‹ Le Salon de 1874Chapitre 5 sur 10 · SDITE DE LA SCULPTURE · texte numérisé non relu

SDITE DE LA SCULPTURE

Aune pulsanda tellus. — Joseph s'éclipse. — M"«» Croizette et Schneider. — Hurrah pour H"* Sarah Bernhardtl Le Yerciiigétorix. — David et Lulli. — L'adroit pêcheur. — Le fidèle ami. — Jean de la Fontaine. — Par qui ? le shah de Perse. —La Clef des champs et les Vendangeurs. — Une ceinture de meryeilles. — Hersilie et Andromède.— Le groupe de M. Garolus Duran. — La mère et l'enfant. — Notre ami Henry Monnier. — Un chef-d'œuvre d'orfèvrerie. — Le fondateur des écoles chrétiennes. — Énée et Didon.

Voyons, voyons, mon cher oncle ! nous avoils'repris des forces en quantité suffisante. Aller au-delà, loin de nous en donner, nous en ferait perdre, et nous en avons encore besoin, car nous ne sommes pas au bout de notre tâche.

— Tu as raison ; en arrivant ici, je pensais à ces vers d'Horace :

Nunc est bibendum Nunc pede libero Pulsanda idlus.

Saintenant il faut boire ! maintenant il faut pper la terre d'un pied libre ! )

^^KaB^0BSHHHaVHaBMViHiSH^HHiaHH^HHH^i»^"^.^V^9B^^;^«"e?v

Nous avons axscompli la première partie de ce programme ; en route pour la seconde !

Du reste, c'est l'avis de Madame Nestor, qui ► veut bien nous encourager en se montrant

satisfaite de la première partie de nos travaux; et en nous engageant à accomplir non moins bien la seconde.

— Allons I voilà déjà Joseph qui nous a lâchés !

— En entendant le remue-ménage qui se fait là-haut, il a pris le bruit des pas pour la reprise de la fusillade, et il n'a pu tenir en place.

Heureusement, Jules nous reste, et cette fois nous ne le lâcherons pas. ^

Suivons-le ; il a aperçu, dit-il, quelques bustes de sa connaissance qu'il tient à voir de plus près.

—Tiens I tiens ! tiens! il va droit au buste de Af"* Croizettey par Carrier-Belleuse !

L'aspect en est très agréable à distance; les détails en sont charmants ; mais Tartiste s'est pris à un modèle bien difficile à rendre, dont les traits chiffonnés ont une expression de vitalité et d'intelligence qui exigent mieux que le plâtre et mieux que le marbre. Aussi a-t-il Élit un masque grimaçant à force de vouloir rendre deux finesses insaisissables.

Je préfère M. Carrier-Belleuse quand il est entièrement livré à son imagination, et qu'il invente les types délicieux de tant de bustes qui sont entièrement de son cru.

Mais n'abandonnons pas Jules I

Le voici qui tourne sur ses talons, et qui cherche à nous échapper.

— Non I non ! il s'est arrêté devant un autre buste.

Il n'est pas dégoûte I

C'est le buste de Af ^* Schneider y et celuilà complètement réussi ! M. Barrb a obtenu un joli résultat I Son buste, en mâme temps qu'il est d'une ressemblance frappante, laisse «ntrevoir des beautés parfaites.^

— Mon oncle I mon oncle I si ce n'est pas par respect pour vos cheveux blancs, prenez garde aux oreilles de Jules, qui ne laissent rien perdre, et passons sans nous arrêter devant ce séduisant petit buste do M. Ma- TmEu Meusniér, car vous n'avez pas besoin que Cupido vous décoche de nouveaux traits.

Tenez ! voici un autre buste non moins charmant que les précédents et que j'engage Jules, aussi bien que vous, à contempler.

Lorsque vous saurez que ce buste en marbre, qui porte le numéro 2,672, est de M"* Sarah Bernhardt, vous vous rendrez mieux compte du talent exquis que déploie cette femme doublement artiste. C'est, en effet , la même que celle que vous avez applaudie à l'Odéon dans le rôle de Marie de Neubourg, de /îuy-jBiûw, et dernièrement encore, aux Français, dans la femme honnête du Sphinx. Ce double talent explique, en effet, comment M"* Sarah Bernhardt sait si bien restituer aux peisonnages qu'elle représente leurs types réels et leurs caractères véritables.

— Un triple hurrah pour M^** Sarah Bernhardt I

— A la bonne heurel vous êtes dans le vrai; et pour vous y entretenir, je veux que vous veniez vous asseoir sur ce banc avec Jules, afin que tous les deux vous contempliez, en vous livrant aux justes réflexions qu'il doit suggérer, ce groupe portant le n® 2,648, et dans lequel M. Paul ÂuBÉ a si bien rendu les Séductions de la Sirène.

Peut-on voir, en effet, un visage plus attrayant?

Et l'on comprend le charme qui fascine ce beau garçon, et qui le livre sans défense à ^enchanteresse qui va l'entraîner avec elle dans le gouffre !

Mais que ne baisse-t-il les yeux? Il verrait de suite cette queue de poisson qui les dessillerait et qui lui révélerait le danger auquel il se laisse aller si bénévolement.

— Horace l'avait dit avant toi :

DesinU in piscem, mulier formosa supeme.

(Une femme belle dans la partie supérieure de son corps, se termine en poisson. )

-^ Malgré votre connaissance d'Horace, je crains bien, mon cher oncle, qu'il vous soit arrivé parfois de ne voir, comme ce jeune garçon, que le mulier formosay et de ne pas avoir aperçu à temps le desinit in piscem.

^ Mais, à tout péché miséricorde I Regardez bien, et n'y revenez plus.

— Ah ! ça I mon cher neveu, il me semble que c'est le^monde renversé, et que ce serait à moi à tenir le langage que tu me tiens !

— Cela est vrai, mon cher oncle 1 mais pourquoi ne le tenez-vous pas ?

Mais trêve aux digressions auxquelles nous a entraînes Jules, en folâtrant au milieu des groupes et voltigeant conune un véritable papillon Qu'il est, d'un buste à un autre, sans prendre garde qu'il nous détourne du chemin crue nous nous étions tracé.

Ainsi, tout à l'heure, il nous avait reconduits auprès du Narcisse^ à côté duquel se trouve le buste de M"* Croizette; puis à l'allée du buffet, où est M"* Schneider, et enfin au pied de Brennus^ où se trouve le joli buste ciselé par Sarah Bernhardt.

Nous reprenons donc notre itinéraire pour ne plus nous en détourner.

Nous repartons du buffet en prenant notre droite.

— Comment avons-nous pu passer, sans nous y arrêter, devant cette image vivante à^ Alexandre Dumas fils?

— Cela est ma foi vrai ! mais notre excuse est que nous avions grand'faim ; et comme ce buste est placé juste à l'entrée du buffet, nous avons prouvé que ventre affamé n'a pas plus d'yeux que d'oreilles.

— Mais nous pouvons, du moins, prendre actuellement notre revanche, et admirer tout à l'aise cette belle œuvre, c'est du Carpeaux très réussi, et 11 n'y a pas autre chose à en dire.

— Iderriy pour ce buste, également en marbre, de M™® Sipterre^ par Te même artiste.

Nous arrivons auprès d'une des plus belles choses de cette exposition : le Vercingétorix de M. Aimé Millet, qui va nous rap-

peler à des pensées sérieuses, et nous trouver tous d'accord poiir le louer.

— C'est la reproduction de la statue exécutée en cuivre repoussé, et qui a été érigée à Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or), sur le CMmp de bataille où, sous sa conduite, les Gaulois défendirent une dernière fois leur nationalité.

Quelle profonde expression dans cette tâte ! on conçoit, en la regardant, combien trop souvent la Victoire est aveugle, et comment M. Mercié a été cent fois c^s le vrai, en faisant son Gloria victis t

Le Vercingétorix de M. Aimé Millet devrait figurer d'un côté du Gloria victisy tandis que dé l'autre côté serait le Soldat dans FattentSy de M. Roubaud.

— J'étais bien sûr que la vue de ces grandes choses vous rappellerait bien vite aux grandes idées, et, d'adleurs, il n'y a pas que de nobles vaincus.

La Justice prévaut dans ce monde assez pour que le dernier mot de la Victoire soit en faveur des nobles causes, et pour que ses coups portent en fin de compte sur ceux qui ont mérité ses châtiments.

Voyez ce Davidy de M. MégretI ne voiton pas qu'il est sûr de son coup, et que la pierre qui est au fond de sa fronde ira frapper droit celui qu'il doit atteindre ?

C'est que l'heure de Goliath était arrivée, l'heure de la vengeance céleste, qui devait mettre un terme à ses iniquités.

C'est ainsi que, bien souvent, on a vu ceux qui passaient pour invincibles, et qui avaient

mëritë ce titre par d'incroyables succès, de-* ftiits à leur tour par ceux dont la faiblesse n'avait provoqué que leurs dédains.

Cette histoire de David et de Goliath s'est reproduite plus d'une fois.

En tous cas, elle est un symbole qui prouve qu'il ne &ut jamais désespérer, futon, comme l'étaient alors les Hébreux, en lutte avec les innombrables cohortes des Philistins.

Mais nous voici à une autre époque, et de notre jeune héros, dont la nudité nous permet d'admirer la belle structure, nous passons à une ampleur de costume et à des détails compliqués d'habillement.

— En eftet, cette figure de Lulli nous rappelle le style des Cioustou, des Coysevox, dont évidemment s'est inspiré M. âugustb Sghcbnewerk, pour faire cette statue, destinée au nouvel Opéra, et qui pourra figurer avec honneur à côté des statues du grand siècle faites à l'épcx^ue même.

— Voici une terre cuite qui ne me déplaît pas ! et je trouve qu'un portrait en pied au genre de celui de M. Marcel Fio^ rentino, exécuté par M. Charles Gauthier, est chose fort agréable, quand l'artiste parvient à choisir, comme dans le cas actuel, pour son suiet, une pose bien campte et sans nulle affectation.

— Chut 1 ne faisons pas de bruit, et n'effarouchons pas les poissons qui jouent autour de l'hameçon de ce jeune pêcheur. Suitil bien de l'œil son bouchon, et comme sa main qui tient la ligne, est prête à la relever.

tandis que l'autre main, dont les doigts sont ouverts» indique, de même que l'expression de toute la physionomie» l'attente d'un prochain succès?

M. Emile âldbbbbï» auteur de cette statue» est bien certainement un pécheur, et de plus» non moins certainement un habUe pêcheur.

