‹ Le salon de 1845: précédé d'une lettre a BérangerChapitre 9 sur 13 · II · texte numérisé non relu

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sacrifle pas le piéseiit aa passé on à Tave^ nir, car il y a toujours dans les arts, comme dans la politique , trois partis inconciliables qai regardent en arrièi^ , en avant , ou à ieitrs pieds. Nous déclarons, quant à nous , que nos espérances sont bien dépassées , que le Salon ée 1845 nous parait, à première vue , plus intéressant , plus riche et plus complet qu'aucun des Salons de ces dernières années , depuis les grandes luttes où figuraient M. Gros près de mourir, Léopold Bobert et Sigalon , qui sont morts aussi ; M. Eugène Delacroix , déjà illustre; M. Ingres, alors si contesté , et M. Paul Delarodie, ïidclLe de là bourgeoisie.

Les neuf dessins exposés par M. Decamps sont tout un poëme biblique en trois chants, et qui restera comme les sublimes cartons des grands maîtres italiens. Ces compositions sévères A vigoureuses sont exécutées dans le même style que le Siège de Clermont et la Défaite des Cimbres, du Balon de 1842 , au

f usin , à tous croyons , avec des rehauts de couleur à rbuile. Il est impossible d'arriver à un effet plus puissant , même avec toutes les ressources de la plus riche palette. Il y a des contrastes merveilleux et des degrés incalculables depuis les fortes ombres jusqu à une lumière éblouissante. Chaque scène est présentée avec une unité et une symétrie qui ressuscitent le système des maîtres les plus habiles dans cet art difficile de la composition. Qui le croirait ? M. Decamps, le peintre capricieux et emporté, qu'on a souvent comparé aux maîtres flamands , s'est élevé jusqu'à l'ordonnance austère et réfléchie de Bapbaël et du Poussin. Chacun de ses tableaux a un centre lumineux autour duquel s'arran^ gent les lignes secondaires, et l'effet se concentre au milieu , par l'artifice des lignes et de la couleur. Le dessin des figures , le caractère des têtes sont du plus haut style. Dans le Samson renversant les colonnes du Temple, il y a au premier plan un homme qui se

sauve en avant avec un élan si fougueux , qu*on a envie de se reculer pour le laisser passer ; cela rappelle ces figures si bien jetées de VHiliùdorej de Baphaël, et les légères Atalantes de Tart antique. De même , les cavaliers de M. Decamps font songer aux cavaliers du Parthénon. Le peintre spirituel des singes , des fumeurs et des vieux gardéschasse, a montré ici, comme dans quelquesuns de ses ouvrages précédents, un sentiment de la tournure et de la beauté , qu'on rencontre rarement dans l'art contemporain.

La plus belle peinture du salon carré est incontestablement le Sultan de Maroc sortant de $on palais, par M. Delacroix. Au milieu, le sultan à cheval ; à droite et à gauche ses ministres et sa suite ; dans le fond , les murailles du palais de Mequinez , sur un ciel bleu, du ton le plus vigoureux. La couleur géuérale est si harmonieuse, que cette peinture éclatante et variée parait sombre au premier regard. C'est là le talent incomparable

deM. EttgëneDelacroixjde marier leBmuuioei les pla« riches et les plcis diverses , comme les musiciens qui parconreot toute la g^mme des sons. On ne reprochera pas , cette fois ^ au peintes dû ^tûsêâiDte âê Stiù^ d* avoir ooutourné ses personnages et d'à Voir eiagéré les mouvements. Toutes ces figures sont calmes et nobles comme il convient à de tranquilles Orientaux. M. Delacroix a attdut un point suprême eu art , la magnificence et la gran* denr dans la simplicité.

La Mort àe Marc^Aurilê est presque com*posée comme la Mori de Socra^e^ de David.

L'empereur est assis sur sou lit, entouré de ses amis, qui recueillent ses dernières volon* tés. Singulier* rapprochement entre les deux chefs de ces écoles qui paraissaient aux antipodes de l'art. Hais vraiment les Bomains de M. Eugène Delacroix valent bien les Grecs de David. Us ont plus d'humanité, si Ton peut ainsi dire. L'homme del)out, à droite, et l'homme assis par terre contre le

lit, sont adnlinbles de toarnnre et de sentimeiit. L*effet général ûd la composition inspire la méditation et le itBspect. Il n'est pas indispeiMable détre froid et gnindé pour r^résenter œs gnmdes seènes du monde an<tique.

On trouve encore à droite , dans la galerie , deux autres tableau de H. Eugène Debcroix^ une SybilU à minxirps ^ étendant la main vers le hameau sacré , et une tête de Madeieiney qui est un chef-d'œuTre.

Après M. Deeamps et M. Delacroix, qui tiennent le premier rang dans T école française, il faut parler de M. Horace Yeruet , qui oecupelaplus grande place à 1* exposition, et sit pages dans le livret. La Prise de lûSmoia d'Abd-el-Kaier s'étend au nord jusqu'au-dessus du DéJti^^, deGirodet, au midi , jusqu'au-dessus de la Descente de Croix , de Jouvenet , et occupe tout le lambris qui fait face à la porte d'entrée dans le grand salon. C'est cette place privilégiée qui

a déterminé la dkiiensiou de la toile; nous n'y voyons pas d'autre raison. Combien de longueur? Cent pieds, peut-être. On n'avait jamais fait sur toile un tableau de eette im<mensité. Il est vrai que c'est une série d'épisodes qui pourraient se prolonger sans fin ou se détacher en charmants tableaux de genre.

Le génie de tous les peintres italiens n'aurait pas suffi à donner de l'unité à une pareille composition. Il ne faut donc pas s'attendre à être saisi par un effet principal. On peut commencer à examiner cette enfilade de soldats français, d'Arabes en fuite, de femmes désolées, de troupeaux culbutés, par le flanc droit ou le flanc gauche. Ce sont partout des groupes isolés qui ont chacun son caractère fort spirituellement exprimé. Ce sont des motifs de lithographies, dignes de M. Charlet et de M. Baffet; mais ce n'est point un tableau.

L'ambition de M. Meissonnier est à l'in*verse de celle de M. Horace Vernet. Il cher-

che la plas petite toile possible , et il y met une ou deux figures microscopiques qui ont cependant toutes les qualités de la couleur , de l'expression et de la yie. H. Meissonnier a exposé trois tableaux d'une finesse exquise : un Jeune Homme assis et regardant des dessins dans un carton; il a une charmante {letite culotte gris-perle et un habit de même couleur ; devant lui, sur une table , sont des livres et des statuettes; — un Corps-de^arde^ groupe de quelques soldats qui jouent aux dés sur un tambour ; la couleur est plus vigoureuse, mais non moins juste que dans les autres petits intérieurs ; — enfin, une Partie de Piquet entre deux hommes assis et vus de profil ; les têtes sont extrêmement spirituelles, et l'homme de droite est habillé de ce rose tendre qu'on admire dans les pastels de Boucher.

Les trois Portraits de H. Diaz ont beaucoup de charme et de distinction. Us se détachent sur un fond d'arbres très mystérieux

«sa»

et d^une adorable ooaleur. M. Théodore Boasseatt est le tseul qui earpâsse M. Diaz , dans l'expression de la poésie de la Datnre& M. Diaas, qui est nn grand paysagiste , pos-> sède aussi un Tif sentiment de la beMté hiH maine et des magies de la eouleoi*. Il feit jouer la lumière sur la chair , sur les ehe^ veux, sur les étoffes, avee un éctetj ttnehar^ moaie , une légèreté , une grâce tout-à*fait séduisants. Les jolies fetaimes pourraient bien , après atoir tu ces merveilleux petits portraits , quitter M. Dubufe pour M. Diaz.

