‹ Le Salon de 1846: précédé d'une lettre à George SandChapitre 4 sur 8 · IM · texte numérisé non relu

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f$éiim4êi quoiqu'il y otK 4q» étoiles m mL Soob im 9i«â§, nuipur da wm, 1« tevve pwii«^it comw IIP6 ffur&r« plKta et sombre, cûimne um mer Qoire» inimobile, §ai|s relief. Les quelques lumières da^ i)l^«mi< i^pléas semblaient la répétition affiiiblie des 4(pil0« dans une autre» Vous voyez bien, me dit-ilf 4u^ la couleur seule dessine les objets. A preuve qy^ <('est I9 lumière qui donne 1» forme» te modelé» J§ fiwdi Qi\ est la forma, la nuit?

p #ffet» les 9*andi ar))res décbamés, bordant la rçmtfi, paient 4?oli4s à i^at sm* le ciel sourd ai opar fuf eomm# vm guipure de papiar déooupé» et l'é^ imi^ 9'étant pas gianiMéa entre les arbres et je eiel. les étoiles» qu'on apercevait k travers le lemis des feuilles, avaient Tair de veF84uisaots grinsk 9és fur les branebas.

liSi hme vint quand la voiture reprit son galcf sonpre. et nou^ regardions à la portière les arbres et les bmf fontastiques, indistinctes, qui passaient rapides comme une armée de faniûmes courant i quelque bataille, avec leurs cuirasaes d'argent, laur^ bras crispés et leurs chevelures ébqurifféeSf

Don Quichotte, seul, aurait pu décrire tous ces béres

bi^arrest Won compagnon se contentait d'en tirer

des euiseignemeuts pour les peintres» Je lui ai de^

loaudé mm nom* il s'appelle l'Amour de la uatuva*

4ve6 ce guide passimoÀ et sam oease iopresr

sîonnable, qae d'effets magnifiques nous avons ana» lysés durant le voyage 1 Nous avons vu lever le soleil sur le bateau à vapeur de la Saône. Les bords de cette rivière sont plats et découverts. Il faisait encore nuit, mais le jour se préparait. Une bande allongée, incolore, neutre, séparait deux ciels, le ciel d'en haut, et le firmament répercuté dans le fleuve calme. Devant nous, ces deux ciels avaient une teinte violacée qui s'étendait à droite et à gauche, s'adoucissant jusqu'au lilas tendre, un peu Meute et opaque, comme la couleur de Tamidon ; puis le violet se nuança d'orange et s'assombrit le long de la bande plate. Bientôt, des rayons glissèrent en haut et en bas dans les deux ciels, comme une double gerbe, et il se leva deux soleils, ou plutôt l'un montait, l'autre descendait avec une at lure pareille : alors, au-dessus des bandes de terrain brun qui filaient à nos yeux comme un cftble immense, tiré par des mains d'Hercule, les seconds plans commencèrent à se montrer, et paraissaient immobiles. La ten*e se modela, les collines s'arrondirent. Tout reprit sa forme et son dessin sous Finfluence du soleil.

Mon compagnon me suivit dans les montagnes et sur le bord des torrents. Devant ces aspects sublimes, je convenais avec lui qu'aucun peintre n'a jamais représenté les montagnes, même parmi les

maîtres anciens ; les cascades de Ruysdaêl ou d'E-^ verdingen ne tombent pas de bien haut. Salvator a &it des rochers ; il s'est arrêté au pied des montagnes. Et quant aux verroteries de MM. Calame et Diday, qui ont pourtant le bonheur d'habiter la Suisse, le regard le. plus complaisant ne saurait y voir les Alpes. Les mauvais peintres donnent pouf les Alpes de petites collines enfarinées.

Notre histoire de la découverte des montagnes fut assez curieuse. Quand les premières cinies neigeuses parurent bien loin à rhorizpn, nos yeux inquiets hésitèrent entre le nuage et la montagne» Nous nous gardions bien de questionner autour de nous. Il nous fallait des images» et non pas des mots. Où serait la poésie de Christophe Colomb, si on lui eût dit : Cette ligne grise qui borde la mer comme un liséré, c'est la terre promise? Nous voulions deviner nous-mêmes notre Amérique. L'incertitude dura longtemps. Il nous semblait que nous avions souvent vu des montagnes plus belles et plus hautes dans les nuages du couchant. Cette petite souris blanche, tapie à l'horizon, accoucherat-elle d'une montagne?

Les grandes passions sont quelquefois comme les montagnes ; on en approche sans soupçonner leur élévation et leurs tourments; à mesure qu'on grimpe, les déchirements se font de toutes parts.

iMl d'effofto» on ne tiouvQ aiif kdoMiqM 1»

tigà e% l'aitaigteinoot. Oa en remua lu tmKut mk loBÊÊàeomaèB las flases de b naliire.

De loin, c'est peu de chose; an pied, o'esl $mm perhe; en haut, c'est efiiayant.

Enfin, notre doute tomba^ et c'est «i^orala cM qui nous fit eooqpiandre b. terre. Sb» la. cieiqie d» eett» appariticMi im peH vague, noua lirtinguÉium un noage véritable, coudié oomaia «a cncodita antédihivien. L'union de la tenre al da eîel éÈùà surprise* Mais les nuages ne soel pas si aflKwnan de h terte^ qu'iU la viennent visiter soiis laurfûnon réelle. Il Cuit que la terre monta vers eux pour eis Mobrassements. D'ordinaire, ils ne toiid)ênt goète cpi'en mcmnaie, en phiie d'argent, à la fiiçon de Jnpiler, visitant Danaé en pluie d'or. Les nusges 801^; fiers et attendent les avances de leur finneée* C'étmt donc la montagne qui touchait au ciel.

Une fois dans la montagne, combien nous ick grettions de n'être pas peiitfres i U y avait IMiant des effets étranges que personne n'a ttaduiH en images : des crêtes roses qui s'enflamment oonme dea fournaises sous le soleil, des piafondeins impénétrables, des accents furieux où Yoa peul voir des fermes d'un autre inonde, et, sur le flanc du radier, de petits pins d'un vert noir et mc^ qui demewa

ëM^idft blmilM«iéUttiisaimt«de laiieige* Ood^ des BuffioM à» jnoinm eofroqués qoi eaeilidMlli «BORta^ro pasr foler à «a nhfaftt ^to$ lot nungick

Ndua avons «ttià-hiiit la sowoè des grandi flen» ves^ Qft coQimenoe pt9 ua flociii ds neige i|^ sV bat, fatigué^ stif ie noc vîf> cooime un papillon wr iMi fletir» Ln mlmi floooi» vieniMini le repeier kéeQlAt près «te cdni qui s'est (|éjs rspoté. Msîs qwmd le aotoii jakws arrête son regard deré sur lu BKmtagne* une promiàfe geutls d'eau a'MM^stp$ emmne nne tome, elgKsse, sitiédie* Ainai» lamea* tagi» pteureen été les baisers que les nuages lut Mt doimés pendw^t Tbiver. C'est la soleil, son swmt» qui la fitit pleura. Les larmes viennent» taujows du ciid. Les montagnes sont des Made^ ieînes dont la peau vigoureuse ae sillowie de rois** seaux, sans qu'elles se rq^t«al jamais de leurs aoKNirs*

Le lorrent qui passe à travers toul, c'est cette gautte ée rosée» attirée vers la m^* Sn descen** dant, les flots se prédpitent, galofient et oarsop» lent, et sa beufCent dms ks ravins étroits, oonxne une faale impatiente. Il y enaquî rdxrousseï^ vio« leaunmt eontre les autres, eomme une cfaargeef*T frénée de cavalerie ; nais la vague cependant et la tells, isrésiatiUe comme eBe, s'écoule tocqoars^

Rien se ressemble plus au galop ondoyant et régth lier des chevaux que le trémoussement cadencé des vagues sur le roc sonore, avec leur crinière agitée et leur croupe luisante. Pressez-vous, pressez-vous, les hommes vous attendent en bas, entre des rives fleuries, dans un lit tranquille, où vous oublierez la lutte avec le roc impénétrable.

On ne saurait demander aux paysagistes de s'at-^ taquer toujours à ces fortes impressions. L'aspect des montagnes est un spectacle extraordinaire. L'aspect de la mer est aussi une exception. Les paysagistes français sont plus naturellement tournés vers la peinture des forêts ou des campagnes. La poésie des arbres n'est-elle pas aussi émouvante que celle des rochers ou des flots? Les forêts conviennent à ombrager la méditation et les sentiments intimes. Dans la plupart des états de Tâme, un arbre est préférable à un torrent. Un prisonnier ai« merait mieux devant sa fenêtre un petit peuplier agité par le vent qu'une noble montagne immobile. Dieu a pris soin, d'ailleurs, de baigner toutes les formes de la nature dans l'infini du ciel.

Tout est bien dans les immortels tableaux de l'auteur des choses, comme aurait dit Jean-Jacques Rousseau ; tout dégénère sous la main des artistes vulgaires. Tout est beau dans la nature, parce que l'air colore e^ haicmpuise tout., Il ne s'agit que de

bien voir la peinture divine pour en copier la couleur et le dessin. De pauvres haillons de paysans étendus sur quelque haie au soleil, prennent, à distance, les tons les plus splendides. Diaz trouve sur sa palette un paradis enchanté, à propos d'un arbre d'automne et d'un buisson qui se tord entre des cailloux.

Notre école de paysage affectionne, depuis quelques années, cette tournure poétique. Us sont quatre ou cinq jeunes peintres qui valent les anciens maîtres et qui ont même apporté dans leur art des éléments tout à fait nouveaux, par exemple la variété de ton, que les Hollandais n'ont jamais cherchée. Ruysdall est vert invariablement; Huysmans de Malines est brun ; Van Goyen est gris ; chacun a sa dominante sur laquelle ne ressortent guère de nuances un peu éloignées. C'est de l'harmonie, sans doute, mais de l'harmonie un peu monotone. Quelle que soit la supériorité des maîtres, il est certain que la peinture peut gagner de ce côté. C'est ce que notre école nouvelle a entrepris et obtenu jusqu'à un certliin point, chez un ou deux des plus habiles.

