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AVANT LA ME

M. Bartholdi, fragment du monument élevé à Gambetta, à Villed'Avray, par les Alsaciens -Lorrains, l'Eternel Poème, de M. Antonin Cariés et un buste d'un sentiment exquis du même, la Jeanne d'Arc, de M. AUar, le Général Lassalle, de M. Cordier.

M. Maurice Ferrary expose une Phrynée, statue en plâtre. Le mouvement en est trop violent mais l'observation de la nature y est des plus poussées , et à ce point de vue cette figure appelle quelques réflexions. M. Ferrary est un des plus brillants élèves de l'Ecole de Rome. On n'a pas perdu le souvenir de ses envois qui traduisaient le trouble où le séjour de Rome peut jeter une volonté mal préparée par l'enseignement de l'Ecole des Beaux-Arts à affronter la vue des œuvres si diverses qu'offre l'Italie. M. Ferrary est revenu à Paris, hésitant, comme l'ont été, à une autre époque, les Auguier, se demandant s'il fallait revenir à la tradition française qui veut que l'on serre la nature de près, ou s'il devait poursuivre les recherches commencées dans un sens étranger à sa manière de sentir. M. Ferrary a pris le sage parti de redevenir Français. Ses maîtres ne manqueront pas de lui reprocher d'avoir sacrifié l'apprêt et la représentation du sujet à l'étude consciencieuse de la nature. Ils pousseront les hauts cris devant ce qu'ils appellent les difformités du nu, ces braves gens ayant de par la grâce de Dieu reçu mandat de rectifier, d'améliorer, d'idéaliser notre misérable construction humaine. M. Ferrary sera certainement excommunié, mais il pourra s'en consoler en pensant qu'il a fait une excellente étude.

Fréniiet a caressé avec sa passion de grand artiste une statuette de saint Georges. M. Gérome expose une Danseuse et un Lion, M. Guilbert a la Revanche., M. Labatut la statue de Pascal Duprat, M. Lambert le buste de M. Le Royer, le Président du Sénat, M. Larche, un joli groupe, la Prairie et le Ruisseau, M. Marqueste envoie le buste de M. Patenôtre, M. Lormier, celui de Mademoiselle Yvette Guilbert que je remercie en passant de la bonne grâce avec laquelle elle est venue, l'an dernier, se mettre à la disposition de l'œuvre

des marins, et que j'espère bien remercier encore cette année, lorsque nous organiserons cette même fête d'utile bienfaisance. M. Auguste Paris a disposé, à l'extrémité du jardin, la partie principale du viomtment qui va être élevé à la mémoire de Danton. Michel Colomb disait que la première qualité d'un groupe décoratif devait être la simplicité. M. Puech a un bon buste de M Constans, ministre de l'Intérieur, M . Jules Roche a choisi M . Roulleau , M. Stéphan Sinding, de Norwège, a fait sous ce titre Homme et Femme un groupe en marbre destiné sans doute à la Société qui s'occupe de la grosse question de la repopulation du monde. M. Fagel expose un buste de M. Cavelier, qui est des plus remarquables.

Les deux dernières œuvres de Delaplanche figurent au Palais de l'Industrie. Je me reprocherais de ne pas nommer MM. Aizelin. Zacharie, Astruc Bernstamm qui a un excellent buste du baron de Morenheim, M. Boucher avec sa grande statue A la Terre, M. Auguste Gain qui a traduit en bronze son Aigle et ses Vautours exposés Tannée dernière en plâtre, M. Chatrousse, Mademoiselle Amélie Colombier, buste de M. Paul Déroulède, M. Gustave Crauk, bustes de M. le général Sègretain et de M. Corbon, M. Croissy, M. Etienne Leroux, M. Henry Gros, M. Delhomme, statue de La^^are Carnot, M. Denécheau, M. Doublemard, M. Dumilàtre, M. Jacques Froment- Meurice, auteur d'une gracieuse plaquette inspirée par Mademoiselle Invernizzi, M. Gaudez, et M. Gaubert qui a fait le buste en plâtre de mon collègue et ami M. Delcassé, M. Lange Guglielmo, dont \e portrait de feu Emile Richard est frappant de ressemblance, M. Hennequin n'a pas été moins heureux en reproduisant les traits de M. Trélat, M. Houssin nous donne un buste plâtre de Madame Céline Montaland, M. Iselin, celui de M. Tisserand, M. Jacques, un médaillon de M. Blanchi, M. Laoust, une statue : La Musique.

