MM. GIGOUX, DELACROIX, DECAMPS, BRUNE> SGHEFFEB, MON VOISIN , BRULOFF
La question d'art ne peut être qu'accidentellement, intéressée dans les discussions qui s'élèvent à propos des ouvrages de MM. Ingre$ et Delaroche. C'est surtout à leur position d'anrîens persécutés , qu'ils doivent l'espèce de faveur dont ils ont joui depuis qudque temps auprès du public^ comme c'est à leur position de persécuteurs actuels que nous nous sommes attaqués dès l'abord. Quant à leurs doc-
trines^ indifférentes pour les gens du monde qui ne jugent que des sensations qu'ils éprouvent, elles ne sont plus guère dangereuses pour les jeunes gens, qui commencent à s'apercevoir que les principes de M. Ingres ne peuvent les mener à rien, et qu'il ne fait que reproduire sous une autre forme , les idées étroites et exclusives de l'école de l'Empire. En effet , il recommande, comme les maitres de ce temps-là , l'admiration et l'imitation exclusive de chefs-d'œuvre qu'il ne fait pas comprendre.
Mais toutes ces belles théories ne peuvent plus guère avoir de succès de nos jours, que l'on commence à comprendre et à admettre généralement que la peinture doit être de son époque, et qu'elle est appelée à rendre tous les aspects de la nature, et à les reproduire tous avec le caractère particulier de chaque chose.
Cette direction nouvelle dans les idées d'art mérite d'être constatée. On ne cherche plus dans les grands artistes du temps passé des modèles qu'on doive suivre exclusivement, mais des enseignemens à l'aide desquels on pourra se diriger vers un art plus complet , en évitant les écueils où ils ont touché ; ainsi les arts arriveront à cette science positive qui a été leur caractère distinctif dans toutes les grandes écoles.
Parmi ceux qui se sont signalés dans cette Tbifei^ nouvelle 9 nous citerons d'abord M. Gigoux, quia écrit ses idées d'art dans deux petits tableaux fort remarquables^ Saint Lambert et le Comte de Cominges reconnu par sa inaîtresse , et surtout clans la Bonne Ai^nture, tableau de demi-figures^ où il a pu se développer plus à l'aise en peignant des personnages de grandeur naturelle»
Le sujet de ce tableau est tout simplement une dé ces scènes de chiromancie si communes dans le moyenàge. L'expression deâ personnages est bien comprise et habilement rendue : la jeune fille attend avec émotion les paroles du devin^ elle hésite et voudrait presque retirer sa main ^ it y a dans sa pose un mouvement de timidité délicate heureusement isenth Le jeune homme , sérieux et recueilli^ la regarde avec intérêt ; il la soutient et l'encourage du regard; quand au vieillard^ c'est un homme pénétré de l'importance de l'examen qui l'occupe ^ un vrai chiromancien du quin« zième siècle , qui croit à sa science ; il cherche sur la face de la jeune fille des signes qui viennent confirmer ou combattre les observations qu'il a pu faire sur les lignes de sa main .
Le jeu des physionomies et le mouvement des figures rendisnt bien ces trois positions relatives -y mais
ce que l'artiste a cherché avant tout dans ce tableau^ c'est une «peinture prise sur la nature , qui rompe d'une manière tranchée et sans réserve avec les doctrines d'art éoourté et raboi)gri qui s'enseignent dans les écoles. M. Oigoux a compris que la mission des artistes de notre époque , n'était pas de remanier sans cesse des théories q]ui avaient porté tous leura fruits ; de refaire un passé qUi a pu avoir sa valeur de transition, mais qui ne peut jamais être pour .nr^us aut^ chose que dupasse. Il a étudië^lj^ ouvrais des grands maitres^ mais avec discernaient ; et il a regardé les grands artistes de la renaissance plutôt comme des amis dont il pouvait recevoir de bons conseils , que comme des despotes aux volontés desquels il dût se conformer aveuglément. Par là ^ il a évité également de se jeter dans l'ornière des imitateurs , qui n'en sont pas moins absurdes pour avoir mis Raphaël à la place de David ^ et de se perdre dans le vague des éclectiques > qui ne peuvent arriver à rien de fort et de grand^ ejir través qu'ils sont par leur hésitation continuelle eotre tous les systèmes.
Partant d'un autre point de départ^ M. Gigoux est arrivé à des résultats tout différens : il a cherché avant tout dans sa peinture la puissance d'effet , la vérité de couleur^ et 1^ science de dessin , qui sont en effet les qualités indispensables d'une oeuvre d'art.
Les personnages de son tableau sont éclairés par une lumière vive qui vient d'en haut et qui se fait bien comprendre. Chacun des objets peints a toute la consistance des choses réelles^ et Ton apprécie bien la vérité des éto£fe&, la dureté du fer, la souplesse des dhairs ^ et la solidité rugueuse de la muraille.
Quant au dessin , il est irréprochable de tout point. La tête du vieillard ^ éclairée par une lumière qui l'effleure à peine et la laisse dans un heureux effet de clair-obscur^ est large , simple , vraie et pleine de caractère. Celle de la jeune fille est fort bien peinte , bien dessinée et bien ajustée ; sa poitrine est largement modelée , sa robe de velours largement peinte et vigoureusement sentie. On désirerait peut-être un peu moins de dureté dans le passage de la lumière à l'ombre du bras -, au reste , cet effet semble avoir été donné par la nature^ et s'explique bien par le jour vïf qui vient frapper en plein sur la figure de la jeune fille.
Toute la figure du jeune homme est d'un grand caractère , d'une hauteur de style et d'une largeur de forme très remarquables. Sa tête est vigoureuse d'effet et savamment dessinée; ses mains sont heureuses de forme et de mouvement; attachées avec
science et précision ^ elles contrastent bien avec c^es de la jeune fille et du vieillard.
Le caractère saillant des peintures de M. Gigoux ^ c'est la vérité de couleur^ jointe à une science de dessin qui indique laidement les grandes masses et articule avec précision les attaches ; il sait indiquer avec finesse les nuances les plus délicates de physionomie^ sans rien ôter à ses figures de la grandeur et de la puissance qui doivent caractériser une oeuvre d'art; en un mot^ nous ne voyons pas y dans toute l'exposition^ quelle peinture on pourrait lui opposer^ sous le rapport du dessin , de l'effet et de la couleur.
Une autre peinture où Ton rencontre au plus haut degré la science de la couleur et l'entente du clairobscur, c'est le tableau de M. Delacroix, qui r^résente des Femmes d'Alger dans leur appartement. Toute cette peinture est d'une finesse de ton et d'une transparence extraordinaires; malheureusement M. Delacroix n'y a pas poussé aussi loin l'étude du dessin. Avec un peu plus de sévérité dans les formes, cette peinture serait irréprochable; telle qu'elle est, c^est encore ce que nous avons vu de plus complet de son auteur. A la vue de ce tableau, on se rend bien compte de la vie ennuyée de ces femmes , qui n'ont pas une idée sérieuse , pas une occupation utile pour
se distraire de l'éternelle monotonie de l'espèce de prison dans laquelle on les tient enfermées.
La Bataille de Nancy ^ du même artiste^ est -demeurée bien au-dessous , tant pour la pensée que pour l'exécution matérielle. La mort de Charles^le- Téméraire^ duc de Bourgogne^ est pourtant un événement dramatique du plus haut intérêt. Les conséquences de la bataille de Nancy furent immen&es^ tant pour le sort des peuples que pour la division des empires. Il y a quelque chose de fantast^ue dans les récits qui en sont parvenus jusqu'à nous :
tti rià^ tomWtt t jrns {bcdiu y U foiir m hùï ùït" Vttày 011 M 9Vffài :fàM loin hmoA sot..... Sthitït fhttsffi^ s'orna àe gron^ mcttii, ft nmta nx un ècou dicool noir qu'on nommatt jnomnt. iCoroqu'il voithtt nvttrt ion coB^of , U lion hxi qui en Cernait U nmicr tomba : Sfii fot tignum Bci , ^tt-il triotmcnt. 31 n'en (onttnna i^n moins à ranga: ion armn m bataille, jfa fomkxt attaque ^ Jorratm îxX mall^curxuoe ; le sire ke iCarioicr, & latite bêla eanalerie bonrgnignonne, Ict fretoait nbement, loroque tout-à-con)i {lamt snr le« Ijantenri Tasant-gorbe ^ Guillaume iQerter; il avait ouec lui leo geno b'Kri rt b^Kutenoolben. <^n entenbit retentir an loin et far trois fois le son be leurs trom|»s. jfe bnc be ionrgpgne reconnaissant ce son terrible, qui lui raffdait <lranson et Jlorat, se sentit glad au fmb ^VL (oeur..... Ce^ei^ant il ne laissa {ms noir la moinbreaainte, car, comme on le bisatt, il ne craignait ou monbe que la d|ute bu ciel.
Dé BarAwte , iiUl, des Ducs fie Bourgogne»
Son armée fut rompue et mise en déroute^ et Campo Basso , qui s'était vendu au roi de France , s'empara du pont de Bouxières et lui coupa la retraite. On ne sait pas ce que devint le duc Charles dans cette déroute ; il est probable qu'il fut assassiné par les Italiens que Campo Basso avait laissés au près de lui en passant à l'ennemi : car le duc de Lorraine avait donné des ordres pour qu'il fut protégé et pris vivant. Ce qu'ily a de certain^ c'est que^ plusieurs jours après^ ce fut sur les indications de Gian-Battista Colonna y gentilhomme romain^ page de Campo Basso ^ que l'on se dirigea vers l'étang de Saint* Jean^ où l'on re-^ trouva son cadavre.
9tt» f rcsqu'mtthmnit brf ouUlit. Ktie fomn blaiicl|U' tnue ^e k maxêm )o buf , t'iuât mûr, <auant kf ottreff, à la xtâfKâ^t : tilt qpcrntt brilltr la fkm Vm tamttoi au botgt Vvm cahmrt bout on nt vopit f os la face. tflU aoanca tt retourna It cor|is : j^\^ ! mon jirincr ! s'icna-t'cUc. <^tt i (oumtt. <tn btgofeant ottt tht ht la glocf on tilt était jinot, la |itaa •'tnltoa; Itf loitfs ooattnt ht\ti commmci a toiorir Tautn {ont ; tn outre «n |{ notait itnt fpanbt bletsiirt, qui avait jiroCmbàncnt foiiii la tftt jusqu'à la bottcl|c.
Ces circonstances et d'autres encore tendent à prouver que le duc de Bourgogne a été assassiné à l'écart^ dans l'obscurité du brouillard et la confusion de la
déroute. En effet ^ il avait les deux cuisses percées d'un même coup de pique^ qui n'avait pu lui être donné qu'après qu'il eût été démonté. 'M. Delacroix aime mieux le faire tuer par un cavalier lorrain , en présence des deux armées^ qui demeurent immobiles et n'ont pas l'air de se douter qu'on va tuer sous leurs yeux' le plus puissant prince de la chrétienté. On ne comprend pas. comment le duc est embourbé dans un coin ^tandis que son armée ^ comme celle des Lorrains^ est immobile à <[uelques pas de là^ comment il se trouve séparé de ses gens ^ tandis que le CQiïibat commence à peine à s'engager sur le second plan.
Et puis cherchez dans tout le tableau ces terribles Suisses d'Uri et dlJnterwalden ^ dont les trompes jetaient au loin l'épouvante; et ces redoutables fantassin», que le choc de la cavalerie ne pouvait ébranler^ ces montagnards , armés de piques et de bâtons , qui avaient écrasé à Morat et à Granson cette nombreuse et brillante noblesse de Bourgogne^ cette noblesse victorieuse sur tous les champs de bataille où elle avait combattu.
