‹ Le salon de 1845: précédé d'une lettre a BérangerChapitre 8 sur 13 · SALON DE I84S · texte numérisé non relu

SALON DE I84S

Avant l'iMiTertore. — I» fénier.

Le temps qoi court ne parait pas nons pr&ager des menreilles. Il n'y a dans l'air aucan de ces signes qai font lever les yeux vers le ciel ; la mêlée da salon sera , sans doate, terre-à-terre et confuse, et l'on n'apercevra point au-dessns de la tête des combattants qudqae aigle radieux aux ailes déployées, à moins pourtant que le jury n^adnaette cette fois M. Eugène Delacroix qui présente cinq tableaux. La plupart des victorieux, du passé sont assis à l'écart, dans l'attitude de \sl Mélancolie d'Albert Durer,

la tête penchée sur une main oisive. L'art est

surtout le reflet des sentiments de tout le inonde. Si la société Q*aime rien avec passion, l'art perd son enthousiasBie et sa vertu expressive. Lorsque Baphaêl peignait Galatée triomphante , chacun voyait dans cette feiQme nue et debout sur sa conipie, la résurrection de la Beauté, la renaissance de la forme enterrée comme une momie antique dans les inflexibles bandelettes du moyen-âge.

Hélas ! Galatée ne tarda pas à faife naufrage. On ne sauva de la mer que quelques nymphes fatiguées et de petits amonrs qne diassèrent bientôt les soldats romains de David. Anjourd'hui, il fant de nouveau se mettre à la recherehe de la Beauté.

Mais les aiiiates sont déeouri^és, plasieurs par l'indifférence publique, d'autres par l'autocratie du jury, qui eboisit les tableaux et qui les classe au Saloq. On dît que ce malheureux tribunal secret et irresponsable a eu bien de la peine à se constituer cette année. Il serait curieux que cette insti*

tutkm Tidease périt de sort natardle, après avoir léBiaté depuis qmaxe ans à tontes les attaques. Il y a de grands ooopaUes qni finissent ainsi tranquillement dans kor lit.

L'antoHté nsorpée de œs irkox eenseors offieielsa dl^ écarté dn 8akm plusieurs artistes des pins distingués. M. Ary Seheffer, M.:Bai3re, M. Bousseau, H. Dupré, H. Jean»jron, et bien d'autres, ont renoncé à passer 80HS les lunettes de f Acadâme. Vous n'aures donc point cette année les beaux portraits de M. ScbefCer, oâ^Mres avant qu'on les ait vus. H. Barje garde ses lions et ses gaatlles dans l'intimité de son atelier. Les paj^sages que IIM* Dupré et Bousseau ont rapportés des Pyrénées iront tout droit dans la collection de M. Périer. De son côté^ M. Ingred se soustrait volontairement à la publicité commune. Le Dieu se tient voilé dans le sanctuaire, et ne se manifeste qu'aux prêtres et aux initiés qui desservent l'autel; M. Delaroche est en voyage y et son beau-

père^ M. Horace Yernet^ Dé lui a pas encore appris le secret de peindre en courant sur les grands chemins. M. Steuben est en Russie, où la couleur de son talent prouve bien qu'il est né. M. Camille Boqueplanaété malade toute Tcinnée. M. Gudin sVest marié outre-Manche.

M. Winterhalter a eu la douleur de voir un de ses ouvrages refusé par le Roi. Les uns ont fait des chapelles; les autres sont morts. Jl ne reste que H. Horace Yemet pour rem* plir le Louvre de son nom et de son incommensurable Bataillé de la Smala.

Gomment M. Yernet qui est un homme de tant d'esprit, n'a-t-il pas fait sa Bataille de la Smala sur une petite toile de chevalet ou sur une [âerre lithographique? Les splendides Yénitiens des Noces de Cana vont étouffer sous ce pâle linceul qui doit les recouvrir au Louvre. Mais pourquoi donc cette proportion démesurée pour un fait d'armes qui u*^ale pas sans doute les batailles d'Alexandre, de César, de Gharlema-

gue oa de Napoléon? Od nous a dit que quelque prince bdligérant devait emporter en Afrique cette bonne toile ronlée pour s'en faire une tente. Is fameux parasol de Maroc, fabriqué rue Saint-Denis, est vaincu.