Les envois de M. Agathon Léonard sont toujours intéressants. M. Marins Martin expose le bronze de son groupe Après la classe. Le Souviens-toi de M. Gustave Michel manque d'émotion. M. Mathurin Moreau s'est inspiré de Jeanne d'Arc, et M. MorcauA'authicr

a donné une Bacchante raffinée d'exécution. J'aurai, au cours de cette revue, à parler de M. Peynot et de son Souvenir, ainsi que de MM. Pézieux , Rolard, Saint -Vidal, Soldi , Steiner, Suchetet, Tourgueneff, Valton. Dès aujourd'hui je tiens à louer la statue en bois de M. Bloch : Martyre; les deux bustes de M. Desca, V Agrippa

ifAubigué de M. Pierre Rambaud, une petite merveille de goût fin et délicat et le monument au Petit soldat, de M. d'Astanières.

S'il doit être décerné une médaille d'honneur à l'issue du Salon des Champs-Elysées, et si cette médaille doit être attribuée à l'artiste qui a mis dans son œuvre la note d'art la plus élevée, je ne crois pas que personne la mérite davantage que M. Élie Delaunay.

M. Elie Delaunay est l'un des artistes les plus complets de

notre temps. II a su, avec une admirable conscience, se débarrasser de la plus grande partie des préjugés d'une éducation mauvaise et, loin de chercher le bruit des succès faciles et retentissants, il est demeuré fidèle à la recherche de la vérité, la poursuivant dans le silence de Tétude.

Le portrait de l'archevêque de Sens, qu'il expose cette année, trahit par le dessin et par la disposition générale, la préoccupation de demeurer en pleine possession de son modèle. Dédaignant ce que son érudition aurait pu emprunter aux arrangements du passé, il a peint le plébéien parvenu à la dignité de prélat, en lui gardant ce que lui-même a su conserver de sa gaucherie na'ive sous son vêtement pompeux.

Je ne voudrais rien dire de désobligeant pour l'archevêque de Sens. J'y aurais très mauvaise grâce. En 1889, lorsque j'ai demandé à mes collègues de la commission des monuments historiques d'organiser au Trocadéro cette exposition rétrospective des objets d'art français dont les trésors d'églises ont été le grand attrait, M. Bernadou a été au nombre des prélats qui se sont joints à nous avec empressement. Seul, il a même consenti à faire partie de la commission d'étude. Je garde donc à l'archevêque de Sens une profonde reconnaissance. Il est de son siècle et il a su en conserver l'allure. Et je sais un gré infini à M. Elie Dclaunay de l'avoir affirmé à l'aide de l'admirable portrait qu'il nous présente cette année.

Certainement M. Henner, avec son Christ et sa Madeleine, est un artiste puissant, qui ne doit rien au peintre du Saiiit-Gérôme, mais la médaille d'honneur admise, je la donnerais, je le répète, à M. Elie Delaunay, tout en regrettant que les artistes n'aient pas honore depuis longtemps, d'une façon exceptionnelle, l'artiste qui a nom Henner.

J'ai entendu professer une grande admiration pour le Samson de M. Ronnat. Personne n'a, pour employer une expression familière à nos pères du Directoire , moissonné plus de lauriers que M. Bonnat. Personne n'a dépensé plus de talent que M. Bonnat.

