GRAVURE, LITHOGRAPHIE, •EAUX -FORTES
Après avoir visité les tableaux importants, regardé les fines miniatures, on entre^ avec une sorte de recueillement^ dans la salle consacrée à l'exposition de la gravure. Dans cet art difficile qui demande une entente parfaite de la couleur^ une science profonde du dessin, tout est calme et sérieux. L'art du graveur exige des qualités plus nombreuses que celles du peintre: une patience inouïe, une inspiration juste, car il ne s'agit pas seulement de copier, mais aussi d'interpréter et de traduire. Peut-être les difficultés de cet art sontelles cause de l'oubli dans lequel on le laisse. La plupart des jeunes gens estiment la peinture plus facile^ et chaque année nous voyons diminuer le nombre de
ceux qui se vouent à suivre les traditions des Marc- Antoine, des Audran.
Nous trouvons^ cependant, cette année, une bonne collection de gravures : La Barque de Caron^ fragment du Jugement dernier de Michel-Ange, par M. Dubouchet, gravure très-énergique; V Œdipe, d'après Ingres^ de M. Ferdinand Gaillard, celui de nos graveurs qui prend aujourd'hui la première place ; VOdalisque de M. HaussouUier, traitée avec soin; \t Joueur de violon, d'après Raphaël, de M. Huot, remarquablepar une extrême finesse; le Dante aux enjers^ de M. Lehmann^ d'après Flandrin, largement gravé; six remarquables gravures de M. Meunier; une élégante reproduction de la Lectrice, de M, Compte-Calix, par M. E. Varin; de naïves gravures de M. Frolich, destinées à Tillustration d'un poëme du moyen âge.
Les eaux-fortes conquièrent amplement la faveur perdue par la gravure. Rien d'artistique et de charmant comme l'eau-forte^ et l'on a mille fois raison d'y revenir. Il règne dans ce genre de gravure un imprévu, une fantaisie qui laissent, en quelque sorte, à chaque épreuve l'illusion d'une oeuvre unique. La Clairière dans la forêt de Fontainebleau ^ eau-forte de M. Bléry, est très-belle^ très-largement faite et produit beaucoup d'effet. M. Courty a parfaitement rendu les Chevaux cosaques par un temps de neige, de M. Schreyer; le Marché d'esclaves^ d'après Gérôme, et le Maréchal ferrant, d'après Leleux^ sont également fort réussis. Le Secret de l'amour^ d'après Jourdan, est ravissant, traduit par Flameng, qui copie ensuite Latotir d'après lui-même, Marie-Louise^ d'après Prud'hon, et Ma^ dame Devancay , d'après Ingres. Les trois sujets