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LA PEINTURE
Mettons à part enfin un artiste, plus connu comme illustrateur que comme peintre, M. Henri Pille, dont le portrait du Docteur Laffon dans son laboratoire est une œuvre. Les accessoires qui entourent le modèle, tonnelets de verre à robinets multiples, éprouvettes remplies de liquides diversement colorés, machine électrique actionnée par un puissant dynamo, sont traités avec une vivacité spirituelle et une réelle largeur. Ils accompagnent la figure principale en témoins muets de sa vie, en auxiliaires discrets de ses travaux : ils ne lui font pas concurrence.
M. Chartran nous revient d’Amérique avec une Sarah Bernhardt présentée à ravir dans le rôle de Gismonda qu’elle a joué l'autre hiver à New-York. Il a résumé dans cette effigie nette et claire, et d'une délicatesse précieuse de facture, toutes les séductions par lesquelles la grande artiste ensorcèle ; il en a fait un portrait qui la dit, avec ses grâces factices et son charme vrai, tout entière, un portrait qui passera à la postérité, et dont l'authenticité, pour elle, sera unique. Un portrait d’homme, non moins étudié, et qui semble une traduction très serrée de la nature, accompagne celui de Sarah Bernhardt. C’est une double et brillante réussite.
Nous n’apprendrons à personne que M. Humbert est un de nos plus fins coloristes et qu'il sait, dans son interprétation de la femme, être à la fois très artiste et ingénieusement véridique. Ses portraits, d’une incomparable tenue, sont élégants, discrets, raffinés. Il exalte la distinction, il fait plus pénétrante la grâce; il excelle enfin, plus que personne, à mettre en harmonie la couleur avec l’être moral. Voyez, dans son portrait de Madame P. S ..., l’heureux accord des notes grises avec l'air de dignité un peu lasse et l'expression un peu mélancolique du modèle. Au contraire, dans le portrait de Madame Héglon, de l'Opéra, le collet de fourrures, aux tons fauves, n'accompagne-t-il pas à merveille le clair sourire des yeux, la fraîcheur éclatante du teint ? Les colorations nourries, étoffées, n’appuient-elles pas éloquemment, dans ce morceau, la douceur exquise de plaire et la manifeste joie de vivre ?
Voilà pour les gens arrivés. Passons maintenant aux jeunes et voyons comment leur pinceau se comporte.
La simplicité de l'arrangement, l’étude attentive de la physionomie, un dessin précis et sévère, de généreux effets de couleur caractérisent, d'une façon générale, leurs envois. Un des meilleurs, dans le nombre, à ces titres divers, est le portrait de Mon père, exposé par un ancien boursier de voyage, M. Victor Marée. M. Paul Leroy nous donne, dans son portrait par lui-même, un morceau de la meilleure venue, 011 la recherche de l’enveloppe n'a fait tort ni à la solidité ni au relief.
Mêmes qualités dans le portrait d'un jeune peintre, assis à son chevalet, par M. Guillonnet. Le portrait de femme de M. Yperman, le portrait de jeune fille de M. Morisset n'ont entre eux aucun point de contact. Exclusion délibérée, dans le premier, de tout ce qui pourrait détourner l'intérêt de la physionomie ; harmonie cherchée, dans le second, entre une robe de velours vert, un fin visage de blonde et une tenture Liberty à petits dessins verts sur fond jaune. De part et d'autre, même conscience, même sincérité, même succès.
M. Constantin Le Roux, dont les rustiques intérieurs, avec leur lumière ouatée, nous ont intéressé vivement l’an dernier, a traité, dans une note ambrée, avec des effets d'enveloppe analogues, un portrait familier d'homme barbu. Il y a mis une note personnelle et très neuve. M. Lynch, qui s'était cantonné, depuis ses débuts, dans le genre, aborde avec une réelle maîtrise le portrait. Rien de plus étudié et de plus ferme, de plus délicat et de plus fin que sa jeune Comtesse de Z)..., en robe de bal d'un rose tendre On aimerait à parler longuement d'un morceau d’une qualité si rare. On le signale aux amateurs avec joie.
Les excursions que se permet M. Léandre dans le domaine de la caricature, où il porte, avec des qualités exceptionnelles de dessin, un sens du ridicule si profondément juste, ne l'ont pas empêché, cette année, de se signaler, dans un portrait de jeune magistrat en