La mort du duc Charles ne me semble pas un sujet heureusement choisi ; c'est un fait isolé qui s'est passé a l'écart^ et sur lequel les historiens ne sont pas d'ac-
cord. Le drame n'est pas là ^ ni Tintérét non pluj»^ mais bien dans la certitude de cette mort, dans la découverte du cadavre. Là était une des plus grandes scènes historiques qu'on puisse traiter, et qui pouvait se prêter aux plus vastes développemens : depuis le duc de Lorraine, qui s'y trouvait en personne avec toute sa cour, jusqu'aux bourgeois de Nancy,* jusqu'à la blanchisseuse qui reconnut le duc de Bourgogne à la bague qu'il avait au doigt. Voilà le véritable dénoûment de cette histoire : le duc de Lorraine, ses gentilshommes et quelques paysans suisses, retrouvant le puissant Charles de Bourgogne enfoui dans la fange d'un étang, la face à moitié dévorée par les loups.
Mais pour M. Delacroix, le sujet et la composition d'un tableau, ainsi que la vérité et l'expression, sont des choses tout-à-fait secondaires. Il cherche avant tout trois ou quatre tons éclatans , qu'il tache d'harmoniser ensemble , et il abandonne tout le reste au caprice du pinceau. Charles-le-Téméraire ou Sardon napale ne sont pour lui que des noms bien sonnans à inscrire au livret ; mais il s'inquiète fort peu de savoir si les personnages auxquels il applique ces noms ont la moindre ressemblance avec ceux qui les ont portés dans l'histoire.
Il sacrifie également à cet éclat de quelques teintes
la vérité de couleur^ de dessin et d'effet. Ia bataille €k Nancy est une. pochade comme le SardanapcUe, mais efle n'a pas la facilité de cette peinture ; les personnages y sont péniblement faits à petits coups de brosse qui se laissent voir partout. On ne sent pas l'air épais ni la. neige qui tombe. La terre est plutôt couverte de cendres que de* neige.
Le plus grand défaut de ce tableau , c'est qu'il n'y a ni action ni mouvement nulle part : personne ne bouge, personne ne se bat j rien ne donne l'idée de cette épouvantable déroute où les vaincus furent presque tous tués ou faits prisonniers. Les combattans sont placés au hasard dans le tableau ; ils ne sont pas distribués comme dans la Défaite des Cimbres par Marias., où M. Decamp les a admirablement placés
suivant les accidens et les mouvemens du terrain .
LsiDéfaiiedes Cimbres est distribuée comme l'aurait pu faire un général expérimenté ; elle rend bien l'action régulière des soldats romains , le désordre et la confusion des barbares. M. Decamp a peint la bataille comme les historiens nous la racontent.
Voici comment Plutarque rend compte de cette affaire, dans sa Fie de Marius, à qui il rend complète justice dans cet endroit, malgré ses préven-
lions aristocratiques contre un homme de fort petit lieu y comme il l'appelle , dont le père et la mbrega-gnaient leur vie h la sueur de leur corps, et qui cependant avait tant contribué à humilier l'orgueil de la noblesse.
JUrius, Mt-U , soclyast qu'il j amrit fnt-'bcisst hu IttiK on Ub hahan ntoûnt conqpef , qurliittct volliff (0it9crtff ht bots y ^ (1190^8 ÈtttittBmx dunrais*' Jlcrctlliis Ole troti ntUc fponmff ^ pif^, bim nmn ; lo); mjotgmmt qn'U te ttnt (nj m imbâc^, întqa'à a quM wrrffit lit borbortt ottacl|(f a» cdmbdt otc Inj, ft que lors , il lit vint (^trynr ^ptnr ktnièrcM...
Le lendemain ^ il range son armée en bataille sur une hauteur , ordonnant à ses soldats d'attendre de pied-ferme les barbares qui vieniient se ruer contre eux.
^ftmmb htnt Us onumis , (atsant teste, les esrent orestex tout court, ainsi qu'ils cwJbopxd (urieusciievt numter csntre numt , slsrs se scntsM re^HPUscs et ^^tes^ ses, ils reoiUreiit fetit & fetit en orriite, psqncs en la (onifagne, et la csnnnencs^ent \h les premiers à se rallier et ranger en bataille sur la jilatne, qnan^on on|;t ssniaiii le bruit etia tistroctûnt bi eeuu qui àoifftx k la quene U leur armée , y onrce que JUrceUus ne (isillit fias a bien jirenbre l'oerasimi, quanh il en fut temys , è cause que le bruit be la |iremUre cljargr lu; en tenu afois : si fit incsntinent leper ses gens , et courant avec grans ats alla ruer sur ceux qui esto|^ à la queue bes barbons , mettant les derniers en yiices. Ccnx'là Cirent tourner nisogie a ceux qui csto^ les |ilus irocf^ns
' b(V4nlnni, ctonui te antcts U mcin m motn |iuqittt s a qo'ni fta Vïfitwct tniU U btfotUf ûmmuiua s branler CB iistamfi , et m ftrrat ifOB jronbt riststotue quanb ils se «Rttrtnk ontù (^i^ |iar tomit et f or ierrihv, «lis se muent tantôt à iutr è vol be route, et les Viamains les jioiirsu^iKnt U |irrs , en mitent on frirent frisonnier* fins ^e cent mille, et ^prirent yooontage lenrs el|arrtots , leurs tentes , et tout leur bocage.
• , (Plut ARQUE , P^ie ffe HTarius i Irad. d^Amiot. )
Pénétré de l'importance de son sujet, M. Decamps est allé s'inspirer sur le lieu même où s'est passée la grande scène qu'il voulait rendre. Son paysage représente exactement le lieu où s'est donnée la bataille. J'ai plus de confiance dans la justesse d'appréciation d'un grand artiste que dans les dissertations hérissées de grec et de latin de prétendus savans, qui, en voulant trop prouver , finissent par ne rien prouver du tout. D'ailleurs le peintre est d'accord avec les commentaires qui méritent le plus de confiance, d'accord surtout avec le récit de Plutarque.
Marius est bien l'homme de l'auteur grec, le général qui dirige tous les mouvemens et paie encore de sa personne, l'homme qui commande et qui agit : Mari\is donnait averiissetnens a ses gens , mais quand et quand il les mettait le premier en exécution; car il était autant adroit aux armes qu*homme qui fût en toute son armée, et si ny en avait pas un qui fut si hardy ne
siasseuréque lui. M. DecampTa placé sur un cheval blanc^ au fort de la bataille^ donnant un libre essor à son infatigable énergie de corps et d'esprit.
Toute la disposition de ce tableau est large et profondément sentie; le paysage se développe au loin en une multitude de plans successifs, et par-delà uûe ville, et par-delà des montagnes; et des barbares aussi loin que l'œil peut distinguer quelque chose. L'ordre de la bataille est bien disposé suivant les mouvemens du terrain, et l'on se rend bien compte de la diversion de Marcellus sur les derrières de l'ennemi.
Et puis cela sort de ce ponsif usé de Romains déshabillés , qui combattent sans bouger avec un javelot élégamment posé entre le pouce et l'index. Les Romains de M. Decamps sont les Romains de l'histoire, rudes et infatigables^ qui allaient promener leurs aigles victorieuses chez toutes, les nations de l'Europe.
Quelques personnes critiquent le ciel, qu'elles trouvent trop lourd ; mais c'est un ciel d'orage j d'une grande vérité de couleur et d'effet^ et de plus justifié par le texte même de Thistoire. Comme ordinairement apï^ les grandes batailles il tomba de grosses
pluies , soit pour ce qu'il y ait quelque dieu qui purifie
ta lave et nettoie la terre souillée et polluée de sang humain y avec les eaux pures et célestes , ou bien , etc. Nous supprimons le reste de l'explication^ qui prouve sçulement que du temps de Plùtarque on n'était pas fort en chimie.
Revenant au tableau de M. Decamps, nous ajoute* rons peu de choses. M. Decamps s'est élevé plus haut dans cette peinture^ que beaucoup de gens ne le croyaient capaJble de monter; personne ne doutait de son talent comme peintre^ il a montré qu'il savait aussi bien comprekidre qu'exécuter. Son tableau est tout plein d'une poésie terrible : 11 n'y a rien pmis de ce qui pouvait le rendre plus complet^ on apercent dans l'air ces milliers d'oiseaux de proie qui suivent toutes les grandes armées comme par un pressentiment du carnage.
Tout auprès de la Défaite des Cimbres y se trouve le comte Erberhard de ff^irtemberg y le Larmcyeur de M. ScheCTer aîné. Le sujet de ce tableau est tiré d'une ballade de Schiller.
iat$, lUt adau tt noâ îtmmt» ctUhttnt lutn vxctoin
JKUm notre 9wa cornu, on (tt-U nuntitniart? 31 (tt rtttn Um Ml tntc, oral braont U roq^o mort te son (îb , )e groion lonRM (Ottlfflt k oco ^«.
M- Schef&r a rendu dans sa peinture ces deux ^ntrophes de la ballade. Toute la pose du vieux comte est pleine de sentiment, et Ton comprend bien sur sa tête réimpression d'une douleur profonde, que le contraste des fêtes qu'on aperçoit dans le fond du tableau fait valoir encore davantage ; mais on ne conçoit pas bien comment la lumière, si sacrifiée sur la tête du vieillard^ devient tout-à-coup pleine et abondante sur celle du jeune homme. Schiller le fait mourir d'un coup de sabre sur la tête ; M. Scheffer a mieux aimé le percer, au-dessous de la clavicule, d'un coup de sabre si violent, qu'il a entamé la cuirasse ; nous ne chicanerons pas sur des détails aussi peu importans : M. Scheffer a suivi sa fantaisie^ comme Schiller avait suivi la sienne : permis à lui. L'essentiel était de faire un bon tableau, et il a réussi. Il a donné à sa peinture une teinte d'harmonie mélancolique qui va bien au sujet. C'est, à notre avis, l'ouvrage le plus complet que cet artiste ait montré au public , nous n'en exceptons pas même sa Marguerite troublée par les remords au milieu de sa prière, du dernier Salon, Dans ce tableau, bien qu'il ait été vanté outre mesure, M. Scheffer n'était pas assez lui-même, il s'était laissé entraîner à la manière de M. Ingres; sa peinture à lui est toute de sentiment, et il s'égarerait à vouloir serrer le contour; il l'a si bien senti, que, malgré les éloges inconsidérés qui en ont
été faits , il est retenu cette année à son ancienne manière.
Avant de finir^ nous ferons encore une observation qui ne s'adresse pas plus à M. Schefifer qu'à une foule de peintres qui se trouvent dan$ le inême cas , et que nous plaçons ici parce que nous trouvons à le faire à propos d'un ouvrage d'un mérite incontestable.
Âjrant à peindre une belle tète de jeune homme y M. Scheffer n'a pas cru pouvoir mieux faire que de prendre une tête de femme ^ qu^il a copiée avec talent : mais ce n'était pas assez ; c'était une tête d'homme qu'il fallait^ une de ces belles têtes de jeune homme que le Valentin savait si bien rendre. Cette manie d'un gmnd nombre d'artistes^ de faire poser des femmes quand ils veulent peindre des hommes^ s'ex* plique par la fausse direction qui a été imposée à leurs études y dirigées à l'académie par les peintres de l'empire^ dont les préjugés se sont en partie conservés jusqu'à nos jours. Ces messieurs^ à force de vouloir tout ramener au type invariable de ce qu'ils appelaient le beau idéal j avaient été conduits par leur ^sterne à soutenir que les hommes avaient la tête trop sévère pour être beaux , et les femmes les hanches trop lai^s pour être bien faites^ et ils avaient toujours soin de rectifier la nature sur ce principe y
dont les conséquences conduiraient à admettre qu'il n'y a pas au monde d'hommes d'une beauté comparable à celle des musiciens sans barbe de la chapelle du pape.