M. Français vient à leur suite, préoccupé comme eux de la poésie champêtre et de la richesse de l'expression. Son petit paysage, illustré par Meissonoier, obtient une grande vogue dans le salon

QU m dit pas \e nom. C'^t uoa deç rareté» k^plip curi^ufies de la peiQtvire ^tuelle. Lç« iîguf^ ^ MeissopDÎer sont si fines, û spirituelles, qu'«U^ lont presque paraître m peu lourd 1^ feuîHé 4^^ arbres de Français, quoique rexécutioQ du j^ymgfi soit très-délicate.

Le Soleil Conçut, placé h gauçke m nmaUBnt 4aus la galerie de bois , rougit le A>n4 d'W9 QW^ p^gue délicieuse, arrosée par un ruisseau, U ; t W péebeur. Tout ruisseau eutraîoe uu pâcbe^f oh dfs baigneuses* Le ciel est taçbeté de nuages Q$ff^ cieui^ et de ruhis« L'effet est ^ès^poétique^

Dans son trpisièine paysage, i#i|ulé les NyoH^ieê. on sent un peu trop la compositiop étu4iée« Ne Ittombons pas dans le paysage historique, à Vl |SKW de M. Rempud ou de M. Bidault, qui| ajusta Ig^ nature à quelque scène de U n)yU)ologie, ffmnH^ déteindre Nipbé ou Diane sur les arbres et les tii» lains.

M, Français publiera ce oioment iné(ne« d^ 909cert avec IL Cbai^Ies de TQMraewne« un çi¥èmvfi

album intitulé les Artistes contemfWdLim^ Lg P9^

m^e livraison, eentieat quati^ ea^çeUeislea itthographies d'après Deoamps, lUhirilbat, Hoquepba et Jules ÇiuprÀ. Ui seç^^da eecupmidn^ BÔiv u eett ,

Y, Aém tetf RtFtisMs sifmime»» ËngSM DcHft-* \^ BoflitigMt» Di», Tidsl , Rsflfet, Gavftrai , Dflifistts, Isflibey, etc. Le choix est distingué, et un pareil album sera sans douté fort recherché sur le» tflbiès des sdons et dans les portefeuilles des (9oHectk>fineurs .

Cftbaf , qde nous aimions tant, reparaît an Salon. Haia, kélàs f il a conservé son domicile dans les (tobfes du cloître étranger ; car lé livret donne son ndresse chez M. Shsse. M. Caré devrait lui oifKr un logement dans les ateliers de l'Institut. L'Italie est funeste au talent «neère et naïf dé Gabat. Il fierait mieux d'habiter une ferme de Normandie qdtxxti couvent. Ce sont nos grasses et joyeuse.'^ compiles de la Normandie qui lui avaient inspiré se» paysages charmants. II est singulier que le so^ Ictl se voile pour la plupart des peintres qui s'acoHmatent dans le Midi. Si l'Italie leur ouvre Tesfei^j elle leur ferme les yeux. H. Cafoat a gagné cer> lamement du côté de la composition et du style, iBBÎs II a bien perdu du c6té de la lumière, de la richesse et de la variété. Le Guaspre l'a ensorcelé comme tant d'autres. Cabat ne songe plus autant fc la nature extérieure ; il regarde le paysage dans son esprit, cropnt mieux arranger un site queDietf né Ta pu faire avec sa magie toute-puisHante. Il n'y » fof un leiii homiiMr au monde* qui ait réOBfiî dans

le paysage qu'oli appelle de style; c'est Nicolas Poussin. Il est vrai que Poussin l'avait inventé luimême. Mais tous ceux qui Tout voulu imiter se sont perdus dans un faux système.

Le paysage composé est, d'ailleurs, une hérésie incontestable en peinture. L'homme peut créer un homme dont il porte le type en soi-même ; mais le ciel insaisissable et le monde infini forment une image si complexe et si variée, que le peintre a besoin d'en saisir les éléments sur la réalité, sauf à les animer ensuite d'un reflet de sa propre vie. Il n'y a pas de paysages moins profonds que ceux du ' Guaspre, de Francisque Millet et de TOrizonti, avec leur prétention aux horizons immenses, et lears majestueuses découpures de ruines et de montagnes sur le ciel. L'air n'y est point, et c'est justement le ciel qui manque. Or, il n'y a point de terre sans ciel; c'est-à-dire point de paysage sans air et sans lumière. Si vous vous occupez exclusivement de la forme, des lignes, de la tournure de vos troncs d'arbres, ou du dessin de la matière, le ciel vous échappe. Tous les paysagistes savent bien que le ciel ne se met pas après la composition.

Les deux tableaux de M. Cabat sont des œuvres^ de maître, mais de maître un peu égaré. Les ter*rains ont une fermeté rare, les arbres une belle prestance, le ton local une certaine vigueur ; mais

l'ensemble est monotone et étouffant. Le soleil né joue plus comme autrefois entre les panaches mo^ biles des branches. Une pareille nature peut in-» spirer sans doute la mélancolie et la placidité ; mais les hommes ont inventé déjà assez de vilains monuments comme les prisons, les cimetières et les monastères, où Ton trouve ces tristes impressions. Que le paysage conserve du moins sa gaieté et le soleil ses caprices, pour nous consoler des ennuis de tout le reste 1

M. Aligny est aussi triste, quoiqu'il feigne dans ses tableaux une vive lumière et le plein jour ; cela tient à son système de dessin trop accusé et trop minutieux. Sa Villa italienne du salon carré et sa Vue des Etats-Romains, exposée dans la première travée à gauche, sont d*un jaune clair peu harmonieux. Vous pouvez compter les feuilles de l'arbre de safran qui occupe le milieu de la Vue des Etats-Romains. La composition de la Villa est très-heureuse, mais les qualités du peintre y font défaut. Elle aurait sans doute du succès en lithographie ou en gravure.

Un jeune peintre que nous avons déjà rencontré aux précédents Salons, M. Charles Leroux, a exposé deux grands paysages, un Souvenir du haut Poitou et une Lande ; ils sont tous les deux à gauche dans la galerie de bois; si le classement des tableaux

était i^Qs ifaiitertia), Us auraient droit à thié fffétl^ leure place. M. Charles Leroux a ded qualités ttèisattiiantes, le sentiment poétique et l'exécution tigoureuse. Il ne lui manque qtie de savoir ciètipèr avec prôportibn le morceau de paysage qu'H veiii peindre. De sa Lande, on ferait dëuX tableaiix assez complets. A droite, la lisière d'une forêt et des arbres bien étudiés; S gauche, la rase campagne, des terrains solides, couverts d'herbes de toute couleur, et un ciel un peu trop marqueté de rôuge et de bleu.

Dans le Souvenir du haut Poitou, on pourrait aussi couper toute la paitie gauche qui contrarie l'unité de la composition. Le centre du tableau est invinciblement marqué à la petite rivière mystérieuse dans laquelle se baigne l'ombre des arbres élégants qui font un rideau sur le ciel. Les terrains du premier plan, les eaux et le galbe des hautes futaies, appartiennent à la bonne école dont M. Dûpré est un des plus habiles représentants. Que M. Charles Leroux mette un peu moins de tout dans sa peinture; elle y gagnera. Nous avons vu de lui des ébauches excellentes, d'une couleur exquise et d'une facilité très-naïve. L'excès du travail sur un sujet donné peut être un défaut.

Le défaut de M. Troyon, qui est un pratiden 4iét^ et énergique, c'est Funiformité èe Mt ëxS^

cuimn. Tout est peiai èti pleine pki&j et eâftimê fAt une cadence réglée du pinceau. Le fond de éà ceûleur est un vert argenté, sur lequel il parait |>oâër, aprèfi coup^ deâ lumières isoléeâ, à la façon de Tançien paysagiste, M. Giroux, qui faisait tliirbiter ainsi tous ses tableauf . Nous préférons ses petits paysages et surtout FÉtude de Fontainebleaii à sa Vallée de Chevreuse, grand paysage en hauteur, placé à gauche dans la galerie &près la totoi^de^

Le Troupeau de vaches sur la lisière d'une forét^ par M. Coignard; a été très-remarque, cofnme nous l'avions prévu le premier jour. C'efet, en effet, un des paysages les plus amusants du Salon. Si vous avez Fesprit malade, arrêtez-vous devant cette radieuse forêt, où les vaches foulent des herbes odorantes, devant le Printemps argentin, de Muller; QÙ les étoffes resplendissent au milieu des fleurs, Rêvant les Diaz où le soleil ne se couche jamais. M. Coignard a volé un rayon de lumière à ce magicien inépuisable ; mais le feu et la lumière ont le privilège de se communiquer sans s'éteindre. Diaz a conservé/tout son soleil, quoique M. Coignard se soit allumé à sou foyer.

M. Corot aurait besoin de quelque vive étincelle. Avec une chaleur plus élevée, sa Vue de Fontainebleau serait un excellent paysage. Le tempéra-

ment est bon, Khiimeur poétique» le cœur honnête, l'esprit distingué; mus la peau est trop pâle.

M. Hoguet est trop gris, mais très-fin et trës^ harmonieux dans cette gamme mineure. Le Souvenir d'Ecosse, avec un pont sur des rochers, l'a enlevé à l'imitation de M. Eugène Isabey. Après avoir passé ce pont, M. Hoguet peut marcher tout seul.

M. Louis Leroy n'est pas si heureux que l'année dernière ; M. Achard non plus. M. Victor Dupré est dans le bon sens, ainsi que M. Bronquart; M. Bris- ^ sot de Warville et M. Toudouze feront bientôt parler d'eux ; M. Anastasi, M. Curzon, H. Pron, M. Hazure et plusieurs autres nous promettent des peintres. M. Joyant fait toujours ses vues d'architecture dans la manière du Canaletti ou du Guardi. M. Garbet et M. Lottier ont peint en mosaïque, l'un le Carnaval, l'autre le Port d'Alger. Le Troupeau de moutons, de H''* Rosa Bonheur, donne envie de se faire berger, avec une houlette, une veste de soie et des rubans.

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n n'est pas difficile d'expliquer la cause de l'infériorité actuelle des peintres flamands et hollandais. Nous croyons que tout le monde est d'accord avec< nous sur le triple principe des arts que nous faisons souvent apparaître dans notre critique, à savoir : l'étude de la nature, l'étude de la tradition ou des anciens maîtres, et l'inspiration personnelle de l'artiste. Ces trois éléments sont également indispensables : le premier conduit à la réalité, le second à la science ou à l'adresse, le troisième à la poésie. On peut s'égarer en s'attachant exclusivement à l'un des trois, soit en copiant la nature sans idéal, soit en écoutant la poésie sans écouter la nature, soit en imhant les vieux maîtres sans consulter ses propres

impressions. C'est là le vice radical des peintres contemporains qui ont tant de succès en Belgique et en Hollande, de renoncer à la contemplation de la nature et à Toriginalité de leur sentiment, pour reproduire les œuvres de leurs prédécesseurs.

Nous avons déjà fait i^emarquer centïois que M. Verboeckoven cherche Adrien Van Velde, ou Paul Potter, ou Ommeganck, jamais la nature et la poésie ; M. Van Schendel s'acharne aux effets de Scalken : M. Koekkoek songe à Wynants ou à Moucheron ; H. Schelfout, à Backuysen ou à William Van Velde ; M. Leys, à Jean Steen, à Ostade, à Peeter de Hoog, à Neveu ou à Metzu. Tous ces ouvriers adroits ei) spnt venus à composer dps t^bleapx, de m^rnpire, s^ns invention et sans vérité, corpmçfai- ^ paient }e§ paysagistes cje rancienpe école sqr |a foi (|^ piia^pre ou 4^ Poussin, et )es grands peintrç^ ie r^iqpire, d'après les })as-reliefs et les statues antiq^es ; ei^core ces d^|n)ie^s étudiaient-ils la nature en méiii^ teqf)ps q|ip la tradition. Nos Belgeç aptue|§ n'^^m^ttent qu'un tiefs de l'origine des arts. ^. gijggng yeçjx^ec^oven, de gruxçjles, ne nçus P^r^it pas ayojr jamajs regardé des vaches en plèjn ¥^\9% Pf Ips fipEtilps C4iï)p^ne^ de sçi) p^ys. f am^ig il Pf ê'^^f M 4ftfl^ ^W jraagînatiop ce travail igay^ Wm m'm ^RPSIIS IP P9égje. et qiji tran5feF?Pi}

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sioQpIemeiii d'après un tableau ou une gravure, ar- ItSgeant un arbre dépouillé et une verte prairie de Paul Potier, avec un troupeau d*Âdrien Van Velde; aussi, ses moutons ne sont que des singes, trèsadrmts saos contredit et très-finement grimés; mais 1^ grinoace factice perce sous la toison. La naïveté n'y est pas plus que l'originalité.

$00 Paysage et Animaux, exposé dans la première travée à droite, représente un berger assis, uoç vache debout et de profil, et des moutons couehés. Regardeis à la loupe le rendu minutieux de ces petits animaux ; c'est une merveille de patience, une délicatesse de pinceau, qui font pâmer les amateurs de la peinture finie. Un tableau de Yerboec* koven est toujours accompagné d'une loupe dans les cabinets de mauvais goût. Nous conseillons à ces fanatiques de l'art délicat de ne se jamais hasarder dans la campagne sans une paire de lunettes ; mais nous continuerons, pour notre compte, à reg^Fd^r avec des yeux bien ouverts le spectacle du bon Dieu. L'art n'est pas fait pour les myopes, si ce n'çst peut-être la niiniature et la porcelaine. A$su^ rçmcQt la peinture à l'iiuile doit prétendra à Tespacç, ^ )a lumière, à l'infini.

L'aptre petit tableau de M. Yerboeckoven çst ^ans Iç s^lpn carré. C'est encore un pastiche, bien élQigné 4? Yan yel4e. Oç dit qm k célèbre p^iptre

de Bnuelles est arrivé à lécher très-promptement ces petits phénomènes si terminés, qui se vendent fort cher. Rubens n'estimait sa journée que 100 florins, et il foisait, à ce taux, des chefs-d'œuvre en quelques jours. Ce n'est pas exagéré ; trois jours de génie : 600 fr. Il est vrai que les tableaux de Rubens ont centuplé de valeur. Tel paysage de H. Verboeckoven a été payé aussi cher, peut-être, que la Descente de croix, de la cathédrale d'Anvers. Mais combien, dans vingt ans d'ici , vaudront les tableaux de M. Verboeckoven? 100 écus, le prix actuel d'un Demame, qui montait autrefois à 6 ou 8,000 fr.

Le Chien des Pyrénées, avec un aras du Brésil et deux petits épagneuls, placé à l'extrémité des galeries, à droite, a été fort admiré à la dernière exposition de Bruxelles. Les animaux sont grands comme nature. En regardant cette peinture débile et fausse, nous songions malgré nous au beau perroquet de la Sainte Famille, de Rubens, du niusée d'Anvers, et à ces chiens vigoureux de Rubens luimême, de Sneyders ou de Jordaens, dans leurs magnifiques compositions. Ce portrait de chien mérite d'être mis au même rang que les portraits de M. Court ou de M. Dubufe. Nos peintres d'animaux sont plus forts que cela, et peuvent lutter avec le célèbre Landseer, de Londres, qu'on a surnommé le roi des animaux. Les lévriers et les chiens de-

— lâchasse, peints par H. Alfred Dedreux, avec tant d^esprit et de facilité, ont, au moins, les caractères de leur race et des physionomies très-originales. Les directeurs du classement au Salon, qui ont eu l'attention ingénieuse d'encadrer les tableaux de M. Scheffer, entre un vigoureux Decamps et une peinture rubiconde de M. Debou, les ont flanqués, dans le haut, de deux couples de chiens courants, par M. Alfred Dedreux. Voilà de nobles bétes, bien comprises et bien exprimées. I^s deux chiens de droite, assis côte à côte, nez à nez, les yeux en coulisse, paraissent converser avec une philosophie digne des personnages de Daumier. Il y en a un vieux à moustache négligée, qui est sans doute revenu des vanités de la vie, tandis que l'autre, ambitieux , a conservé les illusions de la gloire. On devine qu'ils se racontent lesaventures de la dernière chasse, et qu'ils méditent de futurs exploits. Le terreneuve de M. Verboeckoven ne songe à rien du tout ; il n'a jamais sauvé des flots un enfant qui se noie ; à peine serait-il bon à porter un panier au marché. Qu'on l'empaille pourun cabinet d'histoire naturelle. M. Van Schendel a encore exposé son même tableau; il n'en a fait qu'un seul, sous difi^érents titres, depuis le soir où, à la jaune clarté d'une lampe, il a découvert sa spécialité, comme nous l'avons raconté au dernier Salon. Sa spécialité c'est d'imiter Scalken

d^ eet^e ^m^ ^'HRpelle : Fête de village ausuddç 1^ {fgllan^e , fiyçç un doublg effet de lupe et dO flapibeau. Un e^^ çii^iple yaudraif niieux s'il était justç ç| poétique. 4e préfère les à- peu-près spleadides des (décorations de théâtre, à ces tableaux tpmr^^dtô^ e]; prétentieux, et les hallucinations fantastique^ ()e Martinn à ces prosaïques trompe- Tceil, L'effet général, d'ailleurs, e.<^t absolument qjanqué. C'est daps )a nature fécondée par l'imagination qu'on pourrait trouver ces aspects étranges et saisissants; la pratique d'un mattre et la routine ne servent de rien pour l'ensemble ; tout S\\ plqs aident-elles dans l'exécution des détails. La b^&telle est, en effet, très-fînement travaillée dans les tableaqx de K. Van Schendel, et c'est là le défaut principal de sa peinture. Regardez une foule éclairée par des flambeaux, à une distance suffisante pour que les figures paraissent hautes comme la main, soit à un quart de fieue, et vous me direz si tous voyez distinctement le frais visage des jeunes paysanes et le dessin de leurs robes d'indienne. En croyant approcher de la réalité, ces peintres microscopiques sortent de toutes fes conditions de la vie et de la nature.

La même observation s'applique exactement à Bf. Yerbpeckovea et à ses petites vaches, 4ont on

qKQpte Jf s poils, quoiqu'elles soient grps^s pQQKne ^s souris. Pejp^r^ d^s objets éloignés, coo^o^e s' jlj P^sajiapt §o.us la I^ntillç d'^a microscope, c'est un^ a})surdité et yne folie. C'e^t cpntr^ire, û0D'SÇ|)I$;f xf^çnt î toute poésie et à l'^rt véritable, m^is ^ncorf aijx apparences naturelles- Pu^ue les Beg}e^ yeur lent iiï^ter, que M. Vap Schendel imite, du moins, les effets de nuit ou de lun^ièjre de Hnif^ortel Rembrandt. Daps la Ronde de nuit, où les figures sont de grandeur naturelle y et par conséquent près du spectateur, cherchez à saisir des détails positifs ef, immobiles ! A peine comptez-vous le nombre des personnages, et démôlez-vous leurs attitudes. La réalité cependant est comme cela ; outre que l'imagination y trouve son compte. Que M. Verboeckoyen aussi songe plutôt à imiter Albert Ciiyp que le faible Ommeganck. Les troupeaux d'Albert Cuyp sont toujours dans l'air, enveloppés d'une lumière blonde qui harmonise les détails dans lensemble et qui dévore les contours extérieurs pour fixer l'attention sur la tournure générale. Sont-ils grands et forts, ces taureaux couchés , avec leur échine noueuse et leurs mufles allongés qui mugissent contre le ciel ! Mais, à la vérité , on ne distingue^ rait point avec la loupe la plus phénoménale, le grain de leurs naseaux, la ciselure imperceptible de leurs cornes et les mille accidents de leur pelage.

