‹ Le Salon de 1857Chapitre 17 sur 26 · PASTELS. - DESSINS. - AQUARELLES. - ÉMAUX · texte numérisé non relu

PASTELS. - DESSINS. - AQUARELLES. - ÉMAUX

Nous signalerons de beaux portraits au pastel par Mme Becq de Fouquières, par M. Goddé, qui fait toujours un peu creux, parMn,° Coeffier, et nous arriverons vite au plus beau pastel que nous ayons jamais vu , au Christophe Colomb de M. Maréchal. Je connais même peu de tableaux à l'huile qui aient cette vigueur de tons et cette extraordinaire solidité de facture; les toiles des maîtres coloristes ne feraient certes pas pâlir cette œuvre merveilleuse. Colomb est ramené en Kspagne, enchaîné sur le pont d'un navire, a coté des cordages enroulés et des voiles car-

guées; près de lui s'élève le bastingage, pardessus lequel on aperçoit la mer immense, cette mer qu'il a franchie, plein d'espoir, à travers les révoltes, et qui l'a conduit à la réalité de son rêve. Tout ce que la nature humaine peut supporter de douleur est écrit en larges traits sur cette tête pensive retombée sur la main crispée. C'est la désespérance d'un homme de ' génie qui commence peut-être à douter de Dieu. Le corps, affaissé sur lui-même, est écrasé par la désolation et comme abîmé dans une torpeur insensée. Des fers chargent sa main maigre et sonnent sur ses chevilles ; c'est bien ainsi qu'il convenait de reconduire en Espagne celui qui avait découvert des mondes, et qui plus tard devait presque mourir de faim. Il faut le haut talent de M. Maréchal pour avoir su comprendre et interpréter ainsi cette passion, qui reste une des hontes de l'humanité ; il y a bien des toiles de cent pieds qui ne contiennent pas le pathétique ardent et le drame immense qui se déroulent dans ce pastel, qui est un pendant supérieur au magnifique Galilée exposé en 1855.

M. Bitla demeure le maître du crayon, il sait

LE SALON DE 1857 loi

le manier dune façon si originale et en tirer de si ingénieux effets, qu'on est surpris, a chaque exposition, qu'il puisse obtenir de si beaux résultats.

Le Réfectoire de moines grecs est un chefd'œuvre de finesse et de distribution de lumière; mais j'aime mieux le jiur de SakMMM, qui prend tout de suite les proportions d'une toile historique. Les juifs, habitant ou passant à Jérusalem, ont coutume d'aller le vendredi soir et le samedi matin pleurer et réciter des psaumes, non loin de la mosquée d'Omar, à un endroit que Ton considère traditionnellement comme un débris des murailles du temple construit par Salômon. Rien n'est plus singulier que de voir ces malheureux, sales et parfois déguenillés, portant les costumes juifs de Palestine, de Constantinople, d'Allemagne, de Pologne, se prosterner en face de ces pierres séculaires, et de les entendre réciter d'une voix nasillarde et entrecoupée leurs lamentations eplorees. Le Temple est bien détruit, nul ne le relèvera ; et cependant la vieille malédiction s'apaise, le juif redevient homme ; il a fait sa paix avec le ca-

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