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SUR LA STATUAIRE DU DIX-HUITIEME SIECLE

Nous avons à Paris un Musée de sculpture dont on ne parle guère , et qui est cependant très-curieux pour l'histoire de notre statuaire nationale à la fin du dix-huitième siècle. Le foyer public de la Comédie-Française renferme une douzaine d'excellents bustes par les maîtres du règne de Louis XVI, quelques bustes de l'Empire , et une douzaine de bustes de l'école contemporaine ; trois périodes successives et très-rapprochées , mais fort distinctes comme style et comme exécution.

L'année dernière, le compte-rendu de l'exposition de la Société des peintres, où figuraient Greuze, David, Gros, Géricault, Prud'hon, Léopold Robert,

M. Ingres, nous a servi d'introduction au Salon de i 846, et nous en avons fait ressortir des enseignements imprévus sur la peinture. Cette année , en étudiant les nobles têtes de Rotrou et des Corneille, de Molière et de Voltaire, sculptées par Catfieri et par Houdon, et les autres bustes de Lemoine, Pajou, Foucou, et des maîtres qui leur ont succédé, nous nous préparerons utilement à juger les œuvres que nous réserve le Salon de sculpture en 1847.

Je ne crois pas que la statuaire ait jamais été moins estimée qu'en ce temps-ci. A la Renaissance, c'est une pléiade d'artistes qui se perpétuent depuis Louis XII et le cardinal d'Amboise , jusqu'à Henri IV, depuis Jean Joconde et Paul Ponce, Italiens francisés , jusqu'à Jean de Bologne et ï^rancavilla, ou plutôt Jean de Douai et Francheville , Français italianisés ; car, dans ces derniers siècles, l'Italie a toujours été le berceau , ou du moins le baptistère de l'art. Que de palais, d'églises et de châteaux décorés par ces ouvriers sublimes : Cousin, Goujon, Bontems, Nicolo del Abbate , Ponce Jacquio, Germain Pilon, Barthélémy Prieur, Bernard Palissy, Jean Juste, de Tours, Michel Columb, de Nantes, Gentil, de Troyes, et tant d'anonymes illustres par leurs œuvres, quoique leurs noms soient perdus aujourd'hui ; Amboise , Gaillon , Ecouen , Anet, Villeroi, Chantilly, Meudon, Fontainebleau,

Ghambord, Chenonceaux , les tombeaux de Saint- Denis, les saints de Solesmes, le Louvre ! Art magnilique, d'une élégance suprême et d'une variété intinie.

Au dix-septième siècle, la série mémorable commence par Simon Guillain et Jacques Sarrazin, sculpteurs de Louis XIII ou plutôt de Richelieu ; elle se continue par les Anguier, les Lerambert , les Marsy, les Van Cleve, Regnauldin , Thierry, Desjardins, Girardon, que La Fontaine et Boileau comparaient à Phidias, comme Molière comparait Mignard à Raphaël ! Praticiens habiles et féconds qui ont semé leurs œuvres de pierre dans le palais et les jardins de Versailles. Et , au-dessus d'eux tous, le grand Puget. Ajoutez encore Théodon et Lepautre, Legros, les Fremin, l'école si nombreuse de Girardon, et Coysevox, le producteur infatigable , et les Coustou , qui conduisent à l'art de Louis XV.

Toute l'école du dix-huitième siècle sort directement ou indirectement des Coustou : Bouchardon, les Francin, les Adam, les Lemoine, Falconnet, l'ami de Diderot, Pigale, Allegrain, et, après eux, Pajou, Caffieri, Houdon, Bridan, Foucou, Berruer, d'Huez, Julien, Dejoux, Moitte, Stouf, Mouchy, et enfin la génération qui enjambe sur l'Empire et le dix-neuvième siècle, Rolland, le maître de M. Da-

vid (d'Angers), Chaudet, Callamard, Bosio, etc. Nous voici à nos bustes du foyer de la Comédie- Française.

Cette collection de portraits en marbre est ainsi . distribuée : dans le grand foyer, Pierre Corneille • et Molière, aux deux côtés d'un mauvais buste du roi Louis-Philippe ; en face , Racine et Voltaire , des deux côtés de la cheminée, puis Regnard et Crébillon, Casimir Deiavigne et Marie-Joseph Chénier.

Dans la galerie longeant la rue de Richelieu , à droite en partant du foyer, Rotrou, Dancourt, Jean- Baptiste Rousseau, Destouches, Dufrény, Ducis, Sedaine, La Fontaine et Lulli; à gauche , Thomas Corneille, Piron, Debelloy, Lachaussée, Lesage, Marivaux, Duval, Andrieux et Picard.

Dans le couloir conduisant au foyer des acteurs, Baron et Gresset, Quinault et Beaumarchais.