Dans toutes les races ^ depuis Thomme jusqu'à la brute, jusqu'aux oiseaux, jusqu'aux insectes, Dieu a mis entre les sexes un caractère tranché qui les diffé* rencie au premier aspect. Chez le lion , c'est la crinière; chez l'oiseau, la couleur; chez tous, une différence d'allure qui les fait reconnaître d'abord à une grande distance. Une main d'homme n'est pas une main de femme; un artiste dont le goût n'est pas blasé, dont le jugement n'a pas été faussé^ ne s'y trompei'a jamais; la beauté d'un homme ne ressemble en rien à la beauté d'une femme : l'un est beau par la puissance, l'autre par la délicatesse. Comment un peintre qui ne sait pas en voir la différence^ distinguera-t-il un homme d'avec un autre homme, et donnera-t-il à chacun un caractère qui lui soit propre.
Cette différence est bien sentie dans la Tentation de saint Antoine de M. Brune; il y a peint un corps de femme nue d'une grande vérité, largement senti et vigoureusement rendu. Cette peinture, dont l'effet est peut'-être un peu exagéré, sort entièrement des habitudes des écoles. On voit que l'artiste l'a étudiée
sur la nature^ avec son sentiment à lui; l'exagération niême de Teffet indique qu'il n'est pas un homme de concessions timides ; il a franchement abordé la peinture et Ta poussée jusqu'au bout , suivant ses idées'^ sans se laisser influencer par les conseils que des gens plus timides n'auront pas manqué de lui donner. Cette persévérance l'a mené à un beau résultat. La tète de saint Antoine est bien prise, quoique un peu matérielle pour un des plus fameux anachorètes du christianisme.
On voit que M. Brune a étudié avec intelligence l'école des naturalistes, et surtout leur maître à tous, le Caravage. Dans la Tentation la lumière est bien indiquée, mais les ombres ont quelque chose de dur qui ne laisse pas assez sentir la couleur réelle des objets. Malgré cela, c'est une peinture forte, prise par là science^ et qui est en progrès sur les ouvrages qu'il avait exposés l'aii passé.
A ceux qui trouvent que le tableau de M. Brune manque d'intérêt , la réponse est facile : sans doute, c'est un sujet peu intéressant de nos jours que la Tentation de saint Antoine; mais il ne faut pas voir dans un tableau autre chose que ce que le peintre y a voulu mettre. Ce n'est pas ici le dernier mot de M. Biiine. Evidemment, il n'a cherché, dans son sujet, qu'un
motif pour ajuster quelques figures et peindre suivant ses» idées; il les a exposées pour voir comment elles se soutiendraient à coté des peintures des autres artistes* Maintenant qu'il a pu juger de leur efifet, nous Fat^tendons au Salon prochain , qui , sans doute , nous le montrera plus complet dans un tableau plus dramatique. Nous ajouterons qu'il nous semble aussi absurde de faire un crime aux jeunes artistes d'essayer leur talent et de s'en assurer avant de le mettre en œuvre, qu'il le serait de reprocher au gouvernement d'essayer ses fusils avec de la poudre^ pour s'assurer s'ils peuvent résister à l'explosion , avant de les mettre entre les mains des soldats.
M. Monvoisin^ que nous avons vu dans le^ dernières expositions essayer toute sorte de peintures ^ a tait cette année encore un nouvel essai. Cette persévérance dans ses recherches est d'autant plus louable en lui , que nous avons vu tous les artistes qui étaient dans une position analogue s'entêter à la continuation de vieilleries qui n'ont plus de sens aujourd'hui. Jeanne la folle n'est certainement pas un tableau d'une exécution irréprodhable ; mais il est bien supérieur à tout ce que nous avions vu de M. Monvoisin. Il y a un parti pris très vigoureux dans la couleur^ qui est peut-être exagérée de manière à nuire quelque peu k la vérité de l'efiEiet; on désiremt ajossi
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une lumière mieux entendue, surtout sur les étoffes foncées ; mais partout où il y a progrès , nous aimons mieux voir les bonnes qualités que les dé&uts^ et sans éemte il y a des choses fort remarquables dans le tableau de M. Monroisin.
U y a aussi âes choses fort remarquables dans le Dernier Jour de Pompeï de M. Bruloff. H y â d'abord la dimension du cadre y puis la composition du tableau y qui n'est pas composé du tout ; puis ces maisons qui tombent tout d'unepièce, ce qui est contraire aux lois de la pesanteur , car dès qu'une pierre n'est phls en équilibre sur celle qui la soutient, elle gravite perpendiculairement. Quelqu'un près de qui l'on faisait cette observation , se retourna pour répondre qu'il s'agissait bien des lois de la pesanteur dans un pareil bouleversement; que, d'ailleurs, dans les révolutions physiques et morales, il n'y avait plus de lois : réponse non moins remarquable que la oom^ position du ts^leau. Il y a en outre sur toute la toile une pluie de pierres catdnées et de cendres surdeufes qui jicMidhent le sdl et qui respectent religieusement les personnages : ce qui est plus que remarquable, car c'est au moins un miracle. Cek sent son Husse d'une lieise; c'est de la force du saint Nicolas > qui s'era* barque sur une meule de moulin pour traverser les iii6rs%
On assure que le tableau de M. Bruloff a obtenu le plus grand succès en Italie ; cela ne nou3 étonne pas^ en effet ^ quand on sait que journellement on décro-« che des murailles les tableaux des grands maîtres, qu'on entasse dans les greniers pour les remplacer par les pitoyables peintures des faiseurs contemporains. On peut juger la valeur de l'enthousiasme de gens qui autorisent un sembl^le vandalisme ou y applaudissent^
Comme composition, le Dernier Jmur de Pampéiest un pêle-mêle de figures sans unité, qui vont et vien-» nent dans tous les sens, courent et s'arrêtent, portent et sont portées, sans autre motif apparent que de prendre les plus belles poses possibles ; l'expression des figures grimace et n'a rien de vrai.
Le dessin de ce tableau est une imitation plus ou moins exacte des peintures de Girodet ; quant à l'efiet^ les figures sont éclairées par-devant^ par-derrière, de tous les cotés; quelques-unes ont l'air transparentes comme de l'albâtre ; c'est de la fantasmagorie avec des feux rouges dans le fond, verdàtre sur le premier plan, bleuâtre ailleurs ; en un mot , on dirait que l'auteur n'a jamais observé la nature qu'à l'Opéra.
Ce jugement est un peu sévère ^ mais il est juste-^
et comme M. Bruloff semble appelé à faire école dans son pays y nous avons dû l'exprimer sans ménagement^ afin qu'on n'aille pas attribuer à sa peinture une valeur et une portée qu'elle n'a pas : el qu'on ne vienne pas dire que ce serait une amélioration dans le goût actuel des Russes ; ce serait un changement sans importance , et voilà tout , car le faux n'est jamais un progrès.
MM. SLONDEX, FAUUN GDÉMN, DELORME, GOYET, JOUVET, HOQUEFLAN, HORACE VERNET, ROBERT FLEVRY, ETEX, HEIM, GRANET, ne.
Il n'y a pas rien que M. Delarodie à Tlnatitut qui base de la peintui« molle , £fide et mal desidnée , sans science et saos caractère j ses lauriers troublaient le sommeil de M. Blondel ; M. Blondel ne dormait plus , il Ssôsait de mauvais xè^es, il songeait creux. 11 rêvait son Guerrier de Con$Umiin repamsMt les wiueilâ de
Si l'on me demande ce qo*il peut y avoir de grand et de beau dans cette peinture y je i^epondrai qu'il y a
deux femmes fort grandes^ teDes si Ton veut, lourdes à faire plaisir; puis sur une espèce de canapé grec, un guerrier du temps de Constantin , qui est sensé mourir; et puis un superbe Athéisme, grand comme nature, qui peut avoir soixante et quelques années. Il détourne un rideau dernère lequel on aperçoit un arbre rompu , un tombeau renversé , un squelette.
Sérieusement qu'est-ce qu'on nous veut avec tout cefotras? quest-ce que cela peut avoir de^coinmtin avec les 'idées de notice temps ? Encore si cela était convenablement peint et dessiné^ à défaut de pensée, ou y chercherait de la forme et de la couleur; mais rien, absolument rien ; du fini, fini, fini à désespérer un miniaturiste, et voilà tout.
Et puis qu'est-ce qu'une allégorie dans un temps oii il n'y a plus de symboles ? c'est une énigme dont le motn'existe pas , un problème impossible à résoudre y c'est une absurdité. On confit la valeur d'une allégorie quand les symboles ont un sens précis , quand les mythes sont généralement adoptés; quahd, à l'aide d'un fait connu dé tôUs/elle transmet aux initiés des préceptes de science bu de morale qu'eux seuls doivent comprendre et qu'ils comprennent facilement ; mais une allégorie quand il n'y a ni croyans ni initiés , cela ne rime à rien, cela n'a pas de sens. M. Bloludel
croil^il qu'à l'aspect de son vieillard qui feit les^ros yeux , beaucoup . de personnes s'écrieront. : Voyez^r vous rAtbéîsnie ! comme il est ressemblant.
. Le guerrier de Constantin . ressemble à quelque diose^ lui ; c'est une pâle, copte de la figure qui, de* puis cinquante ans ^ est en possession de représenter les Ores te , les Thésée et les soldais^ dé Marathon. La Croyance religieuse, c'est une femme grande, grosse et lourde, assise et vue de profil. L'E3pérance, c'est la même femme, grosse, grande et lourde, debout et vue dé face avec une perruque blonde. Les Conseils du
Sophiste , ou si vous aimez mieux l'Athéisme, est ou sont représentés par un vieillard de soixante aiis, plus ou moins, qui se donne l'air d'un si mauvais homme, qu'on ne doit pas s'étonner que le guerrier de Constantin montre si peu d'inclination pour lui.
. Mais c'est dans ; la pei^onniâcation du Néant que M. Blondel triomphe* Nous avons dit que le Néant était un arbre renversé ; hé bien ! non, l'arbre ren-: versé est en deçà du tombeau, et le texte place iovmellement le Néant aunUlk; ce ne peut être le squelette par la même raison; d'ailleurs le squelette ni l'arbre ne sont assez vaporeux poiir représenter le Néant. Au-ddà du tombeau^ il y a quelque chose cqA ressemble autant à un. écl^r, à un pétgrd^ (|U;à;^u.t
ee qu*ôn voudra : c'est néoeasairement oe quelque diose qui est le rien de M. Blondel. Pour Dieu , si le Néant c'est le rien^ le vide, le nul, Fin— îaissable, il n'avait qu'à montrer son tableau y personne ne sy serait trompé ; car il est nul de science ^ insaisissable de pensées et vide de sens commun ; bouffonnerie ; on dirait que M. Blondel veut se &ire le grmciMù de la troupe académique.
Bouffonnerie et bouffons.
Ceci nous mène droit au Jésus crucifié de M. Paulin Guérin. Voici comme le livret explique ce sujet : Lç Sauveur vient d'expirer; au pied de la croix sont des emblèmes de son triomphe sur la mort et sur la tyrcmnie : un ange de lumiïre est attendri h la vue du sacrifice et adore la victime; Satan , thnt l'empire est détruit^ est précipité dans Vabime.
Quand on traite un sujet religieux^ la première nécessité serait^ à notre avis, de se pénétrer, nonseulement dé l'importance du sujets mais encore de sa' signification symbolique, comme aussi de chercher à reproduire la fece typique et le caractère consacré des personnages que Ton met en scène ; sans cela, il n^y a pas de raison pour ne pas s'en tenir à la méthode des peintres de l'empire , à qui la même tête servait pour Jupiter, Agamemnon et Jéhova ; qui né
£maîeiit cpie meure uil enGsoU daas les bras de leur Diane ^ pour eo faire la vieiige Marie^ qui i^uppri-r luaieut le carquois de TAmour grec pour en bire un ange chrétien^ qui lui coupaient les ailes pour en fEÛre Jésus en£eint; persuadés , ces braves gens^ qu'ils avaient fait une peinture aussi religieuse que celles d'Abert Durer ou de ira Gio-Aogelico.
