LES PAYSAGISTES — LES ANIMALIERS
Toute la force de la peinture française s'est réfugiée dans le paysage; un simple coup d'oeil jeté sur l'Exposition le prouve trop clairement pour qu'il soit besoin d'appujer sur ce fait universellement reconnu aujourd'hui. Est-ce un bien, est-ce un mal? Je l'ignore; mais j'avoue que dans l'art absolument dénué d'idéal, tel qu'il est compris maintenant, j'aime mieux voir des arbres que des hommes, ils sont moins laids. Entre les artistes qui s'obstinent à ne jamais regarder la nature, et se sont obstinément
enfermés dans une convention dure, sèche el absolument impossible, et ceux au contraire qui, dédaignant beaucoup trop les procédés matériels, semblent ne vouloir traduire que ce sentiment indétini qui est, pour ainsi dire, le souvenir du paysage, il y a des hommes forts et convaincus qui emploient toutes les ressources de la couleur et du dessin à rendre palpable et vivante l'impression dont ils ont été saisis. En tête de ces hommes consciencieux, nous placerons M. Français, auquel je ne reprocherai qu'une certaine pesanteur qui semble lui être naturelle. Il dessine mieux que personne, ses hgnes sont toujours d'une justesse et d'une proportion extrêmes, sa couleur est sobre et savante, il a un très-vif sentiment de la nature, et toutes ces qualités réunies suffisent à faire de ce peintre un artiste très-recommandable. Aujourd'hui, laissant de côté les petits coins liumides et lumineux qu'il savait choisir à merveille, il cherche à faire de la peinture de style, tout en restant dans la stricte observation de la vérité, et il attaque courageusement ce que j'appellerai la nature épique. Je sais que cette tentative n'a pas été généralement approuvée et qu'on a dit avec i)lus d'esprit
que de justice, que son grand tableau ressemblait à une élude d'arbre pour le concours de paysage. C'est, il me semble, trop vite et mal juger ; de même qu'un peintre d'histoire, lorsque le hasard lui fait rencontrer un beau modèle, homme ou femme, s'empresse de faire un Achille ou une Vénus, M. Français, paysagiste, a tenté de faire le portrait idéalisé d'un groupe d'arbres remarquables. Il a voulu montrer, en isolant des hêtres de tout l'accessoire ordinaire à ce genre de composition , quelle importance l'arbre avait dans la nature, et en effet, il est à le peinture de paysage ce que l'homme est à la peinture historique ; chaque arbre, et parmi ceux même de semblable essence, a son allure, sa physionomie, ses attitudes, ses façons d'être particulières et, si j'ose dire, son esprit spécial; c'est ce que M. Français a sans doute compris depuis longtemps, c'est ce qu'il a voulu nous montrer aujourd'hui, et loin d'être une étude, comme on l'a dit, son tableau est plutôt un type ; il est intitulé : Lqs Hêtres de la côte de Grâce, près d'Honfleur ; effet d'automne. L'harmonie générale de la toile est lilas-rose, relevée par quelques touches d'or dans les feuillages desséchés ; les
lueurs rutilantes de l'automne ont pénétré l'azur du ciel et donnent aux: ombres mêmes des transparences qui rappellent, en plus chaud, les tons de l'améthyste. Sur le ciel iiffmense, en haut d'un tertre vert, en face de la mer, où passent dans le lointain quelques barques blanclies, les hêtres se détachent avec leurs belles branches, dont, l'une s'est courbée comme une voile au souffle des brises de l'Océan. Les feuilles se sont envolées au vent ; quelques-unes, les dernières, tremblent encore sur leurs pédoncules fatigués, comme des papillons de vermeil. Le tronc luisant et d'une teinte très-tendre, qui rapproche de la couleur cliair, montre ses flancs vigoureux que nul orage ne pourrait ébranler ; il puise la vie, en terre, par des racines profondes, la sève puissante glisse sous son écorce polie, et il noie sa tête chevelue dans les airs mobiles tout emprégnés de lumière. C'est la force de la nature dans une de ses expansions les plus larges et en même temps les plus douces. Peut-être M. Français aurait-il ])ien fait de tenir les ombres de la partie droite dans une gamme plus foncée; tout le tableau y eût gagné, car le sujet principal se serait plus lunii neusemenl détaché encore et eût acquis une plus vive
fermeté ; mais c'est là une critique qu'il a déjà pu s'adresser ; ce que nous voulons constater, c'est que cette tentative est très-importante, qu'elle est courageuse, qu'elle doit être renouvelée et qu'elle a été menée à bien avec un grand talent. C'est plus qu'il n'en faut pour être digne de très-justes applaudissements.