Le plus ancien des bustes est celui de Crébillon le père, modelé en 1760 par Lemoine et exécuté en marbre par J.-B. d'Huez en 1778. Jean-Baptiste Lemoine, né à Paris en 1704, fils et élève de Jean- Louis, mort recteur de l'Académie en 1775, était neveu de Jean-Baptiste Lemoine, l'auteur du plafond de Versailles. C'est de Jean-Baptiste, le sculpteur, que Diderot a écrit : « Il a beau se frapper le front, il n'y a personne. » Au contraire, d'Argenville lui applique le^ipot de M""» de Sévigné : « L'es-

prit lui sort de tous côtés. )) Diderot ajoute : « Sa composition est sans grandeur, sans génie , sans verve, sans effet; ses figures sont insipides, froides, lourdes et maniérées. C'est comme son caractère, où il ne reste pas la moindre trace de l'homme de nature. » Mais où trouver cet homme de la nature que le dix-huitième siècle cherchait partout? Notre Diogène moderne avait cependant raison ici, quoique sa lanterne philosophique ait quelquefois jeté de fausses lueurs sur ses contemporains. Savez-vous la cause de son enthousiasme pour Falconnet : « c'est qu'il est philosophe, qu'il ne croit rien et qu'il sait bien pourquoi ! » A la vérité, c'est qu'il a aussi, suivant Diderot, « de la finesse, du goût, de l'esprit, de la délicatesse, de la gentillesse et de la grâce tout plein, et même du génie. »

Sur Caffieri. Diderot s'est un peu trompé en sens contraire. Après l'avoir maltraité en 1765 : « Que diable voulez-vous que je vous dise de Caffieri ! » il le réhabilite pourtant au Salon de 1767 : « Tout ce que Caffieri a exposé cette année est digne d'éloges, cela ne manque pas de ce que vous savez. » Caffieri est , en effet , un artiste très-chaleureux et très-énergique, et qui méritait une plus vive sympathie de la part du généreux philosophe. Ce qu'on appelait la flamme au dix-huitième siècle , ce jet brûlant et imprévu de l'image dans une forme

rayonnante , Gaffieri en est doué mieux qu'aucun des sculpteurs de son temps, et je ne sais pas si l'on rencontrerait dans toute l'école française de plus beaux bustes que ceux de Rotrou, de Thomas et de Pierre Corneille. Ils ont la grandeur et la hardiesse du Puget, l'élégance de Germain Pilon, l'adresse de Goysevox, la vivacité de Goustou. Et comme le sculpteur a bien compris le caractère de ses modèles ! la noble et violente tournure qu'il a su donner à la tête de Rotrou ! le mouvement du cou est superbe, la narine hennissante, les cheveux agités, le regard plein d'inquiétude. On devine le précurseur héroïque et presque l'égal du divin Gorneille. Geluici est plus calme , et sa tête pensive exprime une méditation profonde. Son front puissant repose sur deux arcades d'une admirable perfection. Sa lèvre inférieure est un peu crispée, et son menton accuse une fermeté indomptable. Le Thomas Gorneille est aussi un chef-d'œuvre d'exécution ^ les lignes sont correctes et fermes , le modelé savant ; l'ensemble d'un style tout à fait magistral.

Gaftieri a signé encore six autres bustes du foyer de la Gomédie-Française : Debelloy, Piron , Lulli , La Fontaine, Jjacliaussée et Jean-Baptiste Rousseau ; le premier est de d77i, le dernier de 1787 ; Pierre Gorneille de 1777, Rotrou de 1783, Thomas Corneille de 4785.

Les célèbres bustes de Molière et de Voltaire, par Hoiidon , sont de 1778, l'année même de la mort de Voltaire et de Rousseau. A propos , pourquoi donc Jean-Jacques ne figure-t-il pas dans cette galerie dramatique? c'est une omission à réparer, et M. David, par exemple, pourrait nous faire une belle sculpture d'après le masque moulé, qui, hélas ! porte au front la trace d'une balle. Houdon lui-même n'a-t-il pas laissé aussi un buste de Rousseau en pendant à celui de Voltaire ?

La tête de Voltaire est une répétition de celle de la statue en marbre : regard fin et perçant, vaste front où s'agitaient tant d'idées, bouche dessinée comme un arc prêt à lancer des traits.

Quelle différence de cette physionomie à celle de Molière ! La tête de Molière est la plus humaine , dans le vrai sens du mot, que la tradition nous ait conservée, comme son génie est le plus sympathique et le plus universel. Que la forme et l'expression du visage sont signiticatives ! Pour ma part, je ne connais point de plus belle tête que celle de Molière; elle se soutient, comme beauté, mais ave(^ un caractère tout autre , à côté des têtes parfaites , sculptées par les artistes grecs. J'ai la terre cuite du Molière, d'Houdon, en pendant au bronze du Médecin grec, dont l'original est à laRibliothèque. Molière représente l'homme moderne, si l'on peut

ainsi dire, en opposition à l'homme de l'antiquité. La tête grecque est régulière et inflexible ; la tête de Molière est mélancolique et passionnée ; elle se fait aimer, tandis que l'autre se fait admirer. Le Grec a de l'aigle; Molière n'a que de l'homme. Presque toutes les têtes de l'histoire ancienne ou moderne ont une analogie plus ou moins lointaine avec quelque race animale ; 31oIière ne ressemble à aucun type de la création inférieure. 11 est véritablement formé à l'image de Dieu, suivant le symbole de la Genèse. Et comme les Athéniens recommandaient à leurs femmes, afin qu'elles procréassent de beaux enfants, d'orner leurs maisons avec les statues des gladiateurs et des héros, de même on pourrait conseiller aux matrones de notre temps de placer dans leurs alcôves le portrait de Molière. Les générations futures y gagneraient sans doute en beauté physique et morale.

Le buste d'Houdon est une merveille. La tête ombragée de cheveux flottants , séparés au milieu comme la chevelure du Christ, s'incline légèrement vers la droite. La moustache, un peu retroussée , laisse voir ces lèvres éloquentes, amplement dessinées dans un caractère de bienveillance et de chaste volupté. La narine est bien ouverte et paraît se mouvoir sous des impressions sublimes. Il n'y a jamais eu de nature généreuse et abondante avec le

nez pincé et les lèvres minces. Les arcs des sourcils sont proéminents et cintrent un grand œil loyal et clairvoyant. Sur le cou nu , le sculpteur a noué une écharpe négligée ; simple ajustement qui fait valoir la physionomie poétique de l'auteur du jUisanthrope. Le plus grand éloge qu'on puisse faire de ce buste de Molière, outre le sentiment et l'habileté de l'exécution, c'est qu'il a l'air d'être exécuté d'après nature.

La tête de Racine, sculptée, je crois, par Bridan, n'inspire pas le même enthousiasme. On sait que Racine et Louis XIV, qui se ressemblaient à s'y tromper, passaient pour les deux plus beaux hommes du dix-septième siècle. C'est une beauté fort discutable, si l'on considère l'expression plus que la régularité. La tête de Louis XIV présente tous les signes de l'égoïsme, de la sécheresse et de l'orgueil. La postérité en a rabattu beaucoup, de cette estime exagérée que les courtisans faisaient du grand roi , de son génie et de sa beauté. Le génie de Racine, son Menechme, n'a pas été entamé par les folles attaques de l'école romantique; mais il est permis, du moins, de trouver la tête de Racine un peu mince, prudente et comprimée, à côté des têtes de Molière et de Corneille; ce qui n'empêche pas Phèdre d'être un chef-d'œuvre et une véritable invention poétique.

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Pajou, qui eut une grande célébrité sous Louis XVI , est l'auteur du buste de Dufrény, daté 178i. II avait passé douze ans à Rome, et l'on voit quelques ouvrages de lui au Musée de sculpture moderne, à Trianon et à Saint-Cloud. En 1782, il restaura la fontaine des Innocents, de Jean Goujon. Il mourut en 1809, âgé de soixante-dix-neuf ans.

Les bustes de Regnard, 1779, U de Dancourt, 1782, sont de Foucou ; celui de Destouches, 1781, est de Rerruer. Ces deux sculpteurs n'ont rien laissé qui doive sauver leur nom de l'oubli.

Sous l'Empire on ajouta , en 1812, les bustes de Ducis , par ïaunay, de Baron et de Gresset , par Fortin.

11 est bien triste de comparer les productions de l'école impériale à la vive et élégante sculpture du dix-huitième siècle. Chose singuhère : cette époque héroïque du moderne César, époque de bronze et de marbre, comme celle des empereurs romains, à n'envisager que les hauts faits historiques, n'a pas produit un seul statuaire. C'étaient les peintres, David en tête , qui contrefaisaient la sculpture , comme l'a justement remarqué M. Guizot dans son Salon de 1810. C'était aux procédés et aux efiets de la statuaire que les peintres demandaient le succès de leurs tableaux. Les Horaces de David , le Bélisaire de Gérard, le Marcus Sextus de Guérin ,

exécutés en pierre, offriraient des groupes assez convenables. Mais, de sculpteur sculptant, avec l'ébauchoir ou le ciseau, point. Chaudet, Rolland, ne manquent pas d'une certaine habileté ; mais qui les connaîtra dans cent ans?

La révolution classique ou académique qui s'opéra dans les arts, à la fin du dix-huitième siècle , et qui a conservé son influence presque jusqu'à nos jours, n'a créé dans la statuaire aucun représentant illustre. C'est Winkelmann, surtout, qui commença cette réaction par son Histoire de l'art antique. En peinture, il fut accompagné aussitôt de son ami Raphaël Mengs, et un peu plus tard de Louis David. La formule de Winkelmann était : « Le beau absolu, dont l'art grec est le type », hérésie incroyable, qui sacrifie l'avenir au passé, et nie complètement l'activité de la poésie vivante et la renaissance éternelle du génie humain. La croisade entreprise par Winkelmann pour la conquête de la Jérusalem écroulée entraîna tous les savants de l'Europe, et à sa suite s'enrôlèrent subitement tous les seigneurs féodaux de l'art, de la critique et de la littérature. Mais cette armée de fanatiques ne réussit pas à ressusciter le Lazare antique. Les plus intrépides ne parvinrent qu'à déchirer quelques plis du linceul enlevés au tombeau silencieux. Ce sont les loques qui ont traîné depuis cinquante ans sur le champ

de l'art européen. La mort avare conserva la vie éteinte dans les profondeurs de la vieille Jérusalem".

