‹ Le Salon de 1844: précédé d'une lettre à Théodore RousseauChapitre 5 sur 9 · KM · texte numérisé non relu

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avec le tiolel faux et laisant. Je suppose qtte le peintre aura essayé bien des aceessoires, avant d'imaginer son fameux bureaa d'acajou, couleur chocolat.

Le portrait du duc de Nemours, par M. Winterhalter, est d'une exécution facile et trop lâchée. La pose rappelle le portrait du duc d'Orléans par M. Ingres. La main droite tient le chapeau k plumes, et le bras gauche n'appuie sur la hanche. Par malheur, il est si mal attaché h l'épaule qu'il parait avoir qnitté le corps. La tète est féut )i fait disproportionnée k la taille. Un j[)rince n*à pas besoin dé si longues jambes pour être assis sur un trône. Ce n'est pas la botte bien vernie; ftiais là tête bien intelligente, qui -ftiit l'homnie.

Plusieurs artistes ont exposé des ponirail^ du duc d'Orléans. Les portraits équestres, par MM. Alfred Dedreux et de Lansac. paraissent destinés au musée de

Versailles. Le premier est lesteoient peiol, avec uue certaine él^ance et avec une grande habitude du cheval. Le parsonnage est un peu sacrifié k sa monture; cependant il est bien campé, quoique trop en arrière sur la selle. La tête» vue presque de profil» est très-ressemblante. Les chevaux de la suite, qui piaffent dans la poussière, montrent toute l'adresse de M. Alfred Dedreux, bien supérieur ici k M. de Lansac. La composition du portrait de M. de Lansac n'est pas heureuse. Un cavalierde face est difficile a modeler sur la toile.

M. Dedreux a encore au Salon un autre portrait équestre et de grandeur naturelle.

Une jeune fille est montée sur un poney gris de fer. Son grand chien de Terre-Neuve est couché aux pieds du cheval, dont le poil lustré brille de reflets capricieux. M. Alflred Dedreux mérite une couronne du Jockey's Club, surtout pour son cheval abandonné

sar un champ de bataille, tout sanglant et poussant vers le ciel son dernier soupir.

Après les portraits de princes, viennent les portraits officiels des maréchaux de France, des grands dignitaires, des pairs ou députés. M. Rouillard, qui passait autrefois pour un bon peintre, a couvert de décorations un personnage quelconque, k perruque de couleur hasardée; M. Guignet a habillé en papier la fille de Lucien Bonaparteet quelquesduchesses ; M. Courta peint un Polonais en grand costume ; M. Dubufe, une marquise en velours; M. Champmartin, un monsieur jaune qui n'est pas beau; M. Boissard s'est déguisé lui-même en Turc ; M. Ravergie a déguisé M"" Guyon en Étrusque; M. Alophe, une charmante femme en Espagnole. M. Louis Boulanger, qui a déjà peint plusieurs beaux portraits, celui de M"* Hugo et celui de M. Borel, entre autresy a exposé cette année deux portraits de

femme, W^ C. et M»»* Bonnias. M"« C. a les bras nus, blancs et potelés, et les cheveux d'une couleur très-particulière. M»« Bonnias est représentée debout et presque de profil; elle porte une robe lilas tendre, qui s'harmonise avec le fond de ciel. Son visage est noble, calme et intelligent.

Dans les pastels on remarque un portrait de femme, de grandeur naturelle et jusqu'au genou, par M. Antonin Moyne, le sculpteur. Il y a longtemps que M. Moyne fait de gracieux pastels, des aquarelles et même de la peinture. Son talent, fin, élégant et souple, se retrouve partout, dans une robe diaprée de mille crayons, comme dans la dentelle ciselée d'un bénitier.

Mais quelle est cette charmante jeune fille qui sourit au-dessous du pasteldeM. Moyne?

C'est Margaïta Blatter, la fille du maître de poste d'Unterseen, canton de Berné. Voilà un canton bien heureux de posséder cette

jolie fitle. Cela vaut la peine de faire le voyage exprès. On verrait encore les mon-< tagnes et les lacs par-dessus le marché. Margaïta Blatter est fraîche et proprette comme son prénom, Marguerite, fine et lisse comme une feuille de rose. Elle a Tœil bleu clair»

Tovale pur et la peau ferme. Oh 1 la belle jeune fille, innocente comme l'aquarelle naïve qui nous fait connaître cette merveille d'Unterseen.