— Pour qui diable sont ces armes en bronze ? et quel est le nouveau Persée appelé à dompter Pégase» à délivrer Andromède, h tuer le monstre, et à qui cette armure estelle destinée ?

En tout cas, c'est joliment exécuté.

— • Mais j'aime mieux que ce soit un autre oue moi qui coiffe ce casque surmonté du cneval ailé» et qui brandisse cette harpée en se protégeant de ce formidable bouclier.

M. ARTHUR SoLDi a pris mesure sur un fort gaillard 1

— Il nous serait difficile de ne pas donner»

en cet endroit» un souvenir à notre ancien camarade Auguste Luchet» dont M. Emile GuiLLEBfiN a su si fidèlement reproduire les traits pensifs dans le beau buste en bronze que nous avons sous les yeux.

— Nous voilà arrivés au bout de cette allée ; rien ne nous arrête pour passer de l'autre côté du jardin.

Nous reviendrons plus tard à la grande allée médiane dont nous n'avons encore rien dit.

— Allons 1 je continue à te suivre comme le fils d'Ulysse suivait Mentor, quoique tu ne sois que Nestor.

Mais, void Timage d'un ami non moins fidèle que le sage Mentor dont je viens de prononcer le nom.

C'est un chien, qui ne veut pas abandonner la place où la glace s'est rompue sous les pas imprudents de son jeune maître.

Ne semble-t-il pas qu'on entende le hurlement plaintif et lamentable qu'il }X>usse vers le ciel, et que M. Ghenillk»*^ a si bien rendu par la pose qu'il a donnée au pauvre animal r

— Mais pourquoi ce magnifique buste en marbre de Jean de la Fontaine n'a-t-il pas de numéro ? Je feuillette inutilement le livret pour en connaître l'auteur. Serait-ce donc un buste de répociue, tombe là par hasard? On pourrait le croire à la vigueur de l'exécution et à la fidélité du costume, car il est une chose qui me frappe, et que peutêtre vous avez remarquée comme moi, mon cher onde, c'est qu'on dirait que, lorsque nos sculpteurs abordent les grands hommes qui ont fait le grand siècle, ils semblent qu'ils grandissent eux-mâmes, et que leurs ciseaux, ou bien leurs pinceaux, se ressentent de l'ampleur qui dominait alors, et des qualités qui animaient leurs modèles. ^

— Quel malheur que Joseph ne soit pas avec nous !

Voilà, en effet, son affaire !

Ne dirait-on pas, en voyant cet offider en éclaireur, et le clairon qui l'accompagne, des personnages descendus d'un tableau de Protais? Comme il sonde du regard fes profondeurs de l'espace, et comme le claimn

oui ne prd pas un des mouvements de son chef, est prêt à emboucher la trompette au moindre signal I

Ce groupe y des plus remarquables, est dû & M. Jules Gbllé .

— Mais, ma foi ! ouil c'est bien lui ! le shah de Perse I je le reconnais parfaitement.

C'est Sa Majesté Nasser*ed-Din, et je ne pense pas qu'on puisse lui faire, dans tout son royaume de Perse, un buste aussi réussi que celui que vient de lui consacrer, en bronze argenté, M. Gustave Crauk.

— Je suis de ton avis ; M. Crauk est un sculpteur de haute volée. N'ayant plus de monarque indigène à prendre pour modèle, par ce temps de répuolique, il a saisi au passage Nasser Ed- Dln, et il a complété son exposition par le buste du maréchal de Mac Mahou et par la statue en pied du maréchal Niel.

— En effet, M. Crauk est dans les honneurs ; il ne se contente pas du vulgum pecus.

— A moi le pompon pour découvrir les sujets aimables et agréables I Quelle délicieuse cliose que cette statue de M. Jean Gautherin, à laquelle il a très justement donné le nom de Ja Clef des champs !

C'est une jeune femme qui donne la liberté à de pauvres oiseaux captifs.

Est-ce gai et élégant?

— Oui, ma foil joli style, et modelage de première qualité I

Inclinons-nous, en passant, devant les

vendangeurs de M. Sobre, dëjà signalés par vous dans vos observations relatives à Bren* nus.

Le groupe qui porte ce nom se compose d*un solide gaillard coiffé de pampre, quipoi-te allègrement sur scn épaule un panier rempli de raisin, tandis qu'un enEant cherche à grimper après lui en exprimant par sa physionomie son désir de mordre en pleine grap[>e.

^ Maïs ici finit notre voyage de circumvallation.^ Il nous reste à pénétrer dans la mer méditerranéenne qui s'étend au milieu du Palais, entre les pelouses et les parterres.

Retournons au pied de la statue de BrennuSj qui occupe le point central de cette mer, et de là nous la parcourrons en entrant dans tous ses golfes : d'abord à l'ouest, puis ensuite à l'est.

Tout autc»ur de Brennus^ se dresse une ceinture de petites merveilles. Ce sont toutes statuettes ou petits bustes pouvant figurer dans nos maisons à cinq étages, et orner nos salons sans les rapetisser par leurs proportions gigantesques.

C'est Agaret Isma'ély de M. Eugène de la Planche, charmant groupe en marbre, d'une netteté et d'une expression qui ne laisse rien à désirer; l'enfant a une pose ravissante. On lit sur sa physionomie rêveuse l'intelligence créatrice qui fonda une riche colonie dans le sud de la Palestine et Vievint le père toujours vénéré des Arabes.