Si nous voulions nommer séparément et apprécier en quelques mots tous les paysages qui méritent des éloges, nous n'en finirions plus et un volume entier n'y suffirait pas. Nous voudrions bien cependant ne pas faire d'omission grave, et nous citerons sommairement : M. Hanoteau, une Prairie sur les bords de la Landarge, fin et lumineux paysage ; M. Lavielle, dont V Étang de Bourcq est, malgré ses bonnes qualités, déparé par des tons bleuissants qui le refroidissent ; M. Capelle, qui peint solidement, mais qui seml)le avoir découpé dans des cartons coloriés l'étrange toile intitulée Avant la iMcsse ( basse Navarre ] ; M. Gabat, qui a toujours son charme rêveur atténué çà et là par d'excessifs empâtements qui alourdissent la peinture sans lui donner de la force ; M. Rousseau, qui, cette année, papillotte outre mesure, paraît tout à coup
pris de faiblesse, et dont un tableau ressemble à des lentilles répandues sur une ardoise; M. Desjobert, toujours soigneux et coloré; nous lui demandons cependant pourquoi, dans le Préau de Saint-Maurice^ l'enfant tenu par sa mère a sur les yeux celte ombre portée qui lui fait un abat-jour de couleur sombre? M. Desbayes, qui a abusé un peu trop peutêtre, malgré son talent réel, des silhouettes découpées en noir sur le ciel clair ; M. Polémont, qui a de l'esprit et distribue bien ses rayons de soleil sous les saules où dorment les flâneurs ; M. Emile Lapierre, qui croît chaque année,, et qui a la manie, déjà signalée depuis longtemps, de toujours tacheter ses ciels; M. Anastasi, qui se livre à de violentes fantaisies à propos de soleil couchant, et qui exprime un joli sentiment dans Chemin en hiver; M. Charles Leroux, qui reproduit la douce et grasse nature des environs de Nantes avec un soin et un talent très-dignes d'éloges; M. Villevielle, qui arrive à la mollesse en cherchant la largeur et qui prend trop facilement de bonnes ébauches pour des tableaux terminés ; M. Papeleu, qui, dans les Dunes du Pas-de-Calais, traite d'une main habile ces belles et profondes prai-
ries toujours vivifiées et engraissées par le souffle salé de la mer ; M. Oudinot, qui copie M. Corot plus qu'il ne l'imite ; M. Gourdouan, qui traduit magistralement les sévères et fortes beautés de la nature provençale; M. Louis Ménard, qui a de jolis abris pour y coucher ses biches dans l'herbe humide du matin ; M. Saint- Élienne, dont la vue de Noria m'a rappelé les toiles largement lavées de Lessore; M. Busson, qui, dans les Landes près Tartas, a une couleur blonde charmante et une incalculable profondeur; M. Achard, qui joue, encore un peu lourdement, mais de bonne façon, avec la verdure et le soleil ; M. Antiq, en qui je salue un débutant qui a un vif sentiment de la nature et une main agile qui me semble pleine de promesses; M. Salzmann, qui semble avoir grisonné son Ponte-Mamolo en le frottant aux toiles de M. Corot; M. Bentabole, qui nous montre un Tombeau de Chateaubriand solidement peint et d'une bonne intelligence de la mer ; M. Ilagemann, qui s'est trop souvenu du Printemps de M. Daubigny en peignant le sien; M. Saal, qui procède si bien d'André Aclienbach, qu'on croirait volontiers qu'il a copié un de ses clairs de lune ; M. Xavier de Cock, qui est loin d'être
aussi vaillanl en 1859 qu'en 185T, qui a toujours une qualité exquise de vert, mais qui fera bien de renoncer à l'abus des glacis qui finirait, s'il n'y veille, par le conduire à mal ; M. Baudit, dont le Viatique en Brclagne est une fort belle toile, lumineuse, impressionnante et sagement peinte; M. Lambinet, qui se ressemble tant, qu'on croirait qu'il se copie, si sa facture n'était supérieure aujourd'hui à celle des autres années; M. Imer, dont la brosse est encore un peu indécise et molle, mais qui choisit parfaitement ses motifs et qui aide son coloris, naturellement agréable et harmonieux, parunesorte de sentiment rêvéurplein d'un attrait profond; et enfui M. Paul Gourlier, dont le talent, augmenté chaque année, arrive aujourd'hui à de très-précieux résultats; la Villa Borghèse est une très-belle toile, qui paraît cependant avoir été peinte en deux fois; de jolies figures de M. Baron s'y promènent devant des arbres traités de main de maître; IcsBordsdu r^^renousmontrentrimposantesilhouelte de Saint-Pierre et du cliâteau Saint-Auge, se détachant noire et pourtant transparente sur les dernières lueurs du soleil couchant. Dans tous ses paysages, qu'ils soient empruntés à f Italie ou à la France, il y
a une pensée sereine qui émeut el qui est comme une émanation directe de la nature.
