Becaaps, M
M. Decamps a d^à tradait plusieurs passages de la Bible. On se rappelle soo exposition de 1839, le Supplice descrod^eis et les Bourreaux turcs^ les Singes experts, le Joseph et le Samson tuant les Philistins à la porte de la caverne d* Etant, Cette histoire dramaticpie de V Hercule aux longs cheveux a toujours préoccupé M. Decamps. Il n'y a pas, en effet, dans toute la tradition antique, même dans la tradition grecque ou romaine, une histoire qui représente mieux l'antiquité que la vie de Samson. C'est un
héros toat-à-fait homérique. Cest la fata* lité, la force, Tainoor, la trahison, la Yengeance. Il n y a pas non pins d'histoire plus humaine et plus profondément symbolique.
Les croyances, les mœurs, les caractères de la civiUsation primitive y sont gravés dans chaque fait avec un relief et une violence incomparables. Cette légende est tout d*une pièce et se déroule inexorablement en quelques versets. La femme qui décide de tout dans ce drame rapide apparaît dès la première scène. La femme sera le mauvais génie de l'homme fort, du prédestiné dont le nom signifie semblable au soleil.
A peine le fils de Manué est-il sorti de l'enfance, qu'il descend chez les Philistins pour voir leurs femmes, et il revient aussitôt vers son père demandant pour épouse une fille qui a plu à ses yeux. Premier amour. C'est en retournant vers elle qu'il déchire le jeune lion comme pour préluder aux grands combats qui l'attendent. Durant
les sept jours des fêtes nuptiales, sa femme pleure devant lui et limporlnne afin de savoir le secret de Fénigme qu'il a proposée aux Philistins. Le brave Samson se laisse atteor drir. Première trahison. Hais pour payer le prix de sa gageure, il tue et dépouille trente de ses ennemis. Première vengeance.
Cependant sa femme T attire encore, et lorsqu'il apprend qu'on l'a donnée à un au* tre, l'esprit de Dieu le saisit. Il incendie les campagnes, il entasse les morts sur les morts, et il tue mille hommes avec une mà« cboire d'àne. Tout va bien et Samson se félicite de sa victoire, en chantant.
Après cela, comme dit la Bible , ii alla à Gaza, et, voyant une courtisane, il monta chez elle. Les Philistins fermèrent les portes de la ville pour le tuer, quand il sortie rait au matin. Mais il se lève au milieu de la nuit et vole les portes qu'il va cacher au Kommet d'une montagne. Les Philistins sont bien attrapés
«Mil
Aptèê cela, il aima une femme qai demen^ rait dans la yallée de Sorec, et qui s'a^elait Dalila. Samson ne résiste jamais aux femmes. Troisième amoar qui sera le dernier.
Dalila , comme les autres , conspire avec les ennemis de Samson. La fille d'Eve est corrompue par Tai^nt comme la Danaë grecque. Elle supplie son amant de lui révéler le mystère de sa force» Samson se moque d'elle avec son insouciance ordinaii^, et il continue de jouir de la courtisanne. Une nuit, pendant qu'il dort, elle le lie avec des cordes neuves et lui crie : Samson, voilà les Philistins qui fondent sur vous. Celui-ci se précipite hors du lit, rompt les cordes comme un fil léger.
— Tu m'as tnmipé et tu as menti, dit la femme. Jusqu'à quand me tromperas-tu?
Comment peux-tu dire que tu m'aimes^ puisque ton esprit n'est pas avec moi ?
La patience du tranquille Hercule est enfin vaincue. Dernière trahison qui réussit.
La Bible u as pa^ flc^tté le caractère de la femme.
Samsoa, eomme Hercule aux pieds d'Omphale, dort sur les genoux de Dalila, et re« pose sa tète sur le sein de la conrtisanne ; et le ciseau perfide rase les sept tresses du Na-* zaréen.
Alors les Philistins enchaînèrent le lion sans crinière : ils lui crevèrent les veux et lattelèrent à une meule dans une sombre prison.
Cependant les cheveux de Samson repoussaient petit à petit.
Et le& Philistins, pour célébrer leur triom« phe, se réunirent en un grand festin, et firent aoteoer le captif dans le temple. Samsou dit à r enfant qui le conduisait: Laisse-moi m' appuyer contre les colonnes pour me repo* ser ; et aussitôt, secouant les colonnes de Y édi« fice, tous seç ennemis furent écrasés sous les ruines, Une seule vengeance pour la pwtedti
Ms deux yeux. Il en tua plus en mourant qu*il n'en avait tuë pendant sa vie.
