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sont amenés à un degré de perfection et de vérités peu croyables. L'Institut, qui compte tant de médiocrités dans son sein, n'a jamais voulu se faire l'honneur d'admettre M, Rude au nombre de ses membres, et cependant, lorsque les historiens de l'avenir écriront l'histoire de l'art à notre époque, le bas-relief de l'arc de l'Etoile et cette Hébé tiendront certainement la meilleure place.
Animé par une pieuse pensée, 31. Lequesne, un des plus sérieux élèves de Pradier, a exécuté en marbre un Soldat mourant dont son maître avait laissé l'esquisse. Cette bonne intention trouve sa récompense dans le mérite de l'œuvre, qui est belle à tous égards. Après le Gladiateur, il est toujours difficile de faire des guerriers blessés; néanmoins, et malgré la redoutable concurrence de la statue antique , M. Lequesne, s'inspirant de la maquette inachevée de Pradier, est arrivé à faire une académie originale et d'une anatomie bien observée. Le soldat, frappé au-dessus du cœur, est tombé (un peu trop dans son bouclier) ; il s'appuie sur la main gauche, lève de la droite son glaive
brisé, et laisse se rabattre en arrière sa jeune tête bouclée à la Pélasge. et qu'on dirait empruntée au Soldat de Marathon qui est à Athènes, dans le temple de Thésée. La main de l'élève a bien fait son office ; elle a su animer ce marbre un peu gris et sans transparence, et donner à toute cette tigure un aspect grandiose que le maître ne désavouerait pas. On reprochait souvent à Pradier de ne savoir faire que les femmes et de se plaire aux afféteries coquettes plutôt que de chercher la force et la majesté; ses confrères et les critiques tentaient toujours de lui montrer la petite paille qu'il avait dans l'œil. Fatigué de ces observations, et, je dirai le mot, de ces jalousies, Pradier, pour réduire au silence ces langues trop bavardes, avait composé, en demi-nature, un magnifique groupe représentant Ulysse portant le corps (T Achille ; nous l'avons vu souvent dans son atelier : c'est un chef-d'œuvre. Est-ce que M. Lequesne , qui a gardé religieusement le souvenir de son maître, ne pourrait point exécuter ce groupe en lui donnant les proportions que Pradier avait rêvées pour lui ?
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Puisque nous en sommes aux morts, nous dirons vite quelques mots de M. Duret ; car, depuis son Improvisateur et son Pêcheur napolitain, il me semble qu'il ne fait guère parler de lui. Les deux statues qu'il expose cette année, la Comédie et la Tragédie, ne sont ni bonnes ni mauvaises; elles sont médiocres, et c'est ce qu'il y a de pire ; cela ressemble à toutes les Thalie, à toutes les Melpomène connues ; là Comédie n'a point de mouvement; un sourire niais fait grimacer sa face amollie; d'une main elle tient le masque, et de l'autre des verges à battre les œufs. Pour la Tragédie, M. Duret ne s'est pas mis en grands frais d'imagination : elle est la reproduction à peu près exacte d'une statue, la Julie, si ma mémoire me sert bien, qui est à Rome, au Bracchio wuovo du musée Chiaramonli, à cette différence près que la traduction affaiblit singulièrement l'original : traduttêre , traditore;&n somme, ce sont deux allégories communes et rebattues, que leur exécution ne réussit pas à faire valoir.
V Ariane de M. Aimé Millet a une certaine nonchalance et une sorte d'afféterie plaisante
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qui m'etonncnl chez au élève de David, qui fut, sans contredit, le maître le pins âpre et le plus élevé de noire époque. Cette statue est donc gracieuse, sans grande force, niais d'un bon mouvement qui affaisse les lignes et donne l'idée d'une douleur accablée ; le talent du sculpteur se fait plutôt remarquer dans l'ensemble que dans les détails; les mains, entre autres, d'un contour un peu mou, laissent encore à désirer. Par une agréable fantaisie, et dont il faut tenir compte, la chevelure de la pauvre abandonnée est mêlée à des raisins murs, comme pour bien indiquer que le consolateur Bacchus va bientôt venir sécher ces belles larmes versées au souvenir de l'ingrat Thésée. Si cette statue était un début, elle laisserait le champ ouvert à toutes les espérances,
La sculpture de M. Fabisch est tout à fait efféminée ; sa Fille de Jephté, très tourmentée dans les draperies, semble une réminiscence de la façon l\ mphatique et fondante de M. Clésinger; il y a cependant de la vérité dans la pose et quelque recherche dans le mouvement ; mais en n'essayant que Ydgréabïe, au lieu de tenter cou-
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rageusement le beau, je crois que M. Fabisch a affaibli beaucoup l'effet de son œuvre.
M.Bonnafféa voulu exécuter un tour de force, et je doute qu'il ait réussi ; sa Belle de nuit, réminiscence directe d'une figurine grecque en terre cuite très-connue, est d'un dessin tellement faible, a un cou si étrangement impossible, des pieds si engorgés et des mains si lourdes, qu'on n'attache d'importance, en toute cette figure, qu'à la façon dont la draperie transparente se colle sur le corps qu'elle dessine; mais c'est là un tra\ail de praticien plutôt que d'artiste. L'art ne consiste pas en difficultés vaincues ; ces grands efforts pour les petites choses, pour les surprises, pour les trompe-l'œil frisent de bien près la décadence et ne doivent jamais, selon nous, tenter un esprit sérieux. Le talent inutilement dépensé dans cette statue prou\e que M. Bonnaffé pouvait faire et fera mieux.