A moins de s'en tenir à cette méthode facile^ le peintre doit entrer complètement dans la pensée re^ Ugieuse de sou sujet. Au lieu de suivre l'un oi;^ l'autre de «a systèmes, M« Paulin Guérin a trouvé moyen de fisiire du mélodrame dans une scène aussi imposante que la Ifor^ du Christ.
La place qull a donnée à ses deux figures seoon* daires appiurtient invariablement à saint Jean et aux Maries; l'ange ^st wui anomalie» d'abord pftr la place
qu'il occupe» ensuite par sa rcdbe blanche, qui indi^ que un Mge tf^rrestre, tandia qu'il devri^t étrç v^tu de violet et avoir les six ailes des archanges» Ensuitei Satou n'a jamais été. introduit dans le grand mystèrç de la rédemption ; à peine , dans le^ époque^ déjgén^ réea , 4H>^n osé l'indiqu^ir par un ^«rp^^t écrasa au pîed de la crçix.
Mais M. Guérin tenait beaucoi^ sans doute à l'ex-
-^ lit i^
pi'ession ttiélodltmiaUque qu'il avait trouvée pout* son grand diable y car il semble avoir alongé sa toile de deux pieds^ exprès pour pouvoir le démembrer à son aise d'une façon qui répondit à la • tète extravagante qu'il lui a donnée. Au surplus^ on ne doit pas s^étonner de lui voir faire une si épouvantable grimace ; il a bien sa raison pour cela , le pauvre diable y car le peintre a eu la barbarie dé lui serrer les reins dans les annaux d'un serpent qui plonge dans stf poitrine, entre deux côtes , et va probablement lui ronger le cœur/le foie^ la rate/ en un mot tout ce qui pourra lui ÎAïre plaisir. Le moyen de ne pas faire* la grimace avec un semblable crève-cœur !
L'exécution de ce tableau répond y de tout point , à ce qu'on peut attendre d'une pareille composition. M. Paulin Guérin est un de ces artistes qui se sont figurés qu'ils devaient savoir dessiner y pftrce qu'ils avaient passé de longues années à polir des figures d'après le modèle nu, dans l'ateKer d'un homme qu'ils payai^it fort cher. tAots il a pensé qu'il ne lui manquait plus que la couleur pour être unpeinlxe accompli ; dèâ lors il n'a plus employé dai}s sa peinture que les laques / les cinabres y les chromes y les bleus azur. C'est lui qui a inventé d'éclairer ses figures d'une lu-f mière incompréhensible par-devant, avec un soleil couchant dans le fond du tableau : comme on a pu
lé voir dans Caùi et dans son portrait au detnier Salon.
Celte année ^ il a fait mieux encore; il a fait venir le jour par en haut, par en bas , de tous les côtés ; les £eux de Falaine, les rayons célestes^ et la lumière qui édaire la robe de sang, sont de même valeur et se détitiisent. Le Christ est livide Comine un coi'ps en putréfaction ; il est dessiné d'une façon peu savante , et surtout qui manque de dignité.
Tout cela nous porte à croire que M. Paulin Guérin obtiendra la première place vacante à Tlnstitut. En eSet> il est digne en tout de remplacer lequel que ce soit de .ces messieurs, excepté RI. Ingrès pourtant, qui est autrement fort et savant que tous les autres.
M. Delofme aussi entrera à l'Institut, pendant qu'on sera en veine d'y recevoir les pas forts. Quand on a &it une Eve qui , abusée par le^ conseils et les lùttànges perfides du serpeiit^ émue par le sentiment de sa désobéissance , mais poussée par d^ invincibles dé-- Èirs, porte une main craintis^ sUr le fruit fatal y et le cueille; quand on a fait un serpent tricolore avec une énoMie crête rose qui tient^ on ne sait comment, sur Textrémité des naseaux ; quand on a fait le paysage qui sert de fond à tout cela, il n'y a qu'une manière
lionnête de finir : lé repos à l'Académie royale de peinture.
Pendant que nous voilà en veine de pr^enfer des candidats à FAcadémie y nous lui proposerons encore M. Goyet^ pour son Apparition de la Vierge h saint Luc. Nous proposerions bien aussi M. Navès pour son Joas devant Athalie'y mais cet artiste n^a pas rompu tout paete Oi^ec Vimpiilé, car il est évident que^ dans certaines parties, il a cherché une couleur et un dessin plus savans que la couleur et le dessin académiques.
* Plaisanterie à part, il y a des parties qui ne manquent pas de mérite dans le tableau de M, Navès ; mais, malheureusement, ce qu'il pouvait y avoir de bien dans sa pensée a été dénaturé dans l'exécution par le faux système de peinture qu'il s'est imposé.
Quant à M. Gayet , j'ignore s'il a un système. Dans tous les 01^ , sa peinture a l'air fadte tout-à-fait sans malice. Cet artiste veut avoir son grand tableau à chaque exposition , et il continuera ainsi tant qu'il plaira a Dieu, sans grande gloire pour lui, sans grand avantage pour les arts. C'est de la peinture boui^eoisèment faite, et' tout-a-fait à la portée du goût artistique des bourgeois du Marais.
D*autres cherchent à plaire aux bourgeois du grand monde. Éblour sans doute des succès de M. Delaroche auprès des épiciers à gants blancs de la Chaussée-<l^Antin , M. Jolivet a fait un Philippe II à Timitdlion des tableaux anglais de son modèle. L'imitation est si sensible^ que bien qu'il eût à peindre des hommes- du Midi et les costumes pittôresquement colorés qui ont toujours distingué les Espagnols, M. Jolivet a trouvé moyen de £sdre un tableau aussi fix>id^ aussi gris, aussi terne que la Jane Gray ou
YÉlisabeAd'Jngleierre.
Sans les indications du livret on ne pourrait dev?.ner si là scène se passe à Saint-James ou à l'Escurial ; il n'y a rien dans le tableau qui indique le climat , rien de caractéristique qui indique le sang espagnol et les moeurs des personnages. Pourquoi faut-il que cette déplorable manie d'imitation soit venue déformer le talent d'un artiste que Tassiduité , le travail et la pCTS^érance qu'il a mise à fedre une pastiche, pouvaient mener à mieux que cela. Espérons que M. Jolivet se livrera davantage à son individualité , et qu'il ne se condamnera plus à copier un modèle qu'à tout prendre il aurait pu mieux choisir.
M. Schnetz semble aussi s'être défié de lui-4nême dans son Combài de VHôtel^'^FiHe^. On n'y retrouve
plus la puissance de talent et la vîgtieur de peinture poussées aussi loin que dans ses tableaux peints en Italie. Sa peinture de cette année iteanque des qualhtés qui ont toujours distingué ses ouvrages. Ainsi , peu ou point de solidité dans les chairs ^ un dessin peu savant , peu articulé , joint à un manque de relief qui se £ait généralesient s^itir dans tdut le tableau ; d'Un autre coté , il n^y a pas asses de mouvement et d'élan dans la bataille, pas asses d'enthousiasme sur les figures. La scène est froide, quoiqu'il y ait des parties d'une grande beauté , maïs toujours pltis heu-* reusement senties que rendues ; l'étudiant^ surtout^ qtû pousse en avant et semble vouloir entraîner les combattais, n'a pas assez d'élévalioii et depuissianoe; il u'est pas non plus d'une manière suffisamment oor^ recte.
Apvès cda « il fallait un artiste d'un g^nd talent pour se tromper ainsi, he tableau de M. Sehnetz rie répond pas à ce que le public était en droit d'attendre de ce^ artiste» SufiBsaote peut-être pour un autre, cette peinttore ne Test pas pour fan ; car lorsqu'on s^esi tievé à une certaine hauteur daoH l'estime dupidilic, il faut s'y maintenir, sous peine de se voir oufatié tout- à-fait.
Ce malheur est arrivé cette année à M. Hptace
Veiiietf personne ne s'arrête plus devant ses tableaux ; à peine sait-èn s^il a exposé quelque '<ihùse cette année^ et pourtant il occupe une â^s plus belles places du salon carré , une des plus belles aussi de la grande galerie. Qu^est devenu la grande réputation du peintre de la Bataille de Monimirail et de la Barriïrt de Clithy^ ce que deviennent toutes les choses qu'on veut tendre outre mesure^ et développer au- ddà de ce que leur nature tié peut supporter. Le peintre spirituel des batailles et des petits soldats^ devenu peintre d'his-^ toire et directeur de Fécole française à Rome, ne s'est plus trouvé à la hauteur de la position qu'on lui avait &ite« Pour s'y maintenir, il a tout essayé: batailles^ paysages, marines, grands et petits tableaux, il a lout abordé avec l'incroyable facilité qu'on lui connaît*
Mais ce n'est pas assez d'une main adroite et d'une
brosse iacile pour se maintenir au premier rang dans les arts. Il faut une science positive et une élévation de pensée dont on ne trouve malheureusement pas de trace dans les ouvrages de M. Horace Vemet.
* Dès le Salon dernier, et en présence du succès de sa Judith et de son Raplu4ëlau Fatiean^ nous lui avions annoncé ce résultat infaillible , et voilà que VAfrivée du duo d'Orléans au Palais-Royal^ le 3o juill^ 1 83o, semble vepue exprès pour jastifier nos préyiçions*
Comme œuvre d'art, le tableau de M* Horace Vernet ne mérite pas une critique sérieuse. On ne sait pas s'il fait jour ou s'il fait nuit, ni comment sont éclairés les personnages , ni comment ils se trouvent là , ni ce qu'ils y font; et puis ce n'est pas là le Paris du 3o juillet au soir; probablement M. Yemet n'était pas. à Paris, ou, s'il y était, il est mal servi par- ses souvenirs; car dès le matin il n'y avait plus de barricades ,^ et l'on avait commencé à repaver les rues.
Conime habile homme , comme courtisan , il a &it une grande maladresse ; car, au lieu de donner à son duc d'Orléans V air f^rme et .décidé- qu'on doit lui supposer en pareille circonstance , il l'a peint avec une démarche tellement contrainte et irrésolue, qu'il a plutôt l'air de se faufiler en cachette dans une maison dont il n'est pas bien sûr, que dei rentrer en maître dans son vieux palais-cardinal , dont il doit sortir le lendemain lieutenant-général du rc^aume.
Pour faire passer cette bévue , M . Yemet a mis au milieu de la rue l'hydre de l'anarchie, qu'il areprésentée par deux ou trois éternels ennemis de l'ordre qui roulent les yeux en regardant en dessous, comme Francisque dans ses beaux rôles à l'Ambigu-Coinique ; et pour faire contraste, il a peint de l'autre côté de la toile un honnête bourgeois du quartier qui s'est brusquement
décoiffé, et tient respectueusement sa casquette à la main avec l'air de se dire : Tiens , tiens ^ tiens > voilà notre fanve homme de propriétaire qui est revenu de la cuspagne; né bien! en voilà un crâne de propriétaire celui-là , et qui n'a pas peur des révolutions ! Qn ne peut rien voir de plus béte et de plus décontenancé que le bourgeois de M. Vemet.
En résumé, voici l'analyse de ce tableau : nul comme œuvre d'art, faux comme fait historique, maladroit comme flatterie de courtisan. A un autre.