Il se trouva pourtant un jeune homme qui, venu à Rome en 1779, consacra bientôt son talent avec ferveur à restituer des pastiches de l'art antique. Quoique Canova tienne, par ses premiers instincts, à l'école gracieuse du dix-huitième siècle, ses œuvres postérieures, sauf la Madeleine, ont reproduit avec éclat l'imitation de la statuaire grecque. Tels sont le Thésée terrassant le Minotaure, et l'Hercule précipitant Lycas. C'est Canova qui fit du premier Consul une statue colossale entièrement nue, appartenant aujourd'hui, fatalité étrange, à lord Wellington, l'ennemi de la France. C'est Canova qui eut, en 1815, la triste mission de dépouiller nos musées des conquêtes impériales. Canova mourut en 1822 ; il eût mieux fait de mourir avant 1815.

Cherchez bien. Connaissez-vous un grand sculpteur français sous l'Empire ? Il n'y en a point. Et quand, au cours de la Restauration, la peinture s'émancipa en compagnie des lettres, quand, de toutes parts, se proposèrent des peintres nouveaux, si différents de l'école académique, et si différents entre eux, Prud'hon, M. Ingres, Géricault, Eugène Delà croix, Ary Scheffer, Sigalon, que faisait cependant la sculpture ? Un seul homme sortit de la foule obs cure, M. David (d'Angers), dont les nobles convie-

tions et la science vigoureuse ravivèrent l'inspiration plutôt nnême que la forme de l'art statuaire. Mais combien comptez-vous de sculpteurs éminents à côté de nos peintres modernes , assurés d'une gloire future ?

Après la Révolution de 1830, il y eut quelques tentatives de rénovation, et le romantisme, comme on disait alors, tortura aussi , superficiellement , le marbre et le bronze ; mais le mouvement ne fut pas unanime et profond comme en peinture, comme dans les lettres et le théâtre. Nous avons aujourd'hui une demi-douzaine de bons sculpteurs autour de M. David (d'Angers) et de M. Barye. On peut douter cependant que notre école de statuaire laisse un souvenir lumineux et durable.

Au foyer de la Comédie-Française, les bustes récents qui complètent l'illustre série des auteurs dramatiques sont bien elîacés par les bustes de CaffierietdeHoudon. Le Sedaine, 1813, est de M. Gatteaux, de l'Institut ; le Lesage, 18-42, par M. Desbœufs; le Marivaux, 1843, par M. Fauginet ; l'Andrieux, 1836, par M. Elschoect ; le Duval, 1845, par M. Barre ; le Picard, par M. Dantan aîné ; le Beaumarchais, par je ne sais qui. Les deux bustes qui sortent du commun sont ceux de Casimir Delavigne, 18i4, et de Marie-Joseph Chénier, 1845, par M. David.

Nous voudrions voir ajouter, à cette collection curieuse comme iconographie, quelques bustes d'acteurs célèbres, Tahna, par exemple, et les têtes distinguées de M'^* Mars et de M"* Rachel. Mais qui pourrait aujourd'hui ciseler sur le marbre l'esprit et la grâce de Célimène, la fière tournure et l'originalité de la sœur des Horace ?

HETCE GÉNÉRALE. — 17 MARS.

Nous sommes au 25 juillet dans le royaume des arts. De mémoire de critique, on n'avait jamais vu pareille insurrection contre le jury patroné par la liste civile. Mais aurons-nous les trois glorieuses journées qui assureront la victoire et promettront aux artistes la meilleure des républiques? Les Polignac de l'Institut et la camarilla seront-ils expédiés à Cherbourg? Malgré l'exaspération générale , nous doutons que cette révolte devienne une sérieuse révolution.

