‹ Le Salon de 1868Chapitre 4 sur 8 · GRAVURE, LITHOGRAPHIE, EAUX-FORTES · texte numérisé non relu

GRAVURE, LITHOGRAPHIE, EAUX-FORTES

empruntés à M. Bida sont fort bien rendus par Hédouin.

Dans la lithographie, nous trouvons les fac-similé de M. Bellenger, faits avec un soin extrême, surtout une ravissante tête de femme; de M. Lauwens, sept lithographies^ d'après les toiles de MM. E. Delacroix, Decamps, Tassaert, Troyon et Daubigny; VÈve, de M . Faure, a été copiée d'une fa^on charmante par M. Lemoine. M. Pralon envoie deux chromo-lithographies presque aussi fines que des pages de missels. Enfin, M. Vernier a reproduit, dans toute leur primeur, les tableaux de MM. Bonnat, Ribot, Jacque et Millet, puis les Joueurs de trictrac^ qui sont un des succès du salon.

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On a^ grâce à Dieu^ rendu aux statues le jardin et les fleurs. Il manque cependant encore quelque chose à ce progrès. Rangées comme elles le sont^ avec une désespérante symétrie^ les figures de marbre et de plâtre se nuisent mutuellement. Plus que toute autre œuvre d'art, la statue a besoin d'isolement et de mystère.. Il lui faut une draperie qui l'enveloppe à demi, par pudeur ou par coquetterie. Il faut autour d'elle des tons sombres qui permettent à la forme de se dégager svelte et légère. Certains voisinages nuisent à certaines productions. On ne comprend pas la baigneuse rapprochée du guerrier^ le saint côte à côte a'ec une Vénus, la Vierge Marie frôlant de son chaste voile le jeune Satyre^ et l'Enfant- Dieu paraissant jouer comme Bâcchus avec Silène. Si^ au lieu de ce froid parterre,

on créait un jardin anglais prêtant des retraits de verdure^ des abris de feuillage, des corbeilles de fleurs, aux bustes et aux statues, les artistes et le public y trouveraient à la fois leur profit. On se recueillerait davantage devant les œuvres^ on les apprécierait mieux.

Cette année^ les morceaux excellents ne sont pas nombreux, mais ils dédommagent des médiocrités. Il faut infiniment plus de talent pour être un excellent sculpteur que pour devenir un excellent peintre. Aussi, les défauts d'une statue frappent-ils plus vivement les regards que ceux d'un tableau. Dans la statue, une ligne hasardée gâte tout; en peinture, un défaut de dessin se rachète souvent par la couleur. Il ne reste aucune ressource à Taniste qui donne à son marbre un coup de ciseau maladroit; le peintre ajoute un ton, corrige et tout est dit. C'est sans doute un peu en raison de la difficulté extrême de l'art du sculpteur^ qu'une statue parfaite séduit plus que le meilleur tableau. Il faut croire que les Grecs, ces maîtres éternels de l'art, le comprenaient ainsi, puisqu'on voit leurs villes peuplées de statues ^ et que malgré les noms survivant à l'oubli, mais dont les pièces de comparaison nous manquent, nous ne possédons aucun tableau des peintres qui excitèrent l'admiration d'Athènes et de ses rivales.

Nous ne trouvons pas le beau absolu dans l'exposition de cette année^ mais nous rencontrons du charmant, et c'est assez pour nous arrêter. Personne ne nie que le peuple français soit inventif et créateur; et cependant il faut avouer qu'il se laisse entraîner sur la pente de l'imitation avec une facilité déplorable. Qu'une œuvre artistique fasse sensation, et tout de

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suite, vous voyez les sculpteurs et les peintres reprendre l'idée de cette œuvre, la retourner dans tous les sens, la torturer de mille manières, et ce concours d'imitation finit par produire un courant souvent très-défavorable à l'art même.