Nous sauterons à pieds-joints par^dessus les tableaux officiels de M. Caminade, par-dessus son Annonciation j pour arriver à un artiste dont nous aimons le talent fadle et exquis. M. Roqueplan, pour les ouvrages de qui nous n'avons jamais caché notre sympathie, a exposé cette année un grand tableau dont nous voudrions pouvoir dire autant de bien que de ses délicieuses petites compositions. Le siijet de cette peinture est une scène de la Saini^Barîhélemy .
JKo» et 9iirgw, t giesoss, cmîii» U tctgprvr U iàxt^^ S0II amant, ^ noniir aa catl|oItct«iiic et et ne f9M aller st {tttre tuer tot le moMocre )ie tes Irères.
Ce tableau a tout l'aspect et le croquant qu'on trouve toujours dans les ouvrages de M. Roqueplan^
-^ lâû ^
mais il aurait fallu quelque chose de jplus dans un ouvrage de cette dimension. Après le succès de son Jean-Jacques Rousseau au dernier Salon^ l'indifFérenoe du public pour 3on tableau de cette année , lui fera comprendre, nous n'en doutons pas, quHl doit arri* ver au Salon prochain avec un tableau plu$ achevé, et par conséquent plu9 facilement compris; ainsi nous l'attendons l'an prochain avec une peinture aussi osée, mais plus complète: autrement il se perdrait comme M. Horace Vemet, qui, lui aussi, avait une réputation populaire.
Au reste, c'est une tentative louable qu'a faite M. Roqueplan, et sa non-réussite n'ôte rien au mé* rite de ses petits tableaux dont nous parlerons em leur lieu, ainsi que de ses aquarelles , dans lesquelles on retrouve toute la puissance de sa peinture à l'huile.
La Procession 4U la Ligue de M. Robert Fleury est une belle mise en scène du drame qui se jouait dans les rues de Paris, avec l'armée du Béarnais aux portes, et la £aminç dans la ville. Il y a une grande vérité d'expression locale dans tout ce tableau, depuis la gaucherie comique de certain moine à porter la cuirasse, jusqu'au sentiment de la faim et de la misère
qui décore cette malheureuse pot^ulatlon. Oo sfut les horreurs que les historiens nous racontent de ee b-^ meux siège de Paris, où Ton mangea tout ce qui était susceptible d^étre n>angé « jusqu'au cuir des chaus^ sm^ qu'on faisait bouillir; on alla même au-delà: le gouvernement fit broyer des os de mort, qu'on mêlait à la fiurine pour obtenir des pains d'un yolume plus considérable , et tromper la faim si on ne pou*» vait la rassasier. On dit même qu'une mère alla jusqu'à fiure cuire son enflant, qui lui fut volé par des soldats attirés par l'odeur. ^
lies scènes de désolation que M. Fleury a placées dans la rue font bien comprendre ce qui doit se pas» ser dans les maisons. Le contraste des moines ro« bustes et bien nourris , avec les malheureux montrant de &im sur le pavé, donne un iatérêt do plus au tableau. Sur la tête de chacun des moines, on sent la différence de leur conviction t chea les uns, le dé* voùment et le fanatisme} chec d'autres, l'égoîsme et l'ambition i chea tous, un zèle suffisant pour leur £ure braver la mort un jour de bataille, maispasassezpour leur faire partager leurs provisions avec les malheureux qui meurent à leurs piedy, faute d'un morœau de pain qui lea fiasse vivre. Toutes ces difiEérentes expressions sont fendues avec bonheur.
Qaant au mérite de ce tableau comme peinture , il est e& progrès sur les préoédens ouvrages de M. Robert Fleury. La couleiir en est harmonieuse et heureusement appropriée en difl^rentes parties du tableau. Le phis grand reproche qu'on pourrait faire à cette peinture , serait une négligence de desbin , inséparable peut-^tre d'une aussi grande facilité d'exé* cution.
T^ne autre scène du temps de la ligue , mais d'an caractère ei^ntiellement différent, quoique également bien rendue, c'est le Jacques Clément ei le prieur de M. Ronjon. Ce tableau, de la plus haute dimension, est largement compris et heureusement rendu; il est bien supérieur à une foule de peintures que nous avons vu citer avec éloge , et cependant on le remarque peu. Cela vient sans doute de la place dé^ favorable qu'on lui a donbée, peut-être aussi de ce qu'au premier coup d'œil ces figuras paraissent d'une proportion qui n'est pas en rapport avec l'importance du sujet. A première vue, on n'aperçoit que les larges plis de ces deux grandes robes blanches, et l'on passe; mais quand on examine ce tableau plus en détail , on y trouve des parties d'un grand mérite : Le prieur^ dit le livret, ayant crû remarquer deVhésitation dans Jacques Clément^ le menace de la ven-^ geance du ciel s*il n'exécute pas son dessein. Les deux
té^ sont pleines d^expression ; celle de Jacques Clément rend bî^i l'exaltation religieuse du fanatisme. Les mains sont dessinées avec goût , les deux figures sont d'une peintmre îarie et osée^ quelquefois un peu dure^ surtout dans le fond, q[ui manque de profondeur et de transparence .
Les Deux Moines de M. J. Etex sont conçus dans un tout autre esprit : il à peint un moine croyant , qui, les yeux baissés sur un Christ qu'il tient posé siu* ses genoux, est absorbé dans la méditation religieuse, tandis qu'un autre mbine le regarde , un moine voltairien qui rit et qui persifQe.
Nous reprocherons à M. Etex d'avoir exagéré l'expression de son moine religieux au point de le faire stupide; en effet, il y a dans une foi vive et une conviction profonde , quelque chose de sublime qui élève l'ame et l'agrandit ; la méditation religieuse est pleine de mélancolie, mais c'est la mélancolie d'Abert Durer, la mélancolie du génie. Quant au philosophe, il est bien compris et rendu : il sourit bien de ce rire des lèvres qui grimace et fait mal à voir , de ce rire sar^ donique qui laisse voir le vide et la désolation au fond de l'ame du rieur.
L'exécution de ce tableau est sévère comme le su-
jet ; elle a de la sécheresse^ quelquefois de la dureté et de la petitesse dans les détails; mais, à toiit prendre^ c'est une peinture qui' ne manque pas de mérite , et dans laquelle la somme des bonnes qualités surpasse de beaucoup celle des défauts.
M. Heim , membre de l'Institul y peintre des solennues royales sous toutes les dynasties passées , présentes et à venir 9 a exposé cette année un tableau qui représente le Boi recevant , au Palais-Royal , les dépatès de i83o, qui lui présentent Vacie qui lui défhyi la couronne.
Cette galerie de portraits est inférieure à tout ce que nous avons vu de M. Heimi qui n'a jamais été bien Tort ^ à la ressemblance près des personnages , à qui le peintre a donné un air hébété que la plupart n'ont certainement pas ; à la ressemblance près dç quelques-uns, ce tableau est une chose pitoyable. Il n'y a pas un homme un peu bien dessiné, pas un qui soit capable de faire un mouvement. Les petits pria<^ ces surtout sont peints d'une façon ridicule. On ne conçoit pas que des gens qui se respectent aient laissé exposer une peinture faite pouir donner une si mau«vaise idée de leur personne.
Nous ne ferons que citer les ouvrages des élèves de
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Rome, et seulement pour faire savoir que messieurs les grands'prix ont exposé, car le public ne s^en est pas aperçu ; et pourtant M. Signol a donné , dans le salon carré , un Noé maudissant ses fils , d'une assez belle taille ; M. Latil un Isaac bénissant Jacob, de belle taille aussi et dan& le salon carré; ainsi que VAssomjH tion de M. Vauchelet, d'un peu moins belle taille, mais de même valeur comme exécution» A ces messieurs les belles places, c'est de droit. A eux le privivilége d'exposer de mauvaise peinture , c'est un droit attaché à leur titre d'élèves de Rome.
J'oubliais M. Clément Boulanger, dont je ne puis que citer en passant le Baptême de Louis XIII ^ ainsi que le Vieillard de M. Bigant : j'aurai occasion d'y revenir plus tard.
Quant à M. Granet, j'en parlerai à propos des peintures d'intérieur, car il n'a certainement pas voulu qu'on prenne les personnages au sérieux. La mystification des journalistes, qui se sont extasiés sur. des figures taillées comme des moellons, doit l'avoir beaucoup réjoui. m
SCULPTURE
Les classifications ne manquent pas plus en sculpture qu'en peinture ; elles ne sont ni plus rationelles ni moins absurdes. En effets tout doit marcher de front dans un corps régulièrement organisé. Partout les mêmes absurdités ^ partout les mêmes turpitudes. Satyre et Bacchante est un digne pendant pour Paris et Hélène du Salon dernier. M. Delorme et M. Pradier peuvent se donner la main^ le genre erotique triomphe à rinstitut.
Sans préjudice du genre héroïque, du j;enre énergique, du genre familier, etc., le genre commun et le genre trivial sont seuls exclus; et Ton désigne par ces mots les ouvrages de ceux qui mettent de la vie et du mouvement dans leurs sculptures : qu'j a-^t-il en effet de plus commun et de plus trivial que la vie et le mouvement. Des hommes de pierre qui casseraient plutôt que de se mouvoir, sont bien autrement miraculeux.
Quant aux sculpteurs qui font des animaux leurs ouvrages à grand'peine , ils sont tolérés par le jury, et il n'a fallu rien moins qu'une révolution politique pour leur ouvrir les portes du Salon; et de fait, ce sont là choses viles et qui ne méritent pas Fattention de messieurs de l'Académie des beaux-arts, vivant dans le commerce des Muses et parlant la langue des dieux.
Le moyen de conduire les muses dans une ignoble écurie et d'y copier de vils animaux^ comme l'auraient pu faire Puget, Michel-Ange et Léonard de Vinci , qui, du reste^ n'avaient pas invepté l'admirable théorie du beau idéal I Bien que Léonard fût d'aussi bonne convpagnie qu'on pouvait l'être de son temps ^ il ne crcyait pas déroger en étudiant un cheval d'après nature, et même en prenant te scalpel toutes les fois qu'il pou-
vait en avoir besoin pour se rendre compte de la charpente intérieure.
Les Muses de l'Institut sont trop bégueules pour mettre les mains dans la poitrine d'un cadavre ^ et pour aller chercher la science partout où elle peut se trouver ; en revanche ^ les chastes sœurs ne sont pas d'une pruderie trop pointilleuse ^ comme on le peut voir par quelques-uns des ouvrages qu'elles ont ins pires.
I^Klte^-^MiteMi
MM. DAVID, COBTOT, PBADIEB,
Mmahr^ê de l^laslttaii.
Le cheval de bataille des souteneurs d'académie ^ c'est de nous citer l'art grec^ se gardant bien toutefois de parler de la Férius de Milo, ou de cet admirable fragment de statue que, faute de le savoir mieux appeler, ils ont designé sous le nom de torse antique ; en effet cesont-là des œuvres larges, pleines de science, de vie et de mouvement, auxquelles ils conviennent de bonne foi ne pas comprendre grand'chose.
Mais tachez donc de faire entendre ces choses à des gens qui ont confondu toute leur vie le Jupiter de Phidias avec les misérables statues grseco-^romaines^ dont les esclaves grecs ont peuplé Tltalie depuis la fin de la république jusque sous le règne des preiïiiers empereurs.
Peut-être aurons-nous occasion ^ dans la suite de cet ouvrage ^ de dire ce que nous pensons d'une foule de statues antiques qu'on a données long-temps pour des oeuvres des grands artistes grecs ^ et qui appartiennent incontestablement à cette époque académique^ comme celle que nous venons de passer^ mais qui a de plus le cachet de grandeur dont le peuple romain a toujours scellé les ouvrages qu'il a faits ou qu'il a payés.
On a beaucouj^ trop confondu toutes ces choses. Rarement on a distingué l'art religieux de l'art libre^ et pourtant on les retrouve dans toutes les civilisations avec leur caractère tranché. Plus rarement encore on a compris qu'un monument religieux s'explique toujours par la croyance qui Ta élevé, et qu'il n'est applicable qu'à elle seule. Un temple égyptien était complètement à la convenance du culte pour lequel il avait été bâti ; comme un temple grec , à la convenance des mystères qu'on y célébrait ; comme une
cathédrale gothique y à la convenance du culte catholique.
Voilà pourquoi le plan de la Madeleine est stupide pour une église chrétienne. Voilà pourquoi le plan de la Bourse est absurde pour un tribunal du commerce.
Pour la Madeleine , il »»'était guère possible de faire mieux; car comment retrouver les traditions chrétiennes^ maintenant que voici bientôt quatre cents ans que les derniers artistes initiés sont morts? et mensonge pour mensonge, j'aime mieux celui qui ose mentir franchement que celui qui voudrait me tromper par de faux semblans de vérité. Mais pour la Bourse, c'est autre chose ; c'est un monument qui tient à nos mœurs , et qui a un but d'utilité pratique que tout le monde est à portée de comprendre. Aussi tout le monde comprend-il que la Bourse est un des édifices les plus absurdement distribués qui soient à Paris, où l'on ne se pique pas toujours d'être fort conséquent.
Car si les artistes de notre temps étaient plus logiques dans le choix de leurs sujets et l'ajustement de leurs oeuvres , nous n'aurions pas au Salon un Soldat
de Marathon gros , gras et bouffi y à côté d'une Sainte Cécile si maigre et si étriquée.
Kn effet, il faut que M. Cortot n'ait jamais lu Phistoirc grecque, ou qu'il n'y ait absolument rien compris , pour avoir osé mettre le nom de Marathon au bas du gros garçon sans énergie et sans caractère qu'il a exposé cette année.
II y a quelque chose de si gigantesque dans la plu* part des événemens de l'histoire de l'antiquité grecque^ que l'esprit demeure étonné en présence de l'énergie et du dévoùment prodîgieu:;^ de ces hommes; des choses comme celles-là ne peuvent pas être dépassées, et elles resteront belles et grandes dans tous les temps, bien que de nos jours certaines gens les trouvent quelque peu rococo,
Miltiade avec dix mille soldats était en présence de l'armée des Perses, qui ne comptait pas moins de deux cent mille hommes dé pied et de dix mille chevaux. Il avait envoyé des hommes chargés de presser l'arrivée de l'armée lacédémonicnne ; mais les lois de Sparte ne permettaient pas à ses soldats d'entrer en campagne avant la nouvelle lune , en sorte qu'ils n'arrivèrent qu'après la victoire.
Oo a peipç à se figurer l'audace du général qui osa livrer bataille avec des forces si disproportionnées. La puissance^ le calme, l'énergie et la présence d'es^ prit qu'il lui fallut pour suffire avec si peu de monde à tous les événemens dé cette journée, l'enthousiasme, le dévouaient et la résolution qu'il fallut aux soldats pour suffire aux combinaisons du général et remporter la victoire, se peuvent à peine comprendre, même quand on a vu les brllians exploits des armées françaises de la république et de l'empire.
Athènes attendait des nouvelles de son armée avec cette dignité calme qui cache ses inquiétudes sous l'apparente tranquillité de la vie ordinaire.
Éi fcrancr q« <f ftrUi la adWMttt k le hataiUf et 9ict0tR ht JÊiwatÛiiipm , àm^ mm$ ncrift j^ûAthtâ ]hntttt^, fait ^erstfftts, natif b'Cror, m atns]; ^iK ^liiattitrt antres U wrttwt et «tut nn wncUci ^ i|nt taonrnt tont kmtllant h la katailU ancc^uct êh nncs y it bottant am cottes wt f nnctf aux nu^pstrats ht la oillc VHiifhuâ^ ne fcnot bot asotre e^ote ainon: K tUJ0iitiMf^ina^ nons onont gajRt la bataille» A cda bil, r^Une ln| inUoHt, il tROfaota tout «aobboin...
pLOTAjiyuE, Gl. desAlh. , tra4* de J. Axyot.
Personne ne soutiendra qu'il soit possible de reconnaître dans l'homme de M. Cortot , l'Âtliénien qui accourut tout bouillant de la bataille; et ses armes,
qui étaient un signe caractéristique y qui le Caisaient soldat vainqueur et non fuyard^ le sculpteur les a remplacées par une palme qui est un emblème chrétien de la victoire toute morale des martyrs. .
M. Cortot a fait un homme qui ne meurt pas^ qui ne crie pas, qui n'a ni mouvement flxç ni expression arrêtée.
Il faut réellement que ces gens-là aient quelque infirmité qui les empêche de voir la réalité des choses, qui les empêche de comprendre le sens de ce qu'ils lisent. Car enfin la cause de 1^ mort du soldat est visiblement dans l'épuisement d'une course forcée ; l'auteur l'a bien compris : Vhal^ne luyf aillant, dit-il, il trespassa tout soudain ; il n'y avait plus de vie dans la poitrine, et il mourut. M. Cortot ne sait probablement pas qu'on se fatigue à courir plusieurs heures de suite.
Si la fatigue est poussée jusqu'à l'excès, comme, dans le cas du soldat de Marathon , alors la vie excitée outre mesure se porte aux extrémités, les artères battent d'une rapidité et d'une force effrayante, les veines se gonflent , la peau dilatée à l'excès laisse passer une sueur presque sanglante , tous les mus* clés palpitent d'une agitation fiévreuse , la sueur
deTÎent froide sur la poitrine, et l'haleine luy fail^ lanty l'homme trépas&e tout seubdain. J'en reviens encore là y parce qu'il me semble étrange que cela n'ait pas été compris.
Quoi ! une pose académique pour rendre tout le sublime désordre d'une pareille mort ! la poitrine de Yéry faisant le beau y pour celle d'un homme haletant qui se meurt; les jambes de celui-ci ^ les cuisses de celui-là et les bras d'un autre y assemblage bàtaird de tous les modèles qui vont poser dans les ateliers y et par-dessus une tète fade et stupide pour une tête délirante entre l'enthousiasme et la douleur !
Voilà ce qu'a fait M. Cortot^ voilà ce qu'il a exposé au Louvre^ dans une place réservée ; voilà ce qui sera placé au jardin des Tuileries avec cette inscription : Xe soldat de Marathon annonçant la victoire y staiue en nuurbre y par M. Cortot.
Ce qu'il y a de bon dans la sculpture de ces messieurs^ c'est que comme rien ne caractérise le sujet y il ne &ut que changer l'étiquette pour en faire tout autre chose. Ainsi y par exemple y le soldat de Marathon deviendrait un délicieux Narcisse écoutant l'Echo : le l^as levé en l'air annoncerait aussi bien l'étonnemeiit que la victoire.
M. Cortot n^a pas compris soft stijet;ra*t il M moins exécuté d'utie façon satisfaisante ? Si ce gros gar^n qu'il a modelé n'est pas le soldat de Marathon ^ est-^ce au moins un homme bien bâti qui puisse agir et se mouvoir ? Voyons cette figure indépendamment de la pensée^ et sans y chercher autre chose que la science de la charpente htiffiailie et le mérite d^exécutiofi.
La première chose qui frappe à l'aspect de cette statue^ c'est le manque de style et l'absence de toute espèce de caractère. La téte^^ quoique beaucoup trop petite^ est lourde y et toute la figure manque de finesse. Le bras qui porte est d'un bon quart trop court. J'ai lu^ dans je ne sais plus quel apologiste, que cela vient de ce que tout le côté gauche est affaissé par la mort^ tandis que le côté droit est soutenu par l'enthousiasme de la victoire. Probablement que la mort raccourcissait les membres des héros grecs. M. Cortot doit en savoir phis que nous liHlessus. Peut-être aussi c'est une allégorie que nous ne pouvons pas comprendi^^ et il pourrait bien y avoir la-^dessous beaucoup plus d'esprit qu'il n'est donné à nous autres simples mortels d'en apercevoir.
Impossible aussi d'apercevoir la moindre science d^articulation , ni tête d'os, ni saillie de muscles, ni finesse d'attache, rien n'est suffisamment écrit.
C'est du fini^ du luisant, du poli^ et rien de plus. Cette figui^ doit être fort goûtée des marbriers et taiUeurs de pierre de la capitale.
La Sainte Cécile de M. David, bien que faite dansi uu sentiment directement opposé, n'est guère plus forte que le Soldat de Hdrathon. Comment se fait-il qu'un artiste qui a montré, dans ta statue du général Foy, qu'il savait exécuter avec Râlent les choses les plus difficiles, en soit venu à exposer une figure dont les mains sont mal faites ^ de propos délibéré ; que veut dire, je vous prie^ cette gaucherie préméditée qui a la prétention de singer l'art d'une autre époque? Mais ce n'est pas à cause de leur gaucherie et de leur manque de science , mais bien malgré ces dé&uts , qu'on admire, dans les artistes du moyen->àge, la simplicité naïve , la grâce mélancoliqde et te sentiment exquis qui caractérisent.toujours leurs ouvrages. ' On passe par-dessus les^ incx>rrections et leur manque de science en faveur des qualités qui les distinguent, parce qu'il était impossible d'être plus savant et plus . correct dans le temps où ils sont venus.
Il nous en coûte d'être aussi sévère à l'égard d'un artiste dont nous avons, vu des choses louables ; mais c'est justement parce qu'il est capable de mieux faire, qu'on ne peut pas lui pardonner une figure dont la
tête lourde et maniérée, la poitrine plate, les hanches effacées, né sont pas pardonnables dans une sculpture de notre époque. M. David n'a pas même su lui donner le caractère religieux, car les artistes du moyen-àge ont toujours cherché dans leurs statues quelque chose de plus svelte et de plus élancé que la nature,' tandis que M. David n'a pas même donné à sa draperie la longueur suffisante jpour loger les jambes de sa Sainte Cécile.
Après cela , il y a une chose qui est de tous les temps et de tous les pays , c'est la nécessité de faire des monumens qui puissent rester debout. C'est une question de solidité réelle et apparente, une question de durée que les grands artistes n'ont jamais négligée, et qu'ils ont toujours résolue d'une façon satisfaisante. Toutes les fois qu'une masse pesante n'est pas en équilibre sur ses points d'appui , il faut de toute nécessité qu'elle tombe, à moins qu'elle ne soit soutenue par des moyens factices qu'on peut employer pour un modèle en p làtre; mais il n'y a pas moyen d'introduire une armature de fer dans un bloc de marbre.
Et^ d'ailleurs, les hommes forts ont su se passer de toutes ces machines ; ils ont su donner du mouvement à leurs figures et à leurs groupes , tout en se conformant aux lois de la statistique. Voyez seule-
-^ U5 fi^< *
ment l'^itcf/t^inè^dePujet, et la statue antique qu'on a nommée le Gladiateur. Certainement cette figure aurait pu avoir tout autant d'énergie et de mouve^ meqt^ si^ au^lieu de se faire équilibre^ les deux bras avaient été portés en avant. Seulement le baut du corps aurait été entraîné par leur poids , et la statue n'aurait pas duré quinze jours avant de se briser par les reins.
Voilà ce qui arrivera nécessairement à la statue de M. David ^ s'il la fait exécuter en marbre^ seulement^ comme c'est à la hauteur des jambes qu'elle porte à faux^ c'est là infailliblement qu'elle se brisera. C'est pourtant là ce que l'on fait à Flnstitut^ et ce que l'on 5^ fait de mieux, certainement.