H. Decamps a divisé cette légende sublime en trois actes et neuf tableaux. Le premier dessin représente l'Annonciation. Au milieu d'une plaine immense, Manué et sa femme offrent un holocauste au Seigneur, qui leur promet un fils, et l'ange de Dieu s'envole vers le ciel, dans la flamme du sacrifice.
Le second tableau est le Combat avec le Lion. Le pauvre lionceau suspendu dans les griffes de l'homme fait une triste figure.
M. Decamps l'a rapetissé à dessein par contraste avec son jeune Hercule. Cette tête de lion grimace un peu comme une tète de singe, et la victoire parait trop facile. Rubens, que M. Decamps connaît à merveille, a mis bien plus de terreur dans ces luttes souvent répétées du roi de la création avec le roi des animaux. Chez Bubens l'homme et le lion se tiennent corps à corps , et les deux
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tètes se ressemblent ; mais cependant on n'a point d'inquiétnde pour Fhomme. Le Samson de M. Decamps est assez fort aussi pour décliirer un vrai lion.
Après la force, voici la ruse. Le paysage est éclairé par les derniers rayons du soir et par les feux sinistres qui courent çà et là sur les moissons et sur les cabanes. La campagne est désolée et les populations en fuite. Un ciel rayé d'ombres noires et d'éclats lumineux s'appesantit sur ce grand désastre.
Au premier plan, une statue gigantesque est assise sur un roc comme le génie de la destruction. C'est le juif terrible qui suit de l'œil ses renards aux torcbes enflammées.
Cette figure de Sainson est d'une grandeur et d'un style qui rappellent les œuvres de Michel-Ange. La tête presque en profil perdu , est belle et pleine d'ironie. Le dessin des membres est ferme et correct comme chez les maîtres les plus savants. L'effet général est saisissant , étrange , fantastique,
comme les hallacinations de Martinn, avec autant de poésie et de mystère, mais ayec bien plos de Tigaeor et de réalité. Les ta« bleaux de Martinn sont des rèyes débiles qui flottent yagaement comme des fantômes aox formes imparfaites. Ici tout est accentué, irrécusables. L'exécution est anssi énergique que la conception est yaste, originale et surprenante.
La yengeance est commencée : le second acte nous en montre d'autres épisodes. Dans le quatrième tableau, Samson défait Varmée des Philistins. Sa cheyelure flotte à tout yeut. Ses jambes robustes foulent des corps meurtris. Il étouffe entre ses bras, je ne sais combien de guerriers qui pendent comme des lambeaux autour de ce colosse ; et F irrésistible yainqueur brandit en T air la fatale mâchoire. Les soldats dispersés se sauyent de tous côtés. C'est là qpi'on retrouye, yers la droite , ces cayaliers des bas-reliefs grecs , que M. Decamps s* est déjà appropriés ayec
tant de bonheur dans la Défaite des Cimbres eile Siège de Clermont. Â gauche, sur uue éminence couronnée d'arbres, les Israélites contemplent le massacre et la déroute de leurs ennemis.
De même que dans le tableau précédent le peintre avait rompu la tristesse du fusin par des rehauts de couleur à Thuile dans le ciel, de même ici il a employé le pastel pour enrichir et varier le centre de sa composisition. Le groupe de Samson est sanglant et fauve, tandis que les fonds sont enveloppés d'une demi teinte grise harmonieuse. La chevelure noire sur le ciel est superbe. On ne pourrait critiquer que la jambe droite du Samson , dont le dessin manque d'accent et de finesse à l' attache du pied, quoique le mou* vement soit juste et fort.