Je préfère hautement à cette Belle de ira il la Jeune Syracusanjte de M. Maillet, statuette en bronze, drapée aussi, mais avec goût, naturellement, et par un sculpteur qui se souvient des leçons de Pradier; la forme eu est élégante a
la fois et sévère; cette ligure est bonne et fait très-heureusement oublier cette Primàïera que je n'aurais pas voulu voir à l'Exposition universelle.
La Psyché de M. Calmels, un peu défectueuse de face, est charmante de profil, très-jeune et d'un joli mouvement; mais il me semble que ces dorures lui nuisent et détruisent la blanche harmonie qui est un des charmes de la statuaire.
Le Léandre de M. Guitton est bien mouvementé ; le geste de la main au-dessus des yeux est rendu avec soin, de même que l'anatomie générale, anatomie jeune, comme il convient à un adolescent, sans pourtant être fade ; je préfère cette statue à l'étude de Jeune Ville dont l'ensemble est contrarié parce bras rajouté; je sais que ce défaut n'incombe pas à M. Guitton, mais il tire le regard et brise la pureté des lignes. J'aurais voulu aussi moins de détails autour de la statue; ces branches de chêne et de chardon, inutiles et mises là sans doute pour prouver l'adresse du ciseau, détournent l'attention et papillotent aux yeux. M. Guitton est dans la
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bonne voie; mais, entre nous, je l'engage à ne se préoccuper que des expositions publiques, celles-là seules portent un enseignement; les autres ne satisfont que I'amour-propre, et un homme qui a la prétention et la volonté de devenir un artiste ne doit pas s'en soucier.
L'effort de M. Gumery doit lui être imputé à bien; il a voulu échapper au genre académique; si le résultat n'est pas obtenu, l'essai est, du moins, très-louable. Le Retour de V Enfant prodigue sort de la routine ordinaire, et prouve chez son auteur une ardente envie de bien faire; malheureusement, en art, l'intention ne peut pas être réputée pour le fait; nous ne pouvons qu'applaudir à cette bonne volonté et l'encourager de toutes nos forces. Le principal reproche que j'adresserai à ce groupe considérable et qui a dû exiger un long et pénible travail, c'est que, par sa disposition, il escamote en partie les visages; or les montrer avec leur impression et leur physionomie diverses, c'e>( là une des lois de la sculpture. Je l'ai dit ailleurs, le peintre de l'antiquité qui jeta un voile sur la tête d'Agamemnon assistant au supplice d'iphi-
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génie, ne fit qu'un tour d'ad.esse. Néanmoins, malgré cette imperfection, il faut louer dans ce groupe son importance, une élude méticuleuse de draperies et une tournure solide qui indique une vraie connaissance du métier et un sentiment profond de l'art.
On pourrait séparer les sculpteurs actuels en deux classes : ceux qui, toujours tournés vers l'antique, imitent tant bien que mal ou plutôt copient maladroitement les chefs-d'œuvre que les temps anciens nous ont laissés, et ceux qui, dans ce voyage rétrospectif, se sont arrêtés à la renaissance. Pour les premiers, le procédé est fort simple: on prend à l' Antinous la tête, au Germa niais les pectoraux, au ttaahus les jambes, et on fait, de pièces et de morceaux, une statue d'homme; les statues de femmes s'obtiennent de la même façon : la Vénus de M Ho fournit le visage, Poîymnie prête les draperies, la Diane donne le mouvement et le reste; si nous n'avions de l'indulgence, nous nommerions les prétendus sculpteurs qui, à cette exposition même, ont exhibé de pareils pots-pourris. Pour les seconds, on retrouve dans leurs œuvres des
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fragments do Donatello, de Jean Cousin, de Germain Pilon, de Jean de Bologne, dissimulés autant que possible, mais cependant reconnaissablés toujours. Ceux qui, sans préoccupation trop entraînante du passé, cherchent et trouvent dans la nature leurs véritables inspirations, sont rares; en voici deux cependant, celte année, qui s'attaquent courageusement à la vie moderne et semblent penser qu'il est temps d'en finir avec les allégories inutiles, les "nymphes inconnues et les dieux érigés en planètes.
C'est pourtant d'une allégorie que je veux parler d'abord ; mais elle est conçue à un point de vue tellement juste, qu'elle devient réelle comme un fait. M. Lebœuf a escaladé l'Olympe actuel, et il n'y a trouvé qu'un dieu vivant : le Travail. Il le représente tel qu'il est, non pas ainsi que l'ont déjà travesti tant de sculpteurs médiocres, en petit génie bouffi, mais sous sa vraie forme de jeune homme solide et hardi, il est debout, la poitrine nue, large et respirant à pleins poumons, les épaules vigoureuses, les bras accentués, appuyé contre une bigorne et tennnt à la main le lourd marteau du forgeron: