leur
démontre toute l'absurdité d'une semblable pratique^
Ils n'ont jamais compris que daos une tête humaine^ agitée par une passion^ par un sentiment quelconque, il y a deux choses tout-à-fait distinctes, qui sont : d'abord le caractère individuel de l'homme, qui est invariable et qui survit à toutes les passions qui l'agitent par intervalle, et puis l'expression actuelle et momentanée de celle de ces passions qu'il ressent dans le cas du drame choisi par Tartiste.
Dans la colère, par exempte, il y a d'abord le caractère et le tempérament de l'homme en colère , et puis l'expression immédiate de l'émotion plus ou moins violente qu'il éprouve et qui se modifie suivant les circonstances de l'action ou du drame.
Un homme fort doux peut éprouver un violent accès de colère, aussi bien qu'un homme violent et
emporté^ anssi bien qu'un homme calme et sévère. Mais rexpression en sera différente, suivant le différent caractère de diacun.
Il faut donc que le peintre sache «primer au besoin chacune de ces nuances pour individualiser ses personnages, car les passions s'expriment par des signes extérieurs essentiellement différens, suivant les différens tempéramens des hommes qui les éprouvent. Dans la colère , un homme sanguin s'emporte^ son œil est ardent, son visage enflammé; il crie, il insulte, il menace, il frappe, il jette au dehors toute son exaltation du moment, et l'instant d'après il est revenu, il a tout oublié. Tandis qu'un homme bilieux limphatique, devient horriblement pâle , il se tait , il grince les dents, il a l'air plus tranquille, mais il est plus profondément ému et pour plus, long-temps ; il y a des hommes chez qui la colère dure des jours , des semaines^ des mois et même des années.
Cette vérité intime de l'expression est indépendante de la dimension du cadre, et de nos jours on la trouve habituellement plus complète dans les petits tableaux que dans les grands, parce que les hommes qui savent et qui pensent, n'ont pas à leur disposition les ressources d'exécution matérielle indispensable pour couvrir une grande toile, et par con-
s^équent ils sont forcés de s'en tenir à un cadre beaucoup plus restreint.
Malgré toutes ces entraves y malgré la censure préalable d'un jury d'admission , dont la partialité n'est un mystère pour personne ^ ils ont montré une science et une étude de la nature qu'on chercherait vaine* ment dans la peinture académique.
Cependant^ par un malheur de la situation présente^ les petits tableaux même sont peu nombreux au salon , parce que notre aristocratie actuelle de parvenus 9 bien que gorgée d'or, entasse toujours parce qu'elle craint toujours de manquer^ et n'a guère le temps de s'inquiéter des choses d'art au milieu des préoccupations de la peur qui la prend à la gorge à la moindre agitation politique.
Nous aurions bien des choses à dire sur ce qui doit advenir de tout ceci , et sur ce que la position que prendront les arts à la suite de toutes ces tourmentes^ mais la quasi-périodicité de cette publication nous force à éviter toute discussion qui pourrait éveiller les susceptibilités d'aucun parti. D'un autre côté les empêchemens de toute espèce qu'on nous a suscités jusqu'à ce jour et la turpitude de certaines paroles qu'on a eu l'indiscrétion de nous répéter >
nous mettent en droit de supposer que nos généreux adversaires ne se feraient pas faute de commenter charitablement nos paroles les moins offensives pour surprendre un interdit qui nous fermerait la bouche.
D'ailleurs; nous renvoyons à notre conclusion bien des choses que nous n'avons pas cru opportun d'exprimer dans le courant de cet ouvrage , parce que nous ne voulions pas livrer à la discussion des choses dont nous n'avions pu encore faire sentir toute l'évidence^ mais en prenant congé de nos lecteurs^ nous leur dirons notre pensée tout entière^ au risque de n'être pas compris et d'être mal interprétés par la malveillance.