‹ Le salon de 1896Chapitre 16 sur 64 · E. GARDNER · texte numérisé non relu

E. GARDNER

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LA PEINTURE

Madame Elisabeth Gardner, comme M. Bouguereau, reste fidèle au nu ainsi traité. Le tableau qu elle intitule : Dans les champs nous montre étendu, sous la garde d'un chien, à l'abri d’un épais rideau d’arbres, l’enfant d’un couple rustique qui moissonne au loin dans la plaine. Et cet enfant de paysans m’a tout l'air, tant il est joli, maniéré, d’ètre appelé, un beau jour, à faire fi, dans un accès de

dégoût, de ses parents.

Il ne manquera point, pour l'adopter, d'âmes sensibles qui lui feront, dans un luxueux palais d’outre -mer, un sort digne d'envie. Son portraitiste en sera charmé, nous aussi, et MM. Piot , Perrault, Rodriguez, en pâliront d'envie. Le Sommeil et la Fille d'Eve du premier, le Printemps et la Nymphe du second, la Luli du troisième ne sont pourtant inférieurs , ni pour l'élégance apprêtée de la pose, ni pour le poli de la facture, au bébé blanc et rose de Madame Gardner. Ils se recommandent par des séductions analogues, et le savoir qu ils attestent est égal ; mais la première est en vogue, et les grands succès, quoi qu ils fassent, sont pour elle. La fortune a de ces caprices, qui font loi.

Ne quittons pas le nu sans avoir rendu toute la justice qu il mérite à un petit morceau plein de délicatesse dont M. Lebayle est

l'auteur. Sous un berceau ensoleillé de feuillage, une jeune blonde, à la gorge naissante, aux formes fines, retient d’une main sur ses genoux une draperie blanche que les reflets de la lumière ambiante ont verdie ; elle porte l’autre à son front pour le préserver des rayons qui percent traîtreusement la charmille. Et ce joli corps est modelé avec une incomparable souplesse ; l'ombre des feuillages s’y projette avec une exacte vérité, mais avec un sentiment très juste des nuances, et l’ensemble est d'une grâce juvénile, adorablement chaste.

Citons encore, de M. Lenoir, une Sapho qui se précipite, d’un mouvement heureux, dans la mer ; de Madame Dubé, une Femme aux colombes , peinture agréable, mais creuse; de M. Chantron, un aimable nu féminin, le Souvenir, et terminons par une étude exquise de Mademoiselle Dufau, le Passe-temps. C’est le repos du modèle, j'imagine, et le modèle, sans prendre la peine de se vêtir, sans jeter sur les rondeurs de sa gorge autre chose qu’une légère écharpe de gaze, a ouvert un album de gravures qu’il feuillette avec un intérêt passionné.

L'artiste avait attiré l’attention, l'an dernier, par une amusante étude de baigneur. Le garçonnet, au sortir de l'eau, s’amusait à faire des ricochets sur une limpide et calme rivière. Le dessin était d'une rare probité; il l’est au même degré dans le Passe-temps , mais la couleur, dans le morceau de cette année, a fait de notables progrès. L’œil est plus exercé, le sens des valeurs est plus fin, l’harmonie des tons plus heureuse. Joignez-y un sens très raffiné de la grâce, un abandon charmant dans la pose et félicitez avec moi de son succès l'artiste que je crois jeune et dont le talent n’est pas fait que de promesses.

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