M. Corot est toujours le même ; sa rêveuse et douce peinture tourne dans un cercle qui ne se renouvelle pas et qui ramène naturellement les impressions un peu indécises et comme voilées qui, souvent déjà, nous ont cliarmé. Le ton gris qui donne h son coloris une certaine opacité, semble un nuage transparent à travers lequel.on regarde la nature; c'est d'une tranquillité attrayante qui repose et donne envie d'aller dans ces bois, sous ces futaies ombreuses, à travers les herbes humides encore des rosées matinales. Il a beau donner à ses tableaux des titres ambitieux et les appeler: Macbetli^ Dante e[ Virgile, ils ne représentent jamais qu'un aspect aimable et attendri. Il n'y a dans le talent de M. Corot rien de farouche, de violent, ni même d'exagéré; sa peinture rappelle un peu ces vieilles pastorales naïves où le hautbois chante un air que la flûte reprend en écho ; ses qualités principales et essentielles sont la douceur et la rêverie, et son grand mérite est peut-être de n'en avoir pas cherché d'autres. Le Souvenir du Liinousin est, de ses tableaux, celui qui aujourd'hui
nous a le plus frappé, et nous adresserons à l'Étude à Ville-d'Avray le reproclie d'être trop traitée en esquisse.
En 1857, nous avions remarqué une Vue prise en Sologne de M. Francis Blin, qui nous avait paru digne d'éloges ; à cette exposition, il arrive avec deux tableaux très-recommandables, et qui sont un important progrès. Après l'orage [Bretagne), est un trèshardi paysage et une fort habile peinture \ les dernières nuées de la tempête, ramassées à l'iiorizon en immenses volutes et éclairées par un reflet de soleil, roulent dans le ciel au-dessus d'une lande coupée par une route grise oii la boue délayée s'étend comme un long tapis gris et humide; de chaque côté, des tertres verts effondrés d'ornières l'accompagnent, et^ au fond, on aperçoit un bouquet d'arbres quis'égoutte ; nul homme ne passe, nul cheval ne fait jaillir la fange sous ses sabots, nul troupeau ne revient des champs. C'est la solitude, la profondeur et la lumière prises sur le fait ; ce tableau-là est fort bon et annonce l'avenir d'un maître. Nous en dirons autant de celui qui est intitulé : Le Matin dans la lande. L'effet un peu aigu des brumes gris perle, qui
s'évanouissent peu h peu au lever du soleil, a été saisi et immobilisé sur la toile avec un exquis sentiment et un talent déjà très-sérieux; là, non plus, personne ne passe, et devant les grands peupliers qui détachent leurs belles lêtes moites sur le ciel frissonnant encore, on ne voit qu'une bande de corbeaux qui fouillent la terre et cherchent des mans. La brosse de M. Bhn est sûre, grasse; son dessin est juste, l'air circule dans ses paysages ; il voit bien, il transmet bien; je ne vois guère ce qui lui manque ; j'allais oublier de dire qu'il paraît affectionner les colorations blondes qui sont les plus belles, toujours les plus séduisantes, et celles que le temps respecte le mieux.
