APRES LA CHARGE, (HANAU
Ihe Lftwtrj •i tka
. ROUFFET
Tke Ubr»rj •( th«
LA PEINTURE
teurs sur lesquelles l'armée royale, installée, a disposé des tours mobiles en bois et mis en batterie ses balistes, ses mangonneaux et ses catapultes. Entre l'assiégeant et l’assiégé, dans le ravin, un peuple innommable de spectres. Ce sont les bouches inutiles, les femmes, les enfants, les vieillards, chassés, à l’ouverture du siège , de la place , et que l’assiégeant n’a pas voulu recevoir . Les misérables, exténués, meurent de faim. Ils fouillent de leurs doigts le sol durci pour y trouver quelques herbes et quelques débris de racines; ils s'observent à la dérobée; ils épient l’agonie du voisin pour tomber sur lui, le moment venu, et se
nourrir en cannibales de sa chair. L'artiste ne nous a rien épargné du spectacle. Il n'a pas trouvé que la neige, maculée de taches rougeâtres, attestât suffisamment ces horreurs, et il nous les met sans hésitation sous les yeux. On dépèce, au premier plan, une victime ; on lui découpe, entre les côtes, sur les cuisses, des lanières vivantes de chair. Impossible de rien rêver de plus odieux. Les hautle-cœur que donnent la composition la condamnent.
J'en ai d’autant plus de chagrin que le paysage, dans cette vaste toile, est exquis, d'une justesse charmante dans les fonds et, dans
M, ORANGE Zj& JuZeA. &2^rLp ap nés
les premiers plans, d’une solidité âpre qui ne laissera personne insensible. Les personnages, groupés adroitement, font corps avec le paysage, ils sont, comme on dit dans les ateliers, bien dans l’air, et les qualités d'enveloppe qu’ils attestent marquent dans le métier de l’artiste un progrès qu’on ne peut s’empêcher de reconnaître. Il est coloriste, d'ailleurs, autant que consciencieux. Mais quel triste emploi de sa conscience il a fait !
C’est un soulagement de ‘passer de ces horreurs à des horreurs moindres. Empruntés à la Salammbô de Flaubert, le Dcjïlé de la Hache, de M. Thivier, le Massacre des barbares, de M. Surand, nous paraissent doux auprès des vieilles chroniques illustrées par M. Tattegrain. Et pourtant, les scènes qu'ils retracent sont pénibles. Ici, c'est la ligue des barbares, sur laquelle Hamilcar, froidement, fait donner ses lourds éléphants aux défenses armées de pointes de fer. Sous leurs pieds pesants, les ennemis se renversent affolés, se réduisent en une douloureuse bouillie. Là, ce sont les mercenaires gaulois, enfermés dans le défilé de la Hache, qui demandent grâce aux Carthaginois postés sur les hauteurs. Chez M. Surand, la composition a été sincèrement étudiée ; elle est dramatique et précise ; le paysage, chez M. Thivier, se recommande par de jolies notes de couleur, mais à quoi bon ces illustrations gigantesques, et qui diable, au fond, s’y intéresse ? qui se souciera jamais de les acheter ?
Nous en dirons autant du Germanicus retrouvant les restes de Varus, que M. Lionel-Royer a commis. On connaît la belle page dans laquelle Tacite a décrit, avec une sobriété dramatique, les sentiments éprouvés par l'armée romaine quand elle découvrit, au fond des forêts de Teutbourg, le champ de carnage où gisaient épars les débris des légions massacrées de Varus. Il eût été facile à l'artiste de retracer d'une façon poignante la scène, s'il avait voulu concentrer son sujet, le resserrer dans des limites précises et s'interdire tout détail superflu. Il s’est noyé au contraire dans le détail. Le sol est jonché de squelettes, squelettes d'animaux, squelettes
A. MONCHABLON
LE 25e ANNIVERSAIRE DE IA BATAILLE DE GRAVELOTTE
SAtON DE 1896
t U Ubrwy
®l tfc»
tjwworslty «1