Puis ensuite, V Amour blesséy de Carpeaux, l'Amour ayant les yeux pleins de larmes, ce

qui arrive plus souvent à ses victimes qu'à lui-même.

Puis vient le Baiser de paixy de M. Marcelin, très belle statuette reli^euse, représentant la Sainte -Vierge et l'Enfant Jésus, qui envoie au Monde ce baiser de paix. Pourquoi ce baiser a-t-il été si peu compris et si peu imité ?

De l'autre côjté de la statue diAgar. se trouve le joli buste de jeune femme, au à M"® Sarah Bernhardt, et dont nous parlions tout à rheure.

Puis ensuite, l'ilclieu, de LeGointe, jeune femme en bronze, à demi nue, qui, par le baiser qu'elle envoie, indique dans quelles conditions elle dit adieu à celui qui la quitte.

r- L'heureux gredin 1

— Pourquoi gredin? Ne peut-il être son époux? 11 mut toujours que votre nature déréglée prête à tout ce qui vous entoure des pensées du genre de celles qu'enfante votre cervelle un peu détraquée.

— Tu ne peux pas pourtant me reprocher de parler souvent. Depuis une demi-heure, je te suis comme si tu étais mon cornac, et cependant, je réclame ma part de la besogne démonstrative.

— Justement, le sujet vous convient 1 vous tombez à pic sur un rapt, sur V Enlèvement (THersiliey de M. Louis Grégoire.

— Sais -tu seulement ce qu'était HersiUe?

— Ma foi I non.

— Eh bien ! sache qu'Hersilie était la fille de TitiuS) roi des Sàbins, et celui à qui tu

semblsds me comparer, n'est rien autre que Romulus.

Après cela, tu as peut-être raison ; qui me dit qu'au temps de cette aventure, je n'ai pas été Komulus?

11 me semble, par moment, que j'ai dans les veines du sang romain.

Il me semble que j'ai tétë la mamelle d'une louve 1

Est-ce qu'il ne t'arrîve point parfois d'avoir des souvenirs vagues d'une existence antérieure ?

Est-ce que, lorsgue tu lis ou lorsqu'on te raconte un fait qui tu es censé ignorer, tune te prends pas à te dire : « Moi, je connais ça I j'y étais 1 »

Eh bien ! je suis, en ce moment, sous une de ces impressions.

Oui, ma foi ! j'étais à l'enlèvement des Babines, et c'est moi qui ai enlevé Hersiliel

— Calm«jz- vous, mon oncle; et, pour cela, contemplez ce buste de la Candeur ^ de M. Emile Allouabd ; vous ne voudrez pas, en présence de cette douce image, continuer vos discours, dont la couleur historique ne saurait atténuer le caractère licencieux.

— Voulais-tu donc que Rome périt dès sa première génération, faute d'héritiers?

Il y a des cas de force majeure où la morale doit fléchir devant des nécessités aussi impérieuses que celles-là I ^

— L'histoire — qui l'ignore? — a en des moments sur lesquels il faut savoir jeter un voile.

Tenez I regardez cet autre groupe que

I^^fc^

M. Grégoire a envoyé comme pendant à l'enlèvement d'Hersilie. C'est Andfromède et Persée qui vient de la délivrer. Persée a-t-il songé à abuser de la circonstance, pour enr traîner dans la mauvaise voie celle qu'il venait de libérer ainsi ?

Nullement,

Je vois que vos souvenirs ne vous rap-

SelJent pas que vous ayez joué le noble rôle e Persée, comme ils vous rappelaient tout à l'heure celui du ravisseur d'Hersilie.

—^ Monsieur mon neveu, n'oubliez pas mes cheveux blancs, qui doivent vous inspirer respect, et ne me noircissez pas comme ce laid mauricaud que nous avons sous les yeux.

— Un laid mauricaud ? Excusez I Carolus Duran, le grand Garolus Duran

consentira à descendre du premier étage et à abandonner sa grande peinture pour apporter ici une ébauche d'un si grand caractère, et il sera traité de la sorte I

— Voyons, approchons ; et puisqu'il s'agit d'un tel homme, regardons-y de plus près.

C'est, ma foi, bien un bronze, et un bronze dont l'intérieur est creux, à l'effet de mettre dans les yeux du personnage, en place de prunelles, deux trous ronds et béants, d'où l'on voit, sans se rendre compte tout d'abord de la sensation que l'on éprouve, le noir sombre et terne de l'intérieur de cette cavité encéphalique.

Je me demande si l'auteur de cette singulière sculpture n'avait pas songé, en pratiquant cette disposition, à placer^ dans les yeux de son sujet deux jets électriques I

Ne vous souvient-il pas d'avoir entendu parler de ces revenants dont la tôte était formée d'une citrouille vidée et percée^ de deux yeux à travers lesauels flamboyaient les lueurs d'un lampion r

J'en suis fâché pour M. Carolus Duran, mais l'originalité de sa tentative m'a remis en mémoire ce souvenir.

— Mon oncle, c'est un grand artiste, ou, du moins, un artiste qui se promet de devenir grand.

— Raison de plus pour lui dire ses vérités, et pour l'arrêter dans la voie que je considère comme fâcheuse, dans laquelle de tels essais sembleraient le montrer disposé à entrer.

Un artiste doit-il chercher à captiver le public par de pareilles excentricités? Pourquoi sortir de la ligne du beau, et choisir pour su jet un mauvais type juif, à l'air ferouche?

— Mais il y a dans cette tête beaucoup de caractère.

— Sans dout3, beaucoup de caractère; mais dans le vilain I Un caractère consistant dans un effet de perruque outré, et dans le choix d'un type commun.

Ecoute cette opinion formulée par un passant: C'est beau, mais c'est bien laid!

Encore, s'il n'avait pas cherché à rendre ce type plus affreux et plus épouvantable, en donnant sur le nez un coup de pouce, de façon à le mettre de travers.

M. Carolus Duran peut se vanter d'avoir donnéle jouràun méchantetlaid personnage.

— Vous êtes sévère ; mais je pense, connaissant vos^goûts comme je les connais, que votre sévérité pour Garolus Duran s'émoussera devant certaine exhibition féminine qu'il vous montrera là-haut.

— Grois-tu donc que je me paie d'apparences, comme ton neveu Jules, qui ne connaît encore rien?

Quant à moi, pour me dérider et pour m'adoucir, il me faut de la véritable beauté.

— Tenez 1 voilà ce qu'il* vous &udrait!

c'est l'air réfléchi et plem de grandes idées que figure ce beau buste de Cabetj d'ËMiLE Hébert.

— Tu t'imagines, je le vois, avoir devant toi le buste d'Etienne Gabet, le réformateur, le père de l'Icarie. Eh bien ! tu te trompes! Consulte le livret, et il t'apprendra que le buste.qui porte le n*' 2934, celui-là même, est le buste de M. Cabetf statuaire.

— Je n'ai point parlé de ses Qualités, je ne vous ai proi)osé comme modèle que son air réfléchi et animé de pensées sérieuses.

— Nous void de nouveau en face du beau Narcisse^ je suis tout à &it de ton avis; c'est une beauté négative et qui ne dit rien.

— Etait-ce donc une tendance qui était dans l'air? ne trouvez- vous pas conune moi Que l'on peut' faire, au sujet du Benjamin de M. Delorme, les mêmes observations que celles que nous a suggérées la statue de M.

Paul Dubois.

— Ma foi, oui ! Ce jeune Benjamin n'accuse aucun sexe dans son aspect général. On ne saurait nier que ce marbre a des qualités;

mais ce sont des qualités sans caractère^ et dont la traduction n'était pas de nature à surexciter l'artiste, à Tenflammer.

— Tenezl on apprécie bien la justesse de ce que vous venez de dire, lorsqu'on porte ses regai ds du Benjamin sur cette statue de M* ëhenns-Frédéric Leroux, qui représente Une jeune mère jouant avec son enfant.

Elst-ce vivant et animé I On ne songe plus au inarbre I II semble qu'on voie renuu:it se reculer, à mesure qu'approchent les doigts de la mère, qui en leur donnant le mouvement d'un animal en marche, et en les faisant avancer sur son petit genou, doit évidemment dire : la bébêtetia hébété t

L'enfant ne sait pas s'il doit rire ou avoir peur : il croit se garantir en se cachant la tête derrière son coude. Quelle pose charmante que celle des deux personnages, et, en résumé, Quel délicieux groupe I L expression de la mère est adorable.

— Oh I mais I voici quelqu'un de ma connaissance I c'est mon ami Hbnry Monnier.

Jamais M. Prudhomme n'a été mieux rendu, et grâce à M. Hippolyte Moulin, qui l'a fait cx)uler en bronze, les traits de Tillustre auteur de : Ce sabre sera le 'dus beau jour de ma V(6 ne seront pas peraus pour la postérité.

— Ceci nous représente la Musique et la Poésie sous la forme d'un vase en argent et fer repoussés. M. Morel-Ladeuil, auteur de ce bel objet d'art, y a fait preuve d'un incontestable talent, et ses figures en ronde bosse méritent d'être louées sans restriction.

— Voici à côté un autre objet qui a besoin d'être examiné avec non moins d*attention. C'est le modèle du monument en cours d'exécution, élevé à Rouen à la mémoire du vénérable J.-5. de la Scdle^ fondateur des écoles chrétiennes. Le groupe oui surmonte ce monument et les figures ci'enfents qui l'accompagnent sont de M. Falguièrb.

— Nous voilà revenus tout à côté de l'objet de mes prédilections; je veux parler des quatre gais compagnons de notre ami Le BouRQ. Allons leur donner encore un amical bonjour 1 d'autant plus que je me souviens que nous n'avons pas pris garde à un autre petit groupe, qui se trouve non loin de celui-là.

Ce groupe est composé de Didon et Enée.

— Eh bien ! nous aurions certainement Mtune omission regrettable, si nous n'étions pas revenus de ce côté, et si nous n'avions pas mentionné cette jolie composition due à M. Jean-Baptiste Germain.

Maintenant, reprenons notre chemm dans la direction de Brennus.

SUITE DE LA SCULPTURE

Un critique anonyme. — Le fond du jardin, un lézard traqué. — Vœ victoribtu ! — Ménade occupant un lion. —Monument à Berryer. -~Le Faune à la grappe. -~Le Joueur de tambour. — Un drame dans un groupe. — Le retour du marclié.— Le Flûtiste. — Bellérophon et Pépin le Bref. — IJne Rêverie d'enfant. •— La sculpture polychrome.— Le baigneur et la grenouille. — Suleymanpacha.— A la mémoire des enfants de Cambrai

— Deux victoires.— Le Messager d'amour. — Jules est parti I —Le prince des Asturies. — Prêtresse d'Él^usis.

— Pressons nos pas !— Revue rapide.— On nous attend pour clore les portes. — Un souvenir d'Horace.

— Il nous reste donc, pour terminer ce compte-rendu , fait au pas de course , de Texposition de sculpture, à c^escendre, en nous dirigeant de Pouest à Test, toute la grande allée qui occupe le milieu des plates-bandes.

— Je ne suis pas fâché que nous soyons arrivés à notre dernière étape, car, je te l'avouerai, je trouve que nous avons entrepris une forte besogne, et d'autres le trouvent

-8fc-

aussi ; car il faut que tu le saches, — le directeur du National n'a pas voulu te trop chagriner en Rapprenant lui-même cette nouvelle qu'il m'a chargé de te communiquer avec tous les ménagements nécessaires.

Il a reçu, — ce matin même, — ime lettre où on lui dit qu'on espère bien que M. Nestor Paturot va chercher une autre position sociale que celle de critique.

Tiens, voici, c'est plus simple; regarde cette lettre, comme on nous y arrange :

Ahl sapristi I mais il est embêtant comme le mois de mai de la présente année...

Quelle satanée méthode; Timante pére« Timante fils et Julie. Oh I la la I

— Et la signature ?

— La signature.... Quoi 1 tu t'imagines?...

il n'y en a pas... Ah ! si fait 1 il y a : Un acheteur de la gare Saint-Lazare.

— Quand on a une opinion aussi formelle et qui, du reste, n'a rien que de très naturelle, je ne comprends pas qu'on craigne de se faire connaître.

Cet acheteur de la gare Saint-Lazare préfère l'ancienne^ méthode, celle qui voulait que la description du salon fût faite suivant certaines règles et d'après, certaines prescriptions n'autorisant pas le mélange des genres.

Après tout, cet acheteur n'a pas été pris en traître. N'ai-je pas prévenu, en me présentant au directeur du A^artonaZ, en compagnie de toute la famille Paturot et même do Rose, notre bonne grosse cuisinière, que jo n'étais qu'un simple bourgeois voiilant ren*

dre. bourgeoisement les impressions que Feintent les bourgeois de notre espèce, qui comptent bien i)our quelque chose, on peut le croire, parmi les lecteurs du Natia^ ncUy et dont ne fait pas partie, paraît-il. Facbeteur de la gare Saint- Lazare.

— Cela est bien certain ; en tout cas, il ne paraît pas avoir le caractère fait comme le nôtre, ni entendre la plaisanterie comme nous l'entendons. J'en suis fàchë pour lui.

^ Assez sur ce sujet. Fais comme moi, assieds-toi, à mes côtes, sur un de ces l^cs que la Direction des Beaux- Arts a eu la louable pensée de mettre en assez grand nombre à la disposition des visiteurs. D'ici, nous voyons tout ce que renferme ce côté, et nous pouvons le passer en revue.

Au tond, le Discobole^ le symbole de la Victoire des Péruviens sur les Espagnols, et le Mausolée de M*"® ***, déjà décrits ; puis le monument à la mémoire du vénérable J.-B de la Salle, et le vase consacré à la Afaaique et à la Poésie.

Continue cette revue générale, toi qui as de meilleurs yetix que moi.

— Il faut, en eflfet, de bons yeux pour guetter attentivement, comme le fait^ cet enfant couché sur la roche, le lézard qui est au fond de son trou, et qui se prépare à en sortir, afin de s'étendre comme lui au soleil, et d'y étaler ses vertèbres, de même que le fait l'en&nt qui semble se prélasser dans cette position, très habilement rendue par M. Félix Bouré.

W^^ LioN BsRTAux mérite également d'à-

tre mentionnée pour son Jeune Prisonnier enchainéf statue en bronze, auquel elle a donné ce titre : Vse victoribus / titre complètement justifié par l'attitude et l'expression farouche, pleine d'une énergie contenue du personnage.

— Vous n'avez pas pris garde, mon onde, à cette statue de Ménade , puisque^ vous n'en avez pas parlé quand vous passiez en revue devant Brennus toutes les statues figurant dans cette exposition, et tirant leur mspiration du produit de la vigne importée par lui.

Le cas vaut cependant la peine d'être signalé. M. Jean Valette a représenté sa Ménade assise sur un lion qu'elle dompte àl'aide d'une grappe de raisin qu'il cherche à saisir, comme un petit chien fait pour s'emparer du morceau de sucre qu'on lui présente.

— C'est ma foi vrai ; mais où diable M.

Valette est-il aUé trouver une Ménade aussi caime ? Ménade ^ pour moi, c'est une bacchante qui se livre à des transports furieux, comme l'indique son nom grec, iiatvaJoç du verbe (jiatveaeai (être en fureur). Ce n'est point là ma Ménade l J'aime mieux la Bourguignonney de Falconnier.

— Vous avez bonne m'émoire, et vous n'oubliez pas vos amis, et il paraît que la Bourguignonne est du nombre.

— Tu ne l'as donc pas admirée? Je te plains 1

^— ïlemettons-nous en route et arrêtonsnous devant cette énorme statue en bronze> d'un de nos grands orateurs, de Berryer.

— A quoi bon nous approcher; ne voiton pas <r ici assez bien cette statue destinée à être érigée sur une grande place publique, à Marseille « probablement à la Ganebiëre !

Le personnage paraît trop grand, de même que la dimension des traits leur enlève de la ressemblance. Evidemment , l'effet en sera tout différent à Marseille. M. Barre, qui s'y entend, s'est arrangé pour cela.

— Le Sommeil est bien représenté par ce groupe, composé d'une femme tellement endormie qu'elle ne prend plus garde à Ten- Êtnt qui est étendu sur ses genoux, et qui lui-:même dort d'un profond sommeil.

— Je me demande comment on peut consacrer à un pareil sujet un aussi beau morceau de marbre, et comment un artiste de la valeur de M. Mathurin Moreau, a pu se décider à passer tout le temps nécessaire à cette œuvre très importante, sans s'inquiéter davantage de l'intérêt qu'elle prodmrait.

^ — A moins que ce groupe ne soit destiné à un mausolée quelconque ?

— Mais voici quelque chose de plus çai :

Le Faune à la grappe^ déjà cité par moi, et dont M. Lange Guglielmo a su tirer une gaie et vivante statue.

Regarde donc encore ! Quel joli torse et

3uel mouvement naturel dans la pose du ouear de tambour y de M. Jannin I

— En fait de pose, j'admire celle de l'ilm- 'ûhion , de M. Laoust. Non-seulement il est nien posé, mais il est aussi bien inspiré.

Avant de quitter ce côté ouest du palais, jetons un dernier regard.

M""^ HoRTBNBB Hazard est certes digne d^une menticn pour le sentiment qui ôioste dans son groupe de V Abandonnée.

Quelle mélancolie dans la pose et dans l'expression de cette jeune femme, à côté de laquelle, plein de la joie et de Tinsoucianoe de son âge, un petit garçon donne la bec* quëe à de petits oiseaux, sans se douter crue sa mère n'a peut-être pas le moyen den Étire autant pour lui.

La petite iille qui se trouvée de l'autre côté de la pauvre abandonnée cherche à faire sourire sa mère et à la tirer des sombres réflexions qui lui assombrissent la figure.

Ce groupe renferme tout un drame.

— Four ne pas me laisser attrister par ce spectacle qui pousse aux idées sombres et à la mélancolie, j'aime bien mieux porter mes regards sur le Moineau de Lesbtey dont je voudrais occuper la place.

— Bien que cela... sur l'épaule de Lesbie I

— Oui, cela m'irait I Son existence n'estelle pas agréable? écoute Catulle :

n ne la quittait jamais» et, sautillant autour d'elle» tantôt ci, tantôt là, il la charmait par son gaasouillement continu.

J'allais oublier certaine fantaisie qxie je contemplais tout à l'heure quand nous étions assis, et sur laquelle ta verbosité m'a empêché de placer le mot que j'avais à la bouche.

Cette fanteisie n'est rien autre chose qu'une délicieuse tête de jeune femme de M.

ÂNOELO FrANCIA.

Et puis, de cet endroit aussi, i*ai revu deux figures dont je m'étonne de ne pas avoir retrouvé la mention dans la première partie de notre compte-rendu, car je les avais notéBS, et il faut qu'un feuillet de la copie se soit égaré à l'imprimerie. L'une de ces deux figures est tout à fait dans le goût du Vigneron du Jura.

— Je suis sûr que vous voulez parler du Retour du marché y c'est-à-dire d'une bonne figure d'ouvrier qui rapporte, dans ses bras, en le contemplant amoureusement, i;n petit cochon qu'il vient d'acheter, tandis que le chien qui l'aocompagne jappe et remue la queue, en montrant, par ce manège, qu'il compte bien fidre la partie avec le nouveau venu, en attendant qu il se régale de quelque portion de sa dépouille.

— Précisément I

— Eh bien 1 vous ne vous êtes pas trompé ! Le Retour du marché est de la même toudie que le Vigneron du Jura^ puisque ces deux morceaux ont un père commun, M. Max Glaudet.

 côté de lui se trouve le Flûtiste^ de M. Désiré Ringel, svelte dans sa désinvolture, élégant et pittoresque dans son accoutrement moyen- âge.

^ Nous allons maintenant, mon cher oncle, si vous le voulez bien, passer de l'autre côté de Brennus, et terminer le rapide examen de cette remarquable exposition de sculpture en parcourant l'espace qui, de Brennus, \'a nous conduire à la porte de sortie.

-^ Mais , avant de nous éloigner, il me

r^«aa^H^lM^^^i^:^i«v;^>^;Ei^^iK5^^iB^^«^v«MK^«M^ r^ y^x '' ^

semble que void deux groufïes en bronze et de moyenne taille qui méritent bien que nous nous y arrêtions un instant.

— Vous avez raison. L'un de œs deux

S poupes est le Bellérophon vainqtAeur de la hirnèreypair M. Emile Hébert ; le cheval aîlë semble prêt à reprendre son vol en piaffant en l'honneur du héros, qui montre la dépouille de sa victime qui ressemble fort à une pieuvre hideuse.

M. Ebiile Hébert a fût là une énergique composition.

En pendant du Bellérophon se trouve

Elaoé un Pépin le Bref dans Varène^ de I. JuiiES Bonheur.

C'est un groupe habilement fait, mais où l'acteur principal a une physionomie dont l'impassibilité est réellement exagérée, en présence du danger qu'il court ; de même que l'attitude de son corps et la placidité de ses muscles n'indiquent nullement la dépense de forces qu'il doit faire pour éloigner de lui la tête dulion qu'il tient d'une main par la crinière, tandis que, de l'autre main, il avance, sans se presser, le glaive dont il va le frapper.

— En effet, il tient la tête de cet animal féroce prêt à le dévorer comme si c'était celle d'un simple petit chien.

— Mentionnons encore , puisque nous parlons des bronzes, la Chasse au tauconj de Jules Mène, et le Nid de faisans^ de M. Nicolas Gain.

Ces quatre groupes se trouvent du côté de l'entrée*

Reprenons maintenant notre itinéraire.

Dans la ligne médiane, nous voyons tout d'abord devant nous, une Rêverie d'enfant^ statue en marbre par Ghabrié. Le petit personnage est nu et renversé dans une chaise romaine, sur le bord de laquelle une de ses jambes est relevée. Cette position, qui serait disgracieuse pour tout autre qu'un en- £ant, siad au contraire à merveille à celui-ci. M. Ghabrié a su tirer de ce sujet bien simple une très jolie chose, dont tous les détails sont charmants, y compris le bébé romain qui pourra servir de modèle aux fabricants de poupées pour les prochaines étrennes.

Derrière cet en&nt, voici une Bayadère,ou pour mieux dire une Prêtresse dClsis fouant de la harpe.

M. CoRDTER a tiré un excellent parti du bronze émaillé, en mêlant habilement l'or, l'argent, le bronze florentin et les émaux aux riches couleurs. Sa statue est en même temps très élégante do forme, très originale de composition, et ttès riche d'effet. Elle attire, au reste, les regards de tous les visiteurs.

— Et bien ! pour moi, tout l'éclat de cette belle statue n'éclipse en rien celle-ci,

aue j[e suis déjà venu admirer deux fois epuis que nous sommes ici. M. Charles Grtmbel du Bois lui a donné ce simple titre : Au bord de Veau, C'est un jeune baigneur étendu sur l'herbe , il joue avec une creuouille qui voudrait bien prendre son élan, afin de lui échapper, mais qu'il retient par une.de ses pattes de derrière. C'est simple,

mais gracieux et récréatif. Le modelé est par&it et la pose naturelle.

— Et œ jeune ^çon bien décou(>lé qui montre à son chien l'oiseau qu'il vient de prendre, ne mérite-t-il pas aussi une mon-* tion honorable pour M. Adolphe Lagour, qui, en le modelant, lui a donné pour nom :

la Capture ?

— Il me semble que le côté Est est mieux garni que le côté Ouest. Après la Orenouille et la Capture^ en effet, nous voici en présence d'un superbe Sulej/man^Pacha^ major général de Farmée égyptienne sous Ibrahim-Pacha. Cette statue, ae M. Jacqub* MART, est destinée à la décoration d'une place au Caire.

— La capitale de l'Egypte a plus de chance que Marseille 1 Ce grand Suiegman pacha produit, du moins ici, un bien autre effet que notre ç'and Berryer.

— Cela tient au costume ; ces larges culottes terminées par des bottes molles, l'am-

E le ceinture qui les accompagne, la veste rodée, étoffent bien mieux le personnage Sue rhabit boutonné et le pantalon étriqué e l'illustre orateur.

— La Parade^ de M. Perrault, mérite en passant des éloges pour la bonne pose de l'athlète, de même que le Mercurey de M. Ludovic Durand ; c'est un Mercure au repos qui calcule sur ses doigts tous les kilomètres qu'il a parcourus.

— Ne vois-tu pas qu'il invente les mathématiques?

Mais lève donc les yeux, et remarque ce

génie planant dans les airs, se penchant en avant et allongeant la tôte comme pour reconnaître les siens, auxquels il veut décerner les couronnes qu'ils ont si bien méritées. Cette figure allégorique est destinée à un monument que la ville de Cambrai £Edt ériger à la mémoire de ses enfants^ morts pour la patrie. M. Hiollb a su &ire une œuvre tout à fait originale, pleine d'inspiration et de mouvement.

— C'est en effet très beau, et surtout nouveau comme disposition.

L'artiste n'a pas, comme la plupart de ses confrères, érige une figure se dressant dans les airs, posée sur la pointe des pieds, et tenant dans ses mains élevées au-dessus de sa tâte des palmes et des couronnes. Le Génie^ deM. Hiolle, replié sur lui-même, semble vouloir descendre de son piédestal ipowc poser sur les têtes à qui elles sont destinées, les couronnes qu'il porte dans ses mains.

Quelle est maintenant cette Victoire ? Ne l'avons-nous pas déjà rencontrée sur notre chemin 7

— Non I à l'autre extrémité de l'Exposition nous avons vu hVictoire que M. Cugnot a modelée pour le Pérou ; celle-ci, due au ciseau de M. Leroux, est destinée au Brésil, à la ville de Bahia.

— Âh ça ! tous ces gaillards-là ne nous considèrent donc pas comme définitivement brouillés avec la Victoire, puisqu'ils s'adressent à nous pour en obtenir l'effigie ?

— Eh! eh I elle a été si souvent de notre

côté» que nous avons appris à la connaître, et que Ton pense qu'elle ne nous boudera pas toujours.

— Mais l'heure presse et la place nous manque.

Dépêchons-nous de regarder à droite et à gauche ce qui complète ce côté si bien garni.

Voici d'abord le Messager dCamour^ délicieuse statue en marbre, de M. Eugène De*

Page 1