Si cependant la tente déployée de M. Horace Vernet ne s'étend pas depuis le salon carré jusqu'au fond de la galerie Italienne, nous demandons place pour les tableaux de Jf . Eugène Delacroix ; il y a de quoi nous consoler de l'absence de plusieurs autres.

L'infatigable M. Delacroix a peint, cette année, outre sa grande composition de la rue de l'égUse Saint-Louis , an Marais , un MarC'Aurile mourant , recommandant son fU$ à ses amis, lEmpereut de Maroc au mi'' Heu de ses officiers , l'éducation de la Vierge, une Sybilleet une tété de Madeleine. On pent assurer que M. Ddacroix sera encore le premier peintre de notre école contemporaine.

Nous déclarons que nous n'avons rien voulu voir d'avance dans les ateliers. Bien.

Ceet une maniéf« eomme qm antre. C'est peat'^tre la bonne* Il y a plafBir à entrer à l'exposition eotnme nu simple amateur de la foule, et à s'arrêta naltement, sabs propos délibéré, derant les tableau qai ont de F aspect et du magnétisme. On peat jnger ainsi, sans prétention et sons te même jonr, tontes ces toilèb qn'on appréeie avec moins de jns* tesse dans l'isolement d'un atelier.

Yoici cependant l' indication des prind* paux ouTrages présentés à l'exposition.

M. Decamps a fait neuf dessins. M. Diat a envoyé trois portraits de femmm, d'une distinction charmante , entr'antres le portrait de madame £.. , iq[ui ressemble à mademoiselle de Cardoville on à quelque jenue fille dorée des tableaux de Paul Véronëse.

M. Couture, l'auteur de l'Amour de Tor, a commencé une grande composition excellente, (fu'il intitule la DicadeiU:e romaine. Il a Toulu mettre en scène toute la dvilisation antique à son agonie. G' est un superbe pré-

ieite pour ane belle peinture. Noas ne doutons pas que M. Couture et M. Diaz, qui ont conquis tout d'un coup Tannée dernière une natation éminente parmi nos peintres, n'aient encore dëvek>ppé leur talent.

M. Gigonx a fait une Manon Lescaut ^ de grandeur naturelle j 11. Henry Schefferune madame Roland y M. Robert Fleury un Autodafé , M. Debon une grande bataille , H. Meissonnier, trois petits tableaux micros* copiques, les ltou<fer5jouaneatia;d^s, la Partie de piquet j et un Homme feuilletant un carton dt deêsine ; M. Rodolphe Lehmann, une Madone 'y H. Glaize, Ibl Conversion de la Madeleine i H. Isabey , un Alchimiste ; Bf.

Alfred de Dreux, une/eun^ Femme à cheval.

Parmi les paysagistes , on cite MSf. Corot, Français, Troyon, Fiers, etc. ; nous retrouverons sans doute encore ftlM. Leleux , Nuller, Fiandrin et quelques autres dont on a remarqué la peinture au Salon de 1844.

On parle beaucoup de M. Rrascassat et

de ses animaux. If. Braseassat a-t-il, par hasard, été étudier Albert Guy p et les anciens maîtres hollandais, depuis qu* il a dispara de nos expositions publiques? Ses taureaux ont-ils grandi depuis six ans? M.

Braseassat a déjà 1* estime des amateurs bourgeois qui paient sa peinture aussi cher que la mauvaise peinture de M. Yerboeckor ven, de H. Koekkoek, de M. Schelfout et des autres miniaturistes étrangers. Mais cet engouement passager ne soutiendra pas longtemps les faibles successeurs de la naïve et forte école des Pays-Bas. La peinture ne s'estime pas à la somme d*écus qu'elle déplace. Ne laissons pas les financiers faire la loi dans les arts. La sympathie des vrais arr tistes vaut mieux que fargent.

Les sculpteurs ont beaucoup travaillé cette année. M. Pradier a fait une Phryné en marbre , M. David une statue denfaiit, M^ Bosio une jeune fille nue. L'auteur de la statue du jeune David balafteant sa fromie^

€9 ^ M. BoaassieaXy a envoyé un buste ; M. Jouffroy, deux charmantes statues de femmes; M. Etex, un groupe, plusieurs bustes et quelques peintures. Il a fait, en outre, un modèle du monument de Yauban pour les Invalides , lequel ne sera point exposé. La Statue équestre du duc d'Orléans^ par M.

