ECOLE PRIMAIRE EN BRETAGNE
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LA PEINTURE
de cette croix, où il agonise, un Christ cadavéreux, fantomal, considère attristé son œuvre : il la trouve lamentable et s’en repent.
1 elle est l'économie de ce tableau dont les journaux socialistes avaient fait grand bruit par avance. Ils en ont été pour leurs frais. Décrire une toile comme celle-là, montrer bout à bout ces figures péniblement reliées, placées, comme des marionnettes, à la file et dominées par un Jésus anarchiste, c’est en faire du même coup la critique. Une actualité que rien ne rendait impérieuse l’a dictée : elle a fait, pendant une huitaine, les délices d’un public qui la trouvait hilarante et s’en donnait, devant elle, à cœur joie ; une indifférence complète a suivi. Le Salon terminé, restera-t-il même un souvenir de cette toile qui marque un effort considérable, il est vrai, mais dont l’exécution, comme l’idée, n’a rien que d’artificiel ?
Les sujets que M. Jean Béraud voit par le gros bout de la lorgnette, M. Rochegrosse les voit par le petit. A la dimension près, la portée de Y Angoisse humaine est la même que celle de la Poussée , dont M. Béraud a donné la primeur au Champ de Mars. A gauche, un panorama triste et noir de grande ville avec des usines, des cheminées qui n’en finissent pas, des lueurs rougeoyantes, des fumées; à droite, un cimetière ; au milieu, un roc escarpé. Dans un ciel soufre, où des nuées livides s’entassent, planent deux figures de femmes, ailées et souriantes, vêtues, comme l'arc-en-ciel, d'écharpes irisées, impalpables comme lui. C’est Y Illusion, sans doute, avec le Rêve , et vers elles, à l’assaut du roc escarpé, une multitude s'élance hurlante. Hommes et femmes en costume moderne, robes de bal et cottes bleues, habits noirs et tuniques d’uniforme, se ruent les uns sur les autres, se piétinent et, désespérés de n'avoir pu ni saisir ni approcher, fût-ce de loin, l’insaisissable, se tuent ou dégringolent en avalanches dans le cimetière.
Les personnages, de grandeur naturelle, sont écrits avec un remarquable accent de volonté; l’exécution en est certainement supérieure à tout ce que l’artiste jusqu’ici a tenté, mais la maîtrise avec laquelle il a peint ses figures, le réalisme dont il les a empreintes
n’en rendent que plus pénible son œuvre. Ce spectacle cruel est odieux ; il est de ceux qu’on ne traduit pas impunément en peinture. En littérature, déjà, il est dangereux, il exige de la part de l’écrivain ou du poète des dons rares d'interprétation. Il se matérialise infailliblement sous le pinceau : il y devient choquant et vulgaire.
Nous n’en avons pas fini avec les scènes macabres. Après M. Rochegrosse, voici M. Trigoulet qui s’avance. Le Chemin de la Mort est son œuvre. Toujours un ciel livide, fantastique et, sur la terre, une procession échevelée d’hommes et de femmes, de vieillards, d’infirmes et d’enfants. La procession se dirige vers un gouffre surmonté d’un crâne gigantesque dont les formidables mâchoires s’entre-bâillent et dévorent avec méthode les pèlerins. Edgard Poë et les Contes de ma mère l'Oie combinés !
Il y a du talent quand même, et beaucoup, dans cette composition enfantine qu'excuse la jeunesse de l'artiste. Il s’est fait remarquer, plusieurs années de suite, au concours de peinture du prix de Rome. Il y a échoué régulièrement, non sans gloire. C’est une gourme qu’il jette, une maladie sans importance qui passera, et nous le verrons sans doute l’an prochain utiliser avec plus de profit et moins d’ostentation ses dons de peintre.
M. Tattegrain, avec ses Bouches inutiles , nous ramène à l'histoire, mais à une histoire aussi lugubre en son genre, et beaucoup plus répugnante, que les fantaisies allégorico-symbolistes dont nous venons de clore la liste.
C’est le siège du Château-Gaillard, aux Andelys, par Philippe- Auguste. Il fait froid. Les coteaux qui bordent la rive droite de la Seine et qui portent le robuste château féodal, suivent la courbe décrite par le fleuve et ferment dans les lointains l’horizon. Ensevelis, comme les pentes de la forteresse, sous la neige, ils revêtent, grâce à la distance, aux approches du crépuscule, des tons délicatement ardoisés, et l’eau frissonnante de la Seine, éclairée par les derniers reflets du couchant, roule bourbeuse entre ses rives glacées.
A gauche, les glacis du Château, séparés par un ravin des hau-