Nous avons insisté, l'année dernière, sur cette façon d'interpréter la nature, à propos de M. Brascassât, qui est de l'école de H. Verboeckoven, de Demame etd'Ommeganck, et à propos de MM. Calame et Diday, les Genevois. Il est si singulier par exemple que la Suisse, le plus beau pays du monde, n'ait jamais produit un grand génie dans les arts plastiques I Genève ne compte qu'un peintre digne de mémoire; savez-vous qui? un miniaturiste : Petitot. Elle honore aujourd'hui comme un Michel- Ange, savez-vous qui? un peintre sur porcelaine, M. Constantin. Genève est bien heureuse d'avoir Jean-Jacques Rousseau ; mais Jean-Jacques est un Français. Anomalie étrange, que l'art suisse soit un art d'horloger, ingénieux, bien combiné, avec un système de ressorts bien ajustés et bien polis ; art de protestants, triste et compassé ; ou plutôt pays sans art comme il est sans culte, sans grandeur quand il a les montagnes, sans rêverie quand il a son lac ; pays de régularité morne au milieu d'une nature irrégulière et splendide ; gouvernement d'aristocratie où l'on ne parle que d'égalité; de compression, où l'on ne parle que de liberté. N'est-il pas merveilleux que Ton fasse des montre^ et des horloges , le plus minutieux travail de Tin-, dustrie, quand on demeure au pied du Mont-Blanc ^ et de tous ces rochers sauvages et révoltés? }

Au contraire, la Flandre, qui est un pays calme et uni, a produit le plus majestueux et le plus emporté des peintres, Pierre-Paul Rubens, et une pléiade de coloristes dignes de lui, dans les tableaux detoute dimension. LaHollande, couverte de brouillards, a inspiré Rembrandt, le plus fantastique et le plus original de tous les peintres, et autour de lui une douzaine d'artistes parfaits en ce qu'ils sont, Peeterde Hoog, Cuyp, les Ostade, les Van Velde, Ruysdael, Hobbema, Metzu, Terburg. Comment les Belges et les Hollandais d'aujourd'hui peuventils renier de si nobles traditions? L'esprit de tous ces grands hommes est mort en eux et ils croient remplacer l'inspiration par la lettre. En imitant un artiste, dont la qualité est justement d'être* original, vous êtes à l'antipode même de son talent. On ne peut trop répéter que tous les maîtres, sans exception^ sont des types particuliers.

Pourquoi voudriez-vous ressembler à Rubens qui ne ressemble à personne ? Pour être quelqu'un il faut être soi, et non pas quelque autre. Les écoles d'imitateurs né laissent guère de souvenir dans l'histoire, et égarent toujours leurs successeurs. Il a fallu aux Carrache et aux Bolonais un véritable génie et une extrême puissance d'assimilation, pour créer des œuvres durables, malgré le vice de leur principe éclectique. Encore ont-ils entraîné la dé-

^m fjvQDf ))f«u çhersbpr iHip» tOH§ l«f tabte^mi ^Fy^ 4§ r^^^Sfi^' oou§ ne trouKQOs oi|Ue pact

^^rtwt, Iç §yst^Kpe et Ig pasiic|)e, ^u li^p dç IV qiqur i}g la nfttprç et 4e 1^ pQé^e. Qu'90 nous ptaçflQnpç ç^tte trUte sévérit^ eqyerç PQS ))ô^e§ qqi 9^ ri$flueot h cQps^Uer i'opipioi) ^e la Fraoïpp. l<'hQçpitalité fraternelle (^a dispense pas d*étre sincère. $i ypuet eût exposé sesœiiyres en Italie, où Titien ^t Ujcbiel-Aqge venaient de mpurir, Tltalie aurait pil lui montrer ses imperfections; elle aurait pu çonypquer autour de sa peinture vide, une foule de contemporains qui illustraient encore alors le pays (^e Raphaël, comme Ânnibsd Carracbe, le Pominiquin, le Guerchin, le Gufde, le Car^yage et Sal vator ; elle aurait pu même rappeler à la ^rance son art glorieux du seizième siècle, quand Cousin, Goujon, Germain Pilon, décoraient les palais des Valois.Qu^on noqs peqnette donc de parler de Prud'hon ou de Géricault, d'Eugène Delacroix ou de Scheffer, aux héritier^ de Hubeps. L'art, d ailleurs, est co^n^o* polite ; Tespace est sa patrie ; il ne relève que dç rbumanité.

M. Scbelfput, de La Haye, a exposé une M^ine, qui vaut celles de M. Gudin, et un Effet d'hiver, niesquin et pointillé, digne de M. Wickemberg ou

M fr« Mfllpbraoçhe, J^OM? «WR^» ^m ^iq 4«9

(jeu^ çpi§0€|çs4§ |§ yiç de R#pa}^iw4t et d& Tenie», f qfipruntj?s à )» vie d^s Rfiintre?. ^.e RreH^pef ^jg^îient ^1} rgi des paysr^as, qui ï|()58ède ur^ 4f # p|i|^ i)çljgf coljecljpns ^e \^\A^ux liQ)|anri^is 49ii^^^ châfeap du Sois, Qufre |e ]^u3ée de La ff^yç. Lç tj|l)lça^4^ H. Van Hove ser^-tTil pt^cé entr^ MP T^* niers et un Rembrandt ?

M. Leys, cfAfiyers, est |^ pl^s fort d^ pe^ peintfe$f ^ qui nous reprochons ^e ne p^s suivra \ei\j instinct personnel. lia unetpuchç gra$$e et ^ilg (jans la mapière de 4ean ^teen ou de tfet^u, u;ie cpuleur a§sez variée, des pmbreç qui ne manquent pas de transparence. Ses sujets, choisis dans la vi^ fapiilière, sont abondamment çonoposés. Qn les recherche beaucoup dans quelque^ cabir^ets, où yoii^ les prendriez pour 4'^|^eiepQes peintures. Sa ^éte bourgeoise au dix-septième siècle est en face 4^ 1a bataille d'(sly. C'est un tableau capital dan$ son œuvre. |1 y a une foule de petites figures trèsrbiei^ niises en scène et des accessoires h Tinfini. M. Deles? sert, m, Rhoné, et plusieurs autres amateurs ont ^s^ leur collection des tableaux intéressants, |ie M. fjeyç.

Les deux portraits de M. dé Keyser, d'Anvers, soqt aussi dans le salon carré, aux angles d'boni^^ur; à gauche, le portrait de la princesse d'Orange ; |^

droite, celui du roi Guillaume. Car le privilège des meilleures places a été accordé à la peinture exotique. Sous le portrait de la princesse d'Orange est celui de M"« Adélaïde, par M. Heuss, l'auteur du portrait de M. Guizot. M. Heuss est on ne peut plus étranger. C'est M. de Metternich qui l'a donné à M. Guizot, qui Ta donné à la cour, qui le gardera; car personne n'en voudrait en France. Nos écoliers font de meilleure peinture.

M. Scbadow, le célèbre maître de Dusseldorf , n'a pas eu la même faveur. Son Ecce Homo, que nous avons cherché bien longtemps, est à droite dans la galerie de bois, non loin de la porte du salon. On sait quelle est la réputation et l'influence de M. Scbadow en Allemagne. L'école allemande a été renouvelée par trois bommes, M. Cornélius, M. Overbeck et M. Scbadow ; le premier trône à Hunicb, où il gouverne de nombreux disciples. Sa prétention est de ressusciter Micbel-Ange, par l'ampleur de ses compositions et la tournure de son dessin. Les murs de la Glyptotbèque et des palais de Municb sont couverts de ses grandes allégories et de sujets bistoriques, peints le plus souvent d'après ses cartons par une école bien disciplinée. H. Cornélius est venu récemment à Paris, et l'on dit qu'il a été fort surpris de la peinture française. Il ne s'attendait pas, sans doute, à tant d'éclat et de poésie.

M. Overbeck mène une vie modeste et retirée , à Rome ; mais son système rayonne au loin dans l'Allemagne. Il a quelques analogies avec M. Ingres et des prédilections pareilles, si c^ n'est qu'Overbeck est un génie tendre et mystique, naturellement chrétietn et rêveur, qui songe à Pérugin, un peu à la jeunesse de Raphaël, mais surtout à l'école ombrienne et à Ângelico da Fiesole. Ses compositions sont pures, naïves et religieuses. L'école néocatholique le considère comme un de ses soutiens.

MM. Cornélius et Overbeck sont préoccupés exclusivement du dessin et du style, traitant la couleur comme une fantaisie grossière en peinture.

Le troisième chef de l'école allemande , M. Schadow, est aussi de leur avis, comme le prouve suffisamment son Eccehomo; mais nous nous attendions à trouver , du moins , dans son tableau plus de correction, plus de grandeur, plus de sentiment et d'expression. Pour avoir obtenu cette importance dans l'école germanique , nous supposions que M. Schadow, qui occupe Dusseldorf, Cologne et les bords du Rhin, devait posséder quelques-unes des violentes qualités des conquérants, l'autorité de la ligne, ou la persuasion d'une poésie profonde , ou une science magistrale, ou un certain caractère fermement accusé. Les anciens maîtres gothiques,

vin.

UDUIUZ. ~ H|6dOUZW. ^ OUZUiBBIZir. —

-JBAHaOlff.. 8 AZIVT-JIlAir.-. BSULAMGlfe.

— BBNJ. aOUBAUB, BTO.

