‹ Le Salon de 1857Chapitre 21 sur 26 · IG8 LE SALON DE · texte numérisé non relu

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près de lui pend sa \este d'où je vois sortir un livre, car ce colosse a une âme qui demande pâture. Le bas du corps est vêtu d'un pantalon retenu par une sangle de cuir, et les pieds disparaissent dans les gros souliers du prolétaire. La tête est jeune, intelligente et vivace. L'ensemble a une grande tournure et tout autant de style que n'importe quel bonhomme vêtu de la chlamyde ou de la toge. Cette statue prouve que le costume moderne n'est un épouvantail que pour les ignorants, il y a longtemps que je le sais ; à cet égard, je connais une statue d'André Chénier par M. Préault, qui démontrera, j'espère, qu'un homme de talent sait s'assimiler les éléments les plus disparates et en tirer bon parti. Dans le Tramildem.. Lebceuf, il y a encore des inexpériences; le pouce a hésité quelquefois, notamment dans le visage, dont l'expression un peu exagérée est plus cherchée que trouvée, mais cette œuvre n'en demeure pas moins trèsbelle et très-méritante. Je voudrais voir cette statue coulée en bronze et exposée sur une de nos places publiques.

Le Joueur de biniou, de M. Lebourg, est un

Breton qui danse lanigouce sur un tonneau paré de pampres mûrs; le costume est exact : voici les longs cheveux , et les larges gilets, et la veste, et le ceinturon de cuir et les bragoubrass ; le mouvement est plein de vivacité et de pétulance ; c'est bon et demande un pendant ; que M. Lebourg le cherche dans le même ordre d'idées.

M. Ottin expose un Chasseur indien surpris par u)t boa, groupe en bronze que déjà nous avons vu en plâtre vers 1847, si nos souvenirs ne nous trompent pas. L'agencement du personnage, du cheval et du reptile, est entendu parfaitement. C'est d'une énergie rare et qui dénonce en M. Ottin de précieuses aptitudes. Sa Jeune Fille portant un vase, escortée de deux petits enfants, est un joli morceau très -bien ordonné et d'une gracieuse ornementation.

Les deux groupes de M. Lechesne, les Déni" ('heurs, inspirés par les deux vers d'une romance connue :

Dieu seul a droit sur tout ce qui respire ; Ne pouvant rien créer, il ne faut rien détruire,

sont d'un mouvement très-puissant et très-étudié. L'arrangement général en est habile et fort ingénieux; ces groupes ne mériteraient aucun reproche, si la patine en était plus régulière et moins inégalement marbrée. De ceci M. Lechesne est évidemment fort peu coupable ; mais, après l'exposition, ne pourrait-il pas faire reprendre ses bronzes? ils y gagneraient beaucoup.

Sa pensée est au ciel, ai: séjour quelle espère. Et son chien, sou ami, son compagnon sur terre. Fixe instinc ti veinent et promené ses \eu\ Sur son regard perdu qui s'enfuit vers les cieux.

Tels sont les quatre vers qui servent d'épigraphe et de commentaire à la Pensée et /' Instinct, de M. Grabouski. C'est fouillé dans le marbre et pratiqué par un homme qui connaît les secrets du ciseau, de la mèche et de la râpe. Les vêtements tout modernes de la jeune fille sont souples comme des étoffes ; le visage est gracieux, les extrémités sont bien traitées ; en somme, c'est une bonne et estimable statue.

Jeune Fille et poussins est un aimable groupe de M. Truphème, naïf dans la pose et dans l'ex-

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pression et qui mérite des éloges, ainsi, du reste, qu'une bonne statuette en bronze de Mirabeau.

La petite statue en marbre de M. Protheau représentant une Nourrice indienne, me paraît une des sculptures les plus expressives, les plus fines et les mieux réussies du Salon. Le profil de la jeune femme est ravissant. La pose, toute prétentieuse qu'elle pouvait être, reste dans d'excellentes limites de gracieuse vérité; les têtes sont finies comme des camées, sans être dures ni sèches ; le contour est élégant, sans mollesse et d'une extrême suavité. C'est un bijou délicieux.

Parmi les bustes nous citerons, comme bonne réminiscence de l'antique, la Xifmjdie Arétluise, la Chrfjsolhéinis de Sophocle et la Mèdêe d'Enrijide, par M. Cailloué. Les trois têtes des déesses (ce que les poètes ont créé s'élève au rang des dieux) ont une parfaite distinction et une finesse d'exécution qu'il faut remarquer. Continuant la vraie tradition, sans se préoccuper des détours dangereux que les académiciens modernes ont voulu lui faire taire, M. Cailloué n'a

pas hésité a donner à ses bustes des \eux d'argent émaillés de noir. La plupart des bustes et des statues en bronze que l'antiquité nous a légués lui donnent raison; cela apporte, du reste, aux physionomies une expression plus saisissante et plus vraie.

Les bustes algériens de M. Cordier (Arabes, Moresques, Kabyles, etc.) sont curieux, surtout au point de vue ethnographique ; sous le rapport de l'art, l'emploi simultané des différentes matières, telles que le bronze, le marbre, l'albâtre, l'onyx, les rend importants; mais, selon nous, ils sont loin de valoir, comme intérêt et comme exécution, cette Nubienne que nous avons été heureux de signaler en 1852.

M. Blavier rompt avec toutes les traditions, et il fait bien ; il s'éloigne de l'antiquité et de la renaissance. S'il a quelques affinités, c'est avec les maîtres du dix-huitième siècle, avec ceux qui nous ont laissé ces merveilleux portraits en marbre qu'on ne se lasse jamais d'admirer. Peut-être voit-on trop, dans sa manière, le travail de la mèche, mais ce défaut sans valeur est racheté par tant d'originalité, par une telle

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