M. Dubois a obtenu ses deux grands succès pour deux statues d'adolescents : le Saint Jean, enfant encore, criant dans le désert le nom de Celui qui devait venir : tête inspirée, geste hardi, carnation vivante, regard plein de flamme, jeune bouche éloquente, il possédait tout pour plaire aux critiques et aux amateurs, et nul ne lui contesta'la vogue qu'il obtint. Le second adolescent^ un peu plus âgé^ le Chanteur florentin, choisi à l'époque de la Renaissance qui donnait son cachet aux fines têtes, aux corps souples, aux intelligences malléables, plut encore davantage. On admira le tour de force au moyen duquel l'artiste rendait cette gracieuseté de formes juvéniles, cette élégance d'attaches, cette attitude naturelle. Du jour oti il exposa le Chanteur florentin^ M. Dubois fut classé au rang des bons sculpteurs. Mais hélas ! son succès est devenu un danger pour beaucoup de jeunes gens qui, séduits par la réussite complète de Fartiste dans une œuvre prodigieusement difficile, se sont crus capables de produire^ eux aussi^ leur adolescent, et se sont imaginé qu'on ne leur donnerait point le baptême de la gloire, s'ils n'exposaient une statue d'enfant arrivé à cet âge mixte qui n'a, ni la force robuste de la jeunesse^ ni Télégance native de l'enfance première; à cet âge où le visage manque d'expression^ le corps de lignés, et qui offre dans sa reproduction des difficultés sans nombre. Il faut bien qu'il spit malaisé de rendre avec grâce l'adolescence^ puisque, dans ce grand nom-

bre de statues d'enfants que nous trouvons à l'exposition, trois ou quatre seulement méritent d'être distinguées. La plupart sont maigres ou lourdes ; la grâce leur manque; ce sont de vieux petits corps avec d^s têtes énormes. Tous ces êtres chétifs^ jouant avec des sauterelles, {aisant tourner un bilboquet, lançant une toupie^ agitant un tambourin^ balançant un sistre, sont des essais malheureux. Le sculpteur doit aimer et traduire la nature, mais la nature complète et non celle qui subit une transition, une mue^ comme la chrysalide. L'enfant^ le jeune homme, soit ! mais plus d'adolescents indécis^ en qui rien ne charme et n'attire. Le succès de M. Dubois fut une exception et un tour de force, il ne faut pas espérer atteindre l'un, et il faut redouter une chute en essayant l'autre. — Ce n'est pas à l'exposition de sculpture que Ton peut dire : « Il n'y a plus d'enfants ! » — Mais bien : « Il y a trop d'enfants I » — Laissons-les à leurs jeux innocents, et cherchons les œuvres sérieuses.

N® 356i. — Il est un groupe devant lequel nous nous sommes arrêté^ plein d'un sentiment de double sympathie et de double admiration. Outre la beauté de lignes de l'œuvre, elle contenait une pensée philosophique si vraie, si humaine, que notre regard s'abîmait dans cette contemplation, et qu'en la prolongeant, l'esprit se perdait dans un monde de rêveries, infini comme l'imagination, vaste comme le cœur.

Sur un rocher est assis un homme jeune et beau, ses yeux regardent dans le vague, il semble rêver plutôt que réfléchir. On dirait qu'il s'attend à voir une forme idéale se dégager du brouillard d'un songe. Peutêtre las du présent, aspire-t-il à soulever le voile de

l'avenir pour atteindre l'idéal cherché^ cet idéal qu'un jour il crut trouver sur sa route, et qu'il repoussa du pied dans une heure de fatigue. Aux pieds de cet homme, une chimère^ tête de femme ravissante sous les pleurs, sein gonflé, ailes palpitantes, se tord et lève sur lui des yeux noyés. Le visage exprime un désespoir amer; cette poitrine^ modelée avec amour, se soulève dans un sanglot; les ongles délicats se brisent sur la pierre, les ailes frissonnent comme si elles voulaient enlacer. Cette chimère fut un jour choyée, aimée; cet homme, qui semble ne plus la voir, lui dressa jadis un autel et Tadora comme une divinité. Hélas I comme toute chimère, en un seul jour elle perdit sa puissance^ et l'homme, cet inconstant, sans voir les pleurs qu'il fait couler^ cherche au loin si dans le ciel bleu une autre chimère ne descend pas vers lui, sinon plus belle, du moins nouvelle, et sûre^ partant, d'être bien accueillie. Certes, cette pensée est profonde et rendue avec un art infini. Elle émeut, elle trouble; On voudrait implorer l'homme pour cette chimère en larmes qui ne l'a jamais blessé, jamais trahi, mais qu'il a cessé de chérir, parce que, à cet homme, il faut toujours et sans cesse Tinconnu I Pauvre chimère ! Souffrante et brijée, cœur meurtri plein de vie et d'amour, lu restes là sur le roc sombre, l'œil levé vers l'homme qui regarde ailleurs, et ne te regardera plus jamais comme on regarde ce qu'on aime... — Oui, c'est une belle œuvre, poétique et vraie : V Homme abondonnant sa chimère. — '- Et après avoir longtemps, bien longtemps regardé ce groupe, après avoir rêvé, admiré, il nous est venu le désir de savoir le nom de l'artiste à qui nous devions une pareille jouissance, et nous prîmes le livret. Voici ce que nous trouvâmes: — M. Vital

Debray. — 356i. ^ Œdipe et le Sphinx. — Il faut avouer que notre rêve s'envola. Certes, la statue d'Œdipe gardait toutes les qualités qui la distinguent, une forme élégante^ une attitude simple^ un beau type de visage ; mais si nous admirions cette représentation de Phomme, nous ne trouvions pas^ en revanche, TŒdipe cherchant le secret du Sphinx, secret de vie ou de mort qui doit lui être livré. Pour comprendre le sujet à première vue^ il eût fallu trouver le regard d'Œdipe fixé sur le regard du sphinx : deux forces en présence, deux volontés luttant^ l'une pour défendre, l'autre pour ravir ; deux prunelles également dures etfroidea. Au lieu décela^ le regard d'Œdipe plonge dans le vague, et celui du sphinx se remplit de pleurs. Or, la cruauté de ce monstre aux énigmes ne lui permet pas de pleurer. Vaincu, il se déchire peut-être la poitrine avec ses ongles, il ne donnera pas à l'homme la satisfaction de le voir souffrir. M. Débraya cherché^ sans doute, à rendre ce sujet d'une façon nouvelle. Il a voulu montrer Œdipe creusant le sens de l'énigme dans sa pensée^ et le cherchant en lui plutôt que dana l'œil glauque du sphinx ; d'un autre côté, il s'est efforcé de rendre le désespoir de cet être étrange, femme et dragon^ qui pleure par avance son pouvoir perduj Mais nous croyons qu'il s'est trompé, puisque en présence de ce groupe admirable à tant de points de vue, on peut concevoir une pensée diamétralement opposée. Il n'importe I quand une œuvre nous a procuré une telle satisfaction, on doit grapdement remercier Partiste; ce genre d'émotion est si rare.

N* 3539. ~ Bien jolie, VHirondelle d'hiver de M. Denéchau. Nous comprenons que Ton reproduise

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des enfants avec cette originalité^ cette humour^ cette fantaisie. Lorsque cette statue sera exécutée en bronze, elle deviendra une petite merveille. Comme ce ramoneur rit bien I Quel geste gai f quelle souplesse dans les plis de ce pauvre costume! Tout est pittoresque dans cette œuvre, jusqu'au £BÎte de cheminée qui sert de piédestal à Tenfant. A la bonne heure, voilà qui ne doit rien à l'imitation et constitue une œuvre bien personnelle,

N** 3568. — Le Portrait de mademoiselle Con^ neau est un des plus jolis bustes d'enfants exposés cette année. Il est bien difficile de saisir l'expression du visage, à cet âge où la mobilité des impressions permet à peine de les saisir. M. Durand y a cependant réussi; la tête mignonne, bien encadrée de boucles opulentes, a beaucoup de charme et de grâce.

N^ 3848-3849. — Deux mignonnes statuettes, l'une V Amour captif, appartenant au ministre de la maison de l'Empereur et des Beaux-Arts, l'autre, VEspiègle^ que nous préférons. Ce corps bien modelé^ cette tête rieuse, pleine de gentillesse et de malice, le mouvement naturel et charmant avec lequel la petite fille étouffe l'éclat de sa gaieté sous la main potelée^ en font un bijou de naïveté et de finesse.*

N® 35 10. — Le buste de M. Henry Cros a des qualités sérieuses et des défauts très-grands. Seulement, on dirait que l'artiste se donne ft plaisir des défauts qui ne sont point en lui. Ce qui nous plaît dans cette œuvre, c'est je ne sais quoi de hardi, de primesautier. Le Portrait de mademoiselle F... ressemble à une

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infante d'Espagne de Velasquez, cheveux flottants, collier au cou ; mais M. Gros doit se défier de sa facilité. Ce buste est fruste, ébauché seulement. On le dirait trouvé dans une fouille et altéré par le temps; les yeux ne sont pas bien d'ensemble^ et pourtant il faut reconnaître^ chez Fauteur de ce bùste^ quelque chose de très-particulièrement original.