M. Haffner est un vrai bon peintre, suivant l'expression de Diderot, qui appelait Boucher, bien à tort, un faux bon peintre et un hypocrite. La peinture de H. Haffner est franche, vigoureuse, et d'un aspect très-« saisissant. Après les belles compositions d'Eugène Delacroix, les brillantes Orientales de M. Decamps et les féeries de Diaz, les tableaux de M. Haffner sont de ceux qui offrent les qualités les plus originales. Il a une manière très-vive de voir la nature; il sait y démêler des contrastes et des harmonies qu'il exprime avec une variété mer-

veilleuse» Sa pratique, dans les parties fermes, tient de la pratique de M. Decamps, encore plus de celle de M. Diaz, qui use également des empâtements et des frottis, des accents brusques et des glacis étendus. U a voyagé dans les Pyrénées avec deux de nos meilleurs paysagistes, et c'est là qu'il a pris Tbàbitude d'une palette éclatante, d'une touche délibérée et capricieuse.

U est impossible, pour qui aime la bonne peinture, de ne pas s'arrêter devant l'Intérieur de Ville, n* 898 ; nous sommes à Fontarabie, sur le bord de l'Espagne. Nos villes régulières, blanches et proprettes, ne ressemblent guère à ces rues en zigzags, à ces maisons qui grimpent Tune sur l'autre, à cette architecture fantasque, bronzée par le soleil. Les toits en éventail, les balcons avancés, les enfoncements sombres, les murs colorés de ces villes méridionales, sont extrêmement pittoresques. L'Intérieur, de H. Haffner, représente une rue étroite avec des ambages en galeries, comme un pont suspendu entre les maisons. A gauche, un mur croustillant sur lequel se dessinent un délicieux groupe de deux jeunes filles à cheval et un homme drapé dans un lourd manteau. Vous prendriez ces deux petites filles coquettement accroupies sur le même cheval, pour Rose et Blanche du Juif Errant, de M. Eugène Sue, si leur guide ressemblait à Dagobert, le )H)ldat ;

Mail mf m^^H kjàitmi ést tbât mn^

iàmt ka th-^Htà^ha^d; avëô tin gHiim Sfia^Sb kwiiia et aës èllJtuâitlreé t^^s§éë^: Céiti fij^t^ ffflôîriHie 8 le aèfatit «'«ti-e (r«p feôdrtè. Tdbt â firit S gslucHë, ëôiiti'ë le biiir, eét a'cclilë titi petit bH^ Hëihiëij, abif et yébrfiillé èbmthé le PbùlïlëuK de ttliHlIb. M: becdint)^ h'à jamais fflit ilh tiiiii* ^lùj solide et plus lumineux ; S dholtë; uiië fdiltàiiié âVëfe dël fémhieg ëlëgarniheili todftiëèS;

ban^ le sëcbiid ïàmé&Û, des Ctiaùdrbritiim ém Uhs Sont à Tduvrdge devant (itië ^ottë de piMdky dttibragée k dfblte par des èirbrës verts. Uà se ^ii-^ dheni âiif lëtii' bi^iër àrdënt; tâhdis que dëiii fëtnniësdëbfaut les i-êgairtiëht; une servante ciirietiaé ëèt accbildéë siit M tëh*âfi»e dé la f^^dà^ et lèttf fSît déâ Sîgtie^, avec ude t)hysionomîe t<-èâ^éveîlléè. Moire môttlë hoMifie, à Idùrd niâAtèàui hiiijè tkn^Uillènfiefit, ^dbssé Contre faîi pilier^ et dur îè dëvàfii l'àntë pbHë^bàgâgë eSt Mèié de pfôfil^ àVëè sà grosse tété mélâhcb1it]uë. Celai fait sbnget* àuit iimeliëéiës de Cekaiitëè dàiJs Obn QuithoUe et éttrtôdt dans Sê^ I^ouielleà. L'èxëciitlùtî dé 6e tdblemi Est trè'à-lëgéfrfe, quoique très^vlgbtireusè; tÀ ^aid d6 Ik f dlë parait en pldsi^urs ëbdri^t^ mik tii ëodlëiif ; t'&iie, pâf èxeA^e, est pëiût èri frotili ^hiitisséS i^ dès àt-ceiits Vifs ël ^^titàett: Là par: tiè i6^âï«fifé d« là twtàM, à& l» j^ciâéf seHbtà

Hitetrè s« têiê joviftie; nfÊftà^âà céftiÉR iH fiê^ reries de Dia2;

L'Intérieur de Fehnb eat m Miltetiir aëii Lâil^ des; ce pays singulier ôii lA ^«gétfittdti et lé d^I prennent deè; uaancefl imN>iiVkbIe!l àllletl^â ! iiiti jëane fille tirô de l*efl« à tin puits qiJl iî^^ofè ié milieu de la coifi* ; «ne àdtte fôlfiitîlè lavèi dèflîé HÛ bassin , et un jetine pàysftii emporte Ètit 8& tétë ttliè cmche pleine ; à gaudbe, les bfttifilents ; à droite < la èampagne et des haies ftmrtéès: L'Herbe eàt Vërtè comme certaines monsses des fdréts sativages, et le ciel bleti foncé; dahs la gtfmtne des dels d'Égyptè; peihts par Mariihat.

M. Adolphe LeIedX e^ aussi un de nos meilleurs peintres pour les images qui rétlnisseUt le sefiti^ meiit de la nature extérièui'e k Ifi tout*nurè iiàltè et vraie dés personhages. Cèite hàrmodiè des figil* res et do paysage datisi lequel elles s'encadreift, est fort rate attijourd'hui; Les peit)tres dé genre, côtiifiiiè on le^ appelle Je né sais {>otirquo1, arraiigelîi dt^ dinairemefit lettrs pêrsôhnagës dans ^juèlqdè petite sfoène bien èortlbiuéè, bU rèntèuragè n'a ^Kè pêk d'iruponance : lé plus souvent èf'est m lUtëHeur dé «hanJbré, ^d) esquive lès difiicultés du plèiU ài^. Be leur ttÀé; le9 paysagtsteéi se couteittèni eu général, de pèhkl^ë les tèrrain^^ lé^l éttvèi et le (M, mu im éAûÀv fàt le éipeêtftelè de M rié Mtam.

Lé Retire mixte, où rhomme et la nature s'expliquent et se complètent mutuellement, embarrasse les faiseurs de catégories. M. Dccamps, par exemple, est à la fois paysagiste, peintre d'histoire et peintre de genre. Watteaa aussi émaillait ses paysages délicieux de personnages galants, groupés comme des buissons de fleurs. Presque tous les maîtres, excepté quelques Hollandais voués à la marine ou aux forêts, ont peint avec une égale supériorité les divers aspects des choses vivantes. Ru* bens n'allait chercher personne pour le paysage de son Jardin d'Amour, ni Albert Cuyp pour les bergers de ses pâturages, ou les cavaliers de ses hôtelleries au bord du grand chemin. Chez les Italiens, durant la belle époque, on ne connaissait point ces distinctions impuissantes de peintre d'histoire ou de peintre d'arbres. Titien a fait les plus beaux paysages du monde. Regardez comme Giorgion peignait la nature dans son Concert champêtre, Corrège dans son Antiope, Tintoret dans sa Suzanne au bain 1 C'est une idée singulière que les Hollandais et les Flamands eurent de s'associer quelquefois deux ou trois pour faire un tableau, comme Ruysdael et Berghem, Breughel et Van Balen, Baut et Baudwin, et même Wynants et Adrien Van Velde. Il n'y a pas de raison pour ne pas se mettre une douzaine après la même pein-

ture, et cék s^est essayé vraiment. Est-ce que RuyS' dael devrait avoir besoin de Berghem, qui est plus faible que lui? est-ce qu'Adrien Van Velde ne fait pas des paysages mieux que Wynants ?

Les vrais peintres savent tout peindre quand ils le veulent. Peeter de Hoog n*a-t-il pas fait des paysages et des scènes en plein air, aussi extraordinaires que ses intérieurs ; témoin le Jeu de boule de la vente Périer, et quelques tableaux conservés dans les cabinets hollandais, particulièrement chez M. Van der Hoop, d'Amsterdam"? On reprochait une fois à Metzu de peindre toujours ses personnages coquettement habillés dans des intérieurs d'appartement. Pour prouver qu'il connaissait aussi bien Tanatomie que les étoffes de soie, et le grand soleil que le demi-jour d'un salon, il se mit aussitôt à l'œuvre. Dans un magnifique paysage, où circule une rivière, il représenta un chasseur qui se déshabille au bord de l'eau pour se baigner. Le chasseur est le portrait de Metzu lui-même, tête et corps. C'est une merveille de science et de naturel. La grosse tête franche et intelligente de Metzu ressemble un peu à celle de Rembrandt. Le torse et les membres sont irréprochables et défieraient les critiques d'un concile d'anatomistes et d'académiciens réunis. Près du chasseur est un beau chien épagneul, digne de Fyt ou de Griff ; à gauche, sus-

io

pendus à un arbre, un liàtre et du gibier meri, que Veeninx pourrait signer ; au second pbn, sur un petit pont qiû traverse le ruisseau , un bonhomme accoudé, qu'on prendrait pour une figure d'Ostade. L'harmonie vigoureuse du paysage, la touche abondante, les effets de lumière, ont quelque analogie avec le style magique de Rembrandt. La signature est sur la crosse du fusil. Metzu a démontré, par ce chef-d'œuvre, qu'il aurait pu éti^e Fyt, ou Weeninx , ou Ostade , et que l'art est en toutes choses. Nous avons w ce tableau célèbre, mentionné par divers auteurs, dans la belle collection de M. Tronchin, à Genève, entre des Claude, des Van Velde et des Wouvermans de première qualité ; car, si Genève n'a pas d artistes, si son musée est insignifiant, elle renferme plusieurs collections distinguées , entre autres celle de M*"* la comtesse de Sellon et celle de M. Bertrand qui possède un Hobbéma incomparable .

Les paysages et les figures de M. Alfred Leleux sont dans une harmonie parfaite. Le nid sauvage convient bien à ses couvées de contrebandiers ou de bohémiens. M. Leleux est un Breton de bonne race, avec une tête brune et originale qui rappelle Alphonse Karr. Il a commencé vers 1836 à envoyer au Salon des études naïves sur la Basse-Bretagne, où, sans y songer, il ressuscitait le sentiment d'A*

driea Ostede, uniquement parce qu'il regardait la nature avec aimplicité et sans préoccupation systématique* C'était quelque danse d'un paysan à la porte d'un cabaret , une cour de ferme ou une étable ; mais le Midi l'attira bientôt'^ comme il attire tous les coloristes. Decamps et Harilhat sont devenus peintres en Orient. Delacroix a voyagé dans le Maroc. Diaz est peut-être le seul qui se soit contenté de la forêt de Fontainebleau. Il n'est pas mention que Diaz soit jamais entré dans aucun sérail de Constantinople. M^is Diaz eût été de force à inventer la Turquie, si la Turquie n'existait pas, à ce qu'on dit. Le sultan devrait, en habile politique, appeler à sa cour Decamps et Diaz pour raffermir son empire en décadence et enseigner à ses peuples tous les cbarmes poétiques de la turquerie.

M. Adolphe LeleuK n'a guère poussé ses voyages plus loin que dans les Pyrénées^ la Navarre et l'AragoQ. Il en rapporta au Salon de 1^3 ses Bobé-^ miens à la porte d'une posada ; en 1844, ses Cantonniers uavarrais ; deux tableaux excellents, dont tous les artistes ont conservé le souvenir ; en 1846, il exposa le Départ pour le marché, qoe nous avons revu depuis au foyer de l'OdécMi. Cette aimée, k^ Contrebandiers espagnols méritent d'être ùlsmét^ en première ligne au Salon. Dans un site abruptet une sorte de ravin encaissé entre des rocbeirfti ^%fit

pour fond des montagnes et des forêts, apparaissent les hardis fraudeurs ; ils sont précédés d'un jeune garçon qui tient en laisse deux limiers ardents. La maréchaussée officielle art-elle passé par là? Nos contrebandiers sont, d'ailleurs, résolus à défendre leur liberté et leur commerce. Ce sont des hommes vigoureux, habitués à tout, et qui connaissent leurs montagnes. A leur tournure déterminée , à leur couleur sauvage, on voit bien qu'ils sont chez eux. M. Leleux saisit à merveille cette étrangeté des types et ce caractère particulier aux hommes qui vivent en dehors de la civilisation. Il y a sur les rochers du premier plan, de grands partis-pris d'ombres, fermement exécutés, et à Thodzon des découpures hardies qui donnent à la scène une certaine impression de terreur très-dramatique.

Les Faneuses de la Basse-Bretagne marchent à la file, comme une grave procession, dans un sentier traversant une lande de bruyères, bornée par un taillis épais et foncé. Elles portent solennellement sur Tépaule les instruments de leur travail champêtre, fourches et râteaux. Les unes chantent, d'une voix m*élancolique, quelque reihiin des vieux temps ; les autres révent à quelque vague poésie, comme la Jeanne de George Sand. On devine que le travail est pour elles une sorte de devoir religieux, en même temps c[u'une fête^ Le peuple des cfuq*

pagnes isolées traite encore la terre comme une Cérès bienfaisante dont il dessert les autels, et le culte catholique lui-même s'associe souvent aux cérémonies agrestes. Dans plusieurs provinces de France, on rencontre quelquefois au printemps, le long des petites rotes verdoyantes et des blés en herbe, la croix et la bannière, avec le curé et le bedeau en surplis, accompagnés de la foule des laboureurs, qui chantent les Rogations ; ce sont des prières annuelles , adressées au Ciel pour qu'il favorise les moissons.

Les Faneuses, de M. Leleux , nous ont rappelé ces solennités touchantes. Leur tournure tranquille et austère fait songer aussi aux anciens druides dont le type n'est point complètement effacé dans cette contrée si riche en pierres sacrées, en pneumann, en dolmenn et en traditions de toute sorte du culte primitif.

M. Armand Leleux suit toujours son frère pas à pas depuis dix ans. Aux Pyrénées, il répond par la Forêt-Noire ; aux Faneuses de Bretagne, par lés Villageoises des Alpes. Ses petites figures intitulées le Bouquet, le Matin, etc. , sont très-adroitement peintes, dans un bon sentiment de couleur. H. Armand Leleux a, d'ailleurs , conservé une certaine originalité à côté de M. Adolphe Leleux. L'année dernière, ses Zingaride la Lombardie- Vénitienne et

666 Baigoeuses de la Ferét- Noire ne redottlmnl aucune coaiparaisoa.

M. Hédouin appartient à la même éeole , c est^ à-dire qu'il a le même instinei de la nature qot MM* Leleux , et qu'il traite des sujets analogues. Pour montrer distinctement son propre talent, qui e^t très-spirituel et très-vrai , il n'aurait qu'à s'm^ spire? devant les aspects d'une nature diiféreata, ou à composer ses tableaux dans une autre proportion entre les ligures et le paysage.

M. Guillemin se tourmente trop de M. Meuson* nier. Un de ses plus fins tableaux, les Amateurs, accuse une réminiscence qui n'est point assez dissimulée. Cependant les petites compositions de M. Guillemin sont très-attrayantes et peintes avee beaucoup de vigueur.

M. Besson pense aussi à Diaz, comme le montrent ses trois petits tableaux : Un Jour d'été, le Jardinier du couvent, et une Femme portant des fleurs. Le modèle est dangereux à suivre ; car sa qualité est la plus individuelle qui se puisse voir. II est facile d'imiter H. Paul Delaroche, dont le talent est une sorte de convenance estimable et d'habileté tranquille, sans hasards et sans audace. Mais comment imiter Diaz et tous les peintres à bonne fortune dont les visions glissent dans les rayons du soleil? Le soleil ne luit pas poiu* tout le monde avec la

même magie. Ou peut copier uu maun^q^q ; ip^ il n'est pas donné à chacun de fixer le prisme fuf une toile avec des couleurs pâteuses et bornées. toutefois, M. Besson est très-coloriste, et sa Ma« deleine désespérée aurait eu du succès, si on Teùt mise en meilleur jour,

M. Brun n'imite personne et il invente cbaqua année quelque petite comédie de mœurs qu'il peint naïvement dans son coin de province. L'année der-nière, il nous a montré le Propriétaire et son Fermier, question sociale ; cette année , TÉlecteur et le Candidat, question politique ; mais les théories sociales et politiques de M. Brun ne sont pas effrayantes : elles se contentent de critiquer le côté ridicule des mœurs bourgeoises. La scène du Candidat et de l'Électeur est assess fréquente dans nos départements. Un monsieur décoré, vêtu d'une belle redingote jaune , le chapeau sur la tête , une canne à pomme d'or dans la main , est assis à la table d'un cabaret, en face d'un paysan attentif, les deux coudes sur le marbre. Le monsieur décoré grimace ses mines les plus gracieuses, insinuant sans doute à son électeur qu'il fera passer un chemin de fer dans le village, et diminuer l'impôt sur les boissons; le paysan-propriétaire, avec sa bonne foi sérieuse , parait à moitié gagné ; quelques verres d'eau-de-vie feront le reste ; et nous verrons sans

doute à la Chambre la redingote jaune du candidat décoré.

Un des maîtres en ce genre caustique et familier, H. Pigal, a exposé une petite scène populaire dont le livret, par erreur, a changé le titre. Au lieu de la Sourde oreille, on a imprime le titre d'une autre composition de M. Pigal, la Mère Lajoie, refusée par le jury. Est-ce que, par hasard, M. Pigal aurait eu l'imprudence de caricaturer l'Académie sous le nom de la Mère Lajoie? II en est bien capable.

M. Alfred Arago a rapporté d'Italie une Récréation de Louis XI, et des Moines de différents ordres, attendant audience du pape, près d'un des escaliers intérieurs du Vatican. Vous ne devinerier pas quel est le genre de récréation auquel se livre Loui^ XI, accompagné de son compère Tristan?

Ces deux excellents hommes donnent à manger à des pigeons. La plupart de ces épouvantails histo^ riques étaient ainsi parfaits dans leur intérieur. Toutefois, on aperçoit dans le lointain quelques potences avec des grappes de suppliinés.

Le tableau des Moines attendant audjepce est bien composé, et les têtes ne manquent pas d^ e«if ractère. M. Alfred Arago, paraît très-inquiet du styl» et de l'expression. Le, système de la Villa Médicis. a eu sur lui quelqi^^ influence dont sa pratique se. ressent.

Depuis 1840, M. Jeanron n'avait exposé que deui portraits. Le talent de M. Jeanron a été très-populaire ; il est de ceux qui ont tourné la peinture vers les scènes de nôtre vie contemporaine. On se rappelle ses héros de juillet, aux bras nus, aux vêtements en lambeaux, ou ses rudes travailleurs, comme les Foirerons de la Corrèze, ou ses Familles de mendiants. C'est M. Jeanron qui vient d'illustrer Y Histoire de dix ans, de Louis Blanc. Il a fait aussi récemment, pour M. Ledru-Rollin, une belle série de dessins terminés, représentant les divers épisodes de la vie du prolétaire. Au Salon, il n'a envoyé que deux portraits, savamment peints, et un buste de Sixte-Quint, digne des maîtres espagnols, et, en particulier, de Ribera. H. Jeanron est un des praticiens les plus énergiques de notre école actuelle.

