‹ Le Salon de 1834Chapitre 14 sur 20 · PAYSAGES · texte numérisé non relu

PAYSAGES

MM. ALIGNY, ANDRÉ, BENOU VILLE, CABIIT, DESGOFFE , DI AZ , DUPRÉ , FLERS , HUET , JADIN, JUSTIN, LEPOITEVIN, MARILHAT, ROQCEPLAN, ROUSSEAU.

Le» paysages sont plus nombreux au Salon de celte année et généralement mieux traités qu^on ne lésait jamais ms. Leur nombre s'est accru dans la même {H*oportîoD qu'a dinnnné celui des petits td^leaux^ et cel* se conçoit : la jeune ^nératîon qui s'avance pleine de talent et de bonne volonté , se trouve en opposition avec la génération de jouisseurs égoïstes , qui s -est emparée dé la suprême direction de toutes

choses. Pour ceux-ci^ les- tripotages de bourse^ et les bénéfices des agios sont préférables aux bénéfices plus réguliers et plus durables d'une entreprise utile. Pour eux^ un bon dîner vaut mieux qu'un bon livre ^ une orgie mieux qu'un bon tableau. Ennemis des arts qu'ils ne comprennent pas^ ils sont encore plus ennemis de l'industrie qu'ils veulent avoir l'air de protéger y pour envelopper dans la même protection les intrigues de bourse qui les font riches aux dépens des travailleurs.

Pendant cette bourrasque de basse cupidité^ les hommes laborieux y les hommes de science et de dévoùraent y ont bien été forcés de se replier sur euxmême en attendant que leur tour vint à eux aussi d'être quelque chose dans le monde , et ce mouvement d'arrêt s'est fait sentir partout dans les arts aussi bien qu'ailleurs.

En voyant le peu de cas qu'on faisait de leurs ouvrages^ les jeunes gens se sont décidés à entreprendre des choses moins dispendieuses dont ils trouveraient plus fisicileiilent à se défaire. Un grand nombre se sont décidés pour le paysage^ parce que dans le paysage il n'y a pas de frais de costumes , et qu'il n'y a pas de modèles à payer après la séance; d'ailleurs quand on a £aiit dans ce genre un ouvrage d'un mérite

incontestable^ on peut espérer d'en tirer parti pourvu qu'on ne soit pas trop élevé dans ses prétentions. Si vous donnez un be^u paysage pour le prix que coûterait une gravure médiocre ; il y a des chances pour qu'on préfère votre peinturé.

C'est peu de chose ^ j'en conviens y mais enfin c'est toujours cela en attendant un meilleur avenir ; et les progrès rapides qui ont été faits en toute chose depuis quelques années , nous garanlissent cet avenir. Les idées ne reculeront pas.

^Personne ne met en doute qu'il y lait un immense progrès des paysages que faisaient les peintres à la mode il y a douze ou quinze ans y à la plupart de ceux qui sont exposés cette année; bien plus^ il y a progrès tous les ans de chacun des artistes exposans sur eux-mêmes; ainsi les ouvrages de MM. Âligny^ Cabat^ FlerS; Jadin^ sont supérieurs^ chacun dans leur genre^ à ce qu ils ont fait jusqu'ici.

En outre ^ plusieurs artistes^ tels que MM. Benouville^ Desgoffe, Diaz^ Marilliat^ dont les noms n'avaient pas encore été remarqués^ ont^paru au Salon de cette année d'une manfère très brillante ^ et ont conquis du premier coup une réputation à laquelle d'autres n'arrivent pas toujours après plusieurs expo-

-^ 338 ensilions, parce qu'ils s^obstinent à vouloir plier la natufçt^ux formules qu'on leur a enseignées dans les écoles, et qu'ils croient la rendre plus belle en la £ardant suivant tel ou rel principe.

Dans' la voie d'études radicales que nous avons signalée chez les jeunes gens, nous avons observé diverses tendances, diverses individualités toutes également dignes d'attention.

Nous citerons d'abord M. Aligny, qui suit avec persévérance , depuis plusieurs années , la route qu'il s^st tracée, sans se laisser décourager par le peâ'de sympathie que sa peinture forte et savante a rencontré chez certains hommes. Nous le citons d'autant plus volontiers, que c'est le seul que nous ayons trouvé dans cette voie de la nature, prise par le caractère et la graide tournure de chaque chose. Peutêtre pourrait-ori lui reprocher de pousser quelquefois la recherche du naut style et de la largeur de formes, jusqu'à négliger ,\ plus qu'il ne faudrait, l'émde de quelques détails, et c'est là ce qui l'a empêché d'être goûté d^une partie du publit?. En effet, pour le comprendre, il faut avoir fait des études spéciales, car il a cherché avant tout dans la nature l'élévation de pensée et la simplicité de formes qui font le caractère

principal de Poussin y da Lorrain , et des grands pay-* sagistes d'Italie.

C'est surtout dans sa Paraholù da Samaritain cfue M. Aligny a exprimé ses idées d'art d'une façon plus complète. On pourra bien comme dans ses autres ouvrages lui trouver quelques défauts de détails; mais il y a une hauteur de style et une intelligence de ce grandiose des peintures italiennes^ qu'aucun paysagiste contemporain ne nous semble avoir cherchées dans sa peinture.

M. Cabat par exemple est arrivé par une route toutà-fait opposée à un talent aussi louable dans son genre que celui de M. Aligny. C'est que la nature^ de quelque coté qu'on la prenne^ pourvu qu'on l'observe sans préjugés y mène toujours à un résultat satisfais sant ceux qui l'étudient avec constance. M. Cabat est un observateur spirituel qui étudie la nature avec tact et qui la transporte sur la toile avec finesse^ Mais on pourrait lui reprocher de ne pas toujours- la suivre d'assez près^ et de devenir quelquefois faiee»quin pour être détaillé.

Au reste ^ ce reproche porte plutôt sur ses petits tableaux que sur la Vue de V étang de Vilh-d'Avrayy encore faudrait-il en excepter le Hameau de. Sarrasin

et le Bois de Fantenay-^uêx-'Roses , que je préfère à tous les autres , grands ou petits , parce qu'il est moÎDs froid et plus coloré et plus vigoureusement peint que les autres.

Personne n'a exposé des paysages plus vigoureux, plus adroitement peints en même temps et à moins de firais que M. Roqueplan. La peinture facile et colorée de cet artiste convient admirablement au paysage ; qu'avec un peu plus d'étude^ il rendrait d'une manière parfaite. Tel qu'il est, il s'élève encore à un haut mérite ; ses aquarelles surtout nous semblent autant de petits chefs-d'œuvre.

he mot de petits chefs-Ki'œuvre me rappelle un délicieux petit paysage de M. Benouville, F Entrée des marnes près Ville-d* Avray . Il y a de l'air et du soleil dans ce paysage , qui est rendu partout avec la plus grande recherche. M. Benouville s'est mis devant la nature sans préjugé, et il a copié chaque chose telle qu'elle s'est présentée , cherchant le feuille de chaque arbre, et la nature différente des terrains, desga-» zons, des palissades et des murailles. Son del est fin quoique un peu gris , et la couleur foncée de ses troncs d'arbres est quelquefois un peu exagérée; mais à tout prendre, c'est une œuvre d'un grand mé-»

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rite, et qui assigne à M. Benouville un haut rang parmi nos paysagistes.

Sa vue de V Étang de Fausse-Repose n'est pas abordée d'une peinture aussi large et aussi savante ; il y a quelque inexpérience dans l'exécution et quelque hé*^ sitation dans l'efTet.

La crànerie et l'assurance avec lesquelles M. Dia^ a abordé sa vue prise aux environs de Sarragosse , lui a complètement réussi. Il y a une solidité et une puissance dans cette peinturé qu'on ne trouve pas à Un aussi haut point dans les autres ouvrages du même artiste. Il a encore exposé uneJ^^rou^ de Turcs et un sujet tiré du Moine deLevis , qui sont faits avec une rare facilité.

L'extrême facilité de M. Lepoitevin l'entraîne souvent à se contenter dans ses tableaux d'une indicar tion adroite et à ne pas terminer suffisamment sa peinture. On regrette que cet artiste, d'une fécondité vraiment prodi^euse , ne traite pas ses ouvrages d'une façon plus sérieuse; car le plus souvent, il semble avoir fait son tableau comme il lui est venu , et sans s'en inquiéter autrement.

Cependant , il a montré quelquefois et notamment

dans sa vue de Caen^ que sa peinture ne perdait pas pour être plus terminée.

