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que l'assemblage des noirs pouvait lui offrir; nous recommanderons aussi les tableaux de M. Gustave Boulanger qui fait preuve de talent et de bon vouloir dans Lesbie, Lucrèce et dans les Paires arabes , quoique nous ne soyons pas complètement satisfait des tons trop transparents de cette dernière toile.
J’ai beau hésiter et faire l’appel de tous les soldais pourreculerle moment pénible de m’occuper de leur ancien général, il faut bien cependant que j’en arrive à parler de M. Gérôme. Que dire de lui, sinon qu’à force de s’occuper des détails il ne voit plus les ensembles et qu'il est devenu un peintre d’accessoires. Un peintre? Est-ce bien de la peinture, cette couche diaphane et crue qu’il applique sur ses toiles? J’en doute, et je ne trouve plus aujourd’hui les qualités artistiques du Combat des coqs , de Pæstum, du Siècle d’Auguste , qui valurent à M. Gérôme une juste renommée. Ses tableaux ressemblent maintenant à des planches faites à la lithochromie et destinées à illustrer un livre d’archéologie élémentaire. A force de chercher la petite bête, M. Gérôme ne trouve plus qu’elle. Ce procédé, de séduction facile sur le public, est- il fait pour contenter un artiste sérieux?
Je ne le erois pas; car, volontairement, le peintre ravale ses compositions au rang de vignettes coloriées. Cet amour du détail pour le détail même apparaît de tout son mauvais éclat dans le Roi Candavle (6 Stra tonice!). Sa femme, dont Gygès a grand tort de devenir amoureux, car elle est fort mal faite, se déshabille littéralement dans un magasin de curiosités : cassolettes, llabella, coffrets, boucliers, vases, escabeaux, tabourets, fauteuils, lampadaires, tout le bric-à-brac antique est là minutieusement représenté. Les divinités abondent aussi, comme bien vous pensez, non pas au point de vue de l’histoire, mais au point de vue d’une fantaisie panthéistique assez baroque, car, à côté d’une Minerve grecque, voici une lsis égyptienne et, qui plus est, un Ganésa hindou; il eût peut-être été raisonnable de donner à ce dernier dieu sa couleur hiératique, qui est le violet. Ce ✓
défaut, qu’on pourrait jusqu’à un certain point excuser dans un sujet de boudoir comme le Roi Can danle , devient absolument condamnable dans une toile à prétention semblable à Y Ave César. Quoi ! dans ce fait immense des combats de gladiateurs, qui nous apparaît comme la quintessence historique du
vieux monde romain, M. Gérôme ne voit qu’un prétexte à casques, à cuirasses, à velarium, à knémides, à filets de retiaires et à statuettes; j’en douterais, si je ne le voyais pas. Ah ! ce n’est pas ainsi que les poètes ont compris ces luttes étranges dont le seul souvenir nous étonne encore. Ui pictura poesis! La poésie, dans ce cas, laisse la peinture très-loin derrière elle.
Le Gladiateur de llavenne, de Frédéric Halm (M. Munch Bellinghausen), est un chef-d’œuvre de mouvement . et d’entrain, si je le compare au cirque de M. Gérôme :
« Comment dis-tu? Un jeu dégradant? quand Rome entière se met en fête, quand César, le sénat et les chevaliers romains se rendent en cortège solennel au cirque où débordent déjà les flots tumultueux du peuple ; quand ensuite, sur un signe de César, les barrières s’abaissent devant les combattants, et qu’il se fait un silence, un silence comme si jamais la parole n’eût existé; quand enfin le signal retentit, que les coups tombent, que celui ci s’avance, que celui-là, esquivant le coup, lance d’un jet prompt son filet sur le casque de son adversaire ; *
que celui-ci se dégage, est enlacé de nouveau, frappe,
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est frappé, saigne, chancelle, présente même en tombant la poitrine à l’ennemi, reçoit le dernier coup et meurt ; quand ensuite, comme une trombe, comme un tremblement de terre, éclate ce tonnerre des applaudissements et descend sur la tête enivrée du vainqueur ; que roses et lauriers pleuvent autour de lui, que César lui sourit et que des milliers de voix acclament son nom à travers les airs... c’est là un jeu, un jeu dégradant ? c’est la victoire, c’est la gloire, c’est la vie 1 ! »
El dans Melœnis, le magnifique poeme de M. Louis Bouilhet, quelle fougue, quelle verve, et quelle science en même temps, dans le combat, en présence de Commode !
Il tendit son cou nu sous l’acier du poignard;
Puis, tourné vers la foule, et d’une voix puissante :
« Frappe, enfant, cria-t-il, et salut à César! »
Le sang jaillit h flots par la gorge béante Et Mirax se souvint de tomber avec art !
C’est à ces belles sources que M. Gérôme aurait dû aller rafraîchir son inspiration qui s’épuise, et non
1 Le Gladiateur de Ravenne, acte HT.