Nous avons encore de vigoureux pastels de M. Tourneux, une Bohémienne accroupie^ et un autre portrait. Nous avons, dans les miniatures, M'^'' de Mirbel qui se répète un peu, et M. Carrier qui fait des portraits en pied, tout simplement comme s'il peignait a l'huile et sur toile. M. Carrier sort de la meilleure école. Il fut élève de Gros et ami de Prud'hon.

C'est tout, avec cependant encore le portrait de Cherubini, lithographie par M. Su-

dre, d'après M. Ingres; tous les portraits de la famille royale, plus ou moins bien gravés, d'après M. Winterhiailter; une série d'excellentes études de portraits k la mine de plomb et destinés k la gravure par M. Mercuri ; et cinq cents autres portraits que nous n'avons point vus, faute de patience, de courage et de curiosité.

M. Mercuri abeaucoupde style et de force.

On se rappelle les Moissonneurs publiés dans YÂrtiste. Ces portraits k la mine de plomb sont d'un grand caractère; ils ont plus de couleur et de liberté que les gravures de l'auteur : c'est ce qui arrive souvent aux maîtres. Si le dessin d'après nature n'a pas toute la correction de l'œuvre longtemps travaillée, il a, d'ordinaire, plus de verve et plus d'accent.

Il n'y a rien qui aille mieux aux branches du pommier que les pommes. Les plus belles oranges n'y feraient pas si bien. Il n'y a rien qui aille mieux k la femme que l'enfant. Son fruit naturel la pare plus richement que les pierreries arrachées au sein de la terre. Le plus beau collier pour un homme y ce sont les deux bras d'une femme aimée et qui vous aime. Le bijou le plus précieux pour la femme, c'est aussi l'enfant qu'elle porte k son sein.

Femme et enfant, mère et fils. Vierge et

Jésus, la Charité, la Fécondité, la Maternité, quels chefs-d'œuvre on a faits avec ce symbole et cette image! Tout le Moyen Age s'en inspira. Du huitième au seizième siècle, l'art chrétien se résume presque dans la Vierge et l'Enfant. A la Renaissance, c'est encore la femme mère et pure qu'aima le génie de Raphël. Le plus magnifique André del Sarte, c'est la Charité du Musée, cette puissante nourrice, avec des grappes d'enfants qui pendent k son col, k son sein, k ses flancs, k ses bl*as. Chacun des nobles artistes du Moyen Age et de la Renaissance a fait sa Madone k l'Enfant, et ce fut toujours, jusqu'au dixhuitième siècle, le sujet affectionné des maîtres, dans toutes les écoles, autour du Titien, autour des Carrache, de Rubens ou de Murillo et de tous les autres.

On n'a jamais remarqué que l'art grec p'offre nulle part la mère avec l'enfant.

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Cherchez dans votre mémoire quelque slatne , quelque groupe , quelque bas-relîef, dans tous les ouvrages grecs ou romains, qui présente la femme et son fruit, qui indique cet attachement et cette solidarité des deux êtres. Dans le paganisme antique, chaque individu était séparé de l'espèce , comme chaque peuple était circonscrit au milieu des autres peuples étrangers, hostes.

Quand on sculptait des enfants, on les faisait seuls comme les grands et occupésîiune action indépendante. C'est VEnfant à Z'oîe, c'est Cupidon aiguisant ses flèches. Dans l'art grec il semblerait que Tenfant vient par hasard et sans lien avec ses semblables.

Si Ton trouve peut-être quelque enfant dans un groupe, c*est un petit Bacchus entre les nymphes, comme le Moïse juif entre les filles du Pharaon; un enfant d'occasion qui est ft on ne sait comment. La recherche de la maternité est interdite. Chose sîn-

gulière : les dieux païens ont souvent plusieurs mères. La maternité a si peu d'importance dans le monde antique , qu'on la laisse douteuse. Quelle est la mère de Baechus?