Les paysages de M. Flers^ peints avec adresse et facilité , ne manquent ni de fraîcheur ni d'élégance. Je préfère de beaucoup sa Vue prise en Picardie , à son grand paysage , dans lequel il y a des choses exprimées avec un rare bonheur ; mais la vue de Picardie me semble préférable sous tous les rapports; nulle part M. Fiers n'a mis plus de vérité jointe à une plus naïve originalité. Il y a des gens qui , pour faciliter leur critique, ne veulent voir dans MM. Fiers , Dupré et quelques autres, que des imitateurs; c'est commode , j'en conviens , et expéditif aussi , parce que dès qu'une fois on a rendu compte des ouvrages de celui qu'on a jugé à propos de faire leur modèle, il ne reste plus qu'un mot à mettre vis-à-vis le nom de chacun des autres, pour dire copiste plus ou moins fidèle. •

Les paysages de M. Dupré ont une solidité et une consistance dans les terrains qui leur donne une grande apparence de réalité ; ses figures et ses animaux sont étudiés avec finesse ; ses arbres ne sont pas aussi bien; la touche marquetée qu'il a prise pour les rendre n'est pas heureuse en ce sens, qu'elle ne rend pas assez la légèreté du feuillage qui^ dans

M. Dupré ^ a trop souvent quelque chose de solide et de compact qu'on ne trouve pas dans la nature.

Par un défaut contraire^ M. Huet est arrivé à ne pas donner assez de consistance aux différens objets qu'il veut exprimer^ et qui semblent trop de la même nature. C'est là le plus grand défaut de sa Vue générale d'Avignon et de Villenewe-les^Avignons , prise de l'intérieur du fort Saint-André : La monotonie d'effet , qui règne d'un bout à l'autre , ren4 encore plus saillant le manque de cette vérité relative de chaque chose qui met de la vie et du mouvement dans le paysage.

Sa Vue des environs d* H on fleur est mieux rendue^ quoique les objets n'aient pas non plus assez de solidité^ et qu'on ne sente pas assez la différente nature du ciel^ des eaux ^ des terrains^ etc.^ différence qu'on trouve mieux appréciée dans sa Vue du château et de la ville d'Eu.

Le petit paysage que le juiy a laissé exposer à M. Rousseau^ suffit pour faire déplorer le veto ac^ cordé par le gouvernement à la commission de l'Institut. Messieurs de l'Académie auront sans doute trouvé quelque attentat à la morale publique dans les terrains de M. Rousseau ou dans ses feuilles^ avec

lesquels il n'y a sûrement pas de gouvernement possible ; car ils n'ont pas dû y sans un motif d'une haute gravité y faire tout ce qui était en eux pour perdre Tarenir d'un jeune homme plein de talent ; s'ils n'ont voulu qu'exclure mesquinement une belle peinture^ ils ont eu tort^ car M. Rousseau viendra l'an prochain avec une peinture plus belle encore.

Les paysages de M. Jules André sont presque toujours des portraits naî& et sans prétention, du site

qu'il a copié ; s'ils approchent pour l'aspect et Fa couleur des. 'ouvrages de M. Dupré^ ils s'en éloignent pour la manière de faire qui est plus fine et plus délicate chez M. André^ surtout dans sa Vue des etwirons de Paris.

Dans une vallée aride des environs de Naibonne^ M. DesgofFe a trouvé le sujet d'un paysage^ d'une finesse de ton et d'une puissance d'effet remarqua^ blés. Ces bruyères^ ces roches à nu^ ftiient bien suivant leur distance^ et le ciel se comprend bien, par de-là y d'une légèreté et d'une transparence rares.

Sur les premiers plans y deux bergers y dans le costume du pays, se détachent vigoureusement sur le reste du tableau; tout cela est traité avec largeur et puissance, seulement les figures ne sont pas assez des-

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sinées^ et les premiers plans ne sont pas assez fsiis. Malgré cela^ c'est un beau début pour un jeune bomme^ qui ne peut manquer d'aller loin s'il suit avec constance la route qu'il a si franchement abordée.

M. Marilhat revient d'Egypte avec des études fiiites surplace^ qui rendent le caractère du pays. mieux que rien de ce que nous avons vu jusqu'ici , sa Vue de la place du Caire , surtout j doit être d'une grande vérité. On y sent bien le soleil ardent du pays ^ et les arbres gigantesques n'ont pu parvenir à ce point de développement que sous la température du tropique.

Les autres tableaux de M. Marilhat of&ent^ dans une moindre dimension^ la même puissance d'effet et la même vérité de lumière.

