‹ Le salon de 1896Chapitre 14 sur 64 · C. DANGER · texte numérisé non relu

C. DANGER

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LA PEINTURE

L’œuvre, telle qu'elle est, se recommande par des qualités indéniables de métier. Chaque morceau, pris à part, est de main d’ouvrier. L’ensemble ne se tient pas. Les figures ne sont pas dans

J. F. BOUCHOR Cidre, riOsLcv.edizcr

l’air, et leur lourdeur, dans un sujet qui devrait être aérien, est choquante.

On préférera les nus de M. Guinier. Savoureux dans l'exécution, beaux d’enveloppe, harmonieusement fondus dans des paysages du soir, ils vivent d’une vie poétique si intense qu'on a peine à s’en séparer. Du charme aussi et de l’adresse, une adresse très grande, dans la fine étude de nu d'un autre jeune, M. Larteau. L’ Anémone des bois, de M. Raphaël Collin, a les mêmes qualités de grâce heu-

reuse et de délicatesse chaste. Une Baigneuse, de M. Souza-Pinto, est un morceau très poussé, néanmoins frais et souple. De M. Fantin-Latour, on goûtera, comme de coutume, les formes féminines belles et pleines, et d'une distinction si parfaite. M. Wencker, dans ses Nymphes, n'a guère cherché qu'un motif agréablement décoratif, et M. Danger, dans ses Lucioles , a fait de même.

Placer dans un intérieur tout moderne, près d'un homme vêtu comme nous autres, une figure de femme nue, sans que l'effet voulu de contraste nous paraisse choquant, est une gageure à laquelle s'est essayé M. Weber. Il y a fait preuve d'habileté, de savoir et d'audace. L'allégorie enfermée dans son Homme aux poupées a sauvé le côté pénible de la scène. Il l’a présentée avec un art raffiné dans le détail, avec des recherches intéressantes de couleur, avec quelques imperfections, par contre, dans le modelé, qui manque de solidité par endroits.

M. Emmanuel Benner a repris, après tant d'autres, le motif, éternellement renouvelable, du Saint Jérôme étendu à même le sol, et entièrement dévêtu, dans le désert : il en a fait un morceau intéressant et ferme à force de conscience. Mais la palme du nu reste encore à l'admirable artiste qui en a rendu tant de fois la noblesse et si magistralement exprimé toutes les nuances, à Jean-Jacques Henner.

Au pied même de la croix, sur un blanc linceul que le crépuscule teinte déjà de notes funèbres, il a déposé le cadavre exsangue du Christ; il en a détaché les pâleurs sur un fond tragique de nuées ; il l'a fait idéalement beau dans la mort, sans sacrifice aucun au sentimentalisme religieux. Il en a fait une œuvre originale, impeccable dans l'anatomie savante de ses formes, et qui s’égale, par les dons de la couleur, aux plus belles.

Désireux de se faire remarquer à tout prix, M. Lucien Berthault s'est avisé d'une idée que les « vieux messieurs » chantés par Yvette Guilbert trouveront peut-être piquante, mais qui a paru parfaitement inconvenante aux gens simples. Dans une prairie, sur un

CAGNIART

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