Marochetti, et le Jean-Bart de H. David , seront placés, dit-on, dans la cour du Louvre. On jugera mieux de l'effet en plein air. C'est un privilège qu'envieront sans doute les autres statuaires condamnés à l'obscurité de la salle basse du Louvre ; car la statuaire exige l'espace et la grande lumière.

Le Salon de 1845 s'annonce donc comme les autres Salons depuis dix ans. Peu d'inspiration nouvelle, quelques artistes de talent, et la foule des médiocrités. Mais les arts comme le monde se renouvellent lentement, et personne n'a le secret des rêves qui agitent sourdement la poésie pendant son sommeil.

Première impression. — 1 5 mars.

Au temps où Diderot écrÎTait ses charmants Salons, vers la fin de Louis XY , il se trouvait entre deux écoles, dont l'une allait bientôt mourir avec Boucher , dont Fautre commençait à vivre avec Vien , Peyrou et ks prédécesseurs de Louis David. Aujourd'hui , après avoir vu mourir à notre tour fécole héroïque de l'Empire, après avoir vu naître au moins deux écoles , celle de Géricault et d'flugène Delacroix , et celle de M. Ingres , nous trouvons la peinture française sans système et sans direction , aban-

donnée i\ la fantaisie individuelle. Ce n*est pas un mal a.ssurément , puisque Toriginalité est la première condition de Fart.

Voyez la variété infinie du Salon de 1845 ; cherchez à grouper logiquement tous ces tableaux dans quelques catégories qui permettent une critique un peu étendue. Impossible. Le choix des sujets, la mise en soëne^ la tournure des personnages , le dessin , la couleur, tout diffère de Tun à T autre. Parmi les mille exposants , il n'y en a pas six qui soient réunis dans un même principe , dans un même désir , ou dans une pratique analogue. Quelle diversité ! Prenez les peintres éminents à qui le succès du Salon est réservé : M. Decamps, M. Eugène Delacroix, M. Horace Veruet , M. Henry Scheffer , H. Meissonnier, M. Diaz, M. Leleux, M. Isabey, H. Papety , M. Brascassat , M. Robert Fleary. Ceux-ci seront admirés de la foule , ceux-là des artistes. Ici, le sujet dramatique ou ingénieusement présenté déterminera

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r approbation Vulgaire ; là , c*est la poésie , ou le style, ou la grAce, ou la naïveté, ou la puissance de T exécution qui méritera T estime des connaisseurs difficiles. Ici et là, les qualités sont absolument différentes et recommandabies à des titres presque opposés.

Ainsi , H. Decamps est un maitre comparable par le style à la grande école romaine , et par là vigueur de son coloris aux peintres vénitiens. M. Delacroix a TampleurdeBubens, la richesse harmonieuse de Paul Véronëse, et le sentiment du Corrège. H. Horace Vernet a l'esprit et la facilité des plus adroits dessinateurs. M. Heissonnier est fin comme Metzu ; M. Diaz est étincelant comme Watteau ou Yelasquez. Chacun a son attrait pour les goûts distingués ou pour les prédilections banales.

Le Salon de 1845 sera donc fort amusant pour les artistes , pour les critiques et pour le public. Il nous manque, à la vérité, dans cette grande expositfon de T école contem-

poraine, quelques talents originaux qui of^ f rent encore des qualités supérieures et particulières : M. Ary Scheffer, H. Ingres, M. Delarocbe , M. Gamilile Boqueplan , M. Lebmann , H. Wînterhalter , H. Tbéo^ dore Bousseau , M. Jules Dupré , H. Marilhat, M. Gabat et plusi^rs autres. Il est Trai encore que le jury ^ implacable , i| re* poussé des tableaux de H. Eugène Ddaoroix, de M. Paul Huet^ de H. Gbasseriau, de M. Biezener, pour ne citer que des talents dignes de sympatbie ; mais cependant le ju^ ry a bien voulu admettre quatre tableaux de M. Delacroix, un superbe groupe d'hommes à cbeval , par M. Cbasseriau , un portirait, par M. Biezener , et un paysage , par M. Huet. Nous en profiterons pour donner à leurs autres ouvrages la publicité que leur refuse une jalousie riâicale.

A cbaqne Salon nouveau, les critiques commencent toujours par regretta les expositions précédentes. Il est rare qu'on ne

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