LeMarais de la Campine, par M. Knyff, mérite aussi de sincères éloges, malgré les tons trop noirs qui çà et là déparent l'harmonie générale, tout en lui donnant une extrême vigueur d'opposition. Il y a de l'horizon et surtout un sentiment de l'humidité poussé à l'extrême hmite du vrai. L'eau passe sous les herbes et on la pressent encore là-bas, à l'horizon, vers ces prairies si lointaines qu'elles semblent se réunir au ciel. Si M. Knvff veut bien attendrir un peu son co-
loris, se tenir dans une gamme plus douce et se méfier des teintes sombres qui, tôt ou tard, feraient tacîie , il nous paraît certain qu'il arrivera à des résultais tout à fait supérieurs.
L'exposition de M. Daubigny est fort importante, et cependant elle ne vaut pas, pour nous du moins, la Yallée d'Optevoz, du salon de 1857. .l'admire beaucoup le talent de cet artiste, qui est bien réellement ce que la lillérature de l'Empire eût appelé « un amant de la nature. » 11 l'aim.e en effet d'un amour exclusif et profond, mais il nous semble que son amour est encore trop respectueux. Quand il fait le portrait d'un des aspects de sa bien-aimée, il ose à peine accuser ses traits et formuler ses lignes; à force de vouloir lui laisser tout son sentiment, il liésilo à accuser sa forme, et à force de vouloir être naïf, il arrive souvent à n'être qu'incorrect, comme dans toute la partie gauche des Grèves an bovd de la mer, qui est si réellement négligée, qu'on peut croire que le peintre, surpris à l'improvisle par l'ouverture de l'J'^xposition, n'a pas eu le temps de terminer son tableau. La peinture de M. Daubigny, pour laquelle nous professons une admiration tres-sincère, corres-
pond un peu trop à ce que, dans les lettres, on appelle la lillérature de sentiment. Vous rappelez-vous la chanson du soldat qu'on doit fusiller?
Puis on mellra mon. cœur Dans une serviell' lilanche ; On r porlra au pays Dans la maison d' ma mie, En lui disant v'ih 1' cœur De votre serviteur!...
C'est plein de sentiment, j'en conviens volontiers ; mais ça n'a ni rime ni mesure ; les vers ne sont pas sur leurs pieds, et la grammaire y fait défaut; ce n'est pas de la poésie, c'est un à peu près, et il me semble que la peinture de M. Daubiguy ressemble un peu à cet à peu près. Nul pourtant ne sait mieux peindre que lui ; il connaît tous les secrets du métier; a-t-il donc peur d'affaiblir l'impression de ses toiles en les terminant comme "il convient? Qu'il prenne garde cependant, car s'il lâchait un peu plus sa manière, il arriverait à peindre comme M. Carrand [Paysage, effet de soleil couchant^ 498), qui ne peint pas du tout. Ces critiques faites, ou i)lutot ces conseils donnés, qui nous pesaient au cceur, iiàtons-nous de dire ([UO les Bords de l'Oise sont un des j)lus re-
marquables paysages de celte exposition. Les grands arbres frais et très-vivants reflètent dans l'eau paisible leurs panaches ondoyants ; c'est très-profond et d'une simplicité de lignes et de couleur qui indique une main rompue à toutes les difficultés pratiques de l'art. Le Lever de /«ne est un étrange tableau reproduisant un effet rapide, à ce moment insaisissable où le jour n'est plus et où la nuit n'est pas encore; la lune est levée, blafarde, auréolée de brume, et elle éclaire de sa pâle lumière les terrains cultivés et le large chemin où marche un troupeau de moutons soulevant la poussière de ses pieds nombreux ; le nuage de poussière se mêle aux vagues brouillards, et donne à toute la composition un aspect grisâtre et transparent d'une puissance très-singulière.
M. Jadin retourne aujourd'hui vers le paysage^ qui lui valut jadis ses premiers succès; sa Vue de Rome prise de l'arco di Parma est une toile d'un ordre trèsélevé, peinte avec cette sohdité qui est dans les liabitudes de M. Jadin, et tout à fait exacte au point de vue du pays et de l'effet cherché. Nous reprocherons seulement à l'artiste d'avoir traité un peu trop à la façon de M. Decamps certaines parties de muraille,
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à gauche. 11 est assez maîlre. il nous semble, par lui-même, pour pouvoir puiser toujours dans son {iropre fonds et ne point demander de secours aux manières étrangères. Nous signalerons dans ce tableau, comm.e extrêmement bien venu, tout le ciel doré et zébré par le soleil couchant, sur lequel se détache l'immense coupole de Saint-Pierre. Pour être revenu au pavsage proprement dit, M. Jadin n'a pas abandonné ses chiens bien-aimés, et il a eu raison, car nul, comme lui, ne sait les faire vivre et penser. Pas commode est l'excellent portrait d'un animal difficile dans ses relations, d'humeur violente et querelleuse, bas sur pattes, fauve et blanc, prêt à mordre, denté comme un requin et grand amateur de mollets. Lorsqu'il le peignait, M. Jadin n'a-t-il pas versé une larme en pensant à Mi lord?
M. Jadin nous servira de transition naturelle pour parler des animaliers, qui, pour la plupart, ont fait cette année un effort important. Entendons-nous cependant, l'importance de l'effort est surtout dans la dimension de la toile ; le mauvais exemple donné en 1857 par M. Verlat a été suivi et nous a valu des tableaux gigantesques, qui n'ont aucune proportion
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avec la futilité du sujet. C'est puéril; la dimension est comme le temps, elle ne fait rien à l'affaire. Le Jour de gala, de M. Philippe Rousseau, représente une bande de cliiens de races différentes, qui se rue à belles dents sur une table copieusement servie, il n'y a que des épisodes et pas d'ensemble; ça a de grandes prétentions à la force, et ça laisse regretter les jolies petites toiles que M. Rousseau peignait si bien. M. Palizzi varie ses expositions d'une façon monotone : une année, il ne fait que des chèvres ; une autre, que des moulons; celle-ci, que des veaux; toute la viande de boucherie y passera : à quand les bœufs? Certes, c'est une œuvre éternelle et profondément humaine que de manger des veaux ; mais vingt-cinq pieds de toile pour représenter une douzaine de veaux qu'on mène au marché, c'est beaucoup et c'est même trop. Ce grand tableau de la Traite des veaux dans la vallée de la Touque ressemble à ces papiers peints qui lapissent les cliambres d'auberge. La diversité des couleurs n'est pas du coloris, et je regrette que M. Pahzzi soit tombé dans cette erreur démesurée. A ce tableau, qui tire l'œil sans le satisfaire, je préfère hautement les
quatre petits tableaux de montons qu'expose M. Bren- (lel. Il y a là une science de main, une finesse d'observation, une vérité fort remarquables et qui néritent de très - grands éloges. Je citerai encore trois bonnes toiles de M. Verlat, qui revient à des dimensions où son spirituel et fin talent est plus maître de lui ; et des cbevaux bien dessinés par M. Parquet, mais qui, comme couleur, paraissent avoir été argentés et dorés par le procédé Ruolz. Le maître, le vrai maître derrière lequel on se traîne pour l'imiter, mxs que nul n'a \)u égaler encore, reste donc M. Troyon, que, sans liésiter ( j'en demande pardon aux gens de goût) nous préférons à Paul Potter. Nul, en effet, ne sait comme lui faire circuler l'air autour de ses personnages; nul ne traite les animaux avec cette science d'anatomie, cette sincérité puissante, et nul ne sait les faire mouvoir dans de plus beaux paysages. Tous ses tableaux sont là pour le prouver, et si nous aimons moins le Départ pour le marché, dont les tons criards dans la brume matinale nous paraissent un peu exagérés, nous ne pouvons que nous incliner et battre desmainsdevanl les autres.
Il nous faut dire un mot de la marine et ce mot est pénible. Le maître est en défaillance, et Y Incendie de VAustria, par M. Isabey, avec sa fumée en carton, ses grappes d'hommes suspendus, sa mer d'un J)leu dur, nous ont fait regretter ces magnifiques marines qu'autrefois nous avons tant admirées. Si nous jugions par comparaison, nous trouverions certainement M. Isabey supérieur à M. Tanneur, qui a traité le même sujet d'une déplorable manière; mais est-ce par comparaison qu'il faut juger? Je ne le crois pas. Quel serait le tableau, et parmiles meilleurs, les plus aimés, les plus applaudis, les plus payés par le pul)lic, qui pourrait conserver une certaine importance, si, dans chaque salle de l'exposition, on accrochait, comme diapason artistique, un tableau d'ancien maître? Que deviendrait M. Daubigny à côté de Claude le Lorrain? et, sans remonter si loin, que deviendrait M. Yvon à côté d'Horace Vernet?
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