Donc, on a refusé tout le monde, dans toutes les écoles et de tous les partis , dans le marais et dans la plaine aussi bien que sur la montagne. On a même refusé de très-mauvais peintres ; ce qui , les années précédentes , ne se pratiquait guère que par

exception , le jury réservant ses foudres pour les peintres originaux. Cette année, le pouvoir arbitraire a été bien maladroit de s'attaquer ainsi aux médiocrités insignifiantes. Comment s'est-il laissé emporter par la jalousie et par je ne sais quelle fatalité , jusqu'à proscrire une bourgeoisie placide qui ne lui disait rien ? Il y a plus de mauvais artistes que de bons ; aussi l'opposition aujourd'hui est-elle formidable. Elle compte parmi ses chefs des peintres illustres, et même des hommes très-riches, soutenus par une armée de malcontents et de modérés enragés. Tant que le despotisme ne persécutait que les hommes de talent, la bourgeoisie du royaume de l'art se tenait tranquille , et , comme elle trouvait porte ouverte, elle s'inquiétait peu que le génie restât dehors ; tant que l'intérêt de l'art et de la poésie a été compromis tout seul , elle a laissé faire et laissé passer l'ancien régime. Aujourd'hui que la censure académique blesse l'intérêt des boutiquiers patentés et des gardes nationaux de la peinture , la majorité s'agite et menace. Ce sont toujours les anciens amis d'un pouvoir exagéré qui aident à le détruire quand le temps est venu. C'est la noblesse qui a sacrifié la féodalité dans la nuit du 4 août; ce sont les plus fougueux terroristes qui ont fait le 0 thermidor contre le Comité de salut public ; ce sont les vieux serviteurs de Napoléon qui ont dé-

cidé sa chute en 1815. Et parmi les plus ardents libéraux de la Restauration , ne remarquait-on pas des hommes qui avaient rame'né les Bourbons en triomphe et fabriqué la Charte de Gand? Si j'étais roi, je me défierais de ceux qui m'auraient aidé à prendre la couronne.

Que de cris indignés , que de plaintes modestes , que de lamentations bien légitimes, nous avons entendus aujourd'hui dans les galeries du Louvre ! Mais cependant si les artistes souffrent ainsi dans leur dignité , dans tous leurs intérêts , c'est bien leur faute. Pourquoi se soumettent-ils à cet esclavage ? Pourquoi acceptent-ils l'ancien régime? S'il y a un jury ordonné par la liste civile , c'est qu'il y a des peintres qui présentent leurs ouvrages à l'arbitraire de ce tribunal absolu , irresponsable , dont l'autorité s'exerce à la turque ou à la vénitienne. Si les artistes avaient le sentiment de leur solidarité et quelque indépendance, ils laisseraient MM. Garnier , Hersent, Pujol , Heim , Brascassat, Blondel , Petitot, Ramey, Nanteuil, Huvé, Fontaine et autres, attendre dans la solitude de leur concile des rivaux à immoler, et ils organiseraient tous ensemble une belle exposition libre et permanente.

A propos, pourquoi n'a-t-on donc pas refusé, cette année , Decamps , Ary Scheffer, Rousseau , Dupré, Barye et Meissonnier? c'est qu'ils n'ont pas

voulu subir la censure, et qu'ils ont pris en commun la ferme résolution de ne plus jamais rien envoyer au Louvre.

Que les autres en fassent autant.

Ainsi tomberait le jury , sous le ridicule et l'impuissance. Ainsi les artistes s'émanciperaient de la domination de la liste civile , et , une fois librement associés , ils proposeraient à l'Etat , — à la Chambre des députés, — de reprendre sur l'art un patronage légitime , et de réglementer les expositions nationales. La Chambre ferait une loi plus ou moins bonne, meilleure assurément que les caprices de la cour et de l'Académie. Est-ce que les livres ont besoin maintenant , comme jadis, d'un privilège du Roi pour paraître? La publication est censée de droit commun. C'est une loi mauvaise, suivant nous , qui régit les libertés des lettres et de la presse ; mais enfin c'est une loi , et la nation peut la changer. Le droit est acquis ; il ne reste qu'à conformer le fait au droit. Est-ce que les lettres dépendent de la liste civile? Pourquoi tous les intérêts de l'art, comme les Salons, la conservation des Musées, l'enseignement et les récompenses ne seraient-ils pas rattachés à l'Etat par l'intervention d'un ministère ?

Il n'y a rien là sans doute d'effrayant pour personne, mais , au contraire , une garantie pour tout

le monde. Sous l'ancienne royauté, et jusqu'à 1789, les académiciens seuls avaient le droit d'exposer au Louvre. Sitôt qu'une assemblée nationale s'empara de la question , la liberté fut décrétée. Le Salon du Louvre , c'est la presse pour les tableaux , disait Barrère ; et la Constituante ne mit pas d'autre condition à cette liberté de Part que de respecter l'ordre , les lois et les mœurs. Pourquoi les artistes et le gouvernement ont-ils abandonné les nobles traditions de nos assemblées nationales et de la République?

On dit que les artistes veulent recourir à la liste civile elle-même, afin d'obtenir justice, et \s, Revue de Paris propose une supplique respectueuse au Roi. C est accepter d'abord la dépendance actuelle, tandis qu'il faudrait , suivant nous , soustraire à la cour le gouvernement des arts. Que n'adressent-ils une pétition au jury en personne ! Le moyen serait délicat. Le jury et la liste civile n'est-ce pas une même cbose? L'un obéit à l'autre qui le nomme. Quelle naïveté de demander une sorte de suicide à un privilège jaloux sans doute de son autorité comme tous les privilèges ! En fait de droits, il faut les prendre ; ça ne se donne pas de bonne volonté. S'il y a beaucoup de refus au Salon, c'est apparemment que le château n'en est pas offusqué ; ce n'est pas M. Fontaine et M. Granet qui se risqueraient à

contrarier leurs patrons. Tout le monde sait , d'ailleurs, qu'ils se promènent le matin en compagnie de la liste civile au milieu de la foule des ouvrages proposés au jury. Je soupçonne M. Montalivet d'avoir, autant que n'importe quel architecte , voix délibérative dans le conseil secret.

Mettons donc, s'il vous plaît, que la réforme sollicitée depuis si longtemps ne viendra point du côté de la cour. A ce train-là , les artistes ne feront pas leur révolution de Juillet. Est-ce que Charles X a retiré ses ordonnances ? Oui , quand il fut à Rambouillet. Eh bien ! le jury sera renversé , et l'institution des Salons périodiques perfectionnée, quand la majorité des artistes , ou du moins les hommes de talent , protesteront noblement par leur volontaire retraite , et organiseront une publicité libérale en dehors de toutes influences étrangères. La presse tout entière applaudirait avec enthousiasme, et suivrait le peuple pittoresque sur le mont Aventin.

En attendant , c'est à la Chambre des députés qu'il faut adresser pétition, et les noms des victimes du jury feraient déjà une liste imposante ; car on a refusé, dit-on, près de trois mille ouvrages, presque la moitié , le livret contenant 2321 numéros.

Nous nous proposons de visiter une partie des proscrits et nous leur consacrerons un article spé-

cial, puisqu'il faut aller chercher dans leurs ateliers MM. Maindron, Gigoux, Vidal, Corot, Chasseriau, et toute cette jeunesse si amoureuse de son art comme MM. Haffner, Hédouin , Besson, Alfred Arago, Maurice Dudevant.

Aujourd'hui, pressons-nous, il faut tout voir à la première séance. Nous avons tout vu. C'est assez triste , plus triste certainement que les années précédentes. Si nous réservons M. Diaz et M. Eugène Delacroix , le beau tableau de M. Couture , quelques tableaux de MM. Roqueplan , Leleux , Isabey , Baron , Coignard , Jeanron , Corot, Robert Fleury, MuUer, etc. , le reste n'offre presque aucun intérêt. Nous chercherons encore cependant , et nous choisirons successivement les œuvres qui indiquent un certain sentiment de l'art. Pour aujourd'hui, nous n'avons rien appris au Salon et rien oublié. Mais à défaut de bonne peinture, la mauvaise sert aussi bien à la critique. Il y a plus d'enseignements utiles aux artistes dans le ridicule Napoléon de M. Flandrin, que dans les œuvres originales des hommes de talent ; car l'originalité ne s'apprend point. Un tableau franchement détestable apprend au moins ce qu'il faut éviter.

Notre première revue ne sera donc qu'un guide , signalant en passant les ouvrages qu'on doit regarder à un titre quelconque , et selon les goûts.

Dans lé petit salon d'entrée : Andréa de! Sarto peignant une fresque, par M. Baron , et un portrait de femme par M. Pérignon, qui a exposé neuf autres portraits disséminés dans les galeries.

En entrant au salon carré , les Romains de la décadence , par M. Couture , appellent tous les regards; ils sont placés au-dessus de Sixte-Quint bénissant les Marais-Pontins, par M. Rodolphe Lehmann. M. Couture sera incontestablement le lion du Salon de 1847. Mais nous craignons qu'il ne lui arrive un grand bonheur, — un grand malheur : son tableau est menacé de plaire à tout le monde. L'unanimité ne vaut pas toujours la discussion. C'est un grand et bel ouvrage où éclatent les qualités des vrais peintres, et qui ne manque peut-être que d'un effet plus concentré au cœur de la composition. Les tableaux qui l'entourent font encore valoir sa couleur générale , d'un beau gris argenté. Comme dit Barroilhet qui s'y connaît, tous les maîtres sont gris , du gris Velasquez ou Van Dyck , mais non pas du gris des élèves de M. Ingres. L'architecture de l'Orgie romaine est surtout d'une grande tournure , à la façon de Véronèse. Les figures se sont un peu rapetissées au Salon , ce qui prouve qu'on ne saurait mettre trop d'ampleur et de fougue dans le dessin de la grande peinture.

Nous réprendrons M. Couture un des premiers, comme il le mérite.

Sur le lambris de gauche est le grand portrait équestre du roi Louis-Philippe et de ses fils , par M. Horace Vernet. Nous l'avons déjà vu à l'exposition des peintres , rue Saint-Lazare ; puis le Triomphe de Pisani, en 1379, par M. Alexandre Hesse, avec de beaux costumes , mais une exécution dure et une couleur désharmonieuse ^ les Catacombes de Rome, par M. Granet , qui n'en est jamais sorti ; aux deux angles , les portraits en pied d'Ibrahim-Pacha et du Bey de Tunis, par M. Champmartin et par M. Larivière; sous le portrait de M. Champmartin, un paysage d'enfant, par cet honnête M. Watelet, qui tient à une race d'artistes, et qui fut accusé, en son temps, ce n'est pas hier, d'être un révolutionnaire et un novateur.

