‹ Le Salon de 1857Chapitre 19 sur 26 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

Depuis- cinq ans, l'art statuaire est en deuil; ses trois plus fervents et plus nobles représentants ont été frappés par la mort; Pradier, David et Rude ne vivent plus que par leurs oeuvres et par les élèves qu'ils ont laissés pour continuer leur enseignement. M. Bar\e reste seul aujourd'hui de grande valeur pour consoler de la perte de ces maîtres illustres, que les nouvelles recrues ne font pas oublier. Quoique cotte exposition de sculpture soit incomplète, puisque M. Barye n'a rien envoyé, non plus que M. Christophe, M. Preault, M. Cavelier, auquel nous ne tiendrons pas compte de ses bustes.

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elle est relativement importante et mérite d'être visitée avec quelque détail.

Les deux statues qu'on cherche d'abord et devant lesquelles ou stationne longtemps, sont celles de M. Rude, Y Amour dominateur et Hébé. Dans ces deux œuvres, nous retrouvons une partie des qualités qui font du Départ, de l'arc de l'Étoile, le plus beau fragment de sculpture qu'ait produit l'art moderne. Rude a pris la peine d'expliquer lui-même, dans une lettre citée au livret, de quelle manière il avait compris et certainement rajeuni ce vieux sujet de Y Amour : « Je place l'esprit au milieu de la » matière, dit-il; cette petite figure allégorique » que nous appelons Amour et que les Grec^ » regardaient comme le plus ancien de tous les » dieux, ce génie féconde toute la création. Je » figure l'eau tout autour de la terre ; les oi- » seaux représenteront l'air ; le feu sera le » flambeau. Je tacherai de décorer sans pré- » tention ni confusion la terre et l'eau : des » poissons, des coquillages pour celle-ci; sur » le promontoire, des fleurs, de petits reptiles, » enfants de la terre. Un serpent faisant le

» tour de la plinthe terminera celte composi- » tic-n par la représentation de l'éternité. » L'artiste a été fidèle au difficile programme qu'il s'était tracé. L'arrangement de cette figure est d'une belle habileté et dénote un homme rompu aux (inesses de l'art et du métier. Nulle surcharge d'ornements ni d'attributs ; nulle confusion dans l'ordonnance; c'est simple et ça s'embrasse d'un coup d'œil. Le corps du dieu a la gracilité et la souplesse de l'enfance; à voir ces emmanchements flexibles, ces membres vivants, on reconnaît l'œuvre d'un artiste familiarisé de longue main avec l'étude de l'anatomie, trop abandonnée aujourd'hui. La tête est très-réussie; son expression hautaine, accusée par une lèvre inférieure légèrement saillante et par une paupière surplombant l'œil, est bien celle qui convient au dominateur. VHébé est un groupe encore déparé par les tenons qui ont assuré sa conservation pendant les périls du transport, mais c'est, à mon avis du moins, le morceau de sculpture le plus remarquable de l'exposition. Cette jeune fille nue, presque enveloppée par les ailes de l'aigle

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olympien, debout, élevant au-dessus de sa têjte la coupe pleine du divin breuvage, est d'une élégance et d'une chasteté extrêmes. Loin d'imiter ces sculpteurs d'ordre inférieur qui semblent n'avoir d'autre but que de s'adresser aux sens, qui amollissent les contours, exagèrent intentionnellement certains détails et matérialisent la chair outre mesure, Rude a compris que la beauté résidait surtout dans l'élégance, qui est l'exacte proportion de la grâce, et dans la chasteté, qui est, pour ains dire, la spiritual isation de la forme, et il a fait de son Hébé une créature absolument divine, belle, pure et chaste, comme doit être une déesse. Son jeune corps, aminci et charmant, s'élance ainsi qu'une tige de lotus et s'épanouit . en une tête radieuse illuminée par un 'sourire plus doux qu'un parfum. Ses yeux pensent, sa lèvre parle, et, si nous étions encore au temps des prodiges, elle descendrait de son piédestal, semblable à la Galatée de Pygmalion, et montrerait au monde l'image vivante de la jeunesse et de la beauté. L'exécution est des plus prérieuses ; les genoux, les épaules el le thorax

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