M. Eeaty Schefi^r a exposé plusiemrs portraits, un peu ternes, et une Madame Roland marchant au supplice , qui est le pendant de la CharloUe Cdrday , du Luxembourg. La scène est disposée dans le même ordre, et les moyens dramatiques sont les mêmes ; ils résultent du contraste entre une belle et noble jeune femme et les hommes qui la conduisent au supplice. Si M. Henry ScbefTer eût Técu au temps de la BévolUtion , il aurait

été giroudîH. C'est le parti des femmeg et da sentiment en politiqne. Gomme exéenticm, k tableau de madame Boland accuse la tranafotBiatio]) qm s'est opârée dans la ma^ nière de II. Heqry Scheffer. En comparant madame Boland à Charlotte, il peut se con* yaincfe qu'il ét^pt autrefods plus vigoaren et moins see.

M. Pé^ignon est bien changé auasi, seulement depuis r année dernière. Il est impossible de retrouver dans ses portraits du présent Salon la fermeté y la seience et le caractère qu'on admirait dans le portrait de f^nme brune, exposé en 1S44 au^^essus de la porte de la galerie.

Passons tite, dans cette revue rapide, devant la foule des portraits , et eontentonsh nous d'indiqué anjourd' bui les taUeaux qui méritent ï attention. Nous analyserons plus tard les qualités de chaque peisture. Parmi les grands tableaux, la bataille dBaHings , par M. Hippolyte Debon , est une des plm

remarquables ; il y a beaucoup de force , de \îe et de couleur dans cette mêlée. Le Kha^ life de Constantine ^ par il. Ghasseriau, est une composition pleine de grandeur et de majesté; elle révèle trop cependant 1* imitation de M. Eugène Delacroix, que M. Cbasseriau a déjà copié sans scénpule dans ses illustrations de rotello. Si les membres du cheval que monte le khalife étaient plus solidement attachés, s* il y avait plus de science et de fermeté dans le dessin, le tableau de M. Ghasseriau serait certainement en première ligne au Salon.

M. Adolphe Brune a exposé un Christ descendu de la croix , que nous avons eu le malheur de ne pas encore rencontrer, non plus que les deux tableaux de H. Gigoux, les quatre tableaux de M. Louis Boulanger, le portraitdeM. Biezener, lepaysagedeH. Paul Huet, etc. ; mais, avec des hommes de ce talent, on est sûr que leurs ouvrages valent la peine d'être recherchés.

M. Philippoteaux est Fautear d*unc ba->

taille assez bien peinte, M. Victor Robert d'une grande composition allégorique , H. Queoq d'une Scène de Martyrs chrétiens, H. Tissier d'nne Descente de croix j H. £u«»

gène Goyet d'un Christ au Jardin des Oliviers, M. Scbnetz de plusieurs scèoes d'italie, M. Landelle des Saintes femmes allant au tombeau, bonne peinture, d'un sentiment distingué.

Un grand succès attend sans doute M. Robert Fleury , dont VÀutodafé est très dramatique. On y remarque plusieurs figures vigoureusement eiécutées , et surtout r homme accroché à la croix , et tu de dos , qui indique l'étude de Van Dyck et des maîtres flamands. H. Robert Fleury a aussi cherché à imiter Rembrandt dans l'épisode que la \ie de ce grand peintre lui a inspiré. Rembrandt est représenté assis et peignant la 5ttzanne au bain, d'après un modèle debout à sa droite. C'est la répétition de la Suzanne

même de Rembrandt , que possède M. Carrier, peintre et ami de M. I(<d!>ert Fleurj.

Noos aycms tu eneore deux tableaux de M. Papety, h Siège d'nne ville et Memphis^ compositioD de trois figures, dont f une est couchée comme on spfaynx. Il y a beanconp à dire là-dessus , malgré k foule qui ccmtemple avec admtratî<m les défauts mêmes de cette peintore. M. Pap^y est un artiste distingué qui, suivant nous, néglige Fart yéritable pour les apparences de Fart.