Le cinquième tableau est un effet de nuit en plein paysage. Le talent de M. Decamps ne s'effraie de rien. Il n'y a pas beaucoup d'artistes qui aient osé peindre l'obscurité
de la nuit. Caria peinture ou la couleur, c'est la lumière. Les tableaux de Van der Neer sont généralement des effets de soir ; Van der Neer se couche avant minuit. L'obscurité n*est donc jamais complète et monotone dans les tableaux de Van der Neer ; le peintre se sauve de la difficulté par quelques pointes de rayons qui blêmissent encore à l'horizon ; Pbébus lui permet toujours de retenir quelques boucles de sa longue chevelure dorée, tandis qu'il continue sa course circu-* laire. Van der Neer a ainsi la ressource des contrastes et d'une certaine dégradation de la lumière, depuis les premiers plans sombres jusqu'au crépuscule du ciel. Dans les clairs de lune qu'il a risqués, dans les clairs de lune d'Adam EIsbeymer et de quelques autres, c'est encore la même ressource d'une gamme en mineur. Sous la lune, le principe lumineux est blanc, au lieu qu'il est jaune sous le soleil. Les clairs de lune et les soirs sont donc bien moins difficiles que la pleine nuit.
Mais la nait est un préjugé. II n'y a jamais nuit noire ; au minuit le plus obscur, Tair n'est jamais absolument opaque. L'œil s'habitue à la transparence des ombres les plus épaisses. N'y a-t-il pas des animaux et des oiseaux qui voient clair la nuit? La faculté n'est pas seulement dans leur œil ; elle est encore dans la nature. La nuit, relativement à l'homme, accuse l'imperfection de^ ses organes, mais non pas l'opacité impénétrable des ténèbres.
Bembrandt, cet amoureux-fou de la lumière, s'est aussi arrangé quelques fois de la nuit, sans lune ni lampe, dans plusieurs eaux-fortes ou paysages. Parmi les contemporains, je ne connais que Rousseau qui s'en soit tiré à son honneur; car celui-là aussi regarde la nature à toute heure , la nuit, le matin ou le soir, comme en plein midi.
M. Decamps a donc lancé son regard perçant jusqu'au sommet de la montagne que
Samson escalade avec son fardeau. Il est minuit juste, suivant le Maistre de Saci , et le dos de la montagne tranche à peine sur les fonds. Samson parait comme une petite fourmi noire traînant un fétu sur un talus immense. Nous doutons cependant que la nuit donne cet effet et permette de distinguer à une pareille distance. Le génie du peintre aurait pu trouver une combinaison plus heureuse et plus fantastique. L'ombre des premiers plans est lourde et uniforme, surtout dans le panache arrondi d*un arbre qui sert de repoussoir.
Voici un autre effet de nuit qui est admirable ; mais la scène se passe dans un intérieur. Dalila est couchée sur son lit et appuyée sur le coude , le bras droit étendu en avant. Son attitude noble et sereine^ la beauté de sa figure et de son geste ont beaucoup d'analogie avec les femmes antiques représentées sur les bas-reliefs ou les camées. L*art romain nous a laissé plusieurs
Glëopàtres dans ce style simple et grandiose qu'il tenait encore de Fart grec. Les draperies de Dalila sont élégamment collées au torse comme les draperies antiques et dessinent le modelé parfait du corps de la courtisane. Samson s'élance à tous crins hors de la couche de sa perfide maîtresse qui demeure impassible. Il ouvre de grands yeux pour voir où sont les Philistins. Sa chevelure rayonne dans une auréole touffue autour de sa tête effarée , et la corde brisée glisse sur ses membres. L'homme et la femme sont superbes de contraste ; celui-là, toutefois 9 porte sur son visage une expression exagérée et un peu commune. L'entourage du groupe est simple, sans accessoires, tranquille et harmonieux.
Çk tableau sert de transition au troisième acte et au septième tableau; l'imprudent amant a perdu ses tresses magiques et sa vigueur indomptable. Des soldats armés T entraînent hors du palais de la courtisane.
Le soldat qui marche à sa droite resseioble à quelque yigoureuse figure de SaWator. A une fenêtre , on yoit une femme paisiblement accoudée, et qui tient en main des ciseaux. Le peintre aurait pu lui mettre une bourse dans Tautre main, comme à Judas Iscariote. L'architecture du palais est d'un très beau style que M, Decamps a sans doute inventé. H. Decamps ne serait pas embarrassé pour nous faire des édifices publics un peu plus magnifiques que les baraques des architectes officiels.
Cependant Samson tourne sa meule avec une puissance et un stoïcisme antiques. Sa grosse tête^ aveugle est inclinée vers le sol et médite sans doute une vengeance digne des premiers exploits. Le gardien est assis contre un mur, tenant son pied dans ses mains.
