‹ Le salon de 1896Chapitre 17 sur 64 · LA SOUPE DU LABOUREUR · texte numérisé non relu

LA SOUPE DU LABOUREUR

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LA PEINTURE

Cette constatation, évidemment, n’a d'objet que restreinte aux travaux des jeunes. Il serait puéril d'en faire l'application à des maîtres dont le nom seul est synonyme de conscience. Aussi n’insisterons-nous que faiblement sur les œuvres qui les ont désignés, une fois de plus, à l'admiration de la foule et aux respectueuses sympathies de la critique.

On retrouvera, dans les portraits de M. Ricard , l’ancien garde des sceaux, et de Madame Bodley , l'observation scrupuleuse, la tranchante et sobre énergie, l’exécution solide et brillante que M. Bonnat met invariablement au service de ses traductions de l'être vivant. On goûtera tout spécialement, dans le second, un corsage à manches boudantes, égayé des plus jolis roses. Il y a là des luisants, des notations de tons, des rellets d'une habileté rare et d’une pimpante vivacité de coloris.

M. Jules Lefebvre est la correction même, comme toujours, une correction sans doute un peu froide, mais mesurée, pleine de tact et d’une sincérité qui n'est pas sans accent, dans un portrait blanc de jeune fille.

M. Bouguereau, dans un portrait admirablement dessiné de jeune femme, reste l'homme étonnamment sûr de lui, mais toujours pareil à lui-même, dont l’inaltérable perfection déconcerte.

M. Henner a portraicturé son ami, M. Carolus Ditran , dans un curieux morceau demi-nature. Il l'a fait avec l'air de n’y pas toucher, la souplesse, la finesse aussi dont il est coutumier.

JV1. Benjamin-Constant, décoratif et somptueux dans un portrait en pied, richement étoffé, de Madame TL’..., dont le mari est propriétaire du journal anglais le Times , joue des noirs avec une habileté consommée, dans un portrait, solide et large, de son fils, que les connaisseurs auront, d'ici peu, le plaisir de revoir au Luxembourg, pour lequel l’Etat l'a acheté.

Un portrait de jeune femme, en corsage de velours vert, piqué à la ceinture d'une rose pourpre, comptera parmi les meilleurs d’un artiste qui n'en a jamais peint que d’excellents. Dans ce morceau

magistral, dû à M. Paul Dubois, tout s'impose : l'opulence des tons, leur franchise, la simplicité aussi de l'attitude et la distinction rare du modèle. L’artiste en a rendu avec un charme infini la fraîcheur et l’expression, si difficile à noter, de grâce timide et de pudeur souriante.

M. Aimé Morot, dans un très beau portrait d’homme, apporte ses qualités distinctives de relief, d’exactitude vigoureuse, de solide mé-

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tier, d'accent de vie. On trouvera des qualités analogues, mais avec des moyens où l'influence de M. Bonnat se manifeste jusqu'à supprimer la personnalité de l'artiste, en un profil vigoureux, tracé par M. Crès, de lieutenant-colonel de chasseurs. M. Pharaon de Winter observe avec amour et traduit avec une exactitude robuste, en notes savoureuses , des types attendrissants de religieuses ratatinées par l'âge. Il y est moins personnel, toutefois, que dans ses envois de l'an passé. On y sent comme un ressouvenir de Delacroix, dont le Portrait de ma gouvernante a certainement été vu et longuement étudié par le peintre.

DEULLY

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