Bien plus : cherchons encore s'il n'y aur rait pas d'exemple d'un enfant lié k quelque autre figure. Oui, il y en a un exemple dans l'art grec et dans une des belles statues de l'art grec: il y a le Faune à Venfant^ un homme tenant un enfant entre ses deux mains. Cette idée-lk ne viendrait jamais k un moderne. L'enfant doit être attaché k la mère comme le fruit k la branche. Un enfant dans les bras d'un homme, c'est comme un fruit ramassé par terre et recueilli dans un panier. Et le porte-enfant grec n'est même pas un homme, c'est une création mixte qui a sur l'échiné les traces velues de l'animalité. Quel mépris de l'enfance et quel mépris de la femme !

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Et chez les Romains « il y a aussi une naissance, un allaitement et une éducation, sculptés sur les monuments, sur le marbre, sur la pierre , sur les médailles : c'est la naissance de Romqlus et de Rémus. La mère, la nourrice, est une louve !

La remarque est singulière et nouvelle, et valait la peine qu'on la fît. La femme n'est rien dans l'art de ces belles civilisations. Elle n'est rien comme mère et comme épouse, comme créature douée d'intelligence et de sentiment. Elle n'existe qu'à l'état de Vénus, c'est-k-dire de volupté. Si l'on cite les Amours qui accompagnent quelquefois la Vénus païenne, on ne prendra pas sans doute l'Amour pour le fils de Vénus. C'est son attribut et non son fruit. Elle est censée créée par et pour l'amour, plutôt qu'elle n'engendre l'amour. .

Le véritable amour n'est pas plus indiqué dans l'art païen que la maternité. Cher-

chez encore si vons ne tronyerez point dans la stataaîre grecque un groupe d'homme et de femme, d'époux et d'épouse. La solidarité existe d*homme k homme, jamais d'homme h femme, non plus que de femme h enfant. Vous avez le beau groupe de Cas^ tor et Pvllux. Il y a des amis, point d'amants. «Quant au véritable amour, dit sé- « rieusement Plutarque, la femme y est « complètement étrangère. »

Il manque donc bien des choses à l'art grec, relativement à nos idées modernes. Il ne lui manque rien comme forme et comme exécution, assurément. Une certaine conception de la vie étant donnée, il Ta exprimée avec une supériorité victorieuse, et Tart d'aucun autre temps n'a atteint cette perfection. Mais cependant l'âme humaine se développe et inspire k Tart de nouvelles conceptions.

La période grecque et romaine n'a pas

i|S7 3t dans riiistoire uniYersellc rimportance exâb* gérée et presque exclusive qu'on a voulu lui attribuer. C'est une fleur magnifique qui s'est épanouie sur une branche capricieuse du grand arbre de la tradition humaine. L'arbre de la civilisation est planté plus loin en Orient, dans l'Egypte et dans l'Inde; et il semble que les rameaux du monde moderne en sortent plus directement. L'art égyptien, par exemple, comme l'art indien, présente le type de la génération immortelle des hommes, dans la figure d'Isiset d'iiorus. Yoilk la mère et l'enfant. Voilà le germe de la famille et la solidarité humaine.

Le christianisme doit sans doute sa puissance historique et son intérêt archéologique k cette nouvelle expression de la vie.

Outre ce type de la Vierge-Mère, le christianisme a encore introduit dans l'art un suje( retourné de toutes les façons. C'est la

Sainte Famille. Il ne suffit pas de lier Fenfant à la femme, il faut lier la femme et l'enfant k l'homme. Cette trinité indissoluble, c'est l'humanité entière. L'art chrétien a donc affectionné, par-dessus tout, le sujet de la Sainte Famille. Mais sa famille est encore fausse et incomplète : où est le père et l'époux? Voici le tuteur officieux et dévoué; mais saint Joseph n'est pas le patron des maris. La femme mystique du christianisme n'a qu'un époux mystique et invisible. Le christianisme n'a pas incarné l'ange Gabriel et le Saint-Esprit. La femme et l'enfant sont divinisés, mais l'homme ne partage point leur céleste nature. Je sais bien que le christianisme, voulant glorifier la femme, a dû laisser dans l'ombre et subalterniser l'ancien dominateur. Mais il serait plus philosophique de réhabiUter Joseph k son tour et de le mettre sur le même plan que la femme, dans la même lumière. Le

charpentier de Bethléem quittera un jour sa figure rébarbative et ses sombres vêtements pour prendre la jeunesse et l'élégance, et les draperies radieuses de Gabriel. Il y a une famille plus poétique que celle du christianisme, c'est la Sainte Famille de l'Humanité, égale et solidaire.