En face du tableau de M. Couture, le Saint Laurent , de M. Brisset, déjà exposé avec les envois de Rome ; à droite , un curieux Songe de Jacob , par M. Ziégler, la Mort de Jeanne Seymour, par M. Eugène Devéria, une Femme nue , de grandeur naturelle, par M. Hermann Winterhalter ; à gauche, la Ronde du Mai , par M. Muller , charmant tableau qui n'aura pas cependant autant de succès que le Printemps , de l'année dernière ; le fameux Napoléon législateur, commandé à M. Hippolyte Flan-

drin pour une des salles du Conseil d'Etat. 11 faut voir la tête de l'Empereur , les marches du trône, et surtout le ciel ! Près de cette incroyable peinture, est un paysage de M. Desgoffe , appartenant à la même école, avec Argus et une vache blanche qui ne sort pas des troupeaux de Jules Dupré, de Diaz ou de Rousseau.

Au milieu du quatrième lambris du grand salon, on remarque le Galilée de M. Robert Fleury , sur lequel il faudra revenir ; à gauche, un beau tableau de M. Adolphe Leleux, un chasseur de Java, monté ^sur un buffle et attaqué par un tigre , groupe énergique par M. Raden-Salek-Ben-Jagya , et un portrait de Femme en pied , par M. Court.

Les petits tableaux intéressants sont les Musiciens juifs deMogador, par Eugène Delacroix; un Intérieur de forêt, par M. Diaz.; un excellent Paysage, effet de soir, par M. Corot, peinture très-poétique et très-harmonieuse ; des Espagnols des environs de Penticosa, par Camille Roqueplan ; les Bords de la Seine, par M. Fiers ; le Baptême, par M. Guillemin ; un paysage avec une lutte de bergers , par M. Paul Flandrin, et deux-tableaux de l'école d'Anvers : la Fête du curé, par M. Verheyden, et l'Armurier, par M. Leys ; c'est toujours le même pastiche adroit des maîtres flamands ou hollandais.

N'oubliez pas aussi le curieux portrait du mare- ^

chai Soult, par M. Heuss, le protégé de M. de Metternich et l'auteur du portrait infligé par M. Guizot à ses électeurs de Lisieux. Que ce portrait du maréchal Soult fera bien au milieu des chefs-d'œuvre de l'école espagnole , qui ornent l'hôtel du vainqueur de Toulouse , par exemple , à la place du Paralytique de Murillo , enlevé par les Anglais !

La première travée des galeries contient quatre tableaux de M. Eugène Delacroix , les Exercices militaires des Marocains, l'Odalisque, le Christ en croix et des Naufragés abandonnés dans un canot ; cinq tableaux de M. Diaz, le Repos oriental, une Baigneuse , la Causerie , des Chiens dans une forêt et l'Amour réveillant une nymphe ; deux tableaux de M. Roqueplan , Paysan des Basses-Pyrénées et le Visa des passe-ports à la frontière d'Espagne ; une éclatante peinture de M. Eugène Isabey, Cérémonie dans réglise de Delft , au seizième siècle ; le Christophe Colomb de M. Robert Fleury , pendant au Galilée ; une Bataille de M. Hippolyte Bellangé, et une Marine de M. Gudin ; un Combat de coqs, par M. Gérome; le Récit de Télémaque, et les Moines caloyers, par M. Papety ; Backuysen contemplant les effets de l'orage, par M. Lepoitevin ; les Exilées, composition pleine de sentiment et de style, mais d'une couleur douteuse , par M. Duveau ; la Partie de musique, par M. Leys, d'Anvers; Henri IV et

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Fleurette, avec un paysage très-naïf , par M. Biard; un Paysage en hauteur, par M. Corot; le Guittarrero de M. Armand Leleux ; le Labourage, paysage et animaux , par M"^ Rosa Bonheur; un fin Intérieur, par M. Fauvelet; des Fleurs et des Papillons, d'une délicatesse et d'une harmonie charmantes , par M. Philippe Rousseau ; un sévère Portrait de Liszt , de profil , par M. Henri Lehmann ; et un Portrait de M. Leverrier, par un peintre qui ne découvrira jamais aucune étoile. Un des juges de l'Institut, M. Heim, est représenté dans cette travée par un tableau des plus curieux : une Lecture au foyer du Théâtre-Français , avec les caricatures de MM. Hugo, Dumas, de Vigny, Taylor, Casimir Delavigne , Andrieux et autres. C'est amusant au possible.