N** 3533. — Le Jeune saltimbanque de M. Déloye a beaucoup de naturel. La pose est juste; les traits hâtivement fatigués s'éclairent d'un gai sourire. Cet enfant de la balle tend bien la sébille, tandis que le singe fait sa meilleure grimace. On doit louer beaucoup d'observation dans ce corps grêle, assoupli, désarticulé par l'habitude des sauts périlleux et des jeux d'équilibre.

N*" 3632-3633. — M. Godebsky a exposé un fort beau Portrait de madame de G»,.. La, tête est expressive et fine, bien coiffée, le buste drapé d'une façon simple et large. Le médaillon de bronze de notre spirituel ami G. Maillard est d'une parfaite ressemblance.

N** 3704. — Rien de plus simplement fait que cette terre cuite; mais on devine que l'expression du visage a été complètement saisie, et l'on est captivé par la tranquillité d'aspect de cette physionomie.

N^ 3402. — M. Carlier a non 'pas refait la Cruche cassée de Greuze, mais trouvé sur un sujet identique une œuvre charmante. La jeune fille a de la beauté, de la grâce; elle est élégante et bien drapée. Toute désolée, elle regarde les débris de cette cruche qui gît à ses

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pieds; isais on sait bien que son chagrin ne sera pas de longue durée^ et qu'un sourire le dissipera, comme le soleil chasse le brouillard. Cette œuvre est surtout distinguée; et, aujourd'hui ce n'est pas un mince mérite que de rencontrer la distinction; le réalisme attend si vite Tartiste au passage!

N"* 3 802. — Cette statue de CaupoUcon^ Araucanieh qui repoussa les Espagnols en plusieurs rencontres^ de i55o à iSyo^ est fort heureusement conçue. Le mouvement du sauvage courbant son arc énorme est excellent. On sent, dans tout ce personnage^ la vigueur de rhomme du désert^ fortifié par la course et l'air libre. Le modèle est fort beap, et.la physionomie énergique sans exagération.

N*^ 3744. — Encore un enfant, mais le mouvement, la vérité, l'originalité de cette statue la sauvent. Le Mousse naufragéy apercevant une voile^ statue de plâtre de M. Masson, est très-réussi. Rien d'exagéré dans la sveltesse, de sec dans la ligne; c'est un morceau qu'il faut regarder plusieurs fois^ et qui indique un vrai talent.

N* 3747. — Un buste spirituel d'un spirituel médecin, le docteur Tripier. M. Mégret a parfaitement saisi l'expression fine, douce et caustique du savant humoriste qui signe de si charmants et trop rares articles.

N** 3621. — M. Gautier est avare de ses œuvres, et tandis qu'il garde jalousement chez lui Ariane et la Panthère^ il se contente d'exposer un buste. Le

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portrait de M. de Callias est fait avec une grande facilité^ ressemblant^ vivant, exécuté avec une fougue séduisante, et pétri largement. Plus nous applaudissons k ce travail^ plus nous souhaitons que l'artiste expose les œuvres exquises que nous avons admirées dans son atelier.

N* 3426. «-* Une bonne statue de M. fiogino : le Jeune homme portant un vase est bien campé; il marche d'une fiiçon allègre. Sa, tête semble peut-être un peu petite pour le corps, mais l'ensemble rachète œ léger défaut.

N" 35oo-35oi. — M. Cordier, qui ne se repose ju'mais sur ses succès de la veille, expose cette année les énormes cariatides destinées à l'ornement de la cheminée du foyer du nouvel Opéra. Malgré leursdimensions^ ces statues sont élégantes^ celle de la Poésie surtout. Les têtes sont fort belles ; les draperies, sans être lour*deSj ont des plis magnifiques. M.Cordier n'a jamais été mieux inspiré. Il aime, cet artiste infatigable^ les grandes choses  produire; il aime à lutter contre ladifficul-^ té, et ne semble jamais mieux à son aise que lorsqu'on lui demande l'impossible. L'Harmonie et la Poésie font le plus grand honneur à ce talent souple et varié qui se prête avec une facilité prodigieuse à toutes les formes de l'art, et les embrasse successivement avec bonheur.

N® 3423. — M. Blavier manie la terre cuite avec une grande aisance. Sa statuette de mademoiselle A. P. est toute charmante. L'attitude de l'enfant portant des fleurs dans le coin de sa robe^ est très-naturelle; la tête est expressive et fine; c'est un portrait pittoresque

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