Il fait beau voir après cela ces messieurs exclure insolemment de Texpositten les ouvrages des jeunes artistes, sous prétexte de je ne sais quelles imperfec** tions de détail. Car enfin, sur quel principe fondentils les théories d'art qui leur font admettre ou rejeter tel ouvrage plutôt que tel autre. Dès qu'il n'y a plus unité dans leur doctrine, de quel droit prétendraientils exclure un dissident, quelles que puissent être ses oeuvres,
.En effet^ s'il y ala moindre conviction dans M.T^«' lot , il doit avoir agi de tout son pouvoir pour £ftire
mettre à la porte la Sainte Cécile de M. David. Et réciproquement^ si celui-ci est convaincu de l'excel-^ lence de son œuvre ^ il doit avoir travaillé de toutes ses forces à l'exclusion du Soldat de Maraûiony car ce
sont les deux exagérations les plus burlesques de deux systèmes diamétralement opposés.
Quant à M. Pradier, c'est une question de décence et non pas une question d'art. Un jury, qui se serait
respecté et qui aurait voulu se faire respecter, n'aurait jamais consenti à autoriser l'exposition d'une semblable turpitude dans un lieu public.
Dans l'impossibilité d'expliquer d'une façon décente le sujetde ce groupe, il fautimiter la réserve du livret, qui le nomme seulement Satyre et Bacchante. Ceux qui voudraient en avoir une idée plus complète n'ont qu'à prendre au hasard un des vers les plus graveleux des épîtres d'Horace ou des satires de Juvénal. En effet, il y a quelque chose de si peu équivoque dans l'homme à pieds dç chèvre de M. Pradier que la bacchante doit être comme Lycœnion de Longus
[leilùvffa évcpyetv îovoéfigvov xat ff^pcyûvla.
La passion du satyre est écrite d'une façon si ignoble b*t si crapuleuse, qu'on ne sait vraiment lequel a du être le plus déhonté, ou de l'académicien qui l'a
jEait ainsi ^ ou du jury qui lui a fait donner une place d'honneur à l'expo&ition ; car , en admettant même le sujel de M. Pradier^ il y avait une tout autre manière de le rendre. C'était cette tête de satyre qu'il fallait animer j c'était ce corps lourd , froid et mort qu'il fallait rendre palpitant. La bacchante est aussi froidement indécente que l'autre figure. En un mot^ tel que le sculpteur a fait ce groupe, c'est de la débauche de tête qui n'a pas même pour s'excuser la fougue du tempérament*
Les voilà pardieu bien ces hommes matériels^ qui se sont habitués à ne voir que la côté ignoble et oi^ durier de $oute chose. Voilà donc la sculpt\ire comme il leur en faut ; c'est donc là ce qu'ils proclament exclusivement l'art de bonne compagnie. Venez donc voir y vous tous jeunes gens, dont ils ont refusé les oeuvres, venez voir les sujets qu'il leur faut et la poésie qui sait éveiller leurs sympathies.
Mais c'est déjà trop nous occuper de ces choses. Qu'ils aillent se cacher, eux et leurs œuvres, avec leur courte honte , et qu'ils nous laissent en paix.
MM. MAINDRON, DIEUDONNË, BION, DDSEI- GNEUR, MLEY FILS, GREVENIGH, RUDE, FOYATIER, LEGEMDRE^nÉRAL, CHAPON- NIÈRE, FEUCHÈRE, PRÉAULT.
Tout le monde n'a pas besoin de recourir à des ordures pour éveiller l'attention du public; il y a des altistes qui savent encore tirer parti d'un sujet simple et intéressant; qu'ils rendent avec tout le charme d'un talent élégant formé sur la nature. M. Maindron est de ce nombre. Son groupe représentant un jeune berger qui, piqué par un serpent y fait lécher sa blessure par son chien y est une œuvre remarquable au Salon
de cette année, remarquable surtout parla fraîcheur de la pensée et le bonheur de Texécution.
Le jeune berger est modelé d'une manièi'e large et simple à la fois, qui s'applique avant tout à rendre la nature, et qui parvient quelquefois à la reproduire d'une façon savante. On sent bien autant qu'il le faut la charpente solide de cet enfant, et par -dessus la vie pleine et étoffée d'un jeune pâtre, sans préjudice pourtant de l'expression actuelle de toute la figure^ qui rend bien la douleur inquiète, et en même temps la confiance dans l'efficacité que les gens de la campagne attribuent à la langue du chien pour guérir toutes sortes de blessures.
Peut-être y aurâit-il quelque chose à redire au chien lui-même , mais il est bien compris d'action et de mouvement, ainft nous passerons sur quelques défauts tout-à-fait secondaires.
Nous abandonnerons, aussi à la loupe de certains critiques, le Renaud de M. Dieudonné, dans lequel il y a de grandes qualités , biejqi qu'il soit un peu bouffi de formes et un peu maniéré de mouvement.
Ptenaud, transporté dans les jardins d'Armide, avait tout oublié auprès de l'enchanteresse j Turcs et chré-
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tiens ^ amis et eDDemis, la gloire et la religion^ il avait tout oublié aux pieds de sa maîtresse , quand l'éclat d'une armure vint réveiller en lui le sentiment du devoir. Le sculpteur a traité avec quelque mollesse un sujet que le Tasse s'est complu à développer soas toutes ses faces.
ftrftiiu
Bel Vtatvit U Xaaufù glt ocdji fatMât, HUd êi gutrmr ^ q«l êi ktact arbadt duo Bfvnta a ^1 fuljipr tutto êi êcoêu, fattijc tra gU of t morbiH Uuiguciitc C tra i fwftxi thrOj t supito et (otêt , Sntonto UkJibê oltni ne otmitt, c'I tau, MamnÙM taiio lya m lut (Oi»fri0.
Cj|lt al litftia scuba il j|iiar^0 gin , ^vlht êi êptcà^ia m lui quel «ioBt, et qiiaiit0 Ctfn Mtcota ailt0 oi^orno, êfixa i^utto fl^urii ( kBOsiff il criiK, c'I «uiito ; Cl fiir0, il ùao cacr it0tt cl)' attr0, mira 9cl tr0f f liuso ffiînniiiat0 occonto ; Ottcimto è 0t cç uuttiu afliuniiciit0 Sanbrt, son militor iirr0 inolmnifiito.
31 ii0btl fpxêm ttêta fcr f 0^0
9y«ii0 (0iiiii00y cftBM m0t0y t Mcr; jfllai fûiâift^ vnfpfpa t s^pui bro ,
€ (|'al TMsn M mUs iin nvdiw Cnco diuctsu , (^( f tu ttwamfa , t (t|c f iu cscf ^ SquitmtfSBt i vont frrgj , t qudU tnbcgna fotifc , H srrvfttt mûcr iiiMgint.
O ofTrrto il forttrr, c bdla tmrta Cmfiisuiir uen ^1 labrrinto.
Torqiiato Tasso, Gcrosal. lib. cant. decimo sesto.
M. Dieudonné a supposé Renaud saisissant avidement les armes qui lui étaient présentées^ et il a choisi le moment où^ dans son enthousiasme^ il agite en l'air un casque empanaché. Cette attitude^ dont on pourrait jusqu'à un certain point contester la convenance et l'opportunité , pouvait donner lieu à la savante étude d'un beau développement d'une figure humaine.
L'artiste a-t-i! complètement réussi ? nous ne le croyons pas ; certaines parties manquent d'étude , et généralement les formes ne sont pas suffisamment acciisées. Pourtant il y a de belles choses dans cette figure qui est d'un bon jet et d'une facture large, mais qui n'est pas toujours exempte de mollesse et d'indécision dans la tête^ surtout qui n'est pas celle qu'on peut supposer à Renaud.
M. Bion a exposé le modèle d'un bénitier dont il a vaulu faire une œuvre aussi chrétienne que possible. Nous avons dit ailleurs ce que nous pensons de ces pastiches d'une autre époque ; ainsi^ sans chi-^ caner M. Bion sur le sujet qu'il s'est donné , cherchons comment il l'a rendu; Voici sa pensée :
ft ytf t stmt 2UixMto| sons l'nisftrattni himm , tnstitur à la forU htt t^ÏBtêy Vm ont otngt-iiatCafrà ^ésuS'Climt , riisoge ht Vtau hhntt qui met m fuite les |itd)cs séitirU.
Au-dessus du vase destiné à recevoir l'eau bénite , le pape Alexandre^ est assis entre deux anges debout^ qui sont là pour rappeler l'inspiration divine qui a présidé à l'institution. Les péchés véniels sont ajustés en cul-de-Iampe ^ de façon à soutenir la conque du bénitier. Ces petits génies sont plutôt chargés qu'habilement caractérisés ; ils manquent surtout de science et de précision dans les formes. Les deux anges qui accompagnent le pape sont bien trouvés et bien rendus. Le pape manque de caractère et de dignité ; un pape des premiers siècles ne devait rien avoir de la bonhomie un peu niaise de Pie VU et de Léon XII ; ce devait être un homme puissant et énergique , un homme d'action , de pensée et de dévoûment. Des novateurs aussi fervens et aussi énergiques que les premiers chrétiens , devaient avoir
plus de puissance que M. Bion n'en a donné à son Saint Alexandre. Pour s'en convaincre y il suffit de lire quelques pages de Tertullien y de saint Jean- Chrisostôme , ou de tout autre père de l'Église.
Ainsi donc^ si le bénitier de M. Bion doit être exécuté en grand pour une de nos églises ^ nous l'engageons à entrer davantage dans le caractère de son sujet , dont la partie symbolique n'est pas suffisamment indiquée. En effet , l'eau bénite n'était autre chose que la consécration des quatre éléiiiens ; cela est si vrai, que, de nos jours encore^ malgré toutes les altérations qu'a subi' le culte catholique, quand le prêtre bénit l'eau , il y jette du sel, qui figure la terre ^ il souffle dessus pour figurer l'air, et y plonge un cierge allumé qui représente le feu y et dans l'Église primitive^ le cierge était allumé au feu nouveau pris au soleil , lors de son retour après le solstice d'hiver, et conservé avec soin par les prêtres. Les lampes qui brûlent encore jour et nuit dans nos églises , sont un reste de cet ancien usage.
M. Duseigneur a fait aussi un groupe gigantesque qui a l'intention de se rattacher aux traditions, de l'art chrétien , dans son Archoàige Saint^Michely vain-queur de Satan. NouS' pourrions facilement lui montrer que son archange n'est pas plus archange chré-
tien^ que son Satan n'est le mauvais ange des artistes catholiques. Mais nous aimons mieux parler du talent iniîontéstable qu'on remarque dans l'exécution de ce groupe colossal ^ que de nous appesantir sur des défauts peut-être inévitables , et de relever l'absence de- qualités auxquelles nous ne tenons guère, parce que, quoi qu'on en dise, elles ne sont plus de notre temps.
L'exécution de ce groupe est remarquable sous plus d'un rapport ; il y a de la dignité dans la tête de l'archange; mais l'expression de Satan n'est pas aussi bien comprise , sa grimace ressemble plus au baille- •
ment de l'ennui qu'à toute autre chose. Le corps du diable est rendu avec précision et exécuté avec talent , et Ton remarque dans tout ce groupe l'intention bien décidée de sortir des routines des écoles. Sous ce point de vue, il mérite de grands éloges, et nous dirons franchement que le Saint Michel ter^ rossant le démon , de M. Lescomé , semble n'avoir été exposé que pour le Caire valoir.
Le Kléher , groupe en plâtre de M. Bougron , n'est ni pensé ni exécuté^ pas. plus que le Charondas de M. Gamier.
Passons rapidement auprès de la statue en marbre
représentant une Sietta^ par M. Foyatier ; passons et ne cherchons pas à deviner ce que peut représenter cette femme plus qu'à moitié nue ; imitons la réserve du livret^ qui désigne sous le nom banal de Siesta^ une figure de femme à qui le désordre du mouvement et l'expression fort peu équivoque de la tête, assignent un tout autre nom . Ne cherchons pas non plus à tourner les feuillets du livre qu'elle tient à la main y le sculpteur l'a fermé , et sans doute il a bien eu ses raisons pour cela.
Si M. Foyatier a exposé une oeuvre aussi peu convenante, il y était autorisé ipar d^hanorables exemples^ auxquels d'ailleurs il est resté bien supérieur , tant sous le rapport de la décçnce que sous celui de l'exécution. En effet, il faut être membre de l'Institut poiu* avoir le droit d'étaler , comme l'a fait M. Pradier, le mépris de toute science et de toute pudeur.
Le Taneguy Duchâtel y de M. Grevenich^ ne répond pas à ce que sa belle figure de la ville d'Angers, destinée à l'Arc de l'Etoile^ avait fait espérer. Le groupe de cette année n'a rien de la grâce exquise et de la délicatesse qui distinguaient cette figure entre toutes les autres destinées au même monument. 11 réprésente l'Enlèvement du Dauphin , tant de fois répété dans les dernières expositions. -
SùU^JOt Uê txonftB Vu hii U fourguer nitrrrrnt ^ans farts , SaïKgnj-Slufliâttl u transp 0rta ô ri)ôtrl hi bfluf ^n , et t'rnlfPB Vans tn bras af r^ ravoir tavtUfift tftns m hof.
Une raison qui empêchera long • temps encore qu'on puisse rendre autrement qu'en peinture ou en bas-relief un semblable sujets dans lequel les figures marchent vite et courent presque , c'est que toutes les fois qu'une figure est en mouvement^ elle s'incline en avant , plus ou moins ^ en raison de la rapidité de sa course ; dès lors le groupe ou la statue manque delà solidité suffisante^ c*est là un écueil qu'on évite difficilement , si l'on tient à ne pas embarrasser ses figures du tronc d'arbre de rigueur que les sculpteurs introduisent assez volontiers dans leurs compositions.
M. Grevenich ne l'a évité qu'aux dépens de la solidité réelle et apparente de son groupe.
La Pudeur, statue en marbre de M. Jaley fils» a beaucoup gagné à être exécutée en marbre ; beaucoup de choses qui n'étaient qu'à peine indiquées dans le plâtre sont rendues ici avec bonheur. Quelques personnes lui reprochent bien encore d'être trop élancée et de jouer un peu le fuseau^ mais cet. élancement même était du sqjet, et nous ne
Bommes pas de ceux qui trouvent à redire aux exagérations qui ne font que caractériser davantage la pensée de l'artiste : celles-là ne sont jamais extravagantes^ parce qu'elles ressortent de la nature même du sujet.
C'est le cas de la statue de M. Jaley , qui est pleine de sentiment et d'émotion vraie et naïve ; le mouvement des bras et du corps est très heureux^ la draperie est habilement ajustée. On désirerait peut-être quelque chose de plus complet dans l'expression de la tête^ mais la figure même dans son ensemble et dans la généralité de ses détails est fort louable ^ et puis d'ailleurs c'est une innovation heureuse qui tranche d'une façon hardie avec toutes les pudeurs qu'on nous a données jusqu'à ce jour dans des poses imitées plus bu moins de la Vénus de Médicis.
Si le Jeune Pêcheur kreton assis au bord de la mer et jouant avec un crabe ^ n'est pas une imitation de l'antique 9 c'est une imitation d'autre chose , et M. Suc devrait employer son talent à reproduire ses propres pensées.
Avec un sujet usé , d'autres diraient rococo y M. Legendre-Héral a trouvé mdyen de faire une figure de
femme d'une exécution remarquable : il a fait de sa Léda une femme puissante qu'il a modelée avec un talent incontestable. Lea lignes de sa figure sont heureuses et ses formes prises sur la nature^ ce qui nous semble très recommandable avec un pareil sujet; d'autant plus que M. Legendre-Héral , habitant loin de Paris ^ il devait éprouver d'une façon moins directe le mouvement de régénération qui agite les arts y et qui prend d'année en année un caractère plus décidé et plus radical ; c'est à ce point y qu'aujourd'hui tes gens les plus timides osent des choses dont ils n'auraient pas même eu la pensée il y a seulement cinq ou six ans ; l'art enseigné à l'aca-^ demie en est venu à un tel point de discrédit, que ses lauréats n'osent plus prendre au livret le titre d'élète de l'école française à Rome.
Pour revenir à M. Legendre-Héral , nous ne pou-* vous que l'engager à appliquer son talent à des sujets, qui aient plus d'actualités. Nous observerons en finis^ sant^ que si toutes les grandes villes de France avaient comme Lyon des artistes dignes de ce nom^ la bar-^ barie avec laquelle on traite en provinve les ques-tions d'art aurait bientôt fait place à un goût plus éclairé.
De tous les bas-reiiefs commandés pour la décora--
tion de l'arc de triomphe de TÉtoile^deux seulement ont été exposés -, ce sont : le Passage de Pont (VArcote y par M. Feuchère^ et la Prise d'Alexandie en Egypte y par V armée française y par M. Chaponnière. Ces modèles en plâtre sont d'une dimension de moitié de la grandeur ifexécution. Tous deux sont louables sous certains rapports y et tous deux laissent à dé-^ sirer ^ surtout comme entente de l'effet général.
M. Feuchère n'a pas mis dans la composition de son oeuvre toute l'intelligence et la délicatesse de goût qu'on est habitué à retrouver dans ses sculp' tures. L'exécution en est lourde et peu achevée; c'est plutôt une esquisse en grand qu'un ouvrage terminé ; quelques parties surtout sont excessivement lâchées. Le général Bonaparte manque de dignité^ et le petit tambour^ qui se trouve précisément devant une autre figure qui semble plantée sur ses épaules^ produit un effet peu agréable. En peinture même y où l'on a la ressource de l'effet pour éloigner ses figures y un semblable ajustement ne serait pas heureux : à plus forte raispU) dans un bas<*relief ^ où il n'y a pas moyen de simuler la profondeur.
On pourrait aussi reprocher au bas-relief de M. Feuchères, quelques réminiscences du tableau de M. Horace Yernet, qui représente le même sujet. Le
Bonajparte est presque Uttéialement copié , quoique moins habilement rendu^ mais le dé&ut principal de cet ouvrage^ c'est le manque d'intelligence des reliefs qui se &it sentir presque partout. Les sculpteurs de notre époque ne comprennent pas assez qu'il ne suffit pas pour faire un bas-relief d'appliquer une statue sur une muraille.
Toutes les saillies d'un bas-relief doivent être calculées pour l'effet général du monument auquel il est destiné^ et surtout pour le grand effet de lumières et d'ombres. Ainsi toutes ces saillies mesquines qui pétillent^ ces parties détachées entièrement^ qui laissent passer le jour par-derrière^ nuisent à l'effet et abrégeront la durée du monument. Ainsi , dans le basrelief de M. Feuchères^ les doigts et les mains détachés entièrement du fonds tomberont aux premières gelées.
Malgré cela ^ il y a des détails d'une belle indication dans cette sculpture ; celle de M. Chapon-
nière est plus rendue^ mais elle n'est guère plus appropriée à sa destination ; pourtant il y a des parties bien comprises , et des figures entières bien exécutées. Le Kléber est bien posé y quoiqu'il y ait un peu de mollesse dans son action.
Ces deux sculptuF^ sont les premiers oiivnge^ efl ee genre de deux arlistes dont le pid>lic a déjà euplusiears fois occasion d'apprécier le goût et le talent des sujets difforens ; aassî nous espérons qu'édairés par répreuve de Texposition, ils corneront dans l'exécution ce que leurs bas'-f^iefs peuvent avoir d'inoomplet. Dans tous les cas^ il ne leur sera pas difiicile de faire mieux que les deux figures déjà exécutées par M. Pradier« avec aussi peu d'intelligence que de talent.
M. Préault , dont les ouvrages avaient si fort excité Tattenlion du public à la dernière exposition y a éprouvé cette année qu'on ne lui pardonne pas à l'Institut d'avoir obtenu un succès avec des œuvres qui tranchaient complètement avec les traditions des écoles. Aussi^ par une perfidie digne de ces messieurs^ les membres du jury d'admission ont repoussé ce qu^îl y avait de plus achevé et de plus complet parmi les ouvrages qu'il avait envoyés au Salon , pour permettre l'exposition d'un ouvrage de moindre importance qu'ils ont admis ^ parce qu'ils ne pouvaient pas tout refuser. Ces basses manœuvres n'ont pas eu le résultat qu'ils en attendaient. Le public a compris qu'il y a dçns cette sculpture une puissance et une largeur qu'on ne retrouve que rarement dans les ouvrages contemporains, en même temps qu'elle est plus complète et plus savamment rendue qu'aucune
de celles que nous ayons vues im Salon ; car, comme nous Favons cléjà dit à propos de la peinture , nous n'appelons pas fini et rendu un ouvrage poli et luisant, mais bien celui dans lequel la savante précision de chaque chose indique une étude profonde et logique de tout ce qui peut amener à un semblable résultat.
Ce qui distingue M. Préault de tous les sculpteurs exposans , c'est le caractère de dessin savant et articulé qu'il cherche dans ses figures , et l'entente des reliefs qui donne à chaque chose la valeur relative qui lui convient suivant son importance vis-à-vis les autres parties de la composition. Par là il arrive à donner à ses ouvrages un ensemble qu'on trouve trop rarement aujourd'hui dans les oeuvres d'art, et surtout dans la sculpture de bas-relief. Celui que M. Préault a exposé sous le titre de Tuerie , fragment épisodiqut d\tn grand bas-relief j est parfaitement compris sous ce point de vue. Ses têtes sont bien caractérisées chacune dans le type qui lui est propre , les mouvemens sont vrais et bien compris 5 la poitrine du jeune homme surtout est d'une grande puissance et d'une rare science d'articulation. La tête n'est peut-être pas attachée sur les épaules avec autant de précision qu'on pourrait le désirer, mais toute cette figure est d'un grand jet et d'un beau sentiment : la grande
femme qui crie est aussi fort bien ; j'aime moins l'enfant qu'elle soutient de sou bras droit.
La jeune filie renversée qui ^'accroche des deux mains aux cheveux et à la barbe du nc{;re^ le n^;re lui-même^ et la tête coiffée d'un casque ^ sont bien comprises et puissamment rendues chacune dans leur caractère.
' 'D'un autre côté^ M. Préault est le seul des sculpteurs qui nous ait encore montré le bas-relief entendu de manière a s'accorder avec l'architecture j en «ffet, chez lui rien ne pétille à l'œil^ les plans sont larges et simples, coupés par des ombres savantes , calculées de manière à faire sentir toute la valeur des saillies. Cependant , on désirerait encore plus de tranquillité dans certaines parties, et quelques places vides entre les figures qui sont peu entassées dans l'espace qu'elles occupent. Les bas-reliefs de tous les autres, éclairés par le soleil , deviendraient ridicules, coupés en tous sens par les ombres portées , variant sans cesse, des têtes, des bras, des jambes détachés du fond sans motif, tandis que le sien, sous une lumière^ vive gagnerait encore en Margeur et en puissance.
M. Yénot semble n'avoir exposé son Piéau de la gueire, fragment de has-^rclief yCn plâtre^ dans lequel
on voit des bras, des jambes et des têtes, mais point de fléau, il semble, dis-je, ne Tavoir exposé que pour montrer comme on entendait le bas-relief il y a Tingt-cinq ans.
M. Ruolz a exposé une allégorie phrénologique que personne ne comprend , malgré le nom des personnages écrit en grandes lettres rouges à côté de chaque figure. Ceux qui voient le progrès dans le retour au passé, doivent féliciter M. Ruolz; il nous ramène au temps où chaque personnage portait dans un cartou* che partant de sa bouche : C'est moi qui suis Hector j Jupiter ou saint Denis.