Il manque donc aussi quelque chose k la pensée du christianisme, au point de vue de l'art et de la poésie. L'avenir peut donc espérer un art déplus en plus complet, expressif et religieux , à mesure que le sen« timent de la vie et l'inspiration de la vérité se développeront dans les sociétés modernes. Ainsi la forme n'est pas tout dans l'art. Le principe de l'art, c'est l'idéal, le sentiment et l'invention.

Une foule d'artistes ont exposé des YieN gesetdes Saintes Familles. Il y a pourtant beaucoup moins de sujets religieux que les années précédentes. L'inspiration catholi-

que s'^n va, malgré les sermona et lea jésuites* Les peintres font des Vierges comme ils feraient des Rigolettes. Il n'est pas rare de trouver dans le livret, au nom du même artiste : V la Sainte Vierge; 2<' Intérieurd'écurie; ou bien : 1<> Tête de Christ; 2<' Por« trait d*un colonel de hussards. Les peintres ne se mettent plus en prière avant d'évoquer l'image de la Vierge, comme Angelico de Fiesole; on ne les trouve plus baignés de larmes devant leur chevalet, comme Louis de Vargas, et ils ne se condamneraient pas volontiers, comme le divin Morales, k ne jamais peindre que les deux types de la Vierge et du Christ. Ce n'est pas la vocation, mais le hasard ou l'argent qui décident le sujet.

La Notre-Dame des Neiges, de M. Ziégler, est une charmante mère avec son petit enfant. Elle baisse ses tendres paupières et le caresse coquettement. Ses cheveux crêpés

en bandeau sont recouv'erU d* un voile floU tant. La tête de la mère est trëa-fine, et la tête de l'enfant pleine d'intelligence. De Vierge^ il n'y en a point ; mais il y a une femme belle et distinguée, et cela nouss&fût par le temps qui court. On pourrait re^ prendre le modelé de la tête de l'enfant et le dessin des pieds, qui sont ronds et corn* muns; mais l'arrangement du groupe, le calme de la pose et le charme de la physionomie, compensent ces imperfections.

M. Ziégler, qui a déjk fait tant de grandes peintures, sans parler même de l'hémicycle de la Madeleine, parait aujourd'hui fort embarrassé sur la direction de son talent.

Outre cette Madone, il a encore exposé une étude de femme nue, dont les formes sont loin d'être irréprochables. La tournure en est assez gracieuse, mais le dessin est faible. Les bras retroussés manquent d'élé-

gance et de précision dans les attaches.

Pour de pareils sujets, on est en droit d'exiger le style et la beauté.

La beauté, Télégance, la finesse et le charme sont bien plus nécessaires encore dans une composition poétique comme l'allégorie de la Rosée. Ce n'est pas nous qui blâmerons M. Ziégler d'avoir entrepris d'exprimer par la peinture la Rosie répandant ses perles sur les fleurs. L'art des grandes époques a toujours trouvé dans les sujets allégoriques ses plus sublimes inspirations.

Toute la mythologie et la plupart des sujets chrétiens sont des symboles plus ou moins directs. La Sainte Vierge, c'est l'incarnation de la pureté. Le Christ, c'est l'incarnation du dévouement. L'art ne vit presque que d'analogie, et c'est même Ik le caractère essentiel du génie poétique, de receler sous une forme réalisée des intentions abstraites et un idéal impalpable. Les grandes créa-

tiens des poètes, qu'elles se traduisent par les vers, par les sons, par le relief ou par la couleur, sont toujours l'imagination d'une pensée, c'est-k-dire la métaphore d'une pensée et d'une image.

L'Olympe antique, c'était l'assemblée des facultés humaines, de l'intelligence créatrice, de la sagesse, de la force, du courage, de la volupté, de la poésie, etc., sous les figures de Jupiter, de Minerve, d'Hercule, de Mars, de Vénus et d'Apollon ; et de même, les anciens avaient personnifié toutes les forces de la nature dans les di^ vinités inférieures, dans les nymphes et les faunes, dans une infinité de créations allégoriques. L'art moderne a continué aussi ces poétiques abstractions. Qu'est-ce qu'Othello? la jalousie. Qu'est-ce que Tartufe?

qu'est-ce que Don Quichotte? Nous citions tout k l'heure la Charité d'André del Sarte.