Aux grilles extérieures de cette sombre Ave, s'accrochent quelques figures curieuses qui contemplent l'ennemi dompté. La lumière, pénétrant par une ouverture étroite, glisse
Bar r homme et sur la machiae à laquelle il donne le mouvement, et laisse tout le reste delà prison dans une triste obscurité. Hélas ! Samson n*est plus réjoui par les rayons du soleil. Quand Jehovah qu'il implore lui accordera-t*il une seule vengeance pour la perte de ses deux yeux? Pro amissUme duorum luminum unam ultionem.
Nous touchons au dénoûment : le palais où sont assemblés les chefs des Philistins, les hommes et les femmes, et tout le peuple qui pèse sur Israël, le palais où Samson vient détre introduit, craque de toutes parts.
Les colonnes de granit s'écartent comme des roseaux, ou éclatent comme du verre sous les mains puissantes du Nazaréen. Il est là, de face, au milieu de Tédifice qui s'écroule sur la tète des convives, et qui les recouvre d'une nouvelle couche de morts et de mourants, précipités d'en haut comme un torrent parla gueule d'une caverne. Les hommes et les femmes tombent péle-méle, les cadavres sur les
vivants qui veulent échapper à cette grêle de ruines. Mais les issues sont encombrées, et cette foule splendide va périr écrasée autour du héros juif.
Ce neuvième tableau est d'une rare magnificence. Plusieurs figures de femme ont une tournure et une expression qu'on trouve seulement dans les écoles de la Renaissance italienne. La couleur des groupes est riche et abondante ; mais la lumière qui frappe l'architecture en précise un peu trop maigrement les lignes. La pierre est d'un ton moins sec dans les dessins précédents. C'est le seul reproche qu'on puisse adresser à cette composition grandiose et compliquée.
Peut-être aussi rencontre-t-on quelques mouvements un peu trop vulgaires dans certaines figures qui sont en désaccord avec le caractère sévère et élevé du style général. Il arrive quelquefois à ce grand artiste de laisser tomber une image hasardée qui est une réminiscence de ses sujets spirituels où il ma-
nie la caricature avec tant de finesse. Le lion du second tableau ressemblait à un singe , voici que T ombre de cet bomme qui se sauve ressemble à un canicbe galopant côte à côte avec son maître ; ce qui n'empêche pas r homme et l'ombre d'être un tour de force dans ce chef-d'œuvre.
Cette épopée du Samson est certainement une des productions les plus extraordinaires et les plus fortes de l'art contemporain.
C'est pourquoi nous l'avons étudiée avec enthousiasme et décrite avec un soin particulier.
Les œuvres dignes d'enthousiasme sont si rares, même à ce beau Salon de 1845! Après M. DecampsetM. Delacroix, après les charmants portraits de M. Diaz et les fins caprices de M. Meissonnier, il y a encore beaucoup d'hommes habiles et de tableaux intéressants ; mais de tableaux qui vous émeuvent, qui vous impressionnent vivement , qui surexcitent votre sentiment poétique, combien
en compte-t-ou ? Le succès des tableaux que la foule^admire est un succès de banalité et non point un témoignage d'art.
Par exemple , un tableau où sont noyées de véritables qualités de peintre, c'est le Chapitre de l'ordre du Temple^ parM.Granet. Il est dans le salon carré, en face de la Smala. M. Granet n'avait guère fait encore de composition de cette importance. Les nombreux personnages rangés à droite et à gaucbe et vus de dos sont très bien peints, d'une bonne couleur, juste, sobre et forte à la fois; mais le centre de l'assemblée, où siège Bobert-le-Bourguignou et où s'étale une lumière jaunâtre et fausse entre les colonnes recouvertes d'un rouge vineux, perd le tableau. 11 n'y a plus d'ensemble, plus d'effet, plus d'unité, plus d'harmonie. L'œil blessé se détourne de cette couleur disgracieuse, et l'on oublie même F ordonnance et l'exécution du premier plan.
Non loin de ce Chapitre de Tordre dt4
Temple, est uq autrejchapitre contemporain, le Conseil des ministres tenu aux Tuileries le 15 août 1842. M. Jacquand qui a tant cherché à imiter M. Paul Delaroche et qui a réussi dans ce dessin héroïque avec un bonheur de daguerréotype, est Fauteur de ce tableau sans esprit, sans élévation, sans caractère et sans couleur. Les personnagesqui, à la vérité, ne sont pas tous faits à peindre, se tiennent roides et engoncés dans leurs habits luisants, comme des figures de carton. Les congrès de MM. Granet et Jacquand ne valent pas tout à fait le Congrès de Munster y de Terburg , ni le Concile du Titien, ni même Y Assemblée des Experts, de M. Decamps.