En passant à la seconde travée, arrêtez-vous devant le portrait de femme , placé sur la colonne de droite. Ce beau portrait est de M. Couture. Vous n'avez à voir dans cette travée obscure qu'un excellent Souvenir d'Espagne , par M. Hédouin ; les Femmes et le Secret , peinture lumineuse , par M. Verdier; un Portrait de femme, par M. Decaisne ; et un vigoureux Paysage, par M. Hugues Martin, très-habile décorateur du Cirque Olympique.

Dans la rotonde qui conduit à la dernière travée , M. Ziégler occupe le milieu ; sa Judith aux portes

de Béthulie , et tenant la tête sanglante , est durement peinte ; on y chercherait en vain les qualités du petit Giotto qui est au Luxembourg. Au-dessus de la Judith, un groupe du Dante inspiré par Béatrix et par Virgile , tableau ovale en hauteur , par M. Glaize; à gauche, un vigoureux Combat de taureaux , par M. Coignard ; en face, le Repos du Laboureur, peinture forte et magistrale, par M. Jeanron; enfin, une Marine de M. Gudin, avec un effet d'aurore boréale ; nous ne voulons pas le croire.

La troisième travée n'est pas si riche que la première. Cependant on y voit encore le Corps-degarde à Mequinez , par M. Delacroix ; un intérieur du Bas-Bréau , par M. Diaz ; un superbe portrait d'Adolphe Leleux, par lui-même, tête énergique qui rappelle Alphonse Karr. Charles Blanc, peint par M. Lepaulle , a l'air fort triste près de ce portrait digne des maîtres. M. Champmartin a là aussi une tête d'homme très-drôlement beurrée sur la toile , et deux scènes de chats blancs qui nous reportent à l'enfance de l'art. M. Gudin nous montre la plage de Schevenningue, si souvent, si admirablement peinte par les maîtres hollandais, par Adrien Ostade, Cuyp et les autres , qui n'ont jamais pris la mer pour de l'eau de savon. M. Van Schendel aussi, après ses anciens compatriotes, cherche dan*

son Tonnelier un double effet de lune et de feu , que Scalken , Gérard Dow ou Peter De Hoog n'approuveraient point. M. Paul Flandrin est poursuivi par les lions, et sa Lionne en chasse reproduit agréablement les Lions assistant au lever de l'aurore, du dernier Salon. M. Leullier a presque retrouvé pour sa Chasse aux Caïmans sur les rives du Mississipi , l'ancienne verve de son Cirque des chrétiens livrés aux bêtes. M. Biard assemble toujours une foule impénétrable devant ses Quatre heures au Salon. M. Granet, de l'Institut, a stéréotypé, comme à l'ordinaire , quelques papiers peints représentant des intérieurs et des moines. M. Hippolyte Flandrin a fait un portrait d'homme , qui a la prétention d'imiter le style de M. Ingres. Les autres portraits dignes de remarque sont un portrait de femme , intitulé : Dix-huit ans, par M. Besson , un portrait d'homme par M. Verdier , un portrait de femme par M. Tissier. En paysages, nous avons un Bateaupécheur en rade , par M. Hoguet ; une Vue des frontières d'Espagne , par M. Roqueplan ; quelques fines études par M. Anastasi. M. Baron est l'auteur d'une Soirée d'été; M. Fontaine, d'une Scène d'invasion, un peu imitée de Diaz; M. Luminais, d'un vigoureux Champ de bataille , dans le style et la couleur d'Adolphe Leleux; M. Chavet, d'un petit tableau très-lin , la Leçon de chant ; entin M. Phi-

lippe Rousseau, de la Taupe et les Lapins, peinture très-spirituelle et très-harmonieuse.

En tournant vers la galerie de bois, on rencontre une série de douze dessins d'après la fresque de Panselinos, au couvent d'Aghia-Lavra, sur le mont Athos , par M. Papety : grand style, grande tournure, grand caractère; c'est superbe. Puis, dans la galerie même , de très-beaux dessins pris en Russie par M. Yvon ; une Noce de paysans béarnais, par M. Haft'ner ; une Paysanne ossaloise , par M. Bédouin ; une Orientale, de Diaz ; des Mendiants espagnols , par M. Armand Leleux ; un Contrebandier, par M. Jeanron ; un OEdipe détaché de l'arbre, par M. J.-F. Millet, dont nous avons vu ailleurs d'excellentes peintures ; quelques paysages d'une bonne couleur, par MM. Brissot, Adrien Guignet , Victor Dupré , Tournemine , et deux vues prises en Vendée, par M. Charles Leroux. Ici encore, nous trouvons égaré un portrait d'homme , peint eu maître, par M. Couture.

Après cette nomenclature i^apide , simplement extraite du livret entre 2,010 numéros consacrés à la peinture, nous serons plus à l'aise pour étudier les rares ouvrages qui en valent la peine. En outre , la sculpture nous otîrira 168 ouvrages, l'architecture 19, la gravure 122 ; en tout, 2,321 numéros portés au Catalogue, sur environ 5,000 présentés au jury ,

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