Personne enfin n"a le goût plus fin, plus avisé dans le choix des chefs-d'œuvre dont il s'entoure. Sa collection de dessins est la plus merveilleuse qui se puisse voir. Mais pourquoi M. Ronnat ne veut-il pas se décider à serrer la forme, et à se mettre à la poursuite de cet irréprochable qui a fait de M. Ingres l'homme du plus pur génie ? Je laisse de côté les critiques faciles que Ion peut faire à certains procédés de M. Bonnat, les plaisanteries que j'ai moi-même faites plus haut sur la monotonie de ses fonds, mais je prends ses tableaux pour ce qu'ils sont, et j'estime que M. Honnat est coupable de ne pas se montrer plus sévère pour lui-même. Il a prouvé, dans son saint Vincent de Paul, qu'il est capable des beaux efforts. Pourquoi ne les pas renouveler?

En me servant tout à l'heure du mot irréprochable, je ne songeais nullement à M. Bouguereau, au nom duquel l'on a coutume d'associer ce qualificatif. L'année dernière, j ai eu le plaisir de passer toute une journée à La Rochelle, avec M. Bouguereau. C'était pendant le séjour du Président de la République dans l'Aunis. Nous étions demeurés sur le continent pendant l'excursion que faisait le Président dans l'île de Ré. Le temps était chaud, les ombrages du Mail propres aux longues causeries. M. Bouguereau est un des rares hommes de ce temps qui aient une conviction.

Cette conviction, il la défend avec une véritable éloquence. Et l'on ne peut que donner son estime à un homme aussi persuadé qu'il ne se trompe pas. En 1889, j'ai été en complet désaccord avec M. Bouguereau, au sujet des expositions des beaux-arts. M. Bouguereau pensait que nous n'avions pas à montrer aux visiteurs de l'Exposition universelle les chefs-d'œuvre de l'école française, en un mot que l'exposition centennale que j'avais proposée en i885 était inutile, nuisible même aux intérêts des artistes contemporains. Il redoutait que les morts fissent tort aux vivants. Une telle préoccupation n'était pas de nature à me toucher, non plus que la grande majorité de la commission réunie rue de Valois, sous la présidence de Castagnary. Cette commission avait le vif

désir de remettre les choses au point, en montrant notre école dans tout son éclat et sa puissance. M. Bouguereau fut donc visiblement contrarié au cours de l'Exposition de i88g, par la mise en pratique de notre programme, et il ne se lassa pas de dire que si les musées sont faits pour les morts, les expositions doivent être réservées aux vivants. Au fond, une telle opinion peut être soutenue, mais j"ai le regret de ne pouvoir la partager, et je persiste à penser que nous avions le devoir, en 1889, de mettre en lumière ce que Ton a trop longtemps maintenu dans Tombre, et de faire connaître des artistes que des préjugés administratifs affectent d'ignorer.

Je me sers à dessein de cette expression « les préjugés administratifs )) , parce que nous n"en sommes plus aux distinctions d'écoles. On peut aujourd'hui, et il faut s'en féliciter, marquer dans la marche de l'école française des tendances différentes, mais l'heure des grandes luttes est passée. Les doctrines violemment accusées ont fait place à une force de volonté universellement répandue, qui pousse bon gré mal gré tous les artistes vers les idées larges, et leur fait perdre de vue les conceptions étroites. L'Académie des Beaux-Arts ne représente plus . rien qu'une collection d'hommes venus de points divers, mais incapables de formuler une opinion collective. Elle cherche à rattacher certaines traditions à un système d'enseignement qui les contredit, et tout naturellement ce système d'enseignement la dessert à chaque pas, si bien qu'elle en est réduite à représenter simplement la mauvaise humeur devant des manifestations qu'elle ne sait ni diriger, ni empêcher. Sa seule ressource est de s'abriter derrière ce qui reste de préjugés administratifs pour faire obstacle à ce qui la choque.

l'ji 18S1, lorsque j ai voulu apporter dans l'organisation de l'école des Beaux-Arts les réformes dont personne ne peut contester l'ulilité. j ai rencontré cet état d'esprit chez (]uel(]ucs-uns des mcmlircs du conseil d'administration de lécolc. Il leur paraissait inadmissible (]ue Ton put concevoir une école supérieure des Arts comme elle

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