On pourrait adresser la même critique à quelques talents qo» nous répondront sans doute par un saeeès popokni^e, comme H. Brascassat, qaiest au grand complet dans Texposition présente, comme M. Calame et H. Diday , les deux peintres suisses , dont la manière, il faut l'espérer, ne se naturalisera jaHiais eft France, pas plus que celle de M. Schendel et des autres Belges ou Hollandais, pas plus que celle do MM. Desgoffe et FlaQdrin,'t[ui se sont Aéfrm.e%$è$ en Italie,

Les vâitabkft paysagistes français , de Técole contemporaine , ont un sentiment bien plus vif et bien plus naïf de la nature , en même temps qu'uue exécution moins grise , moins sèche , moins minutieuse» Il y a au ^lon \ingt peintres de paysage qui ont fait d'excellents tableaux : M. Français un Coti^ cher de soleil, très poétique » avec deux baigneuses, au premier plan, et un Pécheur à ta ligne^ qui est bien heureux d'être assis dan$ cette belle campagne ; M. Louis Leroy ^ deux Tu^ prises à FontaineUeau et à M eudon ; il avait d^à prouvé , dans ses beUes eauxfortes , nn véritable talent de paysagiste ; M. Corot 9 plusieurs paysages simples et tranquilles ; M. Troyon , une vue j^se à Candebec ; M. Toudeuze ^ M. Wéry, M. Lapierre , M. Legentile, M. Louis Goignard ^ M. Teytaud, M. Félix Haffner et bien d'autres. Quelques-uns de ces jeunes peintrep sont encore peu connus du public; mais nous espérons que la critique contribuera à faire

cotinaitre leurs tableaux de l'exposition actuelle.

M. Saiot-Jean a envoyé, comme d'habitude, un seul tableau de fruits, très grassement peint, mais trop jaune. M. Philippe Bousseau, dans les mêmes sujets , aune exécution moins monotone et un sentiment plus harmonieux de la couleur. Le Rat de ville et le Rat des champs , par M. P. Rousseau, vaut les tableaux des meilleurs maîtres qui se sont consacrés à peindre les objets inanimés. Sur la table où les deux rats font bombance, il y a une guipure , des vases et des fruits que Jean Fyt pourrait signer.

Les plus charmants tableaux de genre sont ceux de MH. Leleux et de M. Bédouin, leur ami, qui est devenu leur égal ; c'est une peinture de M. Henri Baron , qui participe à la fois de M. Camille Boqueplan, de M. Couture et de M. Diaz; c'est V Alchimiste , de M. Isabey, qui fera oublier, Dieu merci, la marine intitulée : Départ de la Reine dÀn^

€ -*0 5^ gleierre ; c est le Dernier lilanc, de M. Guillemin, etc.

M. Granet a exposéun grand tableau d* intérieur; H. Dauzats, une vue très pittoresque d* un Couvent au mont Sinai ; M« Alfred de Dreux, une Châtelaine y ètue de blanc, sur un cheval blanc , avec des lévriers blancs , le tout en pleine lumière; c'est un tour de force; M. Glaize, la Conversion de la Made^ hine , qui ne vaut pas la Reine de Hongrie du dernier Salon ; H. Jacquand et M. Lepoitevin , plusieurs tableaux ; et H. Rodolphe Lehmann , une belle Italienne des Marais Pontins.

Dans les pastels, M. Antoine Moine a un gracieux portrait de femme , de grandeur naturelle; M. Maréchal, quelques compositions vigoureuses ; M . Yidal , plusieurs jeunes femmes si distinguées, si élégantes, si coquettes , si fines et si fraîches , qu'elles feraient le désaspoir des bergères de Wat« teau, de Boucher et de Fragonard.

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