L'étude de la lumière et de l'effet est celle à laquelle nos paysagistes semblent s'attacher de préférence. Aussi un grand nombre ont-ils obtenu des résultats auxquels on ne devait guère sVtendre il y a huit ou dix ans.

M. Jadin^ autant que pas un autre ^ s'est signalé dans cette voie. Prise par un effet de soleil couchant^ sa Vue de la plaine de Monfort-VAmaury rend avec bonheur l'effet de la lumière qui glisse sur les ter-

rainfi les plus saillans , et laisse tout le reste dans une ombre que rend plus sombre encore la vive opposition des parties éclairées.

L'effet de la mare d'eau est bien rendu quoique un peu exagéré, et cette longue file de vaches qui se détachent sur le ciel donnent à cette scène un grand caractère d'originalité.

La Vue de la plaine du Grésivaudariy prés Grenoble y est mieux que nous n'aurions attendu d'un élève de l'école de Rome; pourtant on y retrouve encore quelque chose de la lourdeur native des élèves de l'académie. Les premiers plans ont de la dureté et les lointains ne fuient pas suffisamment sous le rapport de leur perspective aérienne. Pourtant cette peinture n'est pas sans mérite, et nous la préférons de beaucoup aux autres paysages de M. Giroux, bien que M. Giroux n'y ait pas tenu compte de la vérité de couleur.

Dans un sentiment * différent, la peinturé de M. Jolivard est moins transparente encore et moins légère de ton que celle de M. Giroux; ses arbres sont mieux dessinés; M. Jolivard les silhouette très habilement sur le ciel ; mais quand on examine de suite plusieurs tableaux de cet artiste , on se fatigue bientôt de les retrouver toujours les mêmes, avec le

même feuille et la même br«iche invariablement cassée à la même distance du tronc. Le plus grand défaut de M. Jolivard^ c'est de ne pas entendre l'effet des lumières et des ombres non plus que la valeur de chaque chose suivant sa couleur et sa distance.

Pourtant on voit que M. Jolivard a fait des études assidues et qu'il a le sentiment de Tharmonie ; mais il y a quelque chose de si incohérent dans sa peinture^ que je ne sais comment expliquer. On dirait que lorsque ses paysages sont terminés^ il les laisse retou* cher par un gamin sans expérience ^ qui met par-ci par- là des lumières sans en apprécier la valeur.

Il y a plus de sagesse dans les ouvrages de M. Justin-Ouvrié^ qui sont quelquefois étudiés avec un soin qui va quelquefois jusqu'à la recherche de détails toutà-fait insignifîans.

Je citerai encore M. Amédée de Beauplan ^ qui a exposé un paysage dans lequel il s'est heureusement tiré de la difficulté de rendre une route régulièrement droite^ qui traverse des terrains unis et sans aucun des accidens pittoresques qui donnent du mouvement au paysage.

M. Coignet est demeuré ce qu'il a toujours été^ plus

mm. poqceplan, dausatz , granet,

steuben, mozin, dupré, jadin,

Madbmoisbllb Élise journet.

Plusieurs artistes ont envoyé au Salon des înté* rieurs ou des peintures de nature morte, qui tranchent complètement avec les ouvrages mesquins etînsignîfians auxquels l'école académique nous avait habi* tués en ce genre ; les fleurs et les fruits de MM. Re*douté et Vendael sont bien pales à côté des peinturesanalogues de M, Jadin et de M"*^ Élise Journet, comme aussi les intérieurs de M. Bouton^ Granet^ etc.^

ne peuvent pas entrer en comparaison avec ceux de MM. André ^ Roqueplan^ etc.

Les ouvrages de MM. Granet et Roqueplan^ pris dans la même partie de lumière vive et de couleur vi* goureuse , et peints dans la même manière de touches franches^ hardies , peuvent donner lieu à une com* paraison qui ne serait guère favorable au membre de l'Institut.

Dans son tableau qui représente im vieil amateur de curiosités , dans son cabinet, M. Roqueplan à déployé une grande puissance d'effet y en même temps qu'il a cherché avec soin la vérité de chacune des choses qu'il a voulu rendre: les vases ^ les armes, les étoffes, sont admirablement peints, chacun dans leur nature; les figures qui, dans ce genre de peinture, sont ordinairement traitées comme accessoires , ont été rendues par lui avec esprit et finesse. Ses petits enfans surtout sont fort bien , et le mouvement de la petite fille qui se hausse sur la pointe des pieds pour prendre un pot sur un meuble auquel elle ne peut atteindre qu'avec peine, est on ne peut plus habilement rendu.

L'impatience du vieil amateur qui voit casser sa Taissdle sans pouvoir l'empêcher, est fort comique

et contraste heureusement avec l'indifférence de la bonne qui continue à lui préparer son thé sans faire la moindre attention à son emportement, et sans se mettre en devoir d'en empêcher la cause.

M. Mozin, dans un intérieur analogue, n'a pas également bien réussi ; il y a de la dufeté dans sa manière , et de la froideur dans sa peinture , qui ne rend pas d'une manière heureuse l'effet de clair obscur qui doit être étudié avant tout^ dans ces sortes de tableaux.

La Vue intérieure d'une chaumière dans le Berryj par M. J. Dupré, est beaucoup plus harmonieuse de couleur et plus heureuse d'effet. Tous les détails de ce tableau sont rendus avec largeur et en même temps avec finesse^ cependant, on pourrait reprocher à cette peinture de ne rendre pas assez le caractère de chaque chose, parce qu'elle est un peu uniforme comme manière de faire.

Le petit tableau de M. Jadin, qui est porté au livret sous le titre de Produit de Chasse, est remarquable par une grande vérité de couleur et d'effet , et bien que son gibier ne soit pas en proportion avec les troncs d'arbres , près desquels il est groupé , cela n'empêche pas que sa peinture n'ait le rare mérite de

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reproduire admirablement la nature différente des objets qu'il a peints.

A ce mérite qui , chez elle^ se trouve porté au plus haut point , mademoiselle Élise Joumet joint celui d'une finesse de ton et d'une délicatesse de pinceau qui, indépendamment de ses autres qualités, suffiraient à placer sa peinture au premier rang ; mais ce qui domine le plus chez elle , c'est cette puissance de couleur et cette audace d'effet, qui font qu'elle ne sacrifie rien de la valeur des objets que la nature lui a présentés. Chez elle les fruits^ les étoffes, le marbre^ l'acier^ le cristal , sont toujours vrais et impressionnent juste comme les objets réels qu'ils représentent.

Dans ses tableaux toujours composés avec goût , rien n'est dû au hasard^ et tout a été calculé d'avance pour l'effet qu'elle a voulu obtenir ; on sent que les objets sont disposés l'un auprès de l'autre pour se faire valoir le plus possible par l'opposition des couleurs et la variété des formes.

C'est là une chose que M. Isabey ne nous semble pas avoir étudiée avec assez d'attention^ car il entasse dans ses tableaux une foule de choses qui se nuisent par leur confusion ^ et qui fatiguent l'œil de leur désordre maladroit.

Quant à l'effet^ M. IsabeyneFa même pas cherché; il met çà et là sur sa toile des touches de blanc ^ de noir &ur un frottis de bitume; du vert^ du rouge par place y et cela «era tout ce qu'il plaira aux regardans; car il n'y a ni forme ni couleur suffisamment arrêtées pour faire reconnaître les objets; au reste , M. Isabey n'a pas l'air de tenir beaucoup à faire de la peinture rendue; il cherche plutôt de la peinture qui soit vite ftiite y et puisqu'on la lui achète comme cela, il ne Ta fait pas davantage ; cependant il se devrait d'être plus difficile envers lui-même.

Quant à M. Granet^ ses Intérieurs qui ne sont pas plus terminés que ceux de M . Isabey^ pèchent par un défaut justement contraire. Ce sont des ébauches durement indiquées , d'un effet moins vrai que ridiculement exagéré. Nulle harmonie de couleur^ nulle entente de clair obscur. Ici des tons criards qui fatiguent l'œil; là des chairs de femmes dont les ombres sont plus foncées que l'enfoncement obscur sur lequel elles devraient se détacher.

C'est surtout dans sa Mort du Poussin que ces effets de blanc et de noir^ durement opposés^ se font remarquer d'une façon plus sensible.

U y a aussi quelque exagération en vigueur dans les

intérieurs de M. Dauzats^ mais elle est rachetée par une foule de qualités louables qui lui assignent un rang distingué parmi les artistes qui s'occupent de ce genre de peinture. Sa Vue de la cathédrale de Sainte- Eulalie^ de Barcelonne, est un tableau fort remarquable^ surtout par la manière exacte dont la perspective y est étudiée. L'architecture est rendue avec une grande finesse et qui contraste heureusement -avec la peinture lourde et pâteuse de plusieurs autres artistes.

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