Le talent de M. Saint- Jean, de Lyon, s'écarte heureusement des traditions de l'école lyonnaise. Le caractère de Técole de Lyon, qui a une certaine existence à côté de l'école française, est la sécheresse, la minutie, la réalité ; elle est représentée par MM. Bonnefond, Richard et autres. Je soupçonne M. Brascassat d'être né entre la Saône et le Rhône ; Boissieu, lui-même, qui est si fin dans ses eaux-fortes , a dans sa peinture toutes les im« perfections de la manière de son pays : ou en peut

juger par le Paysage, du Louvre, n'^ 1358. M. Saint- Jean, suivant nous, n'est pas véritablement coloriste, comme le croient ses admirateurs. M manque tout à Sût de moelleux dans sa pratique ; début capital pour un peintre de fleurs. C'est là qu'il faut de la souplesse, de l'esprit, de la délicatesse, de la légèreté, le sentiment des douces demi^ teintes et de la variété infinie des nuances. Dans les tableaux de M. Saint-Jean, les fleurs les plus subtiles sont peintes comme les feuilles de la tige, ou conune les ciselures métalliques du vase qui porte le bouquet. La peinture des fleurs est extrêmement difficile, et nous ne connaissons pas, dans toute rtiistoire, trois peintres qui y aient excellé. Van Dael, Van Spaendcmck et Redouté, ne méritent pas d'être appelés des peintres ; ce sont des dessi-nateurs pour des livres de botanique. M. Saint- Jean a plus de largeur et de fermeté dans la touche ; mais il n'a pas la transparence et la suavité de Van Huysum. Il ne sait pas que toutes les fleurs sont des sensitives qui s'inclinent, fanées, au moindre attouchement. J'aime mieux les fleurs de Diai que les fleurs de H. Saint-Jean, qui est cependant le môUeur peintre de Lyon.

M. Hippolyte Bellangé, conservateur du Musée de Rouen» a peint la bataille de la Moakowa : M. Karl Grirardet» les lodiana lov^ayse&éoutant lanta dinaes

deVftiit le roi, nui Tuileries ; M. Leullier, un Daniel dans la fosse aux lions, M. Nanteuil, une Bacehanale, M. Louis Gameray, une Pêche à TAnguille, H. Achille Giroux, des Chevaux en liberté, M. lissier, un Christ portant sa Croix ; M. Wattier, une Galanterie dans la manière de Watteau ; H. Pauvelet, une charmante Conversation; M. Penguilly Laridon , une spirituelle Parade, Pierrot, Arlequin et Polichinelle ; M. Jame, une excellente Étude de femme, d'après la Louve des Mystères de Paris; M"* Calamatta, trois tableaux d'un style sévère; M. Favas, un Portrait de femme en pied ; M. Demoussy, le portrait de M. Brissot ; M. Eugène Goyet, le portrait de M. Ganneron; M. J.-B. Guignet, le portrait de M. Billaut ; M. Decaisne, deux portraits ; M. Court, la belle Gracia ; M. Dubufe père, un portrait en pied d* enfant (sic) ; et M. Dubufe fils, le portrait de M"" Jules Janin.

M. Benjamin Roubaud a exposé deux Souvenirs d'Afrique, un Bivouac et un Déjeuner chez les Kabyles. M. Roubaud comprend à merveille la tournure des Arabes. Tout le monde n'a pas eu le bonheur de déjeuner avec des Kabyles en plein soleil. M. Appert peint mieux la nature morte que la nature vivante. Son chevreuil pendu au milieu de gibier, est d'un ton très-harmonieux. M. Adrien Guignet est trop noir, M. Chacaton, trop jaune,

M. Flandrin, trop bleu, M. d'Ânderi, trop violet ; H. Bodinier est trop dur, M. Eugène Devéria, trop cru, M. Pingret, trop sec. M. Beaume a copié deux jeunes filles de Greuze; M. Pichon, la Cène de Philippe de Champagne. M. Jacquand a imité H. Paul Delaroche , M""' Desnos a imité H. Henry Scheffer. H. Desgoffe est trop triste; M. Biard a trop d'esprit. Hélas ! trop ou trop peu, de ceci ou de cela. Hélas !

un. BORAOB VBamiT.-. A]M>ti»BB WOÊLinm.^

Pressez-vous; les beaux jours du Salon sont passés avant que les beaux jours du printemps soient revenus ; nous n'avons plus guère qu'un jour distingué, samedi prochain; encore avons-nous perdu déjà les trois Decamps : le Retour du Berger , qui est chez M. Dubois, de la rue de Lancry; les Canards, chez M. le marquis Maison, à côté du Corps de garde turc , et Tiksole des Enfants, Asie-Mineure. M. Decamps s'est-biessé du refus d'un de ses tableaux, le Baptême de saint Jean, et il a usé de son droit en retirant ses ouvrages pendant la fermeture du Salon. Nous avons perdu aussi le paysage de Français avec les figures

de Meissonnier, les grandes Chasses de M. Alfred Dedreux, transportées à Thôtel Lehon, aux Champs-Elysées, et trois Scheffer, le Portrait de M. Lamennais qui est à la gravure; le Christ et les Saintes femmes, payé 15,000 fr. par M. Goupil, et le Christ portant sa croix ; tous deux enlevés pour la prochaine exposition de Londres. Nous avions peur pour les deux Faust, payés 45,000 fr. par M. Susse ; pour les Délaissées, de Diaz, payées il,(ifOd ir« par M» de Nirboqna ; pour le Dot de femme, qùt aèùte 1,000 fr. à M. CoUot. Heureusement, lesFausi, de M. Ary Scbeflfer, et les Diaz sont encore au Salon. Les Delacroix ont été un peu mieux éclairés dans le nouveau classement. Les I^nwinn ont été dérangés de quelques pieds. Le P(»rir^t i araioÂries, de M. Flaodrin, a été baissé à bautaur d'ui^. Du reste, les étrangers tiennent loi^ufs les places privilégiées» Honni «oit qui tml y pen^e! comme diseot les Anglais et M« Gui^ot«

Le lambris à droite, dans le salon carré, est toujours occupé par 1^ Bataille d'Isly, de M. Horace Vemet* Nous n'en avions pas enoore parlé, parée qu'elle est i4us facile à apercevoir que les MarQuis de Me«5sooiiier, wles Magidennes dôDia2« M. ftvrace Vernet n'a plus besoin des trônantes de la 6ritiq«e« Les 4rompietlas de notf» triHée d'Afrique

4te Gbarldl, penoone oib &it mieiix <iii^ M. Horuoe Vdrnet les troupiers firaoçaU. Cette Bataille d'Islyt (Ugoe peodaDt à la Sioala» de Tannée dermère » est le tableau qui a le plus arrêté le public au présent Salon» avec les solennités royales de \l^ndsor et des Tuileries. Les peintres officiels ont «a le soin de metu« sous leur peinture un dessin explicatif des personnages. Dans riq)pendice in£^ rieur du tablemi de M. Vemet, les officiers ont le titre de Monsieur ; le nom des sousK^fficiers et soldats est écrit tout court : un tel • maréchal-des^ logis aux chasseurs d'Afrique» tué ; M. le capitaine un tel, etc. ; c'est une convenance de la hiérarchie. Les parents des victimes plébéieunes de notre guerre d'Afrique n'y ont pas fait attention. Officiers et soldats meurent, d'ailleurs» avec le môme courage et le même amour de la patrie.

La bataille dlsly n'est pas plus un tableau que b grande toile de la Smala. C'est un {dan stratégique très^intéressant pour les guerriers du dixneuvième siècle, et pour les rédacteurs de chroniques militaires. Je crois qu'on a déjà comparé Horace Vemet à Van der Meulen , rblstorien tranquille des parades de Louis XIV, quoique nos combats d'Afrique soient un peu phis meuitriers que les évolutions de la guerre des Flandres au dix-

tôptième siècle. II ne faut cependant point attendi^e de H. Horace Veraet des mêlées furieuses comme dans les batailles de Salvator ou du Bourguignon, mais des épisodes dramatiques, vivement saisis et spirituellement exprimés. La bataille dlsly est, en effet, partagée en quatre épisodes : à gauche , les tentes de nos soldats , puis le maréchal Bugaud recevant du colonel des spahis le fameux parasol enlevé au fils de Tempereur du Maroc, puis l'ambulance des militaires blessés, et enfin, à droite, la charge des cavaliers. La plupart des groupes, considérés isolément, sont des merveilles d'expression ; on remarque surtout les officiers relevés mourants, vers le milieu de la toile, et les petits escadrons de droite qui partent au galop. Tout le monde voudrait avoir la lithographie de cette composition patriotique ; mais de tableau, point. Il est impossible de saisir l'ensemble de la scène , faute de centre d'effet et d'unité d'impression. Les fonds manquent de profondeur, et le ciel est, comme toujours, en papier gris, légèrement bleuté.

Les grands tableaux sont presque tous restés à leur place dans le salon carré. Nous y retrouvons le Martyre de saint Genest, par M. Lestang-Parade, qui vient à point après la reprise du Saint'- Genest, de Rotrou, à l'Odéon; le Solon, de M. Papety, si bien caricaturé dans le Charivari , par

M* Cham ; le Saint Martin, commandé à M. Quecq, par le ministre de Tintérieur; le Sang de Vénus, par M. Glaize, qui a trop abusé de la pour-pre; une excellente peinture, malheureusement exposée trop haut, le Lendemain d'une tempête, par M. Duveau ; un immense tableau, par M. Jouy, en face de la toile de M. Horace Vernet ; le Château de Windsor , par M. Winterhalter ; le Château d'Eu, où M. Eugène Lamy a coquettement représenté la reine Victoria, reçue par la famille royale de France ; un lumineux Portrait des enfants du comte de Laborde, par M. Muller ; et le Caïn tuant son frère Abel, par M. Adolphe Brune.

Depuis 1840, M. Brune n'a exposé qu'un Christ descendu de la croix, au dernier Salon. Son ta* lent s'était rigoureusement annoncé en ISSi, par la Tentation de saint Antoine, et en 4835 par l'Exorcisme de Charles II, d'Espagne, qui rappelaient les maîtres espagnols ou les vénitiens. En i837, les Filles de Loth, en 1838, les Vertus théologales, en 1839, TEnyie, maintinrent M. Adolphe Brune parmi les bons peintres de l'école actuelle. Il sem* ble aujourd'hui qu'il ait perdu de son originalité , mais non pas de sa science magistrale et de la fer* meté de sa pratique. Personne, parmi les meilleurs anatomistes de l'école de David, n'a enlevé des figures nues, de grandeur naturelle, avec plus d'a-r

plomb et de réalité. Mais reproduire la nature ne suffit pas, même dans l'art plastique du peintre ou du statuaire. Il faut que l'artiste communique à sea images quelque étincelle de sa propre yie. Le Caïn tuant Abel, de M. Brune» a été peint sans enUiou* siasme et sans inspiration, défaut qui n'est pas babituel à l'auteur du Saint Antoine et des Filles à» Loth«

U* Gigoux représente asseas bien pour notre époque 06 que représentent les Bolonais dans Técole italienne* C'est un maître très^iabile et entière** ment dévoué à son art. Comme les Carraobe, qui avaient toujours le crayon à la main, et qui dessi* naient en marcbant, en mai^eant, et presque en dormant, M. Gigoux est sans cesse occupé de son amour« Il peint dés le lever du soleil, et il des^e le soir. Il passe de son atelier dans Fatelier de ses élèves qu'il encourage de sa parole et de son piiK ceau. Gomme les Carrache, il a formé une pléiade de peintres fort distingués ; il vient de perdre * hélas I un de ses disciples &voris, Hector Martini un charmant artiste, qui était déjà un habile pra^ tioien à vingt ans, et qui avait exposé un Paysage, au foyer de l'Odéon. Nous l'avions élevé, Gigoux,. Rousseau et moi, comme notre enfant à tpus trois. U est mort après avoir produit quelques fleurs d'un» belle eeuleurt

Le talent de M. Gigoux s'est déjà transformé pin-* sieurs fois ; mais au travers de ses métempsycoses , il lui reste toujours une exécution large et sévère» qui indique l'assimilation des maîtres de la grande éoele. Par malheur, son style manque d'individua*iité . A forée de pratiquer les maîtres, comme avaient feit les Bolonais, ses compositions n'ont plus de cmrac^re particulier. Annibal Carracbe avait la prétention de résumer dans ses tableaux le dessin des Florentins, la couleur du Corràge et l'ordonnanee de l'école romaine. Ces résumés sont toujours daa^' gereux et nuisent à la spontanéité de Tartiste. L'as*^ pect général du Mariage de la Vierge, par H. Gi* goux, n'est donc pas très-saisissant, quoique ladis«position de la scène soit bien agencée et lesmorceamt excellemment peints. La Vierge, placée à droite, et les chastes figures de femmes groupées derrière eHe, ont du charme et de la simplicité ; mais le Saint Joseph et le grand-prétre sont un peu lourds. Le grand manteau jaune du Joseph n'est pas d'un goût JuAttsiit, Les compositions historiques paraissent mieux convenir au peintre de la Mort de Léonard de Vinci et de la Cléopâtre essayant des poisons sur ses esclaves.

M. Ghenavard est un Florentin, comme H. Gigout est un Bolonais. Pour M« Ghenavard, à le juger sur sôtl Enfbr, du Salon, Michel-Ange est le seul

orthodoxe ^ un dieu en effet, mais terrible et exclusif comme le Jéhovah de Moïse. Ce tableau de l'Enfer n'est, suivant H. Chenavard , que l'esquisse terminée d*un sujet qu'il aurait voulu peindre en plus grande proportion ; car M. Chenavard affection e les toiles immenses, et il est de force à attaquer des compositions gigantesques, comme il l'a prouvé dans le Martyre de saint Polycarpe, haut de dix4iuit pieds, avec plus de trente ligures, exposé en 1841 , et dans la Pentecôte et la Résurrection des morts, exécutées pour le ministère de l'intérieur. On se rappelle aussi deux dessins remarquables de M. Chenavard, une Séance de la Constituante et le Jugement de Louis XVI, refusé autrefois par le jury, et exposé plus tard dans une galerie publique. M. Chenavard n'est pas seulement un orateur en peinture» comme l'a dit spirituellement Yjértisle; c'est aussi un penseur éminent et un dessinateur vigoureux ; mais son ambition du haut style et de la signification dans les arts réprime sa fécondité. II a le malheur de penser que Tart actuel est en dehors de toutes les grandes traditions, que l'esprit intérieur s'est enfui de la peinture, et qu'il faut ressusciter ce Lazare par une foi régénérée et par des moyens nouveaux. Cette croyance a bien quelque fondement ; mw elle arrête çouvept M» Chenavard au bord des

productions faciles et vaines. La pensée critique immobilise la main puissante ; le système profond fait négliger les moyens extérieurs. Dans son Enfer, M. Chenavard n'a songé qu'à la tournure et à la grandeur, à la correction et à la difficulté du dessin, oubliant que la couleur est un des moyens d'expression de la peinture. Il ne faut donc considérer son tableau que comme un carton de maître, destiné à être gravé ; mais encore pourra-t-on lui reprocher d'avoir copié trop pareillement plusieurs figures entières du Jugement dernier, comme avait déjà fait M. Kaulback, de Munich, dans sa belle composition de la Bataille des Huns, dont la gravure fut très-admirée à Paris, il y a quelques années.

A son tour, M. Debon est un Flamand, de l'école de Gaspard Crayer et de Gérard Honthorst, grands praticiens , larges brosseurs qui eurent le tort de délayer la palette de Rubens. M. Debon est à l'aise dans les figures colossales, et il peindrait volontiers avec un balai trempé dans un seau, comme Herrera le vieux. Son exécution est abondante, mais souvent lâchée ; sa couleur violente, mais souvent trop crue ; pour lui, la lumière n'a guère de demi-teintes et s'étale brillante sur tous les objets. Ses rouges sont trop éclatants, ses tons, en général, trop entiers. La partie gauche de son Concert dans Tate-

lier, oii un homme, yètu de noir el eoiffia d'un fr«uid chapeau , dans le costume de quelque mai-* tre hollandais du dix-septième siècle, a'épaaonit en saisissant un verre, est peinte avec une verve et une ampleur bien rares chez nos peintres actuels» Mus la couleur de la partie droite est dure et agençante, comme aussi la couleur de son petit tableau, Henri VIII et François l".

On dit que M. Lassale-Bordes a travaillé chex M. Delacroix : il n'y parait qu'à demi dans son grand tableau de la Mort de Cléopâtre. U a cherché, en effet, le côté dramatique de son sujet, mais sa couleur âpre et saccadée, comme celle de M. De-» bon, manque tout à fait des qualitési harmonieuses; les tigures sont de bois sculpté et colorié à teinte plate, et Tair ne circule point autour d'elles. Quelle belle scène cependant, assez bien ix)mprise, du reste, par H. Lassale I C'est le moment suprême où Cléopâtre sent déjà dans ses veines le poison de Taspic ; Iras est morte à ses pieds ; Charmion, moi^ rante, arrange encore le diadème autour de la tète de sa maîtresse qui se redresse devant l'envoyé de César, pour lui dire : « Tu cherches la fille des Pto*lémées? Tiens, regardera! »

M. Femand Boissard, qui débuta, il y a dix ans» par un tableau trèsH)riginal, Episode de la retraite de Moscou, a exposé une Madeleine au Désert. On

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voit %ue M < BoifiiMrd opimaU biw te mattrii» 9I qu'il pratique habilement les procédés de la toin^ peinture. Il pourrait oser des oompesitioiis fH\» Ta^tos et plu3 variéesi pour mettre eaévideuee le^ redsoureei de son exéciltion» i

M. Juieâ Varnier a représenté lea Troidrtea d'Avègnon en 1700, lorsque la garde nationele d'Oiwi^ pril possession du comtati au nom de la Consti^ iuante. Le siyet» cmnmandé par le miiiistàre de rintérieur, était difficile çi compliqué» M. Ëuf^ne Deveria a représenté Tinauguration de la statue de Henri lY sur la place de Pau ; M. Achille Devérta 1 un Repos de la Sainte «- Famille en Egypte { M* Eugène Giraud, les Fiévreux dans la oam-f pagne de Rome; M. Gudin, une foule de Com-^ bats maritimes, outre ses fantaisies» comme le Lion au lever du soleil, les Amants au lever de la lune^ une Nuit de Naples, etc.; M. Tony Jobannot, le Roi offrant à la reine Victoria deux tapisseries des Go belins; M. Morel*Fdtio, lé Roi partant du Tréport pour aller recevoir la reine d'Angleterre. Nous omettons encore beaucoup de tableaux commandés par la liste civile ou par les ministères. La peinture officielle est, en général, peu r^ouissante, le cboi^t des artistes dépendant moins ^du mérite que des protecteurs et des relations.

J'ai chez moi un tableau qui m'a coûté six francs,

€n vente publique, et qui vaut mieux que l'immense majorité des tableaux de Versailles. L'histoire de cette belle peinture représentant l'Hôpital des Ga^ pucins, avec une vingtaine de figures, est assez curieuse. Personne ne pouvait nommer l'auteur ; il y a des parties qui rappellent Géricault, d'autres Eugène Delacroix; il y a des qualités d'expression, de physionomie et de mimique, de touche et de couleur, qui manifestent une vigoureuse organisation de poète et de peintre. L'exécution est à la fois savante et naïve, la composition très-naturelle et extrêmement originale en môme temps. Qui donc peut avoir fait cette merveilleuse esquisse? On nommait les meilleurs peintres ; mais cependant diverses singularités échappaient à toute attribution. Les plus fins connaisseurs y ont passé, admirant cette œuvre anonyme, jusqu'à ce que, par hasard, un profane dit en entrant : « Tiens, voilà les Capucins que j'ai vu faire par Camille Fontallard ! »

GamiUeFontallardn'a rien au Musée de Versailles ni dans aucune église. Aucun député ne pourrait donner l'Hôpital des Capucins à la chapelle de son endroit. Mais combien de tableaux d'église et de tableaux de Versailles, payés600 ou méme6,000 francs, ne se vendraient pas six francs, le prix de quelque chef-d'œuvre inconnu!

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