Le commun est en plein succès aujourd'hui, et je ne veux pas croire qu'il en ait été ainsi dans tous les temps, ni que dans l'avenir la foule ne soit pas destinée à avoir jamais le sentiment de l'art véritable et de la beauté, de la poésie et du style. Il est mal-
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heureux qu'on encourage aujourd'hui offî*^ ciellement les capacités les plus vulgaires au détriment des artistes distingués. Tandis qu'on refuse M. Delacroix et M. Maindron, le sculpteur, et M. Fernand Boissard, et bien d'autres jeunes artistes dont nous ayons appris l'exclusion, c'est M. Pingret qui est appelé à la faveur de représenter les scènes solennelles de la monarchie. C'était Yelasqaez qui accompagnait Philippe lY, au XVU^ siècle ; c'était Titien qui peignait Gharles^QuHit et François P auXVl®. M. Pingret répondra devant la postérité pour le XIX® siècle.
M. Pingret a donc exposé à l'admiration publique, une bataille quelconque, commandée par la maison du Boi, V Arrivée du roi au château de Windsor et l'Empereur de toutes les Russies occu^anU Paris avec ks Miés en 1814. Voilà un siqet peu orthodoxe et un souvenir malencontreux pour te peintre du roi des Français.
Le chantre du lutrin durait que la pem-
tare de M. Pliigret est comme son nom, sèche, pingre, mince, avare, aignë, sifflante et emrde. C'est la Providence qui a baptisé
Et GoriUon la basse et Grandin le fausset, Et Gênais l*agréable et Gaérin Tinsiplde,
afin qM diacun soit prévenu par une enseigne sonore. Le nom de M. Pingret n*est point trompeur.
Mais nous avons voulu de Vactualiti dans les arts. Nous avons tous , plus ou moins , crié depuis <Ëx ans que Tart devait se tour* ner ^elque peu vers la réalité contemporaine. Nous en sommes bien punis aujourd'hui par ce prosaïsme ridicule qui a pullulé comme la mauvaise herbe et qui menace d'étouffer les pousses timides de la poésie; Ah ! vous demandez des habits de ilrap et des diapeaux en tuyau de poêle ; en voilà. Àh ! vous 'demandez qu'on habille Bercule et Apollon; voilà des culottes et des #iux-côls €t des bottes à reflet. iSi bien que
la natare humaine a dispara soas cette friperie.
Nous sommes tombés dans le naturalisme du laid, non pas dans ce naturalisme ardent et capricieux du Caravage, du Yalentin, du Manfredi, ou d'Ostade, ou de Murillo, mais dans une imitation grossière et basse. Il j a plus d* art dans les tournures violentes du Caravage, dans les partis d'ombre et de lumière du Valentin, dans les gueux d*Ostade, dans les pouilleux de Murillo ou dans les nature-morte de Jean Fyt, que dans tous les sujets ingénieux des peintres bourgeois.
On disait au temps du romantisme, qn*il 7 avait plus de poésie dans un bonhomme de Brauwer que dans tous les dieux de Fécole académique. Nous revenons encore à Brauwer. A défaut du sublime, qu'on nous rende F esprit et la naïveté. Les Flamands sont moins laids que les portraits du Salon.
Ils ont de T originalité, des nez bizarres et une façon de porter les culottes que vous ne j
saurez jamais imiter. Ils n'ont guère de bretelles ni de sous-pieds, ces mendiants superbes, ces Diogènes de tabagie , ces grands philosophes. Ils ne posent point la main sur la hanche, mais le coude sur la table. Comme ils pensent , comme ils causent , comme ils traitent gaiment la vie ! La comparaison avec nous est tout à leur avantage. A défaut de Raphaël, rendez-nous Brauv^er. A défaut de Gros , rendez-nous Prud'hon. Bendeznous Ajax lui-même et les héros antiques habillés avec un simple casque et des cothurnes. Au rebours de Diderot qui s'écriait en 1755: délivrez-nous des nudités! nous pourrions réclamer aujourd'hui un peu de paganisme en plein air. Bendez-nous Vénus et Gupidon.