Albert Durer a fait la Mélancolie, Rubens,

h Fécondité. Chaque peintre a son mystère de rincarnation.

Il est vrai que ces types immortels soat ordinair^Pdent le symbole d'une faculté de rame, plutôt que le rapport d'un fait de Tordre naturel, extérieur k l'homme , avec la forme humaine. Prud'hon, cependant, a bienpeint le Zéphyr, qui semblerait apparte* nir k la musique plus qu'k la peinture. Pour» quoi n'imaginerait-on pas la Rosée? Si l'on peut représenter le souffle de l'air dans le corps léger d'un enfant qui se balance entre les feuillages et qui ride la surface de l'eau, est-il plus difficile de représenter la rosée du ciel par la figure d'une fradche jeune fille qui secoue sa chevelure sur le gazon?

M. Ziégler a sans doute pensé au gracieux peintre du Zéphyr; mais il n'a pas eu le bonheur de rencontrer comme Prud'hon la douce et vaporeuse harmonie d'une couleur suave et transparente, (.es tons de chair de

la J?09ée sont p&teiix et opuqueft , tu lieu d'avoir le seintillenieiit du dkiiiitiit Ivnii^ îïenx. Les formes de cette nymphe aétienae manquent de finesse et de légèreté* La Jlo- $ie devrait éUe en quelque sorte sospendue dans l'air et s'épandre mollement sur la terre fleurie. Le Tert des feuillages est vm peu acre et rappelé le bocage de FEnâ^

WltOW.

M« Gallait a aussi donné des noms sub* stantifs, Bonheur et Malheur^ k deus grou« pes de femmes avec un enfant. Le MMheut ressemble trop aux compositions sentimentales de M. Ary Schefler ; c'est le même type de tète et la même ordonnance* M. Ary Scheffer est un grand poète; mais M. Caillait, qui est un bon peintre, ne perdrait rien k consulter ses propres impressions.

Ses deux groupes ont, d'ailleurs, comme le portrait de M. Dubois, un succès mérité.

M. Charpentier a peint la Ifw^e, une

belle Jeune fille mélancolique et couverte de haillons, au milieu d'une campagne d'hiver. Cette étude vigoureuse et .d'une couleur originale montre une habileté de prar tique dont l'auteur a déjk fait preuve dans ses excellents portraits des années précédentes. M. Charpentier est de force k brosser les plus grandes compositions; il a donc exécuté cette année une Adoration des bergerSf avec de nombreuses figures de grandeur naturelle. Chaque morceau est enlevé en maître. Les têtes, les bras, les draperies, les accessoires, pris isolément, sont dignesdes meilleurs ouvrages de notre école contemporaine , mais l'ensemble n'a guère d'effet; peut-être est-ce faute de quelque artifice de lumière ou d'ombre , qui concentre en un point principal l'intérêt de la scène. M. Charpentier a encore au Salon une peinture remarquable par l'ampleur et la liberté de l'exécution. Ses Pâtres dans

tin passage ont été reproduits par la lithographie.

Un ancien élève de l'école de Rome« M. Jourdy, a fait aussi sa Vierge k TEnfant et son Baptême du Christ. Cela ne vaut pas le portrait de M. Yiennet, par le même peintre. Il est Trai que le spirituel président de la Société des gens de lettres n'a pas la prétention d'une Vierge ni la gravitéd'un Christ.

V Education de Jésus ^ par M. Decaisne, plait beaucoup aux femmes et sans doute aussi k M. de Lamartine, qui estimait la Baigneuse au-dessus de tons les tableaux du Salon de 1838. Les figures de M. Decaisne ont, en effet, de la grâce et un certain agrément; mais le modelé en est faible, et l'exécution n'a pas l'accent et l'abondance qu'on pourrait attendre d'un compatriote de Rubens.

M. Saint-Ëvre a représenté Jésus